‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 27 sur 111 · PS · texte numérisé non relu

PS

dans les cartes de la Laconie. Nous donnons indifféremment le nom moderne d’{ris ou Vasilipotamos à l'Eurotas. La Guilles lière, ou plutôt Guillet, ne sait où Niger a pris ce nom d’{ris, et.

(1) La Toute-Sainte (la Vierge).

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M Pouqueville paraît également étonné de ce nom. Niger et M

létius, qui écrivent Neris par corruption, n’ont pas cependant |

jout à fait tort, L’Eurotas est connu à Misitra sous le nom d’/ri

(et non pas d'Jris) jusqu’à sa jonction avec la Tiase : il prend alors | je nom de Vasilipotamos, et il le conserve le reste de son cours. |

Nous arrivâmes dans la montagne au village de Parori, où nous vimes une grande fontaine appelée Chieramo : elle sort avec abondance du flanc d’un rocher ; un sanle pleureur l’ombrage au-dessus, et au-dessous s'élève un immense platane autour Au quel on s’assied sur des nattes pour prendre le café. Je ne sais d'où ce saule pleureur a été apporté à Misitra ; c’est le seul que j'aie vu en Grèce (1). L'opinion commune fait, je crois, le Salix Babylonica originaire de l’Asie-Mineure, tandis qu'il nous est peut-être venu de la Chine à travers l’Orient. Il en est de même du peuplier pyramidal que Ja Lombardie a reçn de la Crimée et de la Géorgie, et dont la famille a été retrouvée sur les bords du Mississipi, au-dessus des Illinois.

I} y a beaucoup de marbres brisés et enterrés dans les environs de la fontaine de Parori : plusieurs portent des inscriptions dont on aperçoit des lettres et des mots; avec du temps et de l’argent, peut-être pourrait-on faire dans cet endroit quelques découvertes : cependant il est probable que la plupart de ces inscriptions auront été copiées par l’abbé Fourmont, qui en recueillit trois cent cinquante dans la Laconie et dans la Messénie.

Suivant toujours à mi-côte le flanc du Taygèle, nous rencontrâmes une seconde fontaine appelée Mavdérzue, Panthalama , qui tire son nom de la pierre d'où l’eau s'échappe. On voit sur cette pierre une sculpture antique d’une mauvaise exécution, re-

résentant trois nymphes dansant avec des guirlandes. Enfin

. nous trouvâmes une dernière fontaine nommée Tprrtéæ, Trit-

gella, au-dessous de laquelle s'ouvre une grotte qui n’a rien de remarquable (2). On reconnaftra, si l’on veut, la Dorcia des anciens dans l'une de ces trois fontaines; mais alors elle serait placée beaucoup irop loin de Sparte.

Là, c’est-à-dire à la fontaine Tritzella, nous nous trouvions

. derrière Misitra, et presque au pied du château ruiné qui com-

mande la ville. Il est placé au haut d’un rocher de forme quasi

ramidale. Nous avons employé huit heures à toutes nos courses et il était quatre heures de l'après-midi. Nous quittâmes nos chevaux, et nous monlèmes à pied au château par le faubourg des Juifs, qui tourne en limaçon autour du rocher jusqu’à la base du château. Ce faubourg a été entièrement détruit par les Albanais; les murs seuls des maisons sont restés debout, et l’on voit à js

vers les ouvertures des portes et des fenêtres la trace des flammes

qui ont dévoré ces anciennes retraites de la misère. Des enfants, aussi méchants que les Spar liates dont ils descendent, se cachent dans ces ruines, épient le voyageur, et, au moment où il passe,

- fout crouler sur lui des pans de murs et des tragments de rocher.

Je faillis être victime d’un de ces jeux lacédémoniens.

Le château gothique qui couronne ces débris tombe lui-même en ruine : les vides des créneaux, les crevasses formées dans les voûtes, et les bouches des citernes, font qu'on ne marche pas sans danger. Î n’y a ni portes, ni gardes, ni canons ; le tout est abandonné : mais on est bien dédommagé de la peine qu’on a prise de monter à ce donjon par la vue dont on jouit.

Au-dessops de vous, à votre gauche, est la partie détruite de Misitra, c’est-à-dire le faubourg des Juifs dont je viens de parler A l'extrémité de ce faubourg vous apercevez l'archevéché et l'é glise de Saint-Dimitri, environnés d'un groupe de maisons grecques avec des jardins. k

Perpendiculairement au-dessous de vous s'étend la partie de la ville appelée Karwywptov, Katôchôrion, c’est-à-dire le bourg audessous du Château.

En avant de Katôchôrion se trouve le M:coyopioy, Mésochôrion,

(1) Je ne sale pourtant si je n’en ai point vu quelques autres dans le jardin de J'aga de Naupli de Romanie, aa bord du golfe d’Argos. (2) M. Scrofani parle de ces fontaines,

é- | le bourg du milieu :

celui-ci a de grands jardins, et renlerme des maisons turques peintes de vert et de rouge; on y reinarque aussi des bazars , des kans et des mosquées.

A droite, au pied du Taygète, on voit successivement les trois villages ou faubourgs que j'avais traversés : Tritzella, Panthalama et Parori.

De la ville même sortent deux torrents : le premier est appelé Oépuorérauoe, Hobriopotamos, rivière des Juifs; il coule entre le Katôchôrion et le Mésochôrion.

Le second se nomme Panthalama, du nom de la fontaine des Nympbhes dont il sort : il se réunit à l'Hobriopolamos assez loin dans la plaine, vers le village désert de Mayoÿa, Magoula. Ces deux torrents, sur lesquels il y a un pont, ont suffi à La Guilletière pour en former l'Eurotas et le pont Babyx, sous le nom générique de T'égupos, qu'il aurait dû, je pense, écrire l'égupæ.

A Magoula, ces deux ruisseaux réunis sé jettent dans la rivière de Magoula, l’ancien Cnacion, et celui-ei va se perdre dans PEurotas.

Vue du château de Misitra, la vallée de la Laconie est admirable : elle s'étend à peu près du nord au midi; elle est bordée à l'ouest par le Taygète, et à l’est par les monts Tornax, Baros-

thènes, Ulympe et Ménélaïon; de petites collines obstruent la

partie septentrionale de la vallée, descendent au midi en diminuant de hauteur, et viennent former de leurs dernières croupes

“les collines où Sparte était assise. Depuis Sparte jusqu’à la mer

se déroule une plaine unie et fertile arrosée par l’Eurotas (4). Me voilà donc monté sur un créneau du ehâteau de Misitra, découvrant, contemplant et admirant toute la Laconie. Mais quand parlerez-vous de Sparte? me dira le lecteur. Où sont les débris de cette ville? Sont-ils renfermés dans Misitra? N'en reste-t-il aucune trace? Pourquoi courir à Amyclée avant d'avoir visité tous les coins de Lacédémone? Vous contenterez-vous de nommer l’Eurotas sans en montrer le cours, sans en décrire les bords? Quelle largeur a-t-il? de quelle couleur sont ses eaux? où sont ses cygnes, ses roseaux, ses lauriers? Les moindres particularités doivent être racontées quand il s’agit de la patrie de Lycurgue, d’Agis, de Lysandre, de Léonidas. Tout le monde a vu Athènes, mais très-peu de voyageurs ont pénétré jusqu'à Sparte : aucun n’en a complétement décrit les ruines.

Il y a déjà longtemps que j'aurais sa le moment même où il m'aperçoit au ha je n’eusse fait pour mon propre compte toule

je l’entends me faire à présent.

Si on a lu l'introduction à cet Itinéraire on a pu voir que Je

n'avais rien négligé pour me procurer sur Sparte tous les renseignements possibles : j'ai suivi l’histoire de cette ville depuis les Romains jusqu’à nous ; j'ai parlé des voyageurs et des livres qui nous ont appris quelque chose de la moderne Lacédémone ; malheureusement ces notions son! assez VAgUEs ; puisqu'elles ont fait naître deux opinions contradictoires. D'après le père Pacifique, Coronelli, le romancier Guillet et ceux.qui les ont suivis, Misitra est bâtie sur les ruines de Sparte; et.d’après Spon, Vernon, l'abbé Fourmont, Leroi et d’Anville, les ruines de Sparte sont assez éloignées de Misitra (2). Il était bien clair, d’après cela,

que les meilleures autorités étaient pour cette dernière opinion.

D'Anville surtout est formel, et il paraît choqué du sentiment contraire : « Le lieu, dit-il, qu’occupait celte ville (Sparte) est « appelé Palæochôri ou le vieux bourg; la ville nouvelle sous « le nom de Misitra, que lon a tort de confondre avec Sparte, «en estécartée vers le couchant(3).» Spon, combattant La Guilletière, s'exprime aussi fortement d’après le témoignage de Vernon et du consul Giraud. L'abbé Fourmont, qui a retrouvé à Sparte tant d’inscriplions, n’a pu être dans l’erreur sur l'emplacement de celte ville : il est vrai que nous n'avons pas son voyage; mais

tisfait le lecteur si, dans ut du donjon de Misitra, les questions que

(1) Voyez, pour la deseription de la Laconie, les Maïtyrs, liv. xiv,

(2) Voyez l'Introduction., (3) Géogr. anc. abrey., tom. 1, pag. 270.

Leroi, qui a reconnu le thé

viron deux lieues, On voit ici, par un exemple frappant, combien il est difficile de rétablir Ja vérité quand une erreur est enracinée, Mal.

gré Spon, Fourmont, Leroi, d’Anville, etc., on s’est généralement obstiné à voir Sparte dans Misitra, et moi-même tout le premier. Deux voyageurs modernes avaient achevé de m’aveugler, Scrofani etM. Pouqueville. Je n’avais pas fait attention que celui-ci, en décrivant Misitra comme représentant Lacédémone, ne faisait que répéter l'opinion des gens du pays, et qu'il ne donnait pas ce sentiment pour le sien: ïl semble même pencher au contraire vers l'opinion qui a pour elle les meilleures autorités; d'où je devais conclure que M. Pouqueille , exact sur tout ce qu'il a vu de ses propres yeux, avait -été trompé dans ce qu’on lui avait

dit de Sparte (1).

Persuadé donc; par une erreur de mes premières élue des , que Misitra était Sparte, j'avais commencé à parcourirAmyclée:

mon projet était de me débarrasser d’abord de ce qui n'était point Lacédémone , afin de donner ensuite à cette ville toute mon attention. Qu’on juge de mon embarras, lorsque du haut du chàteau de Misitra, je m’obstinais à vouloir reconnaitre la cité de

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