LE CHOEUR
« [ne fous reste que nos regrets et les larmes que nous ver- « sons sur ces ruines. Les douleurs ont succédé aux douleurs. & Troie a subi le joug de l’esclavage.
HÉCUBE, « Ainsi le palais où je devins mère ést tombé 1 LE CHOEUR.
« O ihes enfants, votre patrié est changée en désert! etc:(2). »
Tandis qüe je m'occupais des douleurs d'Hécube, les desceñdänts dés Grecs avaient ëncore l'air, sur notre vaisseau, de se réjoûir de la mort de Priain. Deux mafelots se mirent à danser sit Je Pont, au son d'uñie Îgre et d'un lambourin : ils exéeutaient die espète de pantomime: Tantôt ils levaient les bras au ciel, tantôt ils appuyäient une de leurs inains sur le. côté ; étendant l’autre mai comine un ürateur qui prononcé uñe harangue. Ils por täientensuite cette ième main au cœur, au front etaux yeux, Tout cela était entremélé d'atiitudes plus où moins bizarres, sans ca-
(1) Voyez ce traité sous la note €, à la fin de l'ouvrage.
2) Les Troyennes. Théatre des Grecs. Traductiün française.
racière détidé, et aëseé Sémblables aux conlorsions des Sauvagés. On peut voir, au sujet des danses des Grecs modernes , les letires de M. Guys et de madarhé Chénier. A cetie pantomitne sutcéda üne ronde, où lachaitie, passant et répassdht par diffretils points, rappelait assez biefi les sujets deces bäs-reliefs où l’oli voit des dänsesailliques. Heüreuserierit l'ombre des voiles da vaisseau me dérobait un peu la figure etle vêlementdésäctetirs, etje pouvais trahisforiner mes sales matelots en bérgers de Sitile et d’Arcädie. Lé vént contitiiant à nous être favorable, noûs frahichitues ras
pidemeht lé cañiäl qui sépare Vile dé Tétlédos di cüilinent, et
nous lohgeàmes la côte de l'Atätolié jusqu'au cäp Baba, adtrez fois Lectum Promontoriüth: Noûs portâämes alôrs à l’ouest pour doubléf à l'entréë de la huit, la pointe dé l'ile de Lesbos. Ce fut à Lesbos que naquirent Säpho et Alcée. et Que la tête d'Orphée vint aborder en répétatit le nom d'Eurydice. |
Ah! miseram Eurydicen, anima fugiente, vocabat,
Le 22 au matin la tramontane se leva aÿeé ühe violence éxliäblilihaire. Nous devions mouiller à Chio pour prendre Paules Heléliné; mais, par la frayeur et la mauvaise manœuvre dû caline, füus fûmes obligés d'aller jeter l’añtre au port de Toléshié, Sur Un fond de roc assez dangereux, près d'un graid FalSéau égÿplien naufragé. ee
Ce fort d'Asie 4 quelqué chose de fatal. La flotte turque Y fut brûlée, eh 1770, par le Cortile Orlow, et les Romains y délruisirent l8$ galères d’Antidehüs ; l'an 191 avant notre ère, &i toutefois \é Cyssus des anciens est le Tchiesmé des moderhés M. dé CHoisëUI a dohné bn pläh et üne vue de ce port. Le lecteur $é Sütiviehit peut-étré Que j'étais presque entré à Tcheëlhé eh faisant voile pour Smyrie, le 1° septembre, vingt et ün joufs avant Hidii Second passage dans l’Archipel. ES
Nous dilentlimes, le 22 et le 23; les pèlerins de lie de Chio. Jean Le terre ét re fit ütie ample provision dé grehades de Tehesmé : elles ah übe ai réputation dans le Levän,
üoiqu’elles soient inférieures à dalles de Jaffa. Müis je vieis de nouiiner Jéäti, et cela me rappelle que je n’ai point eïcore pallé au lecteur de ce nouvel inlerprèle, successeur du bôh Joseph. C'était l'hornme le plus mystérieux que j'aie jätbais rencontré ? deux pelits yeux enfoncés dänis la tête et comme Cachés par üf nez fort saillant, deux moustaches rouges, une häbitude continuelle desourire , quelque chose de souple dans le maintien, dotineront d’abord une idée de sa personne. Quand il dvait üh mot à me dire, il commençait par s’avancer de côté, ët; après ävoir fait un long détour, il venait presque .en rauipänit ré Chu hote dans l'oreille la chose du monde la moins secrète. Aussitôt qué je l’apercevais, je lui criais : Marchez droit et pirez al; conseil qu’on pourrait adresser à bien des gens. Jean avail des inteligences avec les principaux papas : il racontait de moi des choses élranges ; il me faisait des coihpliments dé la pärt des pèlerins qui détneuraient à fond de calé, et qüe je n’avdis pas réthar= qués. Aû mômett des repas, il n'avait jartiais d'appel, tant il étäit au-dessus dës besoins vulgairës : mais dussilôt que Julien avait achevé de difier, cé pauvre Jean descendait das la cliäloupe üù l’on ténail mes provisions, et, Sous prétèxte de mettre de l'ordré dans les paniers, il éngloutissait des morceaux de jambon, dé: “orait une voluillé, avalait üne bouteille de vit, et tout cela dvec line telle räpidité qu'on né voyait pas le mouvélhent de ses lèvres. Il revenait ensuite d’un air triste me demander si j'aviis besoin de ses services: Je lui Cohséillais de he pas $ë Hdisser aller
au chagrin et de prendré un peu de nüüriiture ; sis quoi il
courait le risqie de tomber malade. Le Grec me croyait Sa Uufiés ét cela lui faisit tant de plaisir, que je le lui laisstis éroiré: Malgré ces petits défauts, Jeah était au fond un très:hotinéle homme, et il méritait la confiance que ses mait. es lüi accordaient. Au reste, je n'ai tracé ce portrait; et quelques autres que pour satisfaire au LOût de ces lecteurs qui dinient à connaître les pers
| sonuages avec lesquels o1i i6s fait vivre: Pour rüoi, si j avais eu le
errant
20‘ Q 227: A1 n A oneusesortes de caricatures, J aurais chere sons 5 ee F. ouffes tout ce qui fait grimacer la nature € Pre 2 La pe : : y :
AE Ro digne d’estime : on sent bien qe n es Re 4 ne arrêt la bonne plaisanterie, la raillerie fine, Rs ire. et le haut comique. jroni aloire, € Fo a 1 , 23 le bâtiment chassa ‘sur son ancre, Ja nuit du 22 2 PES es d'A!
D à ensämes nous perdre sur les débris du ns der He Ù rès de nous. Les pèlerins de Uhio & SM ER ra staient au nombre de seize. A dix heures : LR URI NES vèrent le 23 à midi : 1 état
du soir nous appareïllèämes par TE 9% au lever du jour. d’est modéré, qui remonta au nOFO Re *
nés Cette dernière île fut ssimes entre Nicaria et Samos. à ; céèbre par sa fertilité, par es tyrans, et surlont Fe ne de Pythagore. Le bel épisode de PRES ; âmes dans le les LR nous ont dit de Samos. Nous nous Fait) % “ue ea que forment les Sporades, Pathmos, Leria, LOS, cit, rivages de l'Asie.
Là serpentait le Méandre, là s’élevaient Éphèse, Milet, Halicarnasse, Cnide : je saluais pour la dernière fois la patrie d'Homère, d'Hérodote, d'Hippocrate , de Thalès, d’Aspasie ; mais je n’'apercevais ni le temple d'Éphèse, ni le tombeau de Mausole, ni la Vénus de Cnide, et, sans les travaux de Pococke, de Wood, de Spor, de Choiseul, je n'aurais pu, sous un nom moderne et sans gloire, reconnaitre le promontoire de Myiale.
Le95, à sixheures du matin, nous jetâmes l'ancre au | port de Rhodes, afin de prendre un pilote pour la côte de Syrie. 0?
“5e descendis à terre et je me fis conduire chez M. Magallon, consul français. Toujours même réception , même hospita-
lité, même politesse. M. Magallon était malade; il voulut ce-
pendant me présenter au commandant turc, très-bon homme , du me donna un chevreau noir, et me permit de me BEOmener où je voudrais. Je lui montrai un firman qu a ne tèle, cé me déclarant qu'il portait ainsi tous les amis du Fe AA Il me tardait de sortir de cette Atenre PURE IQ x ï don un regard sur celte fameuse Rhodes où je ne devais passer q moment. Ce SANS AS SONE i lei commengait pour mot une antiquité Qué HE pee entre l'antiquité grecque que je quitlais , GR La dés as dont j'allais chercher les souvenirs. Les OUEN É é ; Te liers de Rhodes ranimèrent ma curiosité un peu RAR : 1) ruines de Sparte et d'Athènes. Des lois sages sur Je comtmense (os
16 roit marilime : (N) On peut consulter LEUXCLAvIUS, dans son Traite du droit Re des Grecs et des Romains. La belle ordonnance de Louis XIV sur là nk conserve plusieurs dispositions des lois rhodiennes,
———————— nie … Deere
fort belle nuit, avec un vent
Pont du navire le Pèlerin grec.
quelques vers de Pindare sur l’épouse du Soleil et la fille de Vé
nus (1), des poëtes comiques, des peintres, des monuments plus grands que beaux, voilà, je crois, tout ce que rappelle au voyageur la Rhodes antique, Les Rhodiens étaient braves : il est assez singulier qu’ils se soient rendus célèbres dans les armes pour avoir soutenu un siége avec gloire, comme les chevaliers leurs successeurs. Rhodes, honorée de la présence de Cicéron et de Pompée, fut souillée par le séjour de Tibère. Les Perses s’emparèrent de Rhodes sous le règne d'Honorius. Elle fut prise ensuite par les généraux des califes, l'an 647 de notre ère, et reprise par Anaslase, empereur d'Orient. Les Vénitiens s’y élablirenten 1203; Jean Bucas l’enleva aux Vénitiens. Les Turcs la conquirent sut les Grecs. Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem s’en saisirent en 190%, 1308 ou 1349. Ils la gardèrent à peu près deux siècles, et la rendirent à Soliman 11, le 25 décembre 1522. On veut consulter, sur Rhodes, Coronelli, Dapper, Savary ctM. deChoiseul,
Rhodes m'offrait à chaque pas des traces de nos mœurs et des sou= venirs de ma pairie. Je retrouvais unc petite France au milieu de la Grèce :
Procedo, et parvam Trojan simulataque magnis
Pergama,
Agnosco,
rx
Je parcourais une longue rue, appelée encore {& ruedes Chevaliers.
Elle est bordée de maisons gothiques les murs de ces maisons $ont par semés de devises gauloises et des armoiries de nos familles historiques. Je remar-
cé couronnés, et
aussi frais que s'ils
sortaient de la
PAT dr main du seulp-
leur. Les Turcs, qui ont mutilé partout les monuments de
la Grèce, ont épargné ceux de la chevalerie : l'honneur chré-
tien a étonné la bravoure infidèle, et les Saladin ont respecté les Couci,
Au bout de la rue des Chevaliers on trouve trois arceaux g0thiques qui conduisent au palais du grand maître. Ce palais sert aujourd'hui de prison. Un couvent à demi ruiné, et desservi par deux moines, est tout ce qui rappelle à Rhodes cette religion qui y fit tant de miracles. Les pères me éonduisirent à leur chapelles On y voit une Vierge gothique, peinte sur bois; elle tient son enfant dans ses bras : les armes du grand maitre d'Aubusson sont gravées au bas dutableau. Cette antiquité curieuse fut découverte; il y a quelques années, par un esclave qui cultivait le jardin du couvent, Il ÿ a dans la, chapelle un second autel dédié à saint Louis, dont on retrouve l'image dans tout l'Orient , et dont j'a vu le lit de mort à Carthage. Je laissai quelques aumônes à cet autel, en priant les pères de dire une messe pour mon bon voyage;
(4) La nymphe Rhodos,
quai les lis de Fran!