VOYAGE DE RHODES, DE JAFFA, DE BETHLÉEM ET DE LA MER MORTE
Nous étions sur le vaisseau à pen près deux cents passagers , horhines, fémihes, enfants et vieillards. On voyait autant de nattes rangées en ordre des deux côtés de l'entre-pont: Une baride : papier; collée contre le bord du vaisseau, Idaques le Es ; propriétaire de la natte. Chaque pèlerin avait suspendu à va Fe vet son bourdon, son chapelet et une pelite GFOIx- re am re du capitaine était occupée par les papas conducteurs ê Soupe A l'entrée de cette chambre, on avait ménagé deux Pr AR es. J'avais l'honneur de loger dans un de ces trous nait : ce NE six pieds carrés, avec Ines deux domestiques ; une ee Ï UE “pait vis-à-vis de moi l’autre appartement. Dans ce à sich république, chacun faisait son ménage à VOIOIE; Les nl ct guaient leurs enfants, les homines fut Ens ORNE na Au diner, les papas éausaient ensemble. On entendait 4 | le son des mandolines, des violons et des lyres- On ous ) e “dansait, on riait, On priait. Tout le monde était das la joe Le disait : Jérusalem, en me montrant le midi; et Je réporidais : salem | Entin, sans ia peurnouseussionsété les plus heureuses gens
(1) La fin malheureuse de Sélim u’à que trop justifié cette pitié.
{ conclu avec le capi-
du monde; mais au moindré vent les matelots pliäient les voiless. les pèlerins criaiént : Christos, kyrie eleison! L’orage pässés nous reprenions notre audace:
Au reste, je n'ai point rémarqué le désordre dont parlent
quelques voyageurs. Nous étions au contraire fort décents ét fort
réguliers. Dès le premiér soir dé notre départ; deux papas firent la prière, à laquélle tout le monde assisia avec beaucoup de recueillement. On bénit le vaisseau, céréhonie qui se renouvelait à chäque orage. Les chants de l'Église greéque ont assez de doueur, mais pêu de gravité. J'obsèrvai une chose sirigulière : un
-enfant commençait le verset d’un psautné dans un ton aigu, etle
soutenait ainsi sur une seule note, tandis qu'un papas chantait le mênie verset sur un air différent et en canon, c’est-à-dire, commençant la phrase lorsque l'enfant en avait déjà passé le milieu, Ls ont un admirable Kyrie eleison: ce n’est qu'une nole tenüe far différentes voix, les unes graves, les autres aiguës, exécutant, andante et mez4a voce; l’octave ; la quinte et la tierce. L'effet de ce Kyrie est surprenant pour la tristesse et la majesté 4 c’est sans doute un resté de l’ancien Chant de la primitive Église. Je soupçonne l’autre psaluodie d’appartenir à ce chant moderrie introduit dans le rit grec:vets le quatrième sièclé, et dont saint
“Augustin avait bien raison de se plaindre. AY. À Dès le lendemain de notre dépañt la fièvre mé reprit avec assez.
de violence: je fus obligé de rester coùché sur ma natte: Nous traversâmes rapidement la mer de Marmüra (la Propontide). Nous passâmes devant la presqu'île de Cyrique, et à leuibouchure d’Ægos-Polamos. Nous rasâmés les promontoires de Sestos et d'Abydos : Alexandre.et son armée, Xerxès et sa flotte, les Athénietis et les Spurliates, Héro et Léandre, ne purent vaincre le mal de. tête qui m’accablait; mais lorsque, le 21 septembre à six heures du rhatin, on me vint dire que nous allions doubler le château des
. Dardanelles, la fièvre fut chassée par les souvenirs de Troie, Je me
trainai sur le pont ; mes premiers regards tombèrent sur un haüt promontoire couronné par neuf moulins : c’élait le cap Sigée, An pied du cap je dislinguais deux tumulus, les tombeaux d'Achille
châtedu neuf d’Asie ; plus loin, derrière nous, en remcntant vers l’Hellespont, paraissaient le cap Rhétée et le tombeau d’Ajai Dans l’énfoncement s'élevait la chaîne du mont Ida, dont les pentes, vués du point où j'élais, paraissaient douces et d’une couleur harmonieuse. Ténédos était devant la proue du vaisseau : est in conspectu Tenedos. ne, “À
Je prornenais mes yeux sur çe tableau, et les ramenais malgré moi à la tombe d'Achille. Je répétais ces vers du poëte :
« L'armée des Grecs belliqueux élève sur le rivage un monu- « ilient vaste ët admiré; monumeut que l'on aperçoit de loin em « passant sur la mer, et qui attirera les regards des générations « présentes et des races futures. » ;
Aph' udroïot d émettre péyhr Aul auÜuovu TÜUÉ0Y X:Vauty Apytiwy ispos crpatès &ipunTc, Artn êri rpovyouon, mi ridrei ÉAANOT TE" Qs zëv mnhecgavne x moÿTéqty avÜQaGuy EUn Tois où v0v Jeyäuot nul ot LeTémt ed Ecovra. | | (Odyss., lib. xxiv..)
Les pyramides des rois égyptiens sont peu de chose, comparées à la gloire de cette tombe de gazon que chanta Homère, et az tour de laquelle courut Alexandre. | pige 27 EUR J'éprouvai dans ce moment un effet remarquable de la puis= sance des sentiments et de l'influence de l’äme sur le corps. J'étais monté sut le pont avec là fièvre: le mal de lête cessa subi=
lement; je sentis renaitre mes forces, et, ce qu’il y a de plus
exiraordinaire, toutés les forces de mon esprit : il est vrai que vingt-quaire heures après la fièvre était reveriue. : 44
Je n'ai rien à me reprocher : j'avais eu lé dessein de me rendre par l’Anatolie à la piainé de Troie, et l’on a vu ce qui me furça
et de Patrocle. L'embouchure du Simoïs était à la gauche du.
EEE 2 2 JU 4 à
à réubnéer à hiôn projet; j'y Coulus aborder par mer, et le capitaine du vdisseau refusa obstitiément dé me mettre à lérié, quoiqu'il ÿ fût obligé par nôtre traité (1): Dans le préinier inomént, tes conirariétés me firent leaucoup de peihé, mais aiijourd’hui je m'en cotisole. J'ai tant lé trompé éni Grèce, que le fine sort tn'atténidait peül-êlre à Troie. Du moins j'ai conservé toutes jhes illusions sur lé Sioïs; j'ai de plus le bonhetr d'avoir salué une térré sacrée, d'avoir vu les flüts qui la baignent, et le soleil qui l'étléire: Ê : Je fn’étontie que lés voyageurs, eñ parlant de la plaine de ‘Troie; nésligent presque loujours les soüvenirs dé l’Énéide Troie à pourtant fail la gloire de Virgile cotnme ëlle à fait celle d’Ho: mère. Uest uñe räre destinée pour un pays d’avoir inspiré lés lus beaux chants des deux plus grands poëles du monde. Tahdis "qué jé voyais luir les rivages d’Ilion, je cherchais à me rappeler Jés vers qui peigrient si bien la flotte grecque sortant de Ténédos, Als'dvañicänt, per silentia lunæ, à ces bords solitaires qui passaient tour à tour sous nes yeux. Bientôt des cris affreux succédaient ai silence de là nuit, et les flammes du palais de Priam éclairaiënt cëtlé mér, Où notre vaisseau voguait paisiblement. La iiusé d'Euripide, s'emparant aussi de ces douleurs, pro- Jongéa les scènes de deuil sur ces rivages tragiques. LE CHOEUR:
« Hécube, voyez-vous ss L qui s’avance sur un char
« étranger? Son fils, le fils d’'Héetôf} lejeune Astyanaky Suit lé « sein maternel. Ca i À HÉCUB « O femme infértunée, en quëls ligix Élés-vous condililé; en- « tourée des arines d'Hector et des dépoullles de la Phrygie ET ANDROMAQUE.
« O douleurs !
| Fes HÉCUBE.
« Mes enfants! ee ANDROMAQUE.
« Intortunée! SE RAA
EÉCUBE, …« Et mes enfants !..