‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 51 sur 111 · HIC DE VIRGINE MARIA JESUS CHRISTUS NATUS EST · texte numérisé non relu

HIC DE VIRGINE MARIA JESUS CHRISTUS NATUS EST

Une table de marbre, qui sert d'autel, ést appuyée contre le rocher, et s'élève au-dessus de l'endroit où le Messie vint à la lumière, Cet autel est éclairé par trois lampes, dont la plus belle a été donnée par Louis XH. +

A sept pas de là, vers le midi, après avoir passé l'entrée d’un des escaliers qe montent à l’église supérieure, vous trouvez la crèche. On y descend par deux degrés, car elle n'est pas de niveau avec le reste de la grotte. C’est une voûte peu élevée, enfoncée dans le rocher. Un bloc de marbre blanc, exhaussé d’un

ied au-dessus du sol, et creusé en forme de berceau, indique l'endroit même où le souverain du ciel fut couché sur la paille.

« Joseph partit aussi de la ville de Nazareth qui est en Gali- « lée et vint en Judée à la ville de David, appelée Bethléem, parce « qu'il était de la maison et de la famille de David,

« Pour se faire enregistrer avec Marie son épouse, qui était « grosse. | -

« Pendant qu’ils étaient en ce lieu, il arriva que le temps au- « quel elle devait accoucher s’accomplit;

« Et elle enfanta son fils premier-né; et l'ayant emmaillotté, « elle le coucha dans une crèche, parce qu’il n'y avait point de « place pour eux dans l'hôtellerie (1), » |

. A deux pas, vis-à-vis la crèche , est un autel qui occupe la lace où Marie était assise lorsqu'elle présenta l'enfant des douleurs aux adorations des Mages.

« Jésus étant donc né dans Bethléem, ville de la tribu de « Juda, du temps du roi Hérode, des Mages vinrent de l'Orient

« en Jérusalem.

« Et ils demandèrent : où est le roi des Juifs qui est nouvelle-

« ment né? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous « sommes venus l’adorer.

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« Eten même temps l'étoile qu’ils avaient vue en Orient allait « devant eux, jusqu’à ce qu'étant arrivée sur le lieu où était « l'enfant, elle s'y arrêta.

- « Lorsqu'ils virent l'étoile ils furent tout transportés de joie :

« Et entrant dans la maison ils trouvèrent Penfant avec Marie « sa mère, et se prosternant en terre ils l'adorèrent; puis ou- « vrant leurs trésors, ils lui offrirent pour présents de l'or, de « l’encens et de la myrrhe (2). » |

Rien n'est plus agréable et plus dévot que cette église souterraine. Ee est enrichie de tableaux des écoles italienne el espagnole. Ces tableaux représentent les mystères de ces lieux, des Vierges et des Enfants d’après Raphaël. des Annonciations, l'Adoration des Mages, la Venue des Pasteurs, et tous ces miracles

mêlés de grandeur et d'ianoeence. Les ornements ordinaires de

la crèche sont de satin bleu brodé en argent. L’encens fume sans cesse devant le berceau du Sauveur. J'ai entendu un orgue, fort bien touché, jouer à la messe les airs les plus doux et les plus

tendres des meilleurs compositeurs d'Italie. Ces concerts charment

Arabe chrélien qui, laissant païlre ses charnéaux, vient, commmé = antiques bergers de Bethléemn, adorer le Roi des rois dans sa

(1) Sainr Luc. — (2) Sainr Mar.

crèche. J'ai vu cet habitant du désert communier à l'autel des Mages avec une ferveur, une piété, une religion, inconnues des chrétiens de l'Occident: «Nul endroit dans l'univers, dit le père « Néret, n’inspire plus de dévotion... L’abord continuel des « caravanes de toutes les nations chrétiennes, les prières pu- « bliques, les prosternations. . la richesse même des présents que « les princes chrétiens y ont envoyés... tout cela excite en votre € âme des choses qui se font sentir beaucoup mieux qu'on ne « peut les exprimer. » -

Ajoutons qu'un contraste extraordindire rend encore ces choses plus frappantes; car en sortant de la grolie, où vous avez retrouvé la richesse, les arts, la religion des peuples civilisés, vous êtes transporté dans une solitude profonde, au milieu des masures arabes, parmi des Sauvages demi-nus et des musulmans sans foi. Ces lieux sont pourtant ceux-là mêmes où s’opérèrent tant de merveilles ; mais cette terre sainte n’ose plus faire éclater au dehors son allégresse, et les souvenirs de sa gloire sont renfermés dans son sein. "

Nous descendimes de la grotte de la Nativité dans la chapelle souterraine où la tradition place la sépuliure des Innocents : « Hérode envoya tuer à Bethléem, et en tout le pays d'alentour, « tous les enfants âgés de deux ans et au-dessous: alors s'ac- « complit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie : Vox in « Rama audita est.»

La chapelle des Innocents nous conduisit à la grotte de saint Jérôme : on y voit le sépulcre de ce docteur de l'Église, celui de saint Eusèbe , et les tombeaux de sainte Paule et de sainte Eustochie. -

Saint Jérôme passa la plus grande partie de sa vie dans cette grotte. C’est de là qu’il vit la chute de l’empire romain ; ce fat là qu’il reçut ces patriciens fugitifs qui, après avoir possédé les palais de la terre, s'estimèrent heureux de partager la cellule d'un cénobite. La paix du saint et les troubles du monde font un merveilleux effet dans les lettres du savant interprète de l'Écriture. "

Sainte Paule et sainte Eustochie sa fille étaient deux grandes dames romaines de la famille des Gracques et des Scipions. Elles quittèrent les délices de Rome pour venir vivre et mourir à Bethléem dans la pratique des vertus. monastiques Leur épitaphe, faite par saint Jérôme, n’est pas assez bonne et trop connue pour que je la rapporte ici : ' .

Scipio, quam genuit, etc.

On voit dans l’oratoire de saint Jérôme. un tableau.où ee:saint conserve l'air de tête qu'il a pris sous le pinceau du Carrache et du Dominiquin. Un autre tableau offre les images de Paule et d'Eustochie. Ces deux héritières de Scipion sont représentées mortes et couchées dans le même cercueil. Par une idée touchante, le peintre a donné aux deux saintes une ressemblance parfaite ; on distingue seulement la fille de la mère à sa jeu= nésse et à son voile blanc: l’une a marché pius longiemps et l’autre plus vite dans la vie; et elles sont arrivées au port au même moment. a FRA

Dans les nombreux tableaux que l'on voit aux lieux Saints, et qu'aucun voyageur n'a décrit (1), j'ai cru quelquelois reconnaitre la touche mystique et le ton inspiré de Murillo : il serait assez singulier qu'un grand maitre eût à la crèche ou au tombeau du Sauveur quelque chef-d'œuvre inconnue.

Nous remontâmes au-couvent. J'examinai la campagne du haut d’une terrasse. Bethlé,:m est bâtie Sur un monlicule qui domine une longue vallée, Gette vallée s’élend de l’est à l’ouest : la colline du inidi est couverte d’oliviers clair-semés sur un terrain rougeâtre, hérissé de cailloux : la colline du nord porte des figuiers

“ È ? - À “ur on sol semblable à celui de l’autre colline, On découvre cà

et là quelques ruines, enire aulres les débris d’une tour qu’on

(4) Viltamout avait été frappé de la beauté d’un sait Jérôme,

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appelle la Tour de Sainte-Paule. Je rentrai dans le monastère ; qui doit une partie de sa richesse à Baudouin, roi de Jérusalem et successeur de Godefroy de Bouillon : c'est une véritable forleresse, et ses murs sont si épais qu'ils soutiendraient aisément un siége contre les Turcs. |

L'escorte arabe étant arrivée, je me préparai à partir pour la mer Morte. En déjeunant avec les religieux, qui formaient un cercle autour de moi, ils m’apprirent qu'il y avait au couvent un père, Français de nation, On l'envoya chercher: il vint les yeux baissés, les deux mains dans ses manches, marchant d'un air sérieux; il me donna un salut froid et court. Je n'ai jamais entendu chez l'étranger le son d’une voix française sans être ému:

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Après un si long POUSSE one ete et Tue Oh! que cette parole à mon oreille est chère!

Je fis quelques quéstions à ce religieux, Il me dit qu’il s’appelait le père Clément ; qu'il était des environs de Mayenne ; que, se trouvant dans un monastère en Bretagne, il avait été déporté en Espagne avec une centaine de prêtres comme lui; qu'ayant reçu l'hospitalité dans un couvent de son ordre, ses supérieurs l'avalent ensuite envoyé missionnaire en Terre-Sainte. Je lui demandai s'il n'avait point envie de revoir sa patrie, et s’il voulait écrire à sa famille. Voici sa réponse mot pour mot : « Qui est-ce qui se souvient encore de moi en France ? Sais-je si j'ai encore « des frères et des sœurs? J'espère obtenir par le mérite de la € crèche du Sauveur la force de mourir ici, sans importuner € personne et sans songer à un pays où je suis oublié, »

Le père Clément fut obligé de se retirer : ma présence avait réveillé dans son cœur des sentiments qu'il cherchait à éteindre. Telles sont les destinées humaines : un Français gémit aujourd'hui sur la perte de son pays aux mêmes bords dont les souve-

nirs inspirèrent autrefois le plus beau des cantiques sur l’amour de la patrie :

Super flumina Babylonis, etc,

Mais ces fi de B filles

ls d’Aaron qui abylone ne rentrèrent de Judée qui s’écr

suspendirent leurs harpes aux saules «ENE pas tous dans la cité de David ; ces lent sur le bord de l’Euphrate :

0 rivès du in’!

Jourdain ! 6 Champs aimés des cieux! etc.

ces co ; ire ; cs Mpagnes d'Esther ne revirent pas loutes Emmaüs et Béthel : Plusieurs laissèrer

dc febEe FH dépouilles aux champs de la captivité. times de Bethléemn. Six Haba tehpe ne : Re ee 0 Snards et de longs fusils à èch Re spl Se Le De chétetitte Sn æ méche, formaient notre escorte, [ls maravion ajout à 8 nt et trois en arrière de nos chevaux, Nous VER otre cavalerie un âne qui portait Peau et les pro-

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