‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 25 sur 111 · FE · texte numérisé non relu

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n'avait pas le temps de mobliger, je partirais sans les firmans et sans remettre la lettre du consul au pacha. ; Je sortis. Deux heures après le drogman me fit rappeler; Je le trouvai plus traitable , soit qu’à mon ton il m'eùt pris pour Un personnage d'importance , soit qu’il craignit que je ne pee quelque moyen de porter mes plaintes à son mailre ; il me dit qui

allait se rendre chez Sa Grandeur, et lui parler de mon affaire.

En effet, deux heures après un Tartare me vint chercher et me conduisit chez le pacha. Son palais est une grande maison de bois carrée, ayant au centre une vaste cour, el ‘des pese régnant sur les quatre faces de cette cour. On me fit attendre ans une salle où je trouvai des papas et le patriarche de la Morée. Ces prêtres et leur patriarche parlaient beaucoup, et avaient parfaitement les manières déliées et avilies des courtisans grecs sous le Bas-Empire. J’eus lieu de croire, aux mouvements que Je remarquai, qu’on me préparait une réception brillante ; cette cérémonie m’embarrassait. Mes vêtements étaient délabrés, mes bottes poudreuses, mes cheveux en désordre, et ma barbe, comme celle d'Hector : barba squalida. Je m'étais enveloppé dans mon manteau, et j'avais plutôt l'air d’un soldat qui sort du bivouac que d’un étranger qui se rend à l'audience d’un grand seigneur.

Joseph, qui disait se connaître aux pompes de l'Orient, m'avait forcé de prendre ce manteau : mon habit.court lui déplaisait; lui-même voulut m’accompagner avec le janissaire pour me faire honneur. Il marchait derrière moi sans bottes, les jambes el les pieds nuds, et un mouchoir rouge jeté par-dessus son cha-

. Peau. Malheureusement il fut arrêté à la porte du palais dans ce

‘bel équipage : les gardes ne voulurent point le laisser passer : il me donnait une telle envie de rire, que je ne pus jamais le réclamer sérieusement. La prétention au turban le perdit, et il ne vit que de loin les grandeurs où il avait aspiré. as

Après deux heures de délai, d’ennui et d’impatience on m'introduisit dans la salle du pacha : je vis un homme d’environ quarante ans, d’une belle figure, assis ou plutôt couché sur un divan, vêtu d’un cafetan de soie, un poignard orné de diamants à la ceinlure, un turban blanc à la tête. Un vieillard à longue barbe oc- Chpait respectueusement une place à sa droite (c'était peut-être le bourreau) ; le drogman grec était assis à ses pieds , trois pages debout tenaient .des pastilles d’ambre, des pincettes d'argent et

u feu pour la pipe. Mon janissaire resta à la porte de la salle. © Mavançai, saluai Son Excellence en mettant la main sur mon cœur; vilége des Français, je m’assis sans avoir attendu l’ordre.

Osman me fit demander d'où je venais, où j'allais, ce que je voulais. à

Je répondis que j'allais en pèlerinage à Jérusalem ; qu’en me rendant à la Ville sainte des chrétiens j'avais passé par la Morée pour voir les antiquités romaines (1); que je désirais un firman de poste pour avoir des chevaux, et un ordre pour passer l'isthme. £ +

Le pacha répliqua que j'étais le bienvenu, que je pouvais voir tout ce qui me ferait plaisir, et qu'il m'accorderait les firmans. Il me demanda ensuite si j'étais militaire, el si j'avais fait la guerre d'Égypte.

Cette question m’embarrassa, ne sachant trop dans quelle intenlion elle était faite. Je répondis que j'avais autrefois servi mon Pays, mais que je n'avais jamais été en Égypte.

Osman me tira tout de suite d’embarras : il me dit loyalement qu'il avait été fait prisonnier par les Français à la bataille d’A-

oukir; qu'il avait été très-bien traité de mes compatriotes , el qu’il s’en souviendrait toujours.

Je ne m'attendais point aux honneurs du café, et cependant je les oblins : je me plaignis alors de l'insulte faite à un de mes gens, et Osman me proposa de faire donner devant moi vingt coups de bâton au délis qui avait arrêté Joseph. Je refusai ce dé-

\ . ns Pa (1) Tout ce qui a rapport aux Grecs, et les Grecs eux-mêmes, sont nommis Romains par l:s Turcs.

: La Morée étant devenue un pachali, le pacha a fixé sa résidence. à Tripolizza, comme dans un point plus central. Quant à lagré-

différents sur la beauté des lieux. [ls n’ont point à cet égard la dé- Jicatesse des Arabes, que le charme du ciel et de la terre séduit.

je lui présentai la lettre du consul ; et usant du pri- ; d E ne paie point les chevaux; le poids de votre bagage est réglé; ”

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ne [TINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM.

dommagement, et je me contentai de la bonne volonté du pacha. Je sortis de mon audience fort satisfait : il est vrai qu il me fallut payer largement à la porte des distinctions aussi flatteuses. Heureux si les Tures en place employaient au bien des peuples qu'ils gouvernent cette simplicité de mœurs et de justice! Mais ce sont destyrans que la soif de l'or dévore, et qui versent sans remords le sang innocent pour la satisfaire. A 00

Je retournai à la maison de mon hôte, précédé de mon janissaire et suivi. de Joseph, qui avait oublié sa disgrâce. Je passai auprès de quelques ruines dont la construction me parut antique : je me réveillai alors de l'espèce de distraction où m’avaient jeté les dernières scènes avec les deux officiers turcs, le drogman et le pacha ; je me retrouvai tout à*coup dans les campagnes des Tégéates : et j'étais un Franc en habit court et en grand chapeau; et je venais de recevoir l’audience d'un Tartare en robe longue et en turban au milieu de la Grèce!

Eheu, fugaces labuntur anni!

M. Barbié du Bocage se récrie, avec raison, contre l’inexactitude de nos cartes de Morée, où la capitale de cette province n’est souvent pas même indiquée. La cause de cette négligence vient de ce que le gouvernement turc a changé dans cette partie de la Grèce. Il y avait autrefois un sangiac qui résidait à Coron.

ment de la position, j'ai remarqué que les Turcs élaient assez in-

toujours, et qui pleurent encore aujourd’hui Grenade perdue.

‘Cependant, quoique très-obscure, Tripolizza n’a pas été tout à fait inconnue jusqu’à M. Pouqueville, qui écrit Tripolitza : Pellegrin en parle, et la nomme Trepolezza; d'Anville, Trapolizza : M. de Choiseul, Tripolizza, et les autres voyageurs ont suivi cette orthographe. D’Anville observe que Tripolizza n’est point Mantinée : c’est une ville moderne qui paraît s'être élevée entre Mantinée, Tégée et Orchomène.

Un Tartare m'apporta le soir mon firman de poste et l’ordre pour passer l’isthme. En s’établissant sur les débris de Constantinople, les Turcs ont manifestement retenu plusieurs usages des peuples conquis. L'établissement des postes en Turquie est, à peu. de chose près, celui qu’avaient fixé les empereurs romains : on

on est obligé de vous fournir partout la nourriture, etc. Je nè voulus point user de ces magnifiques, mais odieux privilèges, dont le fardeau pèse sur un peuple malheureux : je payai par- {out mes chevaux et ma nourriture comme un voyageur sans pro= tection et sans firman.

Tripolizza étant une ville absolument moderne, jen partis le 45 pour Sparte, où il me tardait d'arriver. Il me fallait, pour. ainsi dire, revenir sur mes pas, ce qui n'aurait pas eu lieu si j'a= vais d’abord visité la Laconie en passant par Calamate, A une lieue vers le couchant, au sortir de Tripolizza, nous nous arrê=\ {âmes pour voir des ruines : ce sont celles d’un couvent grec dé=" vasté par les Albanais au temps de la guerre des Russes ; maïs. dans les murs de ce couvent on aperçoit des fragments d’une belle architecture, et des pierres chargées d’inscriptions engagées dans la maçonnerie. J'essayai longtemps d’en lire une à gauche de lan porte principale de l’église. Les lettres étaient du bon temps; et l'inscription parut être en boustrophédon : ce qui n’annonce pas toujours une {rès-haute antiquité. Les caractères étaient ren versés par la position de la pierre : la pierre elle-même était éclatée, placée fort haut, et enduite en partie de ciment. Je ne pus rien déchiffrer, hors le mot TETEATES, qui me causa presque au tant de joie que si j'eusse été membre de l’Académie des Inscrip« lions. Tégée a dù exister aux environs de ce couvent.On trouve dans les champs voisins beaucoup de médailles. J’en achetai trois d’un paysan, qui ne me donnèrent aucune lumière ; il me les

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