‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 36 sur 111 · LIL · texte numérisé non relu

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LCA

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A Monsieur Moxsieun DE CHATEAUBRIAND,

AU PIED DU Laurium,

A KÉRATIA.

Athènes, ce 28 août 1806.

@ Mox rnës-cnen nôre, ee

« J'ai reçu la lettre que vons m'avez fait l'honneur de m’écrire. J'ai vu avec peine que les vents alisés de nos contrées vous retiennent sur le penchant du Laurium, que les signaux n'ont pu obtenir de réponse, et que la fièvre , jointe aux vents, augmentait les désagréments du séjour de Kératia, situé sur l'emplacement de quelques bourgades que je laisse à votre sa- « gacité le loisir de

«trouver. Pour

| a parer à une de

Lt AE « vos incommodi- « tés, je vous en- «voie quelques:

«prises du meil- «leur quiquina « que l’on connais- «se; vous le mêalerez dans un « bon verre de vin «de Malaga, qui « n’est pasle moins «bon connu, et « cela au moment «Où vous serez

«libre, avant de | réveillais, et je « manger. Je ré- { voyais . toujours « pondrais presque.

l’Albanaise occu- «de votre guéripée à quelque cho- «son, si la fièvre se de nouveaÿ, « était une malachantant à demi- a die; car Ja Fa voix, arrangeant « cultélientencore ses cheveux ou «la chose non:

quelque partie de | a décidée. Au res sa toilette, Je lui à «te, maladie ou demandais quel- Joseph prodiguant ses soins à M, de Chateaubriand, A effervescence né- | quefois de l’eau : œcessaire, je vous Nero! Elle m'ap- % « conseille de n’en portait un vase un n «rien porter à

L. plein d’eau : croi- h à . « Céos. Je vous ai hi santlesbras, dlle at-

Das frété Ï iré is bie uatendait patiemment que j'eusseachevédeboire,etquand}j'avaisbu, | « free, non pas ne FAR “ile RE à | Le pl elle disait : Kalo? «est-ce bon?» et elle retournait à ses travaux. | trirème, moyennant qua p À ne Mr il On n’entendait dans le silence du midi que des insectes qui bour- | « cinq et demie. Vous COMPIErEZ au (Capilan +" PTE

ai € ë >s coqs qui chantaient au de- | « piastres vingt : le jeune compatriote de Simonide vous

Le A ER ès un long | « remettra : il va partir après Ja musique dont vos oreilles se 1 Mein Abis ve ns eVEeée dt ébité « souviennent encore. Je songerai à votre protégé, qui ce- "VASE er fe de Us je n'a- | « pendant est un brutal : il ne faut jamais battre personne, et fi tude d'étincelles et de bulles de lumière autour de M APE TE les sm odne pe nal DE ES à mel) ES JL esque des iées confuses, be me + beaucoup mieux; je | « de lui à mon dernier passage. Assurez-le toutefois, monsieur, © | ee pont: ë LE ee æ le au G matt le | « que votre protection aura tout le succès qu'il doit attendre. Je Gr ss D nn FARVED d 0 nid uina, du vin | « vois avec peine qu'un excès de fatigue , une: insomnie forcée, PA ne RSR ETAT if bateau | « vous a donné la fièvre, et n’a rien avancé. Tranquillement ici re nt de bonnes nouvelles. On set sait parti de Pha- | «€ pendant que les vents alisés retiennent votre navire, Dieu sait Er pars Brand hasard du LT a ! id Sr anse à | « où, nous eussions visité Athènes et ses environs sans voir Ké- ' ere toi EE il mattendait dans de ie hots trou- | « ralia , ses chèvres et ses mines ; vous eussiez surgi du Pirée deux lieues de Kératia, J'ai oublié le nom do ae Ne « à Céos en dépit du vent. Donnez-moi, je vous prie, de vos vêmes en effet ce bateau Voici la lettre de M. Fauvel : « nouvelles, et failes en sorte de reprendre le chemin de la «€ France par Athènes. Venez porter quelques offrandes à Mi- « nerve pour votre heureux retour; soyez persuadé que vous ne’

mem lhrmererqeqmmmmmmnre PME RU Pme

« me ferez jamais plus de plaisir que de venir embellir notre so- « litude. Agréez, je vous prie, l'assurance, etc, Fauvez. »

J'avais pris Kératia dans une telle aversion, qu’il me tardait d’en sortir. J'éprouvais des frissons, et je prévoyais le retour de Ja fièvre. Je ne balançaï pas à avaler une {riple dose de quinquina. J'ai toujours été

ersuadé que les

médecins français administrentce remède avec trop de précaution et de timidité. On amena des chevaux, et nous parlimes avec un guide. En moins d’une demiheure je sentis les symptômes dunouvel accès se dissiper, et je repris toutes mes espérances. Nous fai- :

sionsroule à l’ouest par un étroit val- Jon qui passait entre des montagnes stériles«Après une heure de marche, nous descendimes dans une belle plaine qui paraissait très-fertile. Changeant alors de direction, nous marchâmes droit au midi, à travers la plaine : nous arrivâmes à des lerres hautes qui formalent, sans que je le susse, les promontoires de la côle, car, après avoir passé un défilé, nous aperçùmes tout à coup la mer el notre baeau amarré au pied d’un rocher. .

A la vue de ce baleau, je me crus délivré du mauvaisgénie qui avait voulu m’ensevelir ne dans les mines des 2

Athéniens, peul-

êlre à cause de mon mépris pour Plutus.

N rendimes td :

as, Le rendimes les chevaux au guide : nous descendimes dans Re: ‘'cau, que manœuvraient trois mariniers. Ils déployèrent , À CES ) , ET .

o’re voile; et, favorisé d’un vent du midi , Nous cinglèmes vers

€ Cap Sunium, Je ne sais si nous parlions de la baie qui, selon

, Visite d'adieu à Joseph.

La

nous entrâmes au port de Sunium : c’est une crique abritée par le rocher qui soulient les ruines du temple. Nous sautàmes à terre, et je montai sur le cap. Les Grecs n’excellaient pas moins dans le choix des sites de leurs édifices que dans l’architecture de ces édifices mêmes, La plupart des promontoires du Péloponèse, de l'Attique, de J'fonie et des îles de l’Archipel étaient marqués par des temples, des trophées ou des tombeaux. Ces monuments, environnés de bois et de

| rochers, vus dans — l tous les accidents QI de la lumière, tan-

tôt au milieu des

nuages et de Ja foudre, tantôléclairés par la lune, par le soleil couchant, par l'aurore, devaient rendre les côtes de la Grèce d’une incomparable beauté: la terre ainsi décorée se présentaitaux yeux du nautonier sous les traits de Ja vieille Cybèle, qui, couronnée de tours etassise au bord du rivage, commandaità Neptune, son fils, de répandreses

D À flots à ses pieds.

Na k: À 4 LU Le christianis- N\\. oh ll me,à qui nous devons Ja seule architeclure conforme à nos mœurs, nous avait aussi appris à placer nos vrais monuments:

nos chapelles, nos abbayes, nos monaslèresélaient dis+ persés dans les bois et sur la cime des montagnes;- non que le choix des sites fût loujours un dessein prémédité de l’architec- FT = te, mais parce:

| qu'un art, quand

e il est en rapport

- navec les coutumes

d'un peuple, fait

L naturellement ce

qu’il ya de mieux à faire. Remarquez < = ADR nos édifices imités de l'antique sont pour la plupart mal placés! Avons-nous jamais pensé; par exemple, à orner la seule bauteur dont Paris soit dominé ? La religion seule y avait songé pour

M. Fanvel, porte le nom d’Anaviso ; mais je ne vis point lesruines | nous. Les monuments grecs modernes ressemblent à {a langue

es neui {ours E Cap Sunium. L endroit. Ver ile aux An

nncapyrgie ,; où Wheler se reposa en venant du

s les six heures du soir nous passimes en dedans de es, autrefois l'ile de Patrocle ; et au coucher du soleil

© 1? 1à Q n à à . ‘ corrompue qu'on parle aujourd’hui à Sparte et à Athènes : ona

ra ‘ TX * k \ ! ‘r ”e { € ru ; nèr :

’Azinie des anciens devait être à peu près dans cet | beau soutenir que’ c'est la langue d'Homère et de Platon, un

mélange de mots grossiers et de constructions étrangères trahit à tout moment les Barbares,

Je faisais ces réflexions à la vue des débris du temple de 80° nium : ce temple était d'ordre dorique et du bon temps de l’ar-

ses iles : le soleil couchant rougissait les côtes de Zéa et les quatorze belles colonnes de marbre blanc au pied desquelles je m’étais assis. Les sauges et les genévriers répandaient autour des ruines une odeur aromatique, et le bruit des vagues montait à peine jusqu’à moi. - Comme le vent était (ombé, il nous fallait aitendre pour partir une nouvelle brise. Nos matelots se jetèrent au fond de leur barque et s'endormirent. Joseph et le jeune Grec demeurèrent avec moi, Après avoir mangé et parlé pendant quelque temps, ils s’élendirent à terre et s’endormirent à leur tour, Je m'enyeloppai la tête dans mon manteau poyr me garantir de la rosée, et, le dos

ciel et la mer.

Au plus beau coucher du soleil avait succédé la plus belle

Ÿ CPMIT À

Suayé mari magno, turbantibus æyuora venfis, E terra magnum alterius speclare laborem,

Loin d'aimer à contempler du rivage le naufrage des autres, je souffre quand je vois souffrir des homunes : les Muses n’ont alors sur mOI aucun ponvoir, si ce n'es! celle qui attire la pitié sur le malheur. À Dieu ne plaise que je tombe aujourd'hui dans ces déclamations qui ont fait tant de mal à notre patrie! mais si j'avais Jtnais pensé, avec des hommes dont je respegte d'ailleurs le caractère et les talents, que le gouvernement absolu est le meilleur de tous les gouvernements, quelques mois de séjour eu : Turquie m'auraient bien guéri de cette opinion.

Les voyageurs qui se contentent de parcourir l'Europe civilisée son bien beuteux : ils ne s'enfoncent point dans eos pays jadis célèbres, où le cœur est flétri à chaque pas, où des ruines vivantes délournent à chaqne instant votre attention des ruines de marbre et de pierre, En vain dans la Grèce on veut se livrer aux illn- ‘sions : la triste vérité vous poursuit. Des loges de boue désséchée, plus projires à servir de retraite à des animaux qu’à des hommes ; des femmes etdes enfants en haillons, fuÿant à l'approche de l’étranser.et du janissaire; les chèvres même effrayées, se disper- San! dans la montagne, et les chiens restant seuls pour vous re-

au chine des souvenirs, x

Le Péloponèse est désert: depuis la guerre des Aie: le joug des Turcs s’est äppesanti sur les Moraïtes ; les Albanais ont massacre tie parlie de la poymlation, On ne voit que des villages détuiis par le fer et par le feu : dans les villes, comme à Misitra , des faibourgs entiers sont abandonnés; j'ai fait souvent quioe lierres dansles Campagnes sans rencontrer une seule habitation. De criaules avanies, des outrages de toutes les espèces, achèvent de détruire de toutes parts l'agriculture et la vie; chasser un paysan

ITINERAIRE DE PLRIS À JERUS A LEM.

chitecture. Je découvrais au loin la mer de V'Archipel avec toutes.

appuyé contre une colonne, je restäi seul éveillé à contempler le

Cevoir avee des hurlements : voilà le spectacle qui vous arrache |

orec de sa cabane s'emparer de sa femme el de ses enfants , le tuer sous le plus léxer prétexte, est un Jeu pour le moindre aga” du plus petit village. Parvenu au dernier degré du malheur, le Moraïte s’arrache de son pays et va chercher en Asie un sort moins risoureux. Vain espoir! il ne peut fuir sa destinée : ilretrouve des cadis et des pachas jusque dans les sables du Jourdain et dans les déserts de Palmyre! à L’Attique, avec un peu moins de misère, n'offre pas moins de, servitude. Athènes est sous la protection immédiate du chef des euniques noirs du sérail. Un disdar, ou commandant, représente le monstre protecteur auprés du peuple de Solon. Ce disdar habiter

* Ja citadelle remplie des chefs-d'œuvre de Phidias et d’Ictinus;

sans demander quel peuple a laissé ces débris, sans daigner sortie. de la masure qu’il s’est bâtie sons les ruines des monuments de: Périclès : quelquefois seulement le tyran automate se traîne à là porte de sa tanière ; assis les jambes croisées sur un sale tapis; tandis que la fumée de sa pipe monte travers les colonnes du temple de Minerve, il promène stupidement ses regards sur les. rives de Salamine et sur la mer d'Épidaure. 12

On dirait que la Grèce elle-même a voulu annoncer par so® deuil le malheur de ses enfants, En général, le pays est inculte,! le sol nu, monotone, sauvage, el d’une couleur jaune et flétrie. Il n'y a point de fleuves proprement dits. mais de petites rivières;

et des torrents qui sont à sec pendant l'été. On n'aperçoit point

ou presque point de fermes daps les champs; on ne voit point de laboureurs; on ne rencontre point de charrettes et d’attelages de bœufs, Rien n’est triste comme de ne pouvoir jamais découvrir la marque d'une roue moderne là où vous apercevez encore, dans lerocher, la trace desroues antiques.Quelques paysans en tuniques, la tête couverte d'une caloite rouge, comme les galériens de Marseille, vous donnent en passant un triste ali spera (bonsoir). Ils chassent devant eux des ânes et des petits chevaux, les crins dé chevelés, qui Jeur suffisent pui porter leur mince équipage champêire, ou le produit de leur vigne. Bordez cette terre dévastée d’une mer presque aussi solitaire ; placez sur la pente d'un rocher une vedette délabrée, un eouvent abandonné ; qu'un minaret s'élève du sein de la solitude pour annoncer l'esclavage; qu'un troupeau de chèvres oude moutons paisse sur un cap parmi des colonnes en ruines ; que le turban d'un voyageur ture mette en fuite les chevriers et rende le chemin plus désert, et vous

aurez une idée assez juste du tableau qe présente la Grèce,

On a recherché les causes de la décadence de l'empire romain? ily aurait un bel ouvrage à faire sur les causes qui ont précipité la chute des Grecs. Athènes et Sparle ne sont point tombées par les mêmes raisons qui ont anené la ruine de Rome; elles n’ont point été entrainées par leur propre poids. et par la grandeur de leur empire, On ne peut pu dire non plus qu'elles aient péri par leurs richesses : l'or des alliés et l’abondance que le commere répandit à Athènes furent, en dernier résultat, très-pet de chose ; jainais on ne vit parmi les citoyens ces fortunes colossales qui annoncent le changement des mœurs (1); et l'État fut toujours si pauvre, que les rois de l'Asie s’empressaient de le nourrir, où de contribuer aux frais de ses monuments. uant à Sparte, l'argent des Perses y corrompil quelques particuliers; mais la république ne sortit point de Pindigence.

la guerre que se firent eulre elles les deux républiques après qu'elles eurent vaincu Jes Perses. Athènes, comme État, n’exista® plus du moment où elle eut été prise parles Lacédémoniens. Une conquête absolue met fin aux destinées d’un peuple, quelque nom que ce peuple puisse ensuite conserver dans l'histoire. Les vices du gouvernement athénien préparèrent la victoire de Laté* dénone. Un Elat purement démocralique est le pire des États, lorsqu'il faut combalire un ennemi puissant, et qu'une volonté unique est nécessaire au salut de la patrie. Rien n'était déplo-

eurent lieu que sous Peminre romain.

J’assignerais donc pour la première cause de fa chute des Grecs”

(1) Les grandes fortunes à Afhônes, telles que cells dfférode-Aftiensy »

rable comme les fureurs du peuple athénien, tandis que les Spartiates étaient à ses portes : exilant et rappelant tour à tour les citoyens qui auraient pu le sauver ; obéissant à la voix des orateurs factieux, il subit le sort qu'il avait mérité par ses folies: et si Athènes ne fut pas renversée de fond en comble, elle ne dut sa conservalion qu’au respect des vainqueurs pour ses anciennes vertus. .

Lacédémone triomphante trouva à son tour, comme Athènes. la première cause de sa ruine dans ses propres institutions. La pudeur, qu'une loi extraordinaire avait exprès foulée aux pieds pour conserver la pudeur, fut enfin renversée par cette loi même : les femmes de Sparte, qui se présentaient demi-nues aux yeux des hommes, devinrent les femmes les plus corrompnes de la Grèce : il ne resta aux Lacédémoniens, de toutes ces lois contre nalure, que la débauche et la cruauté, Cicéron, témoin des jeux des enfants de Sparte, nous représente ces enfants se déchirant entre eux avec les dents etles ongles, Et à quoi ces brutales institutions avaient-elles servi? Avaient-elles maintenu l’indépendance à Sparte? Ce n’était pas la peine d’élever des hommes comme des bêles féroces pour obéir au tyran Nabis et pour devevenir des esclaves romains,

Les meilleurs principes ont leurs excès et leur côté dangereux. | Lycurgue, en exlirpant l'ambition dans les murs de Lacédémone,

erut sauver sa république, et il la perdit. Après l’abaissement d'Athènes, si les Spartiates eussent réduit la Grèce en proyinces Jacédémoniennes, ils seraient peut-être devenus les maîtres de Ja terre : cette conjecture est d'autant plus probable que, sans prétendre à ces hautes destinées, ils ébranlèrent en Asie , tout faibles qu'ils étaient, l'empire du grand roi. Leurs victoires snecessives auraient empêché une monarchie puissante de s'élever dans le voisinage de la Grèce, pour envahir les républiques. Lacédémone incorporant dans son sein les peuples vaincus par ses armes eûl écrasé Pbilippe au berceau ; les grands hommes qui furent ses ennemis auraient été ses sujets; et Alexandre, au lieu de naitre dans un royaume, serait, ainsi que César, sorli du sein

‘d’une république.

Loin de montrer cet esprit de grandeur et cette ambition préservatrice, les Lacédémoniens , contents d’avoir placé trente tyrans à Athènes, rentrèrent aussitôt dans leur vallée, par ce penchant à l’obscurilé que leur avaient inspiré leurs lois. I] n’en est pas d’une nation comme d'un homme : la modération dans la fortune’et l'amour du repos, qui peuvent convenir à un citoyen, ne mèneront pas bien loin un État. Sans doute il ne faut jamais faire une guerre impie : il ne faut jamais acheter la gloire au prix d'une injustice ; mais ne savoir pas profiter de sa position pour honorer, agrandir, fortilier sa patrie, c’est plutôt dans un peuple un défaut de génie que le sentiment d’une vertu.

Qu'arriva-t-il de cette conduite des Spartiates! La Macédoine domina bientôt la Grèce ; Philippe dicta des lois à l'assemblée des Awphictyons. D'une autre part, ce faible empire de la Laconie. qui ne tenait qu'à la renommée des armes, et que ne soutenait point une force réelle, s’'évanouit. Epaminondas parut : les Lacédémoniens battus à Leuctres furent obligés de venir se justifier longuement devant leur vainqueur ; ils entendirent ce mot cruel: « Nous avons mis fin à votre courle.éloquence ! » Nos brevi eloquentiæ pestræ finem ‘imposuimus. Les Spartiales durent s'aper- £evoir alors combien il et été avantageux pour eux de n'avoir fut qu'un Etat de toutes jes villes recques, d'avoir compilé Épa. minondas au nombre de leurs généraux et de leurs citoyens. Le secrel de leur faiblesse une lois conuu, tout fut perdu sans retour ; el Philopæmen acheva ce qu'Épaminondas avait commencé,

Eest ici qu'il faut remarquer un mémorable exeuiple de la su- Re RUES FUres Gonient à uu peuple sur un autre, quand

ailleurs montré les vertus guerrières. Un peut dire

gr nes ds euchres gl fe AAUTES elfacèreut le nom de ERA ARTE 30 "Eau Athènes, prise par les Lacédemont lavage par Sylla, n’en conserya pas moins l'empire.

Elle vit accourir dans sou sein Ces fonains qui l'avaient vaincue,

et qui se firent une gloire de passer pour ses fils : l'un prenait le surnom d'Atticus; l'autre se disait le disciple de Platon et de Démosthènes. Les muses latines, Lucrèce, Horace et Virgile, chantent incessamment la reine de la Grèce, « J'acorde aux morts « le salut des vivants, » s’écrie le plus grand des Césars, pardonnait à Athènes coupable. Adrien veut joindre à son titre d’em-

pereur le titre d'archonte d'Athènes, etmultiplieles chefs-d'œnvre :

dans la patrie de Périelès; Constantin le Grand est si flatté que les Athéniens lui aient élevé une statue, qu'il comble la ville le largesses; Julien verse des larmes en quitlant l'Académie; et,

uand il triomphe, il croit devoir sa victoire à la Minerve de Phidias: Les Chrysostôme, les Basile, lesCyrille, viennent, comme les Cicéron et les Atticus, étudier l’éloquence à sa source; jusque dans le moyen âge, Athènes est appelée l’École des sciences et du

“génie. Quand l’Europe se réveille de la barbarie, son premier cri

est pour Athènes. «Qu'est-elle devenue 1» demande-t-on de toutes parts. Et quand ou apprend que ses ruines exisient encore, on y court comme si l’on avait retrouvé les cendres d’une mère,

Quelle différence de cette renommée à celle qui ne tient qu'aux armes! Tandis que le non d'Athènes est dans toutes les bouches, Sparte est entièrement oubliée ; on la voit à peine, sous Tibère, plaider, et perdre une pelile cause conire les Messéniens : on rez lit deux fois le passage de Tacite. pour bien s'assurer qu'il parle de la célèbre Lacédémone, Quelques siècles après, on trouve une garde lacédémonienne auprès de Caracalla, triste honneur, qui semble annoncer que les enfants de Lycurgue avaient conservé leur férocité. Enfin Sparte se transforme, sous le Bas-Empire, en une principauté ridicule, dont les chefs prennent le nom de Despotes, ce nom devenu le titre des tyrans. Quelques piruies, qui se. disent les véritables descendants des Lacédémoniens, font aujourd'hui toute la gloire de Sparte. £ é:

Je n’ai point assez vu les Grecs modernes pour oser avoir une opinion sur leur caractère. Je sais qu’il est rès-facile de calommer les malheureux ; rien n’est plus aisé que de dire, à l'abri de tout danger : « Que ne brisent-ils le joug sous lequel ils gémis- « sent? » Chacun peut avoir, au coin du feu, ces hauts sentiments et cette fière énergie, D'ailleurs, les opinions tranchantes abondent dans un siècle où l’on ne doute de rien. hors de l'existence de Dieu ; mais comme les jugements généraux que l'on porte sur les peuples sont assez souvent démeutis par l'expérience, jen’au rai garde de prononcer, Je pense seuleunent qu'il y à encore beaucoup de génie dans la Grèce; je crois même que nos maitres en tout genre sont encore là : comme je crois aussi que la nature humaine conserve à Rome sa supériorité ; ce quine veut pasdire que les hommes supérieurs soient mainteuant à Rome.

Toutefois je crains bien que les Grecs ne soienl pas sitôt dispo

sés à rompre leurs chaînes. Quand ils seraient débarrassés de la tyrannie qui les opprime, ils ne perdront pas dans un IS la marque de leurs fers. Non seulement ils out élésbroyés se le poids du despotisme, mais il y a deux mille aus qu ils existent comme un peuple vieilli et dégradé. Ils n'ont point ete Me D lés, ainsi que le reste de l’Europe, par des nations En Lt nation même qui les a conquis a contribué à leur SR : Cette nätion n’a point apporté chez eux'les mœurs Su es gs vages des hommes du Nord, mais les coutumes volup “pts es houunes du Midi, Sans parler du crime religieux,.que "es de auraient commis en abjurant leurs autels, L'esprit ga gné à se soumettre au Coran. Il n’y à dans le livre . lahomet t Drinci svilisati : récente qui puisse élever je carace ni principe de civilisation, n1 précep q tie gti (ère : ce livre ne prêche ni la haine de lat RENE, ni l'amour de la liberté. En suivant le culte dedeurs matires, les Grecs auraient renoncé aux letires et aux arts, pOur devenir les soldais de la Destinée, et pour obéir aveuglémentau caprice d’un chef absolu, lis auraient passé leurs jours à ravager le monde, ou à dormir sur un lapis au milieu des femmes el des parfums. : La même impartialité qui m oblige à parler des Grecs avec le respect que l'on doit au inalbeur in aurait empêché de iraiter les Turcs aussi sévèrement que je le fais, si je n'avais vu chez eux

ES : s: malque les abus trop communs parmi les peuples sa matites heureusement , des soldats républicains ne S07 ; roconsul n’éplus justes que les satellites d’un despote; € je durée ne sont tait guère moins avide qu'un pacha (4). De FEU des apolopas des oppresseurs ordinaires, quoiqu ils aien d'impudicité, d'agistes. Un proconsul pouvait être un ie y se afin pas, varice, de cruauté; mais tous les procons® et ie monuments par système et par esprit de religion; ni . bres, à détruire les de la civilisation et des arts, à couper des ar ; pe c'est ce que moissons mêmes, et les générations entICTES * ae GrATré qu'il font les Tures tous les jours de leur vie. Pourrait-0 MRC Y ait au monde des tyrans assez absurdes (H'é St ont s’éamélioration dans les choses de première nécessité! TN P

ES ï lui croule, on ne le relève pas. Un homme répare sa maison, On

fait une avanie. J'ai vu des capitaines grecs s'exposer . naufrage avec des voiles déchirées, plutôt que de CR se voiles; tant ils craignaient de montrer leur aisance et leur fan trie! Enfin, si j'avais reconnu dans les Turcs des citoyens ibres et vertueux au sein de leur patrie, quoique peu généreux envers les nations conquises, j'aurais gardé le silence, et Je Me serais contenté de gémir intérieurement sur lPimperfection de la nature humaine; mais retrouver à la fois, dans le même homme, le tyran des Grecs et l’ésclave du Grand Seigneur, le bourreau du n peuple sans défense et la servile créature qu'un pacha peut dépouiller de ses biens, enfermer dans un sac de cuir et jeter au fond de la mer : c’est trop aussi; et je ne connais point de bête brute que je ne préfère à un pareil homme. ; $ .… On voit que je ne me livrais point, sur le cap Sunium , à des idées romanesques, idées que la beauté de la scène aurait pu cependant faire naître. Près de quitter la Grèce, je me retraçais naturellement l'histoire de ce pays; je cherchais à découvrir dans l’ancienne prospérité de Sparte et d'Athènes la cause de leur malheur actuel, et dans leur sort présent, les germes de leur fu : ture destinée, Le brisement de la mer, qui augmenlait par degrés contre le rocher, m’avertit que le vent s'était levé, et qu’il était temps de continuer mon voyage. Je réveillai Joseph et son compagnon. Nous descendimes au bateau. Nos matelots avaient déjà fait les préparatifs du départ. Nous poussämes au large; et la brise, qui était de terre, nous emporta rapidement vers Zéa. A mesure que nous nous éloignions, les colonnes de Sunium parais- Salent plus belles au-dessus des flots : on les apercevait parfaite- -ment sur l’azur du ciel, à cause de leur extrême blancheur et de la sérénité de la nuit. Nous étions déjà assez loin du cap, que sx oreille élait encore frappée du bouillonnement des vagues au pied du roc, du murmure des vents dans les genévriers, et

ü Chant des grillons qui habitent seuls aujourd’hui les ruines du tem de la Grèce.

(4) Les Roniins, comme les Tures, réduisaient souvent les vaineus en esclavage. S'il faut dire tout ce que je pense, je crois que ce système est une, des causes de la supériorité que les grands hommes d'Athènes et de Rome ont sur les grands hommes des temps modernes. Il est certain qu’on ue pent jouir de toutes les facultés de son esprit que lorsque l’onrést débarrassé des soins matériels de la vie; et l’on west totalement débarrassé de ces Soins que dans les pays où les arts, les métiers et les occupations domestiques sont abandonnés à des esclaves. Le service de l'homme payé, qui vous quitte quand il lui plait, et dont vous êtes obligé de supporter les négligences Oulessvices, ne pout être comparé au service de l'homme dont la vie et la Mort Sont eutre vos mains. 11 est encore certain que l'habitude du commandement donne à d'esprit une élévation, et aux manivres, une noblesse que l'on ne preiv Jamais dans l'égalité bourgeoise de nos villes. Mais ne regrettons point cette supériorité des anciens, puisqu'il fallait l'acheter aux dépens de la liberté de l'espèce litmaine, ét bénissons à jamais ie christianisme, qui

a brisé Les fers de Peselave,

ple : ce furent les derniers bruits que j'entendis sur la terre

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