‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 15 sur 111 · DE LA TROISIÈME EDITION · texte numérisé non relu

DE LA TROISIÈME EDITION

J'ai revu le style de cet Jtinéraire avec une atténtion serupuleusé, el j'ai, selon ma coutume, étouté les conseils de la critique. On a paru désapprouver généralement les citations intercalées dans le texte ; je les aï rejetées à la fin de chaque volume: débarrassé de ces richesses étrangères, le récit marchera peut-être avec plus de rapidité,

Dans les deux premières éditions de l’{tinéraire, j'avais rap-

. pelé, à propos de Carthage, un livre italien que je ne connaissais pas. Le vrai titre de ce livre est: Ragguaylio dell Viayqio compendioso di un dilettante antiquurio, sorpreso da corsari ; condotto in Barberia,e felicemente ripatriato. Milano, 1805. On in'a prêté cel ouvrage: je.n'ai pu découvrir distinctement si son auteur, le père Caroni, est de mon opinion touchant la position des ports de Carthage; cependant, ils sont placés sur la carte-du Raggyuaglio là où je voudrais les placer. Il paraît donc que le père Caroni a suivi, comme moi, le sentiment de M, Humbert, officier du genie hollandais, qui commande à la Goulatte. Tout ce que dit d’ailleurs l’autiquaire italien sur les ruines de la patrie d’Annibal est extrêmement intéressant: les lecteurs; en achetant le Rayguaylio;,. auront le double plaisir de lire un bon ouvrage et de faire une bonne action, car le père Caroni, qui a été esclave à Touis, veut consacrer le prix de la vente de son livre à la délivrance de ses compagnons d'intortune ; c’est mettre noblement à profit lu science el le malheur : le non ignara mali, miseris succurrere disco ; est particulièrement inspiré par le sol de Carthage.

L'Itinéraire semble avoir été reçu du public avec indulgence : on m'a fait cependant quelques objections auxquelles je me crois obligé de répondre. |

On m'a reproché d’avoir pris mal à propos le Sousouyhirli pour le Granique, et cela uniquement pour avoir le plaisir de faire le portrait d'Alexandre. En vérité, j'aurais puvdire du conquérant macédonien ce qu'en dit Montesquieu: Parlons-en lout à notre wise. Les occasions ne me manquaient pas; et, par exemple, : il eût étéasseznaturelde parler d'Alexandre à propos d'Alexandrie,

Mais comment nu critique, quis’est d’ailleurs exprimé avec décence sur mon ouvrage, a-t-il pu s'inaginer qu'aux risques de faire rire à mes dépens | Europe savante, } avais été de mon propre . chef trouver le Granique dans le Sousou;hirli? N'était-il pas uaturel de penser que je mappu yals sur de grandes autorités?

Ces autorités étaient d'autant plus faciles à découvrir, qu'elles sont indiquées.dans le texte. Spor et Tournefort jouissent, come voyageurs, de l'estime universelle ; or, ce sont eux qui sont les cou-

l'Orient. | Comme mille raisons peuvent m’arrêter dans la carrière littéraire au point où je suis parvenu, je veux payer ici toutes : dettes. Des gens de lettres ont misen vers plusieurs néieéenx de mes LUVIALES ; j'avoue que je n’ai connu qu’assez tard le re à nombre d'obligations que j'avais aux muses sous ce rap par ne sais comment, par exemple, une Pièce charmante inti 16e le Voyage du Poëte, à pu si longtemps m'échapper. 1 ares 9 " g petit poëme, M. de Saint-Vicior, a bien voulu embellir a sx # criplions sauvages, el répéter sur sa lyre une partie de ina a hs son du désert J'aurais dù l’en remercier plus tôt: Si dont ( nb ques écri\ ains ont éle Justement choqués de mon silence 4 Gil ils me faisatent l'honneur de perfectionner mes ébauches ne x ront ici la réparation de mes torts. Je n'ai Ut Miieñton Le blesser personne, encore moins les hommes de lalen: qui ine font jouir d une parlie de leur gloire en empruntant quelque chose à ines écrits. Je ne veux point me brouiller avec les neuf Sœurs,

(1) Daus la troisitme édition, on a rejeté en notes, à la fin de cha que vo-

lume , les louis Glalions quise tronvaieut insérées dus Le texte. (45 M. de Fontance,

D pables, s’il ÿ a des coupables ici. Voici d'abord le passage de Spon.

« Nous continuâmes notre marche le lendemain jusqu’à midi « dans cette belle plaine de la Mysie; puis nous vinmes à de « petites collines. Le soir nous passâmes le Granique sur un pont « de bois à piles de pierres, quoiqu’on l'eût pu aisément guéer, « n’y ayant pas de l’eau jusqu'aux sangles des chevaux. C'est « cette rivière que le passage d'Alexandre le Grand a rendue si « fameuse, et qui fut le premier théâtre de sa gloire lorsqu'il « marchait contre Darius. Elle est presque à sec en été; mais « quelquefois elle se déborde étrangement par les pluies. Son « fond n’est que sablon et gravier; et les Tures, qui ne sont pas « soigneux de tenir les embouchures de rivières nettes, ont laissé « presque combler celle du Granique, ce qui empêche qu’elle ne « soit navigable. Au village de Sousoughirli, qui n’en est qu’à « une mousquetade, il ÿ a un grand kan ou kiervansera, c’est-à- « dire une hôtellerie à la mode du pays, de quoi M. Tavernier « nous donne une longue et exacte description dans ses Voyages CAP Ts ane VIDE VAT ete Vus.re-o NME.

« Ayant quitté le village des Buffles d’eau, car c’est ce que « signifie en ture Sousoughirli, nous allâmes encore le long du « Grañique pendant plus d'une heure; et, à six milles de là, « M. le docteur Pierelin nous fit remarquer de l’autre côté de « l'eau, assez loin de notre chemin, les masures d’un château « qu’on croit avoir été bâti par Alexandre, après qu’il eut passé « la rivière (1). »

Il est, je pense, assez clair que Spon prend comme moi la rivière du village de Sousoughirli, ou des Buffles d’eau pour le Granique. |

Tournefort est encore plus précis :

« Ce Granique, dont on n’oubliera jamais le nom tant qu’on a parlera d'Alexandre, coule du sud-est au nord, et ensuite vers

« le nord-ouest, avant que de tomber dans la mer; ses bords.

« sont fort élevés du côté qui regarde le couchant. Ainsi les « troupes de Darius avaient un grand avantage, si elles en avaient « su profiter. Cette rivière, si fameuse par la première bataille « que le plus grand capitaine de l'antiquité gagna sur ses bords, « s’appelle à présent Sousoughirli, qui est le nom d’un village « où elle passe; et Sousoughirli veut dire Le village des Buffles € d'eau. »

Je pourrais joindre à ces autorités celle de Paul Lucas (Voyage de Turquie en Asie, liv. 1, pag. 131); je pourrais renvoyer le critique au grand Dictionnaire de La Martinière, au mot Granique; tom. nr, pag. 260 ; à l'Encyclopédie, au même mot Granique, lom. vi, pag. 858 ; enfin à l’auteur de l’Examen critique des historiens d'Alexandre, pag. 239 de la deuxième édition : il verrait dans lous ces ouvrages que le Granique est aujourd'hui le Sousou, ou le Samsou, ou le Sousoughirli, c’est-à-dire que La Martinière , les encyclopédistes et le savant M. de Sainte-Croix s en sont rapportés à l’autorité de Spon, de Wheler, de Paul Lucas et de Tournefort. La même autorité est reconnue, dans l’Abrégé del'Histôire générale des Voyages, par La Harpe, tom. xxix, p. 86.

uand un chétif voyageur comme moi a derrière lui des voya- Er tels que Spon, Wheler, Paul Lucas et Tournefort, il est Ex — d alteinte, surtout lorsque leur opinion a été adoptée par des

‘AYants aussi distingués que ceux que je viens de nommer. Re Wbeler, Tournefort, Paul Lucas, sont tombés dans ME et celle méprise à entrainé celle de La Martinière, l'état te de M. de Sarûte-Groix etde M. de La Harpe. ee ler 4 question : ce n’est pas à moi à m’ériger en maitre , L es erreurs de ces hommes célèbres ; il me suffit

d’être à :

a la LAURE : x ,

Je % et leur autorité : je consens à avoir tort avec eux. ne sais si je dois

nr m'a faite au sujet de K cette ville n'existe sur se trouve sur une carte

irhagach : j'avais avancé que lé nom de te carte; on a répondu que ce nom € l'Anglais Arowsmith, carte presque in-

(1) Voyage d'Italie, de Dalmatie, de

etG, Whcler, tom 1, pag. 285, 86, 87, eq qq debant, Par $e EPon

dition de Lyon, 4678,

parler d’une autre petite chicane qu'on

connue en France : cette querelle ne peut pas être bien sérieuse,

Enfin, on a cru que je me vantais d'avoir découvert le premier les ruines de Sparte. Ceci m’humilie un peu; caril est clair qu’on a pris à la lettre le conseil que je donne dans la Préface de ma première édition, de ne point lire l'Introduction à l’itinépaire; mais pourtant il restait assez de choses sur ce sujet dans le corps même de l'ouvrage, pour prouver aux critiques que je ne me vantais de rien. Je cite dans l’Introduction et dans l’Jtinéraire tous les voyageurs qui ont vu Sparte avant moi, ou qui ont parlé de ses ruines. Giambetti, en 1465, Giraud et Vernon, en 4676 ; Fourmont, en 1726; Leroi, en 1758; Riedsel, en 1773; Villoison et Fauvel, vers l’an 4780; Scrofani, en 1794, et Pouqueville, en 1798. Qu'on lise dans l'Jtinéraire les pages où je traite des diverses opinions touchant les ruines de Sparte, et l’on verra s'il est possible de parler de soi-même avec moins de prétention. Comme il m’a paru néanmoins que quelques phrases, re- Jatives à mes très-faibles travaux, n’élaient pas assez modestes, je me suis empressé de les supprimer ou de les adoucir dans celte troisième édition (4).

Cette bonne foi, à laquelle j’attache un grand prix, se fait sentir, du moins je l'espère, d'un bout à l'autre de mon voyage. Je pourrais citer en faveur de la sincérité de mes récits plusieurs té moignages d’un grand poids; mais je me contenterai de mettré sous les yeux du lecteur une preuve tout à fait inattendue de la conscience avec laquelle l’Atinéraire est écrit : j'avoue que cette preuve m'est extrêmement agréable.

S'il y a quelque chose qui puisse paraître singulier dans ma relation, c’est sans doute la rencontre que je fis du père Clément à Bethléem. Lorsqu'au retour de mon voyage on imprima dans le Mercure un ou deux fragments de l'Jtinéraire, les critiques, en Jouant beaucoup trop mon style, eurent Vair de penser que mon imagination avail fait tous les frais de l'histoire du père Clément. La lettre suivante fera voir si ce soupçon était bien fondé. La per= sonne qui me fait l'honneurde m'écrire m'esttout à faitinconnue *

A MONSIEUR Moxsisur DE CHATEAUBRIAND, AUTEUR DES MARTYRS - ET DE L'ITINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM ET DE JÉRUSALEM À PARIS, | | À PARIS.

« En lisant votre Voyage de Paris à Jérusalem, monsieur, j'ai « vu, avec une augmentation d'intérêt, la rencontre que vous « avez faite du père Clément à Bethléem. Je le connais beaucoup: « il a été mon aumônier avant la révolution. J'ai été en corres= « pondance avec lui pendant son séjour en Portugal, et il m'an- « nonça son voyage à la Terre-Sainte. J'ai été extrêmement tou-

-« chée de l’idée qu’il a été oublié dans sa patrie; mon mari et

« moi ayons conservé pour lui toute la considération que méri-

(1) Au reste, je ne sais pourquoi je m'attache si sérieusement à me justi= fier sur quelques points d’érudition : il est très-bon sans doute que je ne me sois pas trompé ; mais quand cela me serait arrivé, on n’aurait encore rien à me dire : jai déclaré que je n’avais aucune prétention, ni comme savant , ni même comme voyageur. Mon Itinéraire est la course rapide d’un homme qui va voir le ciel, la terre et l’eau, et qui revient à ses foyers avec quelques images nouvelles dans la tête, et quelques sentiments de plus dans le cœur # qu’on lise attentivement ma première préface, et qu’on ne me demande pas ce que je n'ai pu ni voulu donner. Après tout, cependant, je réponds de l'exactitude des faits. J'ai peut-ètre commis quelques erreurs de mémoire, mais je crois pouvoir dire que je ne Suis tombé dans aucune faute essentielle, , Voici , par exemple, une inadvertance assez singulière qu’on veut bien me faire connaitre à l'instant : en parlant de l'épisode d'Herminie et du vieillard dans la Jérusalem délivrée, je prouve que la seène doit être placée au bord du Jourdain , mais j'ajoute que le poîte ne le dit pas; et cependant le poëte dit formellement :

Giunse (Brminia) del bel Giordano n° le chiare acque,

N'ayant pas été instruit assez tôt de cette erreur, elle est restée dans cetto présente édition ; mais il suffit au lecteur qu’elle soit indiquée ici,

qq

« tent ses vertus et sa pilié. Nous serions enchantés qu’il voulût « revenir demeurer avec nous ; nous lui offrons le même sort € qu’il avait autrefois, et de plus la certitude de ne jamais nous « quitter. Je croirais amener la bénédiction sur ma maison si je « le décidais à y rentrer. I aurait la plus parfaite liberté pour « tous ses exercices de piété ; il nous connaît, nous n'avons point € changé. J'aurais le bonheur d’avoir tousles jours la messe d'un « saint homme. Je voudrais, monsieur, lui faire toutes mes pro- « Positions, maïs j'ignore comment lés lui faire passer. Oscrai- « je vous demander si vous n’auriez pas-conservé quelque rela- € tion dans ce pays, ou si vous connaîtriez quelque moyen de lui « faire passer ma lettre? Connaissant vos principes religieux, « monsieur, j'espère que vous me pardonnerez, si je suis indis- « crie, en faveur du motif qui me conduit,

« J’ai l'honneur d'être, monsieur, votre très-humble et obéis- “se séteanle, Beuin DE Nan. »

à AR a eu son château du Pérai, près Vans, par

> département de la Sarthe, »

J’ai répondu : 3 Hénra z Re LU Belin de Nan, et, par une seconde lettre, ° “Imprimer celle qué je donne ici. J'ai écrit aussi

au père Clément à Bethlé i cem, pou i iti de ee LL > Pour lui faire part des propositions

Enfin, j'ai eu le bonheur de nes de

rec 1 ' js S personnes qui m° evoir sous mon loit quelques

lité pendant mon voya ont donné Si généreusement l’hospita- Franceà Tunis: ce RE en particulier M. Devoise, consul de Mais jai de la peine : “lquime recueillit à monarrivée d'Égypte. des-pères de Tes fe consoler de n’avoir pas rencontré un ; À d ainte,- qui a passé à P: . . , d mandé plusieurs fois, J'ai li ; aris, ef qui m a dej'aurais tâché de le me lieu de croire que c'était le père Munos : il me reçut à Jaff: CeVOIRAYEC Un cœur limpido e bianco, comme 3, et je lui aurais demandé à mon tour :

PP TNT ed tibi qui cursum Yenti, qu& fata dedere ?

J'oubliais de dire que j'ai : ue Jai re i des renseignements sur due tard pour en faire usage, t les : Ë Yeaux voyageurs en Grèce don Journaux ont annoncé le relour; j'ai ns SR à la ée ?

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Le à Maison de Brienne. Monta-

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