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qu'en grommelant: C'était là que je dormais , le.30 septembre, à six heures di miatin, lorsque je fus éveillé par un bruit confus de voix : j'oùvris les yeux, et j'aperçus les pèlerins qui regardaient vers la proue dti vaisseau. Je déemandai ce que c’était; ôn me cria : Signor, il Carimelo! le Carmel! le vent s'était levé la Yeille à huit hèures du soir; et dans là nuit nous étions arrivés à Ja vue des côtes de Syrie. Corne j'étais couché tout habillé ; je fus bientôt debout, m'enqnéiänt de la montighe sacrée. Chäcün g’enipréssait de me l& moñtrer de là main; mais je n’apércevais rien, à cause du soleil qui comimencçait à se lever éri face dé noûs. Cé moment avait quelque chose de religieux et d'augosté; tous les pèlerins: le chapelet à la main; éttiérit restés en siléncé daris Ja même attitude, attendant l'äpparition dé la Terré-Sainté; le
chef des papas priait à häüte voix : on n’entendail que cette. prière et le bruit dé là course du vaissbat, que le vérit le plus
favorable poussait Sur une mer brillante. De térnps eh (émps ün cri s'élevait de la proue quañd ün révoyait le Carmel: J'aperçiis enfin moi-même cètté moñtiÿne cotimé üne täthié rondé aüdessous des rayons du Soleil: Je mé ttiis tlors à genoux à la iiariière des Latins. Je ne sentis point cétté espèce dé trouble qiië j'épronvai en découvrant les côtes dé là Grèce : miais là vue du berceau des Isrdélites et la patrie des chrétiénis mé rémplit de crainte et de respect: J'allais descendre sur la térre des prodiges, aux sources de la plüs étontiante poésie ; aux lieux où, mêtie Humainéthent parlänt, s'est passé le plus grätid éténemént qui ait jémiais changé Ja face du monde, je veux dire la veriue du Messie} j'allais abor der à ces rives que visitèrent coté moi Godefroy de Bouillon, Raimond de Saint-Gillès ; Tañicrèdé le Brave; Hugües le Grand,
Richard Cœur de Lion, et ce säint Louis dont les vertus furent. admirées des infidèles. Obéeut pèlétin, comment oserais-je fouler
ün sol consacré par tant de pèlerins illustres.
A mesure que nous avancions ët que lé soleil müntait dafis le ciel, les terres se découvraient devant nous. La dernière pointe que nous apercevions au loiti, à fotré gäüche vérs 18 nord, était
Ja pointe de Tyri venaient ensüilé 1 täp Blañt, Saint-Jean |
d’Acre, le mont Carmel, avéc Caïfe à ses pieds ; Tärtoura, autre-
fois Dora ; le Château-Pèlerin, et Césarée. dont on voit les ruines.
Jatfa devait être sous la proue même du vaisseau, mais on ne le distinguait pas encore; ensuite la côte s’abaissait inisénsiblement jusqu’à un dernier cap äu midi ; où elle sembläit #évanouir : là commencent les rivages de l'ancienne Palestine, qui vontrejoindre céüx de l'Égypte, et qui sont presque äu niveau de là mer: La
térre, dont noûs pouvions être à huit ou dix lieues, pardiésait
généralement blanche avec des ondülations noires, produiles par dés ombres; rien ne forinait saillie dans la ligrie obliqué qu'elle traçait du ford au midi : lé mont Carmel iiêmie ne se détächait point sur le plan; tout éläit uniforme et mal téinit. L'effet général était à peu près celui dés montagnes du Boürboïnäis; quand on les regarde des hauteurs de Tarare. Une file de nuages blancs et dentelés suivait à l'horizon là diréction des terres; et semblait en répéter l'aspect dans le ciel.
Le vent nous manqua à midi ; il se leva de nouveau à quatre heures; mais, par l'ignorance du pilote, nous dépassâmes le but. Nous voguions à pleines voiles sur Gaza; lorsque des pèlerins reconnurent ; à l'inspection de la côte, la méprise de notre Allemand; à fallut virer de bord ; tout cela fit perdre du temps, et la nuit survint. Nous äpprochions cependant de Jaffa : on voyait même les feux de la ville; lorsque le vett du nord-ouest venant à soufller avet une nouÿelle force; la peur s'empara du capilaine; il n’osa chercher la rade de nuit : tout à coub il tourna la proue au large et regagna la haute mer:
J'étais appuyé sur la poupe, et je regardais avec un vräi cha- &rin éloigner la terre. Au bout d’une demi-heure j'aperçus Comme la réverbération lointaine d’un incendie sur la cime d’une Chaine de montagnes : ces montâgnes élaient celles de la Judée. La lune, qui produisait l'effet dont J'étais frappé, montra bien-
tôt son disque large et rougissant au-dessus de Jérusalem. Une : Main secourable semblait élever ce phure au sominet de Sion
pour flous gtiidéf à là Cité stinte: Malheurelisement fous ne sui- Viniés pas coinine les iiagés l'astré salaire, et sa clarté ne nous servit qu'à fuir lé port qe ous avions tañt désiré: R Le lénidéinaiti, mercredi 4° octobre ; ah joint du jour; flous nous trouvâiies affalés à la côte, presqié eri fice de Césarée : il nous fallut remonter au midi le long de la terre. Heureusernent le vént était lon; quoiqie faible: Dans le loinilain s'élevait l'âmphithiéâlre des Montignés de la J üdée: Du piéd de ces montignes üné väsle plaine déseendait jusqu'à la mer: On y voyait à peine quelque trace de culture, et pour toute habitation ur châtéau golhiqiie en ruine, surtonté d'un minaret croulant et abardoriné. Âu bord de la mer, là tèrre $e terrinait far des falaises jautiës dudéés dé noirs qui surploitibaierit ulie grève où nous voyions êt üù nous éntendiotis se briser les flots: L'Arabe; ebräfit Sür cette côte: boit d'un œil avide le vaisseau qi passe à | bHizon ; il ättend là dépduillée du ndufragé au rênie bord où Jésus-Christ ordonnäil dé fiburtir ceux qui ont flimi; et de vêtir ceux qui ne is bétirés de l'après-midi nous revities eñfit Jaffu: On foug avait aperçus de la ville: Un batcäu se détacha du: port ét gavähe au-dévant de nous: Je prolitai de ce bateau pour éri- Voveb Jéaii à terre. Je lui remis la lettre de recouniatidation que les éolninissäires de Terre:Sainte n'avaient donitiée à Constantifopléz ët qui était adressée aux pères de Jaffa. J'écrivis en même lenips uti not à eës jières: HARRIS Utie heure après lé départ de Jean; nous vinines jeter | acte devant Jaffä, la villé tous restant au sud-est et le itiriètet de la tiosquée à l'est quart sud-est: Je marque ici les ruttibs du cotibas par un raison assez impottatite : lus vaisseaux latins mouilletit orditiäirement plus au large; ils sotit alors Sur un barnt de rochers qhi peut coupet les câbles ; tandis que les bâtinients grecs, eh sé fapprochänt de là terre; sè Ilouverit sur un font thoits dangereux, entre là darse de Jaffa et le banc de rochèts: | Juffi hé présente qu’un méelänt amas de maisots rassemblées ét rond, ét disposées en ariphithéâtre sur la pete d unie côte élevée: Les mällieuts que cetie ville a si souvent éjrouvés ÿoht multiplié les ruities: Un dur qui: par ses deux points; vient aboutir à la net; l'enveloppe, du côté de la terre; et la riet à Pabri d'un coup de main: : ni Des caïjues s’ävaricèrent biéntôt de toutes parts potr chercher des pèlerins : le vêtement les traits, le leiñt; l'air de visage; la langue des patrous de ces caïques; m'annoncèrent sur-le-chaitip la räce ärabe ét lé frontière du désert: Le débarquement des passagers s'exéclta sans tumiilte} quoique avec un enipresseméht très-légitime: Cette foule de vieillarüs; d homines ; de femmes et d'énfants ne fit point entendre; en mettant le pied sur la Terre- Sainte, ces cris, ces pleuts; cesilamentations dont on s’est plu à faire des peintures imaginaires et ridicules: Ou était fort calme; ét, de tous les pèlerins, j'étais certainement le plus ému: | Je vis enfin venir un bateau dauis lequél je distinguai mon domestique grec; accompaghé de trdis religieux. Ceux-ci me recÜnnürent à mon häbit franc et me firent des salutations de la maih, de l'air le plus affectueux: Îls artivèrent bientôt à bord: Quoiqüie cés pères fussent Espagnols et qu'ils parlassent un italien difticile à entendre, nous nobs serrâmes la rain come dé véritables : compatriotes. Je descendis avec eux däris la chaloupe; nous ehtrâmes dans le port par une ouverture pratiquée entre-les rochers, et dangereuse même pour un caïque: Les Arabes du riväge s'avancèrent dans l'eau jusqu’à la ceintire, afin de nous charger sur leurs épaules. Il se passa là une scene assez plaisante : mon domestique était vêtu d'uné redingote blanchâtre ; le blanc était
Ja couleur-de distinetion chez les Arabes; ils jugèrént que mon
domestique était ie scbeik. LI se saisirent de lui, et l'emportèrent en triomphe malgré ses prolestätions, tandis que, grâce à mon habit bleu, je me sauvais obseurément sur le dos d'un meudiant déguenillé: | | Nous nous rendimes à l’hospice des pères, simple maison de bois bâtie sur le port, et jouissant d'urie belle vue de la ner.
Fe.
RS En
Mes hôtes me conduisirent d’abord à la chapelle, que je trouval illuminée , et où ils remercièrent Dieu de leur avoir envoyé un frère : touchantes institutions chrétiennés, par qui le voyageur trouve des, amis et des secours dans les pays les plus barbares ; institutions dont j'ai parlé ailleurs, et qui ne seront jamais assez admirées.
Les trois religieux qui étaient venus me chercher à bord se nommaient Jean T ruylos Penna, Alexandre Roma, et Martin Alexano : ils composaient alors tout l’hospice, le curé, don Juan de la Conception, était absent.
En sortant dela chapelle, les pères m’installèrent dans ma cellule, où il y avait. une table, un lit, de l’encre, du papier, de l’eau fraîche et du linge blanc. Il faut descendre d’un bâtiment grec chargé de deux cents pèlerins pour sentir le prix de tout cela. À huit heures du soir, nous passâmes au réfectoire. Nous ÿ trouvämes deux autres pères venus de Rama , et partant pour Constantinople. Le père Manuel Sancia, et le père François Mun0Z. On dit en commun le Benedicite, précédé du De profundis ; souvenir de la mort que le christianisme mêle à tous les actes de la vie pour les rendre plus graves, comme les anciens le mêlaient à leurs banquets pour rendre leurs plaisirs plus piquants. On me servit, sur une pelite table propre et isolée, de la volaille, du poisson, d'excellents fruits, tels que des grenades, des pastèques, des raisins, et des dattes dans leur primeur ; j'avais à discrétion le vin de Chypre et le café du Levant. Tandis que j'étais comblé de biens, les pères mangeaient un peu de poisson sans sel et sans huile. Ils étaient gais avec modestie, familiers avec politesse; point de questions inutiles, point de vaine curiosité. Tous les propos roulaient sur mon voyage, sur les mesures à prendre pour me le faire achever en sûreté : « Car, me disaient-ils, nous ré- « pondons maintenant de vous à votre patrie. » Ils avaient déjà dépêché un exprès au scheik des Arabes de la montagne de J udée, et un autre au père procureur de Rama. « Nous vous recevons, « me disait le père François Munoz, avec un cœur limpido e « bianco. » Il était inutile que ce religieux espagnol m’assurât de la sincérité de ses sentiments ; je les aurais facilement devinés à la pieuse franchise de son front et de ses regards.
Cette réception , si chrétienne et si charitable dans une terre où le christianisme et la charité ont pris naissance; cette hospitalité apostolique dans un lieu où le premier des apôtres précha l'Évangile , me louchaient jusqu’au cœur : je me rappelais que d’autres missionnaires m’ayaient reçu avec la même cordialité dans les déserts de l'Amérique, Les religieux de Terre-Sainte ont d'autant plus de mérite, qu'en prodiguant aux pèlerins de Jérusalem la charité de Jésus-Christ, ils ont gardé pour eux la croix qui fut plantée sur ces mêmes bords. Ce père au cœur limpido e bianco m'assurait encore qu’il trouvait la vie qu’il menait depuis Cinquante ans un vero paradiso. Veut-on savoir ce que c’est que ce paradis? Tous les jours une avanie, la menace des coups de bâton, des fers et de la mort! Ce religieux, à la dernière fête de Pâques, ayant lavé des linges de l'autel, l’eau imprégnée d’amidon coula en dehors de l'hospice, et blanchit une pierre. Un Turc passe, voit celte pierre, et va déclarer au cadi que les pères ont réparé leur maison. Le cadi se transporte sur les lieux, décide que la pierre, qui était noire, est devenue blanche, et, sans écouter les religieux, il les oblige à payer dix bourses. La veille
-même de mon arrivée à Jaffa, le père procureur de lhospice
avait été menacé de la corde par un domestique de l'aga en présence de l’aga même. Celui-ci se, contenta de rouler paisiblement sa moustache, sans daigner dire un mot favorable au chien. Voilà Je véritable paradis de ces moines, qui, selon quelques voyageurs, sont de: petits souverains en Terre-Sainte, et jouissent des plus grands honneurs.
A dix heures du soir, mes hôtes me reconduisirent par un Jong corridor à ma cellule..Les flots se brisaient avec fracas contre les rochers du port : la fenêtre fermée, on eût dit d’une tempète; la fenêtre ouverte ;on voyait un beau ciel, une lune paisible; une mer calme, et le vaisseau des pèlerins mouillé au large.
mo SR
Les pères sourirent de la surprise que me causa ce contraste: Je leur dis en mauvais lalin : Ecce monachis similitudo mundi;
quantumeumque mare fremitum reddat eis placidæ semper udæ
videntur, omnia tranquillitas serenis animis. ll Je passai une partie de la nuit à contempler cette mer de Tyr, que l'Écriture appelle la Grande-Mer, et qui porta les flottes du
roi-prophète quand elles allaient chercher les cèdres du Liban et
la pourpre de Sidon; cette mer où Léviathan laisse des traces comme des abîmes (1); cette mer à qui.le Seigneur donna des barrières et des portes (2); celte mer qui vit Dieu et qui s’enfuit (3). Ce n'étaient là ni l'Océan sauvage du Canada, ni les flots riants de la Grèce. Au midi s’étendait l'Égypte, où le Seigneur élait entré sur un nuage léger, pour sécher les canaux du Nil, et renverser les idoles (4) ; au nord s'élevait la reine des cités, dont les marchands élaient des princes (5) : Ululate, naves maris,
quia devastata est fortitudo vestra!... Attrita est civitas vani -
tatis, clausa est omnis domus nullo introeunte… quia hœc erunt in medio terræ... quomodo si paucæ olivæ remanserunt excutiantur ex olea, et racemi, cum fuerit finita vindemia. « Hurlez, vaisseaux de la mer, parce que votre force est détruite... La ville des vanités est abattue; toutes les maisons en sont férmées, et personne n'y entre plus... Ce qui restera d'hommes
après la récolle, comme quelques raisins suspendus au cep