PREMIER DEMI-CHOEUR
Compagnes, que ferons-nous? Devons-nous entrer dans le pa-
lais pour aider à dégager la reine de ses liens étroits ? SECOND DEMI-CHOEUR.
Ce soin appartient à ses esclaves. Pourquoi ne sont-ils pas présents? Quand où se mêle de beaucoup d'aflaires, il n'y a pas de sûreté dans la vie (2).
Dans Alceste, la Mort et Apollon se font des plaisanteries. La Mort veut saisir Alceste tandis qu'elle est jeune, parce qu'elle ne se soucie pas d’une vieille proie, et, comme traduit le père Brumoy; d'une proie ridée. Il ne faut pas rejeter entièrement ces contrastes, qui touchent de près au terrible, mais qu'une seule nuauce ou trop forte ou trop faible dans l’expression rend à l'inslan! où bas ou ridicule.
Shakespeare, comme tous les poëtes tragiques, a trouvé quelqueivis lé véritable comique, tandis que les poëtes comiques n’ont jamais pu s'élever à la bonne tragédie ; ce qui prouve qu'il y à peut-être quelque chose de plus vaste dans le génie de Mel- Ag que dans celui de Thalie. Quiconque peint savamment
e côte douloureux de l’homme peut aussi représenter le côté ridicuie, parce que celui qui saisit le plus peut, à la rigueur, saisir {e moins. Mais l'esprit qui s'attache particulièrement aux détails plaisants laisse échapper les rapports sévères, parce que la faculté de distinguer les objets infiniment pelits suppose presque
HS en ie mr ec. parte, pag. 52; Luc. edit, in-4°, 1554. Y Waduis ainsi, en tronquant un couplet et paraphrasaut l’autre : UNE FEMME DU CHOEUR. , Qu'en pensez-vous, nes coumpagnes? ést-il à propos que nous entrions ? UNE AUTRE FEMME.
Où sont’ donc ses officiers? C'est à éux de lui prêter du secours. On est souveut dupe de son trop d'empressement daus les afiaires d'autrui.
® n'était plus aisé que d’éga
toujours l'impossibilité d’embrasser les objets infiniment grands : d’où il faudrait conclure que le sérieux est le véritable génie de l'homme. Homo natus de muliere, brevi vivens tempore repletur multis miseriis! Un seul poëte comique marche l’égal des Sophoclé et des Corneille . c'est Molière. Maïs il est remarqnable que le comique du Tartufe et du Misanthrope. par son extrême profondeur, et, si j'osais le dire; par sa tristesse, se rapproche beaucoup de la gravité tragique. + RO
Les Anglais ont en grande estime le caractère comiqne de Falstaff dans les Merry wives of Windsor. En elTet, ce caractère est bien dessiné, quoiqu'il soit souvent d’un comique peu nalurel, bas et outré. Il y a derx manières de faire rire des défauts des hommes : l’une est de présenter d abord les ridicules, et d'offrir ensuite les qualités, c'est la manière de l'Anglais, c’est le comique de Sterne et de Fielding, qui finit quelquefois par faire verser des larme: : l’autre consiste à donner d'abord quelques louanges, et à ajouter successivement tant de ridicules , qu'on oublie les meilleures qualités. el qu'on perd enfin toute estime pour les plus nobles talents et les plus hautes vertus: € est la manière du Francais, c’est le comique de Voltaire, € es le Nihil mirari qui flétrit tout parmi nous. Mais les partisans du génie tragique Lt du poëte anglais me semblent beaucoup se tromper lorsqu'ils vantent le naturel de son style. Shakespeare est naturel dans les sentiments et dans la pensée, jamais dans l'expression, exceplé dans les belles scènes où son génie s'élève à sa plus grande hauteur ; encore, dans ces -Cènes inêmes, son langage est-il souvent affecté: il a tous les défauts des écrivains italiens de son siècle ; il manque éminemment de simplicité. Ses descriptions sont enflées, contournées; on y sent souvent l'homme de mauvaise éducation, qui, ne connaissant ni les genres. nl les tons, ni les sujets, nila valeur exacte des mots, va plaçant au hasard des expressions poétiques au milieu des choses les plus triviales. Comment, par exemple, ne pas gémir de voir une nation éclairée, el qui comple parmi ses critiques les Pope et les Addison, de la vhs nt sur le portrait de l'apothicaire dans Roméo et Juliette P C'est le burlesque le plus hideux et le plus dégoûtani. Il est vrai qui éclair y brille comme dans toutes les ombres de Shakespeare. Roméo fait une réflexion sur ce malheureux qui lient si fortement à la vie, bien qu’il soit accablé de toutes les misères. C’est le sentiment qu'Homère met avec tant de naïveté dans la bouche d’Achille aux enfers :
« J'aimerais mieux être sur la terre l’esclave d’un laboutenr « indigent, où la vie serait peu abondante, que de régner en « souverain dans l’empire des mânes. »
Il reste à considérer Shakespeare sous le rapport de l'art dramatique. Après avoir fait la part de l'éloge, on me permettra de faire la part de la critique. -
Tout ce qu’on a dit à la louange de Shakespeare, comme auteur dramatique, se trouve dans ce passage du docteur Johnson :
Shakspeare has no horoes, elc. « Shakespeare n'a point de « héros. Sa scène est seulement occupée par des hommes qui « agissent et parlent comme le spectaleur eût agi et parlé lui- « même dans la même occasion. Les drames de Shakespeare ne « sont point (dans le sens d’une critique rigoureuse) des Co- « médies ou des tragédies, mais des compositions Ris v8 « qui peignent l'état réel de ce monde sublunaire. Elles off ST « sous des formes innombrables, le bien et le mal, la joie e : « douleur, combinés dans une variélé sans fin ; elles ge « le train du monde, où la perte de l'un est le gan de ue j « oùle voluptueuxs'abandonne à la débauche, au M bei we « où l’affligé ensevelit son ami; où la fée mes nie quel déonbe a 1 PE éenuo ins din »
« biens et mille maux arriven ; l ssein.
ER ee paradoxe littéraire des par Fri de Shakes-
ee. T is t tend à prouver qu'il n'y a porut de peare. Tout ce raisonnement la > ques ue l'art n’est pas un art.
règles dramatiques ou qu av sironvértidpnes tk lun
Lorsque Voltaire s est reproché Le; ns € à la médiocrité, en lonant trop Shakespeare, ; a # u dire sans doute qu'en bannissant toute règle el retournant à la pure nature, rien
lerles chefs-d'œuvre du théâlre anglais.
Sr. pour alteindre à la hauteur de l'art tragique, il suflit d'enlasser des scènes disparates, sans suite el sans liaison ; de mêler le bas et le noble, le burlesque et le pathélique, de placer le porteur d’eau auprès du monarque, et la marchande d'herbes auprès de la reine, qui ne peut raisonnablement se flalter d’être le rival de Sophocle et de Racine! Quiconque se trouve placé daus