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flots d'huile qui
ITINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM. AR 41 oo
M. Vial se donna la peine de me montrer Coron, qui n’est
u’un amas de ruines modernes ; il me fit voir aussi l'endroit d'où les Russes canonnèrent la ville en 1770, époque fatale à la Morée, dont les Albanais ont depuis massacré la population. La relation des voyages de Pellegrin date de 1713 et de 1719 : le ressort de Coron s’étendait alors, selon ce voyageur, à quatrevingts villages; je :
pe sais si l’on en trouverait aujourd'hui cinq ou six
prenant possession d’un pays enchanté au nom de Ja servitude et de la mort; ou plutôt je croyais voir les vaisseaux d’Alaric s'éloigner de la Grèce en cendres, en emportant la dépouille des temples, les trophées d’Olympie, et les statues brisées de la Liberté et des Arts (1). :
Je quittai Coron le 42 à deux heures du matin, comblé des .politessesetdes attentionsde M. Vial, qui me donna une lettre pour le pa-
cha de Morée, et
dans le même ar«
une autre lettre
rondissement. Le
restedeces champs
pour un Turc de
Misitra. Je m’em-
dévastés appar-
tient à des Turcs
barquai avec Jo-
seph et mon nou-
qui possèdent trois
‘veau janissaire
ou quatre mille
pieds d’oliviers, et
dans un caïque qui
devait me condui-
qui dévorent dans
re à l'embouchure
un harem à Cons-
tantinople * l'héritaged’Aristomène.
Les larmes me venaient aux yeux en voyant les mains du Grec esclave inutilement trempées de ces
rendaient la vigueur aux bras de
ses pères pour triompher des tyrans.
La maison du consul dominait le golfe de Coron : je voyais de ma fenêtre la mer de Messénie peinte du plus bel azur; devant moi, de l'autre côté de celle mer, s'élevait la haute chaine du Taygète couvertde neige, etjustement comparé aux Alpes par Polyba, mais aux Alpes sous un plus beau ciel. A ma droite s’étendait la pleine mer, età ma gauche, au fond du golfe, je découvrais le mont Ithome, isolé comme le Vésuve, et tronqué comme
Jui à son sommet, Je ne pouvais m'arracher à ce spéclacle : quelles pensées n inspire point la vue de ces côtes désertes de la Grèce où l’on n’entend que l'éternel sifflement du mistral et le re t je ane * Quelques coups de canon, que le capitan-pacha faisait tirer de loin à loin contre les rochers des Maniottes enr aient seuls ces tristes bruits par un bruit plus triste encore On Da vait sur toute l’élendue de la mer que la flotte de ce chef de Barbares : elle me rappelait le souvenir de ces pirates américains qui plantaient leur drapeau sanglant sur une {erre incon nue, en
Cruauté d'un officier turc.
du Pamisus, au fond du golfe de Messénie. Quelques heures d’une | belle traversée me portèrent dans le lit du plus grand fleuve du Péloponèse, où notre peile barque échoua faute d’eau. Le janissaire alla chercher des chevaux à Nissi, gros village éloigné de trois ou quatre milles de la mer, en remontant le Pamisus. Cette rivière élait couverte d'une multitude d'oiseaux sauvagesdont je m'amusai à observer les jeux jusqu’au retour du janissaire.
Rien ne serait agréable comme l'histoire naturelle, si on la rattachait toujours à l'histoire des hommes : on aimerait à voir les oiseaux voyageurs quitler les peupladesigno-" rées de l’Atlantique pour visiter les peuples fameux de l'Éurotas et du Céphise. La Providence, afin de con+ fondre notre vanité, a permis que les animaux connussent avant l'homme la véritable étendue du séjour de l’homme; et (el oiseau américain attirait peut-être l'attention d’Aristote dans les fleuves de la Grèce, lorsque le philosophe ne soupçonnait même pas l'existence d’un monde nouveau. L’antiquité nous offrirait dans ses annales une foule de rapprochements curieux ; et sou-
( jun sh |
(4) Voyez la description de la Messénie dans les Martyrs, üv. 1
vent la marche des peuples et des armées se lierait aux pèlerinages de quelques oiseaux solitaires, ou aux migrations pacifiques des gazelles et des chameaux. |
Le janissaire revint au rivage avec un guide et cinq chevaux, deux pour le guide et les trois autres pour mo, le janissaire et Joseph. Nous passämes à Nissi, qui me semble inconnue dans l'antiquité. Je vis un moment le vayvode ; c'était un jeune Grec fort affable, qui m’offrit des confitures et du vin :Jen acceptai point son hospitalité, et'je continuai ma route pour Tripolizza.
Nous nous dirigeâmes sur le mont Ithome, en laissant à gauche les ruines de Messène. L'abbé Fourmont, qui visita ces ruines il y a soixante-dix ans, y compta trente-huit tours encore debout. Je ne sais si M. Vial ne m’a point assuré qu’il en existe aujourd’hui neuf entières et un fragment considérable de mur d’enceinte. M. Pouqueville, qui traversa la Messénie dix ans avant moi, ne passa point à Messène. Nous arrivàmes vers les trois heures de l'après-midi au pied de l’Ithome, aujourd'hui le mont Vulcano, selon d'Anville. Je me convainquis, en examinant celte wontagne , de la difficulté de bien entendre les auteurs anciens sans avoir vu les lieux dont ils parlent. Il est évident, par exemple, que Messène et l’ancienne Ithome ne pouvaient embrasser le mont dans leur enceinte, et qu'il faut expliquer la particule grecque épi, comme l'explique M. Lechevalier à propos de la course d’Hector et d'Achille, c'est-à-dire qu’il faut traduire devant Troie, et non pas autour de Troie.
Nous traversâmes plusieurs villages, Chafasa, Scala, Cyparissa, etquelques autres récemment détruits par le pacha lors de sa dernière expédition contre les brigands. Je ne vis dans lous ces villages qu’une seule femme : elle ne démentait point le sang des Héraclides, par ses yeux bleus, sa haute taille et sa beauté. La Messénie fut presque toujours malheureuse : un pays fertile est souvent un avantage funeste pour un peuple. A la désolation qui régnait autour de moi on eût dit que les féroces Lacédémoniens venaient encore de ravager la patrie d’Aristodème. Un grand homme se chargea de venger un grand homme : Épaminondas éleva les murs de Messène. Malheureusement on peut reprocher à cette ville la mort de Philopæmen. Les Arcadiens tirèrent vengeance de cette mort, et transportèrent les cendres de leur compatriote à Mégalopolis. Je passais avec ma petite caravane précisément par les chemins où le convoi funèbre du dernier des Grecs avait passé, il y a environ deux mille ans.
| Après avoir longé le mont Ithome nous traversâmes un ruis- Seau qui coule au nord, et qui pourrait bien être une des sources du Balyra. Je n’ai jamais défié les Muses, elles ne m'ont point rendu aveugle comme Thamyris; et si j'ai une lyre, je ne lai point jetée dans le Balyra, au risque d'être changé après ma mort en rossignol. Je veux encore suivre le culte des neuf Sœurs pendant quelques années, après quoi j’abandonnerai leurs autels. La couronne de roses d’Anacréon ne me tente point : la plus belle couronne d’un vieillard, ce sont ses cheveux blancs et les souvenirs d'une vie honorable (1).
Andanies devait être plus bas, sur le cours du Balyra. J'aurais aimé à découvrir au moins l'emplacement des palais de Mérope.
J'entends des cris plaintifs. Hélas! dans ces palais Un dieu persécuteur habite pour jamais.
Mais Andanies était trop loin de notre route pour essayer d’en trouver les ruines. Une plaine inégale, couverte de grandes herbes et de troupeaux de chevaux comme les savanes de la Floride, me conduisit vers le fond du bassin où se réunissent les
autes montagnes de l’Arcadie-et de la Laconie. Le Lycée était devant nous , cependant un peu sur notre gauche , et nous foulions probablement le sol de Stényclare. Je n’y entendais point Tyrtée chanter à la tête des bataillons de Sparte ; mais, à son dé-
(1) L'auteur travaillait alors aux Martyrs, pour lesquels il avait entrepris ce voyage. Son dessein était de renoncer aux sujets d'imagination après la publication des Martyrs. On peut voir ses adieux à le muse dans le dernier livre de cet ouvrage.
faut, je fis à cet endroit la rencontre d'un Turc monté sur un bon cheval et accompagné de deux Grecs à pied. Aussitôt qu'il m’eut reconnu à mon habit franc, il piqua vers moi, et me cria en francais : « C’est un beau pays pour voyager que la Morée! « En France, de Paris à Marseille, je trouvais des lits et des au- « berges partout. Je suis très-fatigué; je viens de Coron par « terre, et je vais à Léondari. Où allez-vous? » Je répondis que « j'allais à Tripolizza. — Eh bien! dit le Turc, nous irons en- « semble jusqu'au kan des Portes; mais je suis très-fatigué, mon « cher seigneur. » Ce Turc courtois était un marchand de Co: ron qui avait été à Marseille, de Marseille à Paris, et de Paris à Marseille (1).
Il était nuit lorsque nous arrivâmes à l’entrée du défilé, sur les confins de Ja Messénie, de l'Arcadie et de la Laconie. Deux rangs de montagnes parallèles forment cet Hermæum qui s'ouvre du nord au midi. Le chemin s'élève par degrés du côté de la Messénie, et redescend par une pente assez douce vers la Laconie. C'est peut-être l'Hermæum où, selon Pausanias, Oreste, troublé par la première apparition des Euménides, se coupa un doigt avec les dents. |
Notre caravane s’engagea bientôt dans cet étroit passage, Nous marchions tous en silence et à la file (2). Cette route, malgré la justice expéditive du pacha, n’était pas sûre, et nous nous tenions prêts à tout événement. À minuit nous arrivâmes au kan placé au milieu du défilé : un bruit d'eaux et un gros arbre nous annoncèrent cette pieuse fondation d’un serviteur de Mahomet. En Turquie toutes les institutions publiques sont dues à des particuliers: l'État ne fait rien pour l’État. Ces institutions sont le fruit de l'esprit religieux et non de amour de la pairie; car il n'y a point de patrie. Or, il est remarquable que toutes ces fontaines, tous ces kans, tous ces ponts tombent en ruine et sont dés premiers temps de l'empire : je ne crois pas avoir rencontré sur les « chemins une seule fabrique moderne : d’où l’on doit conclure que chez les musulmans Ja religion s'affaiblit, et qu'avec la religion … l’état social des Turcs est sur le point de s’écrouler, Des Nous entrâmes dans le kan par une écurie ; une échelle en forme de pyramide renversée nous conduisit dans un grenier M
oudreux. Le marchand turc se jeta sur une nalte en s’écriant : M « C'est le plus beau kan de la Moréel De Paris à Marseille je 4 « trouvais des lits et des auberges partout. » Je cherchai à le consoler en lui offrant la moitié du souper que j'avais apporté de Coron. « Eh ! mon cher seigneur, s'écria-t-il, je suis si faligué « que je vais mourir! » Etil gémissait, et ilse prenaitla barbe, etil M s'essuyait le front avec un schall, et il s'écriait : « Allah ! » Tou-. tefois il mangeait d'un grand appétit la part du souper qu’il avait refusée d’abord. |
Je quiltai ce bon homme (3) le 43 au lever du jour, et je continuai ma route, Notre course était fort ralentie : au lieu du ja= nissaire de Modon, qui ne demandait qu’à tuer son cheval, j'avais M un janissaire d’une tout autre espèce. Mon nouveau guide était M un pelit homme maigre, fort marqué de petite vérole , parlant bas et avec mesure, et si plein de la dignité dé son turban, qu'on l’eût pris pour un parvenu. Un aussi grave personnage ne sëm mettait au galop que lorsque limportance de l’occasion l'exi= geait : par exemple lorsqu'il apercevait quelque voyageur. L’ir=M révérence avec laquelle. j'interrompais l’ordre de la marche, courant en avant, à droite et à gauche, partout où je croyais" découvrir quelques vestiges d’anliquité, lui déplaisait fort, mais il n’osait se plaindre. Du reste je le trouvai fidèle et assez désin= téressé pour un Turc.
(4) Ilest remarquable que M. Pouqueville rencontra à peu près au même endroit un Turc qui parlait français. C'était peut-être 1e mème.
(2, Je ne sais si c’est le même Hermæum que M. Pouqueville et ses come pagnons d’infortune passerent en venant de Navarin. Voyez, pour la descrip=" tiou de cette partie de la Messénie, les Martyrs, liv: x. "4
(3) Ce Ture, moitit Grec, comme M. Fauvel me l’a dit depuis, est toujours par voie et par chémin : il ne jouit pas d’une réputation très-sûre, POUR s’ètre mêlé fort à son avautage des approvisiounéments d’une armée.
Une autre cause retardait encore notre marche; le velours dont Joseph était vêtu dans la canicule, en Morée, le rendait fort malheureux; au moindre mouvement du cheval il s’accrochait à Ja selle; son chapeau tombait d'un côté, ses pistolets de l'antre ; il fallait ramasser tout cela et remettre le pauvre Joseph à cheval. Son excellent caractère brillait d’un nouveau lustre au milieu de toutes ces peines, et sa bonne humeur était inaltérable. Nous mimes donc trois mortelles heures pour sortir de l'Hermæum, assez semblable dans cette partie au passage de l'Apennin entre Pérouse et Tarni. Nous éntrâmes dans une plaine cultivée qui s'étend jusqu’à Léondari, Nous étions là en Arcadie, sur la frontière de la Laconie,
On convie ntgénéralement, malgré l'opinion de d’Anville, que Léondari n'est point Mégalopolis, On veut retrouver dans la première l’ancienne Leuctres de la Laconie, et c’est le sentiment de M. Barbié du Bocage. Où donc est Mégalopolis? Peut-être au village de Sinano. Il eût fallu sortir de mon chemin et faire des recherches qui n’entraient point dans l’objet de mon voyage. Mégalopolis, qui n’est d’ailleurs célèbre par aucune action mémorable ni par aucun chef-d'œuvre des arts, n'eût tenté ma curiosité que comme monument du génie d'Épaminondas et patrie de Philopæmen et de Polybe., :
Laissant à droite Léondari, ville tout à fait moderne, nous traversâmes un bois de vieux chênes-verts; c'était le reste vénérable d'une forêt sacrée : un énorme vautour perché sur la cime d’un arbre mort ÿ semblait encore attendre le passage d’un augure. Nous vimes le soleil se lever sur le mont Borée; nous mimes pied à terre au bas de ce mont pour gravir un chemin taillé dans le roc : ces chemins étaient appelés Chemins de l'Echelle en Arcadie. à
Je n'ai pu reconnaître en Morée ni les chemins grecs ni les voies romaines. Des chaussées turques de deux pieds et demi de large servent à traverser les terrains bas et marécageux ; comme il n’y à pas une seule voiture à roues dans cette partie du Péloponèse, ces chaussées suffisent aux ânes des paysans et aux chevaux des soldats. Cependant Pausanias et la carte de Peutinger marquent plusieurs routes dans les lieux où j'ai passé, surtout aux environs de Manlinée. Bergier les a très-bien suivies dans ses Chémins de l'Empire (1).
Nous nous trouvions dans le voisinage d’une des sources de l'Alphée; je mesurais avidement des yeux les ravines que je rencontrais : lout était muet et desséché, Le chemin qui conduit de Borée à Tripolizza traverse d’abord des plaines désertes et se ‘plonge ensuite dans une longue vallée de pierres. Le soleil nous dévorait ; à quelques buissons rares et brülés étaient suspendues des cigales qui se taisaient à notre approche ; elles recommengaient leurs cris dès que nous étions passés : on n'entendait que ce bruit monotone, les pas de nos chevaux et Ja complainte de * notre guide. Lorsqu'un postillon grec monte à cheval , il commence une chanson qu’il continue pendant toute la route, C’est presque toujours une longue histoire rimée qui charme les ennuis des descendants de Linus : les couplets en sont nombreux, l'air triste; el assez ressemblant aux airs de nos vieilles romances françaises. Une, entre autres, qui doit être fort connue, car je l'ai entendue depuis Coron jusqu’à Athènes, rappelle d’une manière frappanle l'air :
Mon cœur charmé de sa Chaîne, etc.
Il faut seulement s'arrêter aux quatre premiers vers sans passer au refrain.
Toujours! toujours !
Ces'airs auraient-ils été apportés en Morée par les Vénitiens ?
(1) La carte de Peutiuger ne peut pas tromper, du moins quant à l’existence des routes, puisqu'elles sont tracées sur ce monument. curieux , qui n’est qu'un livre des postes des anciens. La difficulté existe que dans le caleui des distances, et surtout pour ce qui regarde les Gaules, où l’abrévialivu leg. peut se prendre quelquefois pour leya ou lgio.
serait-ce que les Français,. excellant dans la romance, se sont rencontrés avec le génie des Grecs ? Ces airs sont-ils antiques? et, s'ils sont antiques, appartiennent-ils à la seconde école de la musique chez les Grecs, ou remontent-ils jusqu’au temps d'Olympe? Je laisse ces questions à décider aux habiles. Mais il me semble encore ouir le chant de mes malheureux guides, la nuit, le jour, au lever, au coucher du soleil, dans les solitudes de l’Arcadie, sur les bords de l'Eurotas, dans les déserts d'Argos, de Corinthe, de Mégare : lieux où la voix des Ménades ne retentit plus, où les concerts des Muses ont cessé, où le Grec infortuné semble seulement déplorer dans de tristes complaintesles malheursde sa patrie.
+ + -« Soli periti cantare Arcades (1)?
A trois lieues de Tripolizza, nous rencontrâmes deux officiers de la garde du pacha qui couraient, comme moi en poste, Ils assommaient les chevaux et le postillon à coups de fouet de peau de rbinocéros. Ils s’arrêtèrent en me voyant, et me demandèrent mes armes : je refusai de les donner, Le janissaire me fit dire par Joseph que ce n’était qu’un pur objet de curiosité, et que je pouvais aussi demander les armes de ces voyageurs, A celte condition je voulus bien satisfaire les spahis : nous changeâmes d'armes. Ils examinèrent longtemps mes pistolets, et finirent par me les tirer au-dessus de la tête. : dE
J'avais été prévenu de ne me laisser jamais plaisanter par un Turc, si je ne voulais m’exposer à mille avanies. J'ai reconnu plusieurs fois, dans la suite, combien ce conseil était utile: un Turc devient aussi souple, s’il voit que vous ne le craignez pas, qu’il
| est insultant s’ils’aperçoit qu’il vous fait peur. Je n’aurais pas eu
besoin, d’ailleurs, d’être averti dans cette occasion, et la plaisanterie m'avait paru trop mauvaise pour ne pas la rendre coup sur coup. Enfonçant donc les éperons dans les flancs de mon cheval,
je courus sur les Turcs et leur lâchai les coups de leurs propres
pistolets en travers, si près du visage, que l’amorce brûla les mouslaches du plus jeune spahi. Une explication s’ensuivit entre ces officiers et le janissaire, qui leur dit que j'étais Français : à
ce nom de Français il n’y eut point de politesses turques qu’ils ne
me firent. Ils m’offrirent la pipe, chargèrent mes armes et me les
rendirent, Je crus devoir garder l’avantage qu’ils me donnaient,
et je fis simplement charger leurs pistolets par Joseph. Ces deux étourdis voulurent m’engager à courir avec eux : je les refusai,
et ils partirent. On va voir que je n'étais pas le premier Fran-
çais dont ilseussent entendu parler, et que leur pacha connais-
sait bien mes compatriotes.
On peut lire dans M. Pouqueville une description exacte de Tripolizza, capitale de la Morée. Je n'avais pas encore vu de-ville entièrement turque : les toits rouges de celle-ci, ses minarets et ses dômes me frappèrent agréablement au premier coup d'œil: Tripolizza est pourtant située dans une partie assez aride du val: : lou de Tégée, et sous une des croupes du Ménale, qui m'a paru dépouillée d'arbres et de verdure. Mon janissaire me conduisit chez un Grec de la connaissance de M. Vial. Le consul, comme je l'ai dit, m’avait donné une lettre pour le pacha. Le lendemain de mon arrivée, 15 août, je me rendis chez le drogman de Son Excellence : je le priai de me faire délivrer le plus tôt possible mon firman de poste et l’ordre nécessaire pour passer l'isthme de Corinthe, Ce drogman, jeune homme d’une figure fine et spirituelle, me répondit en italien que d’abord il était malade : qu’ensuite la pacha venait d'entrer Chez ses femmes ; qu'on ne parlait pas comme cela à uu pacha; qu il fallait attendre; que les Français étaient toujours pressés.
Je répliquai que je n'avais demandé les firmans que pour la forme ; que mon passe-port français me suffisait pour voyager en Turquie, maintenant en paix avec Mon pays; que, puisqu'on
(1) Spon avait remarqué en Grèce un air parfaitement semblable à celui de Héveidez-vous, belle endurniie : et il s'amusa méme à composer des paroles en grec moderne sur cet air,
RE En es .