PÉRICLÈS, DE LA TRIBU ACAMANTIDE, DU
BOURG DE CHOLARGUE , Ë n’éprouvait plus que de l'admiration sans envie. Cicéron nous représente Alticus errant au milieu de ces tombeaux, et saisi d’un saint respect à la vue de ces augustes cendres. Il ne pourrait plus aujourd’hui nous faire la même peinture : les tombeaux sont défruits. Les illustres morts que les Athéniens avaient placés hors de leur ville, comme aux avant-posles, ne se sont point levés pour la défendre ; ils ont souflert que des Tarlares la foulassent aux pieds. « Le temps, la violence et la charrue, dit Chandler, « ont tout nivelé. » La charrue est de trop ici ; et cette remarque que je fais peint mieux la désolation de la Grèce, que les réflexions auxquelles je pourrais me livrer.
Il me restait encore à voir dans. Athènes les théâtres et les monuments de l'intérieur de la ville’: c’est à quoi je consacrai la journée du 26. J'ai déjà dit, et lout Je monde sait, que le théâtre de Bacchus était au pied de la citadelle, du côté du mont Hymette. L’Odéum commencé par Périclès, achevé par Lycurgue, fils de Lycophron, brûlé par Aristion et par Sylla, rétabli par Ariobarzanesg élait auprès du théâtre de Bacchus; ils se communiquaient peut-être par un portique. [l est probable qu’il existait au mêmesieu un troisième théâtre bâti par Hérode-Alticus. Les
gradins de ce théâtre étaient appuyés sur le talus de la montagne
qui leur servait de fondement. Il y à quelques contestations au
sujet de ces paunents et Stuart trouve le théâtre de Bacchus où Chandler voit l’'Odéum. |
Les ruines de ce théâtre sont peu de chose : je n’en fus point frappé, parce j'avais vu en [talie des monuments de cette espèce beaucoup plus vasles et mieux conservés; mais je fis une ré flexion bien lriste : sous les ernpereurs romains, dans un temps
s gladiateurs représentaient leurs jeux sanglants sur le théâtre de Bacchus. Les chefsd'œuvre d’Eschyle, de Sophocle et on avait substitué des assassinats et des meurtres à ces spectacles qui donnent une grande idée de l'esprit humain, et qui sont le noble amusement des nations policées. Les Athéniens couraient à ces cruaulés avec la même ardcur qu'ils avaient couru aux Dionysiaques. Un peuple qui s’était élevé si haut pouvait-il descendre si bas? Qu’était donc devenu cet autel de la P voyait au milicu de Ja place publique à Athèues, el auquel les Suppliants venaient suspendre des bandelettes? Si les Athéaiens élaient les seuls Grecs qui, selon Pausanias, honorassent la Pitié, et la regardassent comme la consolation de la vie, ils avaient donc bien changé! Certes, ce n'était pas pour des combals de gla-
diateurs qu'Athônes avait éte nommée le sacré domicile des dieux.
) Atrn lee TNT EPS fenetre les peuples, ainsi que leshommes, sont-ils cruels dans eur décrépitude comme dans leur enfance, peut-être le génie des
Euripide ne se jouaient plus ;
itié, que l'on
nations s’épuise-t-il; et quand il a tout produit, tout parcouru, {out goûlé, rassasié de ses propres chefs-d’œuvre, et incapable d'en produire de nouveaux, ils’abruit, et retourne aux sensations purement physiques. Le christianisme empêchera1es nations modernes de finir par une aussi déplorable vieillesse ; mais si toute religion venait à s’éteindre parmi nous, je ne serais point étonné qu'on entendit les cris du gladiateur mourant sur la scène où relentissent aujourd'hui lesdouleurs de Phèdre et d’Andromaque.
Après avoir visité les théâlres, nous rentrâmes dans la ville, où nous jelimesaæn coup d'œil sur le Portique , qui formait peutêtre l'entrée de l’Agora. Nous nous arrêlâmes à la tour des Vents, dont Pausanias n’a point parlé, mais que Vitruve et Varron ont fait connaître. Spon en donne tous les détails , avec l'explication
- des vents; le monument entier a été décrit .par Stuart dans ses
Antiquités d'Auñènes: François Giambetti l'avait déjà dessiné en 4465, époque de la renaissance des arts en [lalie. On croyait du temps du père Babin, en 1672, que cette tour des Vents était le tombeau de Socrate. Je passe sous silence quelques ruines d'ordre corinthien, que l'on prend pour le Pæcile, pour les restes du temple de Jupiter-Olympien, pour Je Prylanée, et qui peutêtre n’appartiennent à aucun de ces édifices. Ce qu il y a de certain, c’est qu’elles ne sont pas du temps de Périclès. On y sent la grandeur, mais aussi l'infériorité romaine : lout ce que les empereurs ont touché à Athènes se reconnait au premier coup d'œil, et forme une disparale sensible avec les chefs-d’œuvre du siècle | de Périclès. Enfin , nous allâmes au couvent français rendre à lunique religieux qui l’occupe la visite qu'il m'avait faite. J'ai déjà dit que le couvent de nos missionnaires comprend dans ses dépendances le monument choragique de.Lysicrates. Ce fat à ce dernier monument que j'achevai de payer mon:tribut d'admiralion aux ruines d'Athènes. DES Celte élégante production du génie des Grecs. fut connue. des premiers voyageurs sous le nom de Fanari tou Demosthenis. « Dans la maison qu'ont achelée depuis peu les pères capucins, « dit Je Jésuite Babin, en 1672, il ÿ a une antiquité bien remar- « quable, et qui, depuis le temps de Démosthènes, est demeurée « en son enlier ; on l'appelle ordinairement La Lanternésde Dé- « mosthènes (1), » ? ia "RATE -On à reconnu depuis (2), et Spon le premier, que c'est un monument choragique élevé par Lysicrates dans la rue des Trépieds,. M. Legrand en exposa le modèle en terre cuite dans la cour du Louvre il ÿ a quelques années (3); ce modèle était fort ressemblant; seulement l'architecte, pour donner sans doute plus d’élégance à son travail, avait sapprimé le mur-cireulaire qui remplit les entre-colonnes dans le monument original. Certainement ce n’est pas un des jeux les moins étonnants de la fortune que d'avoir logé un capucin dans le monûment choragique de Lysicrales ; mais ce qui, au premier coup d'œil, peut parailre bizarre, devient touchant et respectable, quand on pense aux heureux eflels de nos missions, quand on songe qu'un religieux français donnait à Athènes l'hospitalité à Chandler, tandis qu’un autre religieux. français secourait d'autres voyageurs à la Chine, au Canada, dans les déserts de l'Afrique et de la Tartarie, « Les Franes à Athènes, dit Spon, n’ont que la chapelle des « capucins, qui est au Fanari tou Demosthenis. Il n'y avait, « lorsque nous élions à Athènes, que le père Séraphin, très-hon- « nête home, à qui un Ture de la garnison prit un jour sa. « ceinture de corde, soit par malice ou par effet de débauche, « l'ayant rencontré sur le chemin du Port-Lion, d où il revenait « seul de voir quelques Français d'une farlane qui était à l'ancre. « Les pères jésuites étaient à Athènes avant les:capucins, et « n’en ont jamais élé chasses. [ls ne se sont retirés à Négrepont
(1) Hparaltqu ie rte + hd en 1669, un äntre monument appelé la Lanterne de Diogène. Guillet invoque, au sujet de ce monumeut, le té- Moïignage des pères Barnabé et Simon, et de MM, du Monceaux et: Lainez, Voyez l'introduction.
(2) RiEsDEL, CuANDLER, cie.
(3) Le monument à été depuis exécuté à Saint-Cloud,