‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 42 sur 111 · ARR QU QE ES EU · texte numérisé non relu

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nuances du cieldansune universelle blancheur légèrement dorée.

Nous fimes route au nord, laissant à notre droite les côtes de J'Anatolie : le vent tomba une heure après le lever du soleil , et nous avançâmes à la rame. Le calme dura toute la journée. Le coucher du soleil fut froid, rouge et sans accidents de lumière : Yhorizon opposé était grisâtre , la mer plombée et sans oiseaux 3 Jes côtes lointaines paraissaient azurées, mais elles n'avaient aueun éclat. Le crépuscule dura peu, et fut remplacé subitement par la nuit. À neuf heures, le vent se leva du côté de l’est et nous fimes bonne route. Le 13, au retour de l'aube, nous nous trouvâmes sous la côte d'Europe, en travers du port Saint-Étienne : cette côte était basse et nue. Il y avait deux mois, jour pour jour et presque heure pour heure, que j'étais sorti de la capitale des peuples civilisés, et j'allais entrer dans la capitale des peuples barbares. Que de choses n’avais-je point vues dans ce court espace de temps ! Combien ces deux mois m’avaient vieilli L’

A six heures et demie, nous passâmes devant la Poudrière, monument blanc et long, construit à l'italienne. Derrière ce monument s’étendait la terre d'Europe : elle paraissait plate et uniforme. Des villages annoncés par quelques arbres étaient semés çà et là; c’élait un paysage de la Beauce après la moisson. Pardessus la pointe de cette terre, qui se courbait en croissant dé? vant nous, on découvrait quelques minarets de Constantinople.

A huit heures, un caïque vint à notre bord : comme nous étions presque arrêtés par le calme, je quittai la felouque, et je m’embarquai avec mes gens dans le petit bateau. Nous rasâmes la pointe d'Europe, où s'élève le château des Sept-Tours, vieille fortification gothique qui tombe en ruine. Constantinople, et surtout la côte d’Asie, étaient noyées dans le brouillard : les cyprès et les minarets que j'apercevais à travers cette vapeur présentaient l'aspect d’une forêt dépouillée. Comme nous approchions de la pointe du sérail, le vent du nord se leva, et balaya en moins de quelques minutes la brume répandue sur le tableau; je me trouvai touf à coup au milieu du palais du commandeur des croyants : ce fut le coup de baguette d’un génie. Devant moi le canal de la mer Noire serpentait entre des collines riantes, ainsi qu'un fleuve superbe : j’avais à droite la terre d'Asie et la ville

de Scutari; la terre d'Europe était à ma gauche ; elle formait, en!

se creusant, une large baie pleine de grands navires à l'ancre, et traversée par d'innombrables petits bateaux. Cette baie, renfermée entre deux coteaux, présentait en regard et en amphithéâtre Constantinople et Galata. L'inmensité de ces trois villes étagées, Galata, Constantinople et Scutari; les cyprès, les minarets, les mâts des vaisseaux qui s'élevaient et se confondaient de toutes parts; la verdure des arbres, les couleurs des maisons blanches et rouges, la mer qui étendait sous ces objets sa nappe bleue, et le ciel qui déroulait au-dessus un autre champ d'azur : voilà ce que j'admirais. On n'exagère point quand on dit que Constantinople offre le plus beau point de vue de l'univers (4).

Nous abordâmes à Galata : je remarquai sur-le-champ le mouvement des quais, et la foule des porteurs, des marchands et des mariniers; ceux-ci annonçaient par la couleur diverse de leurs visages, par la différence de leur langage , de leurs habits, de leurs robes, de leurschapeaux, de leurs bonnets, deleurs turbans, qu'ils étaient venus de toutes les parties de l’Europe et de l'Asie habiter cette frontière des deux mondes. L'absence presque totale des femmes, le manque de voitures à roues, et les meutes de chiens sans maitres, furent les trois caractères distinctifs qui me frappèrent d'abord dans l’intérieur de cette ville extraordinaire, Comme on ne marche guère qu’en babouches, qu’on n'entend Point de bruit de carrosses et de charfettes, qu'il n’y a point de cloches, ni presque point de métiers à marteau, le silence est Continuel. Vous voyez autour de vous une foule muette qui qe vouloir passer sans être aperçue, etqui a toujours l'air de

érober aux regards du maître. Vous arrivez sans cesse d’un 47ar à un cimetière, comme si les Turés n'étaient là que pour

(1) Je préfère pourtant la baïg de Naples,

acheter, vendre et mourir. Les cimelières sans murs, et placés au milieu des rues, sont des bois magnifiques de cyprès : les colombes font leurs nids dans ces cyprès et partagent la paix des morts. On découvre çà et là quelques monuments antiques qui n'ont de rapport ni avec les hommes modernes, ni avec les monuments nouveaux dontils sont environnés : on difait qu’ils ont été transportés dans cette ville orientale par l’effes d’un talisman, Aucun signe de joie, aucune apparence debonheur ne se montre à vos yeux : ce qu’on voit n’est pas un peuple, Mais un troupeau qu’un iman conduit et qu’un janissaire égorge. [ n’y à d'autre plaisir quela débauche, d'autre peine que la mort, Les tristes sons d'une mandoline sortent quelquefois du fond d'un café, et vous apercevez d'infâmes enfants qui exécutent des danses honteuses devant des espèces de singes assis en rond sur de petites tables, Au milieu des prisons et des bagnes s'élève un sérail, capitole de la servitude : c’est là qu’un gardien sacré conserve soignensement les germes de la peste et les lois primitives de la tyrannie. De pâles adorateurs rôdent sans cesse autour du temple, et viennent apporter leurs têtes à l’idole. Rien ne peut les soustraire au sacrifice ; ils sont entrainés par un pouvoir fatal : les yeux du despote atlirent les esclaves, comme les regards du serpent fascinent les oiseaux dont il fait sa proie.

On a tant de relations de Constantinople, que ce serait folie à moi de prétendre encore en parler (1). Il y a plusieurs auberges à Péra qui ressemblent à celles des autres de l'Europe : les porteurs qui s’emparèrent de mes bagages me conduisirent à l’une de ces auberges. Je me rendis de là au palais de France. J'avais eu l'honneur de voir M. le général Sébastiani, ambassadeur de France à la Porte : non-seulement il voulut bien exiger que je mangeasse ous les jours au palais, mais ce ne fut que sur mes instantes prières qu'il me permit de rester à l'auberge: MM. Franchini frères, premiers drogmans de l’ambassade , m’obtinrent, par l'ordre du général, les firmans nécessaires pour mon voyage de Jérusalem; monsieur l'ambassadeur y joignit des lettres adres: sées au père gardien de Terre-Sainle et à nos consuls en Égypte et en Syrie. Craignant que je ne vinsse à manquer d’argent, ül me permit de tirer sur lui des lettres de change à vue, partout où je pourrais en avoir besoin ; enfin, joignant à ces services du premier ordre les attentions de la politesse, il voulut lui-même me faire voir Constantinople , et il se donna la peine de m'’accompagner aux monuments les plus remarquables. Messieurs ses aides-de-camp et la légation entière me combièrent de tant de civilités, que j'en étais véritablement confus : c’est un devoir pour moi de leur témoigner ici {toute ma gratilude. .

Je ne sais comment parler d’une autre personne que j'aurais dû nommer la première. Son extrême bonté était accompagnée

d'une grâce touchante et triste qui semblait être un pressentiment

de l'avenir : elle était pourtant heureuse, et une circonstance particulière augmentait encore son bonheur. Moi-même j'ai pris part à cette joie qui devait se changer en deuil. Quand je quiltai Constantinople, madame Sébastiani était pleine de santé, d’espéranceetdejeunesse ; el je u’avais pas encorerevunotrepays, qu'elle ne pouvait déjà plus entendre l'expression de ma reconnaissance.

e.... . . Tro'a infelice sepultum Detinet extremo terra aliena solo.

Il y avait dans ce moment même à Constantinople une dépu- {ation des pères de Terre-Sainle; ils étaient venus réclamer la proteclion de l'ambassadeur contre la lyrannie des commandants de Jérusalem. Les pères me donnèrent des lettres de recommandation pour Jaffa. Par un autre bonheur, le bâtiment qui portait

(4). On peut consulter ÉTIENNE DE BYZANCE, Gy1.L1, de Topographia Constantinopoleos; pu CANGE, Constantinopolis Christiana; Porter, Observations on the religion, ele., of the Turks; Mourancra n'Ouson, Tableau

‘de l'Empire ottoman ; DALLAWAY, Constantinople ancienne et moderne ;

Pau LuCAS, THÉVENOT, TouRNEFORT ; enfin le Voyage pittoresque de Cons stantinople et des rives du Bosplione, cle, ete,

LL Ese EE mn EEE

. : e était en tes hèlerins grecs.en Syrie se trouvait prêt à Sp de sorte rade, et il devait mettre à la voile au premier ner (tas mañqué que, si mon voyage de la Troade avait réussts celui de la Palestine. Le marché fut bientôt" d les provisions taine (c). Monsieur l'ambassadeur fit porter * Et Se Die aples plus recherchées. [1 me donna pour AUTO ES d'attentioiis, pelé Jean, domestique de MM: Frafienine Ed fus conduit sur de vœux et de souhaits, le 48 seplembre à MIO le vaisseau des pèlerins.

J'avoue que si j'étais fâché de ance et d’une politesse aussi Far Mer de sortir de RPC TS Les sentiment 2 À “il re que ces soi dans'cette ville gâtent sa beaule : ea 2 à Grecs du Bascanipagnés n’ont été habitées autrefois que Par it Turcs, on Empire, et qu’elles sont occupées aujourd'hui FT il Le ADIE est choqué du contraste entre Îles peuples el 1 SE GR ne que des esclaves aussi vils et des tyrans aussi crue HE Fete jamais dû déshonorer un séjour aussi RES ENT He, ; F, sine révolution : les rebelles de à Constantinople le jour même d’une ré la ville: Oblité la Romélie s'étaient avancés jusqu'aux portes se , pa se dés de céder à Porage, Sélim avait exilé et renvoye les tape Pur le agréables aux janissaires : on attendait à Chen As PER 1: bruit du canon annonçât la chute des 1éles PRORGEIER qe 5 contemplais les arbres et le palais du sérail, je ne ste É fendre de. prendre en pitié le maitre dec 1 ones ( } ibles que les despostes sont misérables au milieu de Ron ftlee au milieu de leur puissance | Qu’ilssont à plaindre ee à pleurs de tant d'hommes, sans être sûrs eux-mêmes Ga HAE A répandre, sans pouvoir jouirdu sommeil dontils privent à de . Le séjour de Constantinople me pesait. Je n'aine à visiter qu les lieux emhellis par les vertus où par les arts; el Je ne UE P n =: iles ni les audans celle patrie des Phocas et des Bajazet n1 Rene l'an tres. Mes souhaits furent bientôt remplis; car nous BARS 226 le jour même de mon embarquement , à quatre RUES u Co Nous déployämes la voile au vent du nord; et nous Yogfâmnes vers Jérusalem sous la bannière de la croix , qui floltait aux mâts de notre vaisseau. NS :

quitter des hôtes d'une bienveiles, j étais cependant bien aise de rouve malgré

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