‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 52 sur 111 · NOUS primes Ja route du monastère de Saint-Saba, d'où · texte numérisé non relu

NOUS primes Ja route du monastère de Saint-Saba, d'où

Nous suivimes d’ levant, comme je |’ gnes où l’on voit chose assez rare da

abord le vallon de Bethléem, qui s'étend au ai dit, Nous passimes une croupe dé montasur la droite une vigne nouvellement plantée, rare dans le pays pour que je l’aie remarquée.

OUS arrivâämes à une grotte appelée la Grotte des Pasteurs.

Les Arabes l'appellent encore Dta-el-Natowr, le Village des Ber- 8ers. On prétend qu’Abraham faisait paitre ses troupeaux dans ce lieu, et que les bergers de Judée furent avertis dans ce même lieu de la naissance du Sauveur,

€ Or, il y avait aux environs des bergers qui passaient la nuit a dansles champs, veillant tour à tour à la or:

- gar de de leurs troupeaux.

« Et tout d’un coup un ange du Selgicur se présenta à eux,

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et à

« et une lumière divine les environna, ce qui les remplit d’une « extrême crainte.

« Alors l'ange leur dit : Ne craignez point, car je viens vous « apporter une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet « d’une grande joie.

« C'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né « un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. « Et voici la marque à laquelle vous le reconnaîtrez : Vous « trouverez un enfant emmaillotté, couché dans une crèche. « Au même instantil se joignit à l’ange une grande troupe de « l'armée céleste, louant Dieu et disant :

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre « aux hommes de bonne volonté, chéris de Dieu. » 3 La piété des fidèles a transformé celte grotte en une chapelle. Elle devait être autrefois très-ornée : j'y ai remarqué trois chapiteaux d’ordre corinthien, et deux autres d’ordre ionique. La découverte de ces derniers était une véritable merveille ; car on ne trouve plus guère après le siècle d'Hélène que l'éternel corinthien. En sortant de cetle grolte, et marchant loujours à l’orient, une pointe de compas au midi, nous quillâmes les montagnes Rouges pour entrer dans une chaîne de montagnes blanchâtres, Nos chevaux enfonçaient dans une terre molle et crayeuse, formée des débris d’une roche calcaire. Cette terre était si horriblement dépouillée qu’elle n'avait pas même une écorce de mousse. On voyait seulement croître çà et là quelques touffes de plantes épis neuses aussi pâles que le sol qui les produit, et qui semblent couvertes de poussière comme les arbres de nos grands chemins pendant Pété. À En tournant une des croupes de ces montagnes nous apercûmes deux camps de Bédouins : l’un formé de sept tentes de peaux de brebis noires disposées en carré long, ouvert à l'extrémité orientale; l’autre composé d’une douzaine de tentes plantées en cercle. Quelques chameaux et des cavales erraient dans les environs. | Il était trop tard pour reculer ; il fallut faire bonne contenance et traverser le second camp. Tout sé passa bien d’abord. Les Arabes touchèrent la main des Bethléémites et la barbe d’Ali- Aga. Mais à peine avions-nous franchi les dernières tentes, qu'un Bédouin arrêta l’âne qui portait nos vivres. Les Bethléémites voulurent le repousser; l’Arabe appela ses frères à son secours. Ceux-ci sautent à cheval : on s’arme, on nous enveloppe, Ali parvint à calmer tout ce bruit pour quelque argent. Ces Bédoüins exigèrent un droit de passage : ils prennent apparemment le désert pour un grand chemin ; chacun est maître chez soi, Ceci n’était que le prélude d'une scène plus violente. Une lieue plus loin, en descendant le revers d’une monlagne,. ous découvrimes la cime de deux hautes tours qui s’élevaient dans une vallée profonde. C'était le couvent de Saint-Saba. Comme nous approchions, une nouvelle troupe d’Arabes, cachée au fond d’un ravin, se jela sur notre escorle, en poussant des hurlements. ‘Dans uninstant nous vimes voler les pierres, briller les poignards, ajuster les fusils. Ali se précipita dans la méèlée ; nous courons pour lui prêter secours : il saisit le chef des Bédouins par la barbe, l’entraîne sous le ventre de son cheval, et le menace de l’écraser s’il ne fait finir cette querelle. Pendant le tumulte un religieux grec criait de son côté et gesticulait du haut d’une tour; il cher- -chait inutilement à mettre la paix. Nous étions tous arrivés à la porte de Saint-Saba. Les frères, en dedans, tournaient la clef, mais avec lenteur, car ils craignaient que dans ce désordre on ne pillât le.monastère. Le janissaire, fatigué de ces délais, entrait en fureur contre les religieux et contre les Arabes. Enfin, il tira son sabre, et allait abattre la tête du chef des Bédouins, -qu'il tenait toujours par la barbe avec une force surprenanle, lorsque le couvent s'ouvrit. Nous nous précipitämes tous pêle-mêle dans une cour, et la porte se referma sur nous. L'affaire devint alors plus sérieuse : nous n’étions point dans l’intérieur du couvent; il y avait une autre cour à passer, et la porte de cette cour n’était point ouverte, Nous étions renfermés dans un espace étroit, où nous nous blessions avec nos armes, et où nos chevaux, ani-

D Er més par le bruit, étaient devenus furieux. Ali prétendit avoir dé- {tourné un coup de poignard qu’un Arabe me portait par derrière, et il montraitsa main ensanglantée; mais Ali, très-brave homme d'ailleurs, aimait Pargent, comme tous les Turcs. La dernière porte du monastère s’ouvrit ; le chef des religieux parut, dit quelques mots, et le bruit cessa. Nous apprimes alors le sujet de la contestation.

Les derniers Arabes qui nous avaient attaqués appartenaient à une tribu qui prétendait avoir seule le droit de conduire les étrangers à Saint-Saba. Les Bethléémiles, qui désiraient avoir le prix de l’escorte, et qui ont une réputation de courage à soutenir, n’avaient pas voulu céder. Le supérieur du monastère avait promis que je salisferais les Bédouins, et l'affaire s'était arrangée. Je ne leur voulais rien douner, pour les punir, Ali-Aga me représenta que si je tenais à celle résolution, nous ne pourrions jamais arriver au Jourdain; que ces Arabes iraient appeler les autres tribus ; que nous serions infailliblement massacrés; que c'était la raison pour laquelle il navait pas voulu tuer le chef ; car, une fois le sang versé, nous n’aurions eu d’autre parti à prendre que de retourner promptement à Jérusalem.

Je doute que les couvents de Scété soient placés dans des lieux plus tristes et plus désolés que le couvent de Saint-Saba. IL est bâti dans la ravine même du torrent de Cédron, qui peut avoir trois ou quatre cents pieds de profondeur dans cet endroit. Ce torrent est à sec et ne roule qu’au printemps une eau fangeuse et rougie. L'église occupe une petite éminence dans le fond du lit. De là les bâtiments du monastère s'élèvent par desæscaliers perpendiculaires et des passages creusés dans le roc, sur le flanc de la ravine, et parviennent ainsi jusqu'à la croupe de la montagne où ils se terminent par deux tours carrées. L'une de ces tours est hors du couvent; elle servait autrefois de poste avancé pour surveiller les Arabes. Du haut de ces tours on découvre les sommets stériles des montagnes de Judée ; au-dessous de soi, l'œil plonge dans le ravin desséché du torrent de Cédron, où l’on voit des grottes qu’habitèrent jadis les premiers anachorètes. Des co- Jombes bleues nichent aujourd’hui dans ces grottes, comme pour rappeler par leurs gémissements, leur innocence et leur douceur, les saints qui peuplaient autrefois ces rochers. Je ne dois point oublier un palmier qui croit dans un mur sur une des terrasses du couvent; je suis persuadé que tous les voyageurs le remarqueront comme moi; il faut être environné d'une stérilité aussi affreuse pour senlir le prix d’une touffe de verdure.

Quant à la partie historique du couvent de Saint-Saba, le lecteur peut avoir recours à la lettre du père Néret et à la Vie des Pères du Désert. On montre aujourd’huidans ce monastère trois ou quatre mille têtes de morts, qui sont celles des religieux massacrés par les infidèles. Les moines me laissèrent un quart d'heure tout seul avec ces reliques : ils semblaient avoir deviné que mon dessein était de peindre un jour la siluation de l’âme des soli- {aires de la Thébaïde. Mais je ne me rappelle pas encore sansun sentiment pénible qu’un caloyer voulut me parler de politique et me raconter les secrets de la cour de Russie. « Hélas! mon « père, lui dis-je, où chercherez-vous la paix, si vous ne la trou- « vez pas ici ? »

Nous quittâmes le couvent à trois heures de l'après-midi; nous remontèmes le torrent de Cédron, ensuite, traversant la ravine, nous reprîimes notre route au levant. Nous découvrimes Jérusalem par une ouverture des montagnes. Je ne savais trop ce que j'apercevais; je croyais voir un amas de rochers brisés : l'apparition subite de cette cité des désolations au milieu d’une solitude désolée avait quelque chose d'effrayant; c'était véritablément la reine du désert

Nous avancions : l'aspect des montagnes était toujours le même, C'est-à-dire blanc poudreux, sans ombre, sans arbre, sans herbe et sans mousse, À quatre heures et demie, nous descendimes de la haute chaîne de ces montagnes sur une chaîne moins élevée. Nous cheminèmes pendant cinquante minutes sur un plateau assez égal, Nous parvinmes enfin au dernier rang des monts qui

‘les Arabes vont recueillir l'asphalte, Diodore décrit ces radeaux

bordent à l'occident la vallée du Jourdain et les eaux de la mer Morte. Le soleil était près de se coucher : nous mimes pied à terre pour laisser reposer les chevaux, et je contemplai à loisir le lac, la vallée et le fleuve.

Quand on parle d’une vallée, on se représente une vallée cultivée ou inculle : cultivée, elle est couverte de moissons, de vignes, de villages, de troupeaux ; inculte elle offre des herbages ou des forêts; sielle est arrosée par un fleuve, ce fleuve a des replis; les collines qui forment cette vallée ont-elles-mêmes des sinuosités dont les perspectives attirent agréablement les regards.

Ici, rien de tout cela : qu’on se figure deux longues chaînes de montagnes, courant parallèlement du septentrion au midi, sans détours, sans sinuosités. La chaîne du levant, appelée Montagne d'Arabie, est la plus élevée ; vue à la distance de huit à dix lieues, on dirait un grand mur perpendiculaire, tout à fait semblable au Jura par sa forme et par sa couleur azurée : on ne distingue pas un sommet, pas la moindre cime; seulementon aperçoit çà etlà de légères inflexions, comme si la main du peintre qui a tracé cette ligne horizontale surle ciel eût tremblé dans quelques endroits(1).

La chaîne du couchant appartient aux montagnes de Judée. Moins élevée ef plus inégale que la chaine de l’est, elle en diffère encore par sa nature : elle présente de grands monceaux de craie et de sable qui imitent la forme de faisceaux d’armes, de drapeaux ployés, ou de tentes d’un camp assis au bord d’une plaine. Du côté de l'Arabie, ce sont au contraire de noirs rochers à pic qui répandent au loin leur ombre sur les eaux de Ja mer Morte. Le plus pelitoiseau du ciel ne trouverait pas dans ces rochers un brin d'herbe pour se nourrir; tout y annonce la patrie d’un peuple réprouvé; tout semble y respirer l'horreur et l'inceste d’où sortirent Ammon et Moab.

La vallée comprise entre ces deux chaînes de montagnes offre un sol semblable au fond d'une mér depuis longtemps retirée ; des plages de sel, une vase desséchée, des sables mouvants et comme sillonnés par les flots, Çà et là des arbustes chétifs croissent péniblement sur cette terre privée de vie; leurs feuilles sont couvertes du sel qui les a nourris, et leur écorce à le goût et l’odeur de la fumée. Au lieu de villages, on aperçoit les ruines de quelques tours. Au milieu de la vallée passe un fleuve décoloré : il se'traîne à regret vers le lac empesté qui l’engloutit. On ne. distingue son cours au milieu de l’arène que par les saules et les roseaux qui le bordent: l’Arabe se caclie dans ces roseaux pour attaquer le voyageur et dépouiller le pèlerin.

Tels sont ces lieux fameux par les bénédictions et par les ma. lédictions du ciel : ce fleuve est le Jourdain; ce lac est la mer Morte; elle paraît brillante, mais les villes coupables qu’elle cache dans son sein semblent avoir empoisonné ses’ flots. Ses abimes solitaires ne peuvent nourrir aucun être vivant (2); jamais vaisseau n’a pressé ses ondes (3); ses grèves sont sans oiseaux, sans arbres, sans verdure; et son eau, d’une amertume affreuse, est si pesante, que les vents les plus impétueux peuvent à peine la soulever.

Quand on voyage dans la Judée, d’abord un grand ennui saisit le cœur; mais lorsque, passant de solitude en solitude, l’espace s'étend sans bornes devant vous, peu à peu l'ennui se dissipe, on éprouve une térreur secrète qui, loin d’abaisser l'âme, donne du courage et élève le génie. Des aspects extraordinaires décèlent de toutes paris une terre travaillée par des miracles : le s0leil brûlant, l'aigle impélueux, le figuier stérile, toute la poésie, tous les tableaux de l’Écriture sont là. Chaque nom renferme un

(1) Toutes ces descriptions de Ja mer Morte ét du Jourdain se retrouvent dans les Martyrs, liv. xIX; mais pomme le sujet est important et que j'ai ajouté dans l’Jtinéraire plusieurs (rails à ces descriptions, je n'ai pas craint de les répéter. |

(2) Je suis l'opinion générale. On va voir qu’elle n’est peut-être pas fondée.

(3) Strabon, Pline et Diodore de Sicile parlent de radéaux avec lesquels j : ils étaient faits avec des nattes de joncs entrelacés, (Dion. liv, XX.) Tacite fait mentiou d'unbateau, mais il se trompe visiblement,

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mystère; chaque grotte déclare l'avenir; chaque sommet retentit des accents d’un prophète. Dieu même a parlé sur ces bords : les torrents desséchés, les rochers fendus, les tombeaux entr'onverts, altestent le prodige ; le désert paraît encore muet de terreur; et l'on dirait qu’il n’a osé rompre le silence depuis qu'il a entendu la voix de l'Éternel. :

Nous descendimes de la croupe de la montagne afin d’aller passer la nuit au bord de la mer Morte, pour remonter ensuite au Jourdain, En entrant dans la vallée, notre petite troupe.se resserra : nos Bethléémiles préparèrent leurs fusils, et marchèrent en avant avec précaution, Nous nous trouvions sur le chemin des Arabes du désert, qui vont chercher du sel au lac, et qn font une guerre impitoyable au voyageur. Les mœurs des Bé-

.douins commencent à s’altérer par une trop grande fréquentation

avec les Tures et les Européens. Ils prostituent maintenant leurs filles et leurs épouses, et égorgent.le voyageur qu’ils se contentaient autrefois de dépouiller.

Nous marchâmes ainsi pendant deux heures le pistolet à la main Comme en pays ennemi. Nous suivions, entre les dunes de sable, les fissures qui s'étaient formées dans une vase cuite aux rayons du soleil, Une croûte de sel recouvrait l'arène, et présentait comme un champ de neixe, d'où s’élevaient quelques arbustes rachitiques. Nous arrivames tout à coup au Jac, je dis tout à COUP parce que je m'en croyais encore assez éloigné, Aucun bruit, aucune fraicheur ne m'avait annoncé l’approche des eaux. La grève semée de pierres était brûlante, le flot était sans mou- YemenLet absolument mort sur la rive. é , 1 étaitnuit close: la première chose que je fisen mettant pied à lerre fut d'entrer dans le lac jusqu'aux genoux, et de porter Veau à ma bouche. Il me fut impossible de l’y retenir. La salure en est beaucoup plus forte que celle de la mer, et elle produit sur les lèvres l’effet d’une forte solution d’alun. Mes bottes furent à peine séchées, qu'elles se couvrirent de sel; nos vêtements et Dos mains furent en moins de trois heures imprégnés de ce minéral. Galien avait déjà remarqué ces effets, et Pococke en a .Conlirmé l'existence. |

à Nous établimes notre camp au bord du lac, et les Bethléémites RU ER pour préparer le café. Ils ne manquaient pas de Rte Se Fe 0 te ANNE de branches de lamarin apformé dans cet endroit fe = SLA FEAR RARAEEE ‘opt tion. Telle est a Pr ro ds HRERE encore de Peau par ébullimarché avec beaucons à e l'habitude, nos Bethléémites avaient Craignirent point d’all RAR RENE us li catnpagnés 4 LL A Les trahir. L'an d' umer un feu qui pouvait bien plus aisément prendre le bois. es servit d’un moyen singulier pour faire AR AE 51 enfourcha le bûcher et s’abaissa sur le feu; sa Pair aspire We par la fumée ; alors il se releva brusquement ; HER. Re espèce de pompe fit sortir du foyer une dormirent, et ie | he SE bu 18 café, mes compagnons s'en- » ELJe restai seul éveillé avec nos Arabes.

"es minuit j'entendis quelque bruit sur le lac. Les Bethléémiles me dirent que e’étaient des légions de petits poissons qui Yiennent sauter au rivage, Ceci contredirait l'opinion géuéralement adoptée que la mer Morte ne produit aucun être vivant. P ococke, étant à Jérusalem, avait entendu dire qu'un missionnuire avait vu des poissons dans le lac Asphaltite. Hasselquist et Maundrell découvrirent des coquillages sur la rive. M. Seetzen, QUI voyage encore en Arabie, n’a remarqué dans la mer Morte ni hélices ni moules ; mais il a trouvé quelques escargots. |

Pococke fit analyser une bouteille d’eau de cette mer. En 1778, |

MM. Lavoisier , Macquer et Sage renouvelèrent cette analyse ; ils

prouvérent que feau contenait, par quintal, quarante-quatre | livres six onces de sel, savoir : six livres quatre onces de sel ma-

rin ordinaire, et trente-huit livres deux onces de sel marin à base terreuse. Dernièrement M. Gordon a fait faite à Londres la mème expérience. « La pesanteur spécilique des eaux (dit « M. Malte-Brun dans ses Annales) est de 4,214, celle de l’eau « douce étant 4,009: elles sont parfaitement transparentes. Les

« réactifs y démontrent la présence de l'acide marin et de l’acide « sulfurique; il n'y a point d’alumine ; elles ne sont point satir- « rées de sel marin; elles ne changent point les couleurs, telles « que le tournesol ou la violette. Elles tiennent en dissolution « les substances suivantes, et dans les proportions que nous al- « lons indiquer :

24,580 sur 400. ‘

Muriate de chaux. #3 5 3 4 +.

= edé:maighesie ES uns 2 Zn AU ROUA Besse 00 es 5

Qulfate de Chaux. + se « + + +

« Ces substances étrangères forment donc environ un quart de « son poids à l'état de dessiccation parfaite ; mais desséchées « seulement à 480 degrés (Fahreñheït), elles en forment #1 « pour 400. M. Gordon, qui a apporté la bouteille d'eau sot- « mise à l'analyse, a lui-même constaté que les hommes y flot- « tent, sans avoir appris à nager. » :

Je possède un vase de férblanc rempli de l’eau que j'ai prise moi-même dans la mer Morte. Je ne l'ai point encore ouvert, mais au poids et au bruit je juge que le fluide est un peu diminué. Mon projet était d'essayer l’expérience que Pococke pro-

pose, c'est-à-dire de mettre des pelits poissons de mer dans cette

eau, et d'examiner s'ils y pourraient vivre : d'autres occupations

m’ayant empêché de tenter plus tôt cet essai, je crains à présent

qu’il ne soit trop lard, | sé La lune en se levant à deux heures du matin amena une forte

brise qui ne rafraichit pas l'air, mais qui agita un peu le lac. Le

flot chargé de sel retombait bientôt par son poids, et battait à

peine la rive; Un bruit lugubre sortit de ce lac de mort, comme

les elameurs étouffées du peuple abimé dans ses eaux.

L’aurore parut sur la montagne d'Arabie en face de nous. Ba …

mer Morte et la vallée du Jourdain se tefgnirent d’une couleur admirable ; mais une si riche apparence ne servait qu'à mieëx faire paraître la désolation du fond. £

Le lac fameux qui occupe l'emplacement de Sodome et de Gomorrhe est nommé mer Morte oumer Salée dans l’Écriture ; Asphaltite par les Grecs et les Latins; Almotenah et Bahar-Loth

par les Arabes ; Ula-Degnisi par les Turcs. Je ne Puis être du

sentiment de ceux qui supposent que la mer Morte n'est que le cratère d'un volcan. J'ai vu le Vésuve, la Solfatare, Je Monte

Nuovo dans le lac Fusin, le pic des Açores, le Mamelife vis-à2vis ? 4 F ? , à Te ” Ë de Carthage. les volcans éteints d'Auvergne; j'ai partout re

marqué les mêmes cratères, c’est-à-dire des montagnés erétisées en entonnoir, des laves et des cendres où l’action du feu me se peut méconnaitre. La mer Morte, au contraire, est un lac assez long, courbé en arc, encaissé entre deux chaînes de montagnes qui n'ont entre elles aucune cohérence de forme, aucune homogénéité de sol. Elles ne se rejoignent point aux deux extrémités du lac : elles continuent, d’un côté, à border la vallée du Jourdain en se rapprochant vers le nord jusqu’au lac de Tibériade ; et de l'autre, elles vont, en s'écartant, se perdre au midi dans les sables de l’Yémen. Il est vrai qu'on trouve du bitume, des eaux chaudes et des pierres phosphoriques dans la chaine des montagnes d'Arabie; mais je n’en ai point. vu dans la chaîne 0pposée D'ailleurs la présence des eaux thermales, du soufre et de l'asphalte ne sufiit point pour altester l'existence antérieure d’un volcan. C’est dire assez que, quant aux villes abinées, je m'en tiens au sens de l’EÉcriture sans appeler la physique à mon secours. D'ailleurs , en adoptant l’idée. du professeur Michaëlis et du savant Busching dans son Mémoire sur la mer Morte, l8 physique peut encore être admise dans la catastrophe des villes coupables, sans blesser la religion. Sodome était bâtie sur une carrière de bitume, comme on le sait par le témoignage de Moïse et de Josèphe, qui parlent des puits de bitume de ia vallée dé Siddim. La foudre alluma ce gouffre; et les villes s’enfoncèrent dans l’incendie souterrain. M, Malte-Brun conjeciure très-lagèr

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fieusetient que Sodômé et Gomorrhe pouvaient être elles-mêmes :

dâties en piertes bitriineuses, et s'être enflarninéés au feu du ciel,

Strabon parle de treize villes énglouties dans lé lac Asphal: | tite: Étienne dé Byzance en Compte huit: la Genèse en place cinq

invalle Siluesire, Sodôtie, Goinotrhe, Adam, Séboim , et Bala

ou Ségür: fmais elle ne marqué que lés deux premièrés comme |

détruites par la colère de Dieu ; le Deutéronome en cite quatre :

Soduiñe, Gomorthe, Adam ét Sobüïm ; la Sagesse en compte cinq .

&ans les désigtier : Descendente igne in Pentapolim. Jacques Cerbus aÿäntremarqué que sept £rauds courants d’eau tornbent dans la mer Morte, Reland en éonclut que cetle mer de-

. , - 27e L if $,», $ vait sé dégager de là supérfluité de ses eaux par des canaux sou- !

térrains ; Sandy et quelques äutres voyageurs ont énoncé la même

opinion : mais ellesest aujourd’hui abandotnée, d’après les ob- | servatious du docteur Halleÿ sur l’évaporation ; vbservations ad- | tnises par Shaw, qui tronve pourtant qué le Jourdain roule par jour

à la mer Morte six millions quatre-vingt-dix mille tonnes d’eau, Sins compter lés eaux de l'Arnon et de sept autres torrents. Plu-

siéürs voyageurs, entre autres Troïlo et d’Arvieux, disent avoir

rebiarque des débris de murailles et de palais dans les eaux de la

ier Morte. Ce rapport semble confiriné par Maundrell et par le pêré Nau. Les anciens sont plus positifs à Ce sujet : Josèphe, qui &e sert d’uné expression poétique, dit qu'utt apercevait au bord du lac les ombres des cités détruites. Strabon donne soixante stades dé four aux ruines de Sodoïné : Tacite parle de ces débris : je né sais s'ils existent encofe, jé fie les ai point vus; mais cornme le lac s'élève ôù se retiré selon les saisons, il peut cacher ou Aécouvriir tour à tôur les squeléltes des villes réprouvées.

“Ls aulrés meiVeilles radontées de la mer Morte ont disparu devant un exarnéh plus sévètés On sait aujourd’hui que les corps ÿ plongéntou ÿ surnagent Suivant les lois de la pesanteur de ces corps ët de la pesthteur des eaux du lac: Les vapeurs empestées

qui devaient sortir de son Séin se réduisénl à une forte odeur de.

mariné, à dés funices qui ätiñoncent ou suivent l'émersion de ’aspbalté, et à dés brouill 8; à la vérité tnalsains comme tous

les brouillards. Si jamais lés Turcs le permettaient, pue pôt.

transporter uné barque de Jaffa à la mer Morte, on férait certinéinent dés découvertes curieuses sur €e lac. Les änciens le dbrindissaient beatcoup mieux que nous, comme on le voit par Atgtoté. Slrabon, Diodore de Sicile, Pline, Tacite, Solin , Josèphé, Galien, Dioscoride, Étienne de Byzance. Nos vieilles cartes tracent aussi la forme de ce lac d’une manière plus satisfäisanle que les cärtes modernes. Personne jusqu’à présent n’en 4 title tour, si cé n’est Daniel, abbé de Saint-Saba. Nau nous à coil£civé d'atts son Voyage le récit dece solitaire, Nous apprenons par cé récit «que ja mer Morte, à sa fin, est comme séparée en « deux, et qu'il ÿ a un chemin par où on la traverse n'ayant de & Peau qu'à demi-jambe, au moins en été; que là, la terre s’é- « T8Ve ét borne un autre petit lac, de figure ronde un peu ovale, & élitouré de plaines et dé montagnes de sel; que les campagnes « des Environs sont peuplées d'Arabes sans nombre, etc. » Nvcuibourg dit à peu près les’ mêmes choses; l'abbé Mariti et M. dé Volnéy ont fait usage de cés documents. Quand nous aurois lé Voyage de M. Séétzen, nous serons vraisernblabléement uiieux inStruits. PR NE RES ”

Iln'y a presque point dé lecteur qui n'ait entendu parler du fameux arbre de Sodome ?cét arbre doit porlér une fionime agréablé à Vœil, ais drnère au goût ét pléine de cendres, T'acite,

dans Je cinquième livre de Son Histoire, el Josèphe, dans Sa (ruerre

des Juifs, sont, je crois, les deux prethivrs auteurs qui aient fait inéntion dés fruits singuliers dé F4 mér Morte, Foulchér de Char-

fausses joies, mala mentis gaudia; d'autres entin,rtels que Pococke, Shaw, etc., doutent absoluinent de son exislences

Ammän semble trancher la difliculté; il décrit l'arbre qui; selon lui, ressemble à une aubépine : « Le fruit, dit-il, est une « petite pornme d'une.belle couleur, etes » | +

Le botaniste Hasselquist survient ; il dérange tout cela. La pomme de Sodomé n’est plus le fruit d'un arbre ni d’un arbrisseau, mais c’est la production du solanum. melongena de Linné; « On en trouve, dit-il, quantité près de Jéricho, daus les vallées « qui sont près du Jourdain, dans le voisinage de la mer Morte ; «il est vrai qu’ils sont quelquefois.remplis de poussière, mais « cela n'arrive que lorsque le fruit est aitaqué par un insecle « (tenthredo), qui convertit tout le dedans en poussièrc,, ne lais- « santque la pean entière, sansluirien faire perdrede sacouleur.»

Qui ne croirait après cela la question décidée sur l'autorité d'Hasselqhist et sur celle beaucoup plus grande de Linné, dans sa Flora Palæstina? Pas du tout : M. Seetzen , savant aussi, et le plus moderne de tous ces voyageurs, puisqu'il est encore en Araz. bie, ne s'accordé point avec Hasselquist sur le solunum Sodomæum. « dé vis; dit-il, pendant mon séjour à Karrak, chez le curé grec « de cle villé, une espèce de éoton ressemblant à la soie; cé & coton, me ditail, vient dans la plaine Kl-Gor, à la partie orien-

‘& tale de la imèer Morté, sur tin afrbré pareil au figuier, et qui

& pürte le nom d'Aoéscha-és ; on le trouve dans un fruit ressem- « blant à là grenade, J'ai pensé que ces fruits, qui n’ont point.

&« de chair nlérienrement, el qui sont incounus dans tout le-reste, « de là Palestine, pourraient bien être les fameuses porimes de

« Sodômeé, » | | L' diés

Me voilà bien embarrassé, caf je crois aussi avoir trouvé le fruit tant recherché : l'’arbusté qui le porte croît partout à deux-ou trois lieues dé l’énbouchuré du Jourdain; il est épineux,-et ses feuilles sont grêles et menés} il ressemble béaucoup à l'arbuste-décrit par Ammañ ; son fruit est tout à fait séthblahle , en couleur el en forme, äu petit limon d'Égygte. Lorsque ce fruit n’est pas encore

mdr, il est enflé d’une sëvé cofrosivé ét salée ; quand il est des-

Réchié, il donne une seméhéé hoirâtre qu’on peut comparer à des

tres, qui voyageait en Palestine vers l'an 4100, vit la pomme :

trompeuse, et la coinpara aux plaisirs du mündé. Depuis cette époque, les un, tôinine Ceverius dé Vera, Bahmigarten (Peregrinalionis in Æyyptum, etc.), Pierre de Ea Vallée ( Viagyi), Troil et quelques missionnaires, continent le récit de Foulcher; d’autres, comme Relaud, le pèré Néret, Matndrell, incliheul à croire que ce lruit u'esl qu'une image poetique dé nos

‘une espèce de sable en

to et dont le goût ressemble à un poivre amer. J'ai cueilli

une dérni-douzaine de ces fruits; j'en possède encore quatre desséchés, bien conservés et qui peuvent mériter l'attention des naturalistes. Nr ee

J'employai deux heures entières (5-octobre) à errer au bord de la mer Morte, malgré les Bethléémites qui me. pressaient de quitter cet endroit dangereux. Je voulais voir le Jourdain. à l’endroit où il se jette dans le lac, point essentiel qui n’a encore été reconnu que par Hasselquisl; mais les Arabes refusèrent de m'y conduire, parce que le fleuve, à une lieue environ de son embouchure, fait un détour sur la gauche, et se rapproche. de la montagne d'Arabie. Il fallut donc me contenter de marcher vers la courbure du fleuve la plus rapprochée de nous. Nous levèmes le camp el nouscheminâmes pendant une heure et demie avec une peine excessive däns une arène blanche et fine. Nous avancions vers un petit bois d'arbres de baume. et de luarins; qu'à mon grand étonnement je voyais s'élever du milieu d'un sol stérile Tout à coup les. Bethléémites s’arrétèrent, et, me moulrérent de la maiü, au fond d'une ravine, quelque chose que Je n avais pas aperçu. Sans pou voir dire ce que c élail, j'entrevoyais comme mouvement sur Puumobilité du sol. Je m’approchai de ce singulier objet, et je vis un fleuve jaune que j'avais peine à dislinguer de J'arène de-ses deux rives, {] était profondément encaissé, et roulait.aveé lenteur une onde épuissie : c'était le Jourdain.

J'avais vu les grands fleuves de l’Amérique avec ce plaisir qu'inspirent la solitude et la nature; j'avais visité le Tibre a.ec

: a ETAT r ed 4 ‘1? L ‘empressement, et recherché avec le même intérêt l'Eurotas ei le

| Céphise ; mais je ne puis dire ce que j’éprouya à la vue du Jour-

dain. Non-seulement ce fleuve me rappelait une antiquité fameuse et un des plus beaux noms que jainais la plus belle poésie ail confiés à la mémoire des hommes, mais ses rives m’oilraient

si elle était purgée

encore le théâtre des miracles de ma religion. La eos seul pays de la terre qui retrace au voyageur le A eErE affaires humaines et des choses du ciel, et qui fasse naître, an : de l’âme, par ce mélange, un sentiment et des pensées qu’aucu autre lieu ne peut inspirer.

Les Bethléémites se dépouillèrent et se plongèrent dans le Jourdain. Je n’osai les imiter à cause de la fièvre qui me tourmentait toujours; mais je me mis à genoux sur le bord avec mes ee domestiques et le drogman du monastère. Ayant oublié d ape ter une Bible, nous ne pûmes réciter les passages de 1 Évangi { relatifs au lieu où nous étions ; mais le drogman, qui connaissal les coutumes, psalmodia l'Ave, maris stella. Nous y répondimes comme des matelols au terme de leur voyage : le sire de AR ville n’était pas plus habile que nous. Je puisai ensuile de l'eau du fleuve dans un vase de cuir : elle ne me parut pas aussi use que du sucre , ainsi que lé dit un bon missionnaire ; je la lrouvai, au contraire, un peu saumâtre ; mais, quoique j'en busse en grande quantité, elle ne me fit aucun mal ; je crois qu’elle serait fort agréable

du sable qu’elle Charrie. k Ali-Aga fit lui- Même des ablutions : le Jourdain est un fleuve sacré pour les Turcs et les Arabes, qui conservent plusieurs traditions hébraïquesetchré.

tiennes , les unes dérivées d'Ismäël, dont les Arabes

judicans, sive judicium : étymologie si juste qu'elle rendrait im- / RATE l'opinion des deux fontaines Jor et Dan, si d'ailleurs la Péographie laissait quelque doute à ce sujet. ati étés, © À environ deux lieues de l'endroit où nous é sas és, jar perçus plus haut, sur le cours du fleuve, un bocage une grande étendue. Je le voulus visiter ; car je calculai que c'était à peu près

là, en face de Jéricho, que les Israélites passèrent le fleuve, que ?

la manne cessa de tomber, que les Hébreux goûtèrent les pre= miers fruits de la terre promise, que Naaman fut guéri de la lèpre, et qu’enfin Jésus-Christ reçut le baptême de la main de : t' Jean - Baptiste. Nous marchâmes vers cet endroit pendant ct ue temps : mais Comme nous en approchions, nous en- Ë dihés des voix d'hommes dans le bocage. Malheureusement pe de l’homme, qui vous rassure partout, et que vous aimetez à entendre au bord du Jourdain, est précisément ce qui M: alarme dans ces déserts. Les Bethléémites et le drogman re voulaient à l'instant s'éloigner. Je leur déclarai que je n’étais pas venu mn si loin pour m'en | ne ur relourner si vie, ul re 1 sentais Ï Ty que je con Der à ne pas remonter plus haut, mais que je voulais revoir le fleuve en face de l'endroit où nous nous trouvions,.

[I [M I} mm,

à regret à ma dé-

nous sur la droite.

même largeur et la même profondeur A 2 AR 2 une lieue plus 2 CS “à es C “ introduites chezles st & à à: si e 4 Turcs à travers les | Br P : Pieds de | fables du Coran. Abstinence de Jean l'interprète. 7 «à à. + sous la Selond'Anville, AA ra les Arabesdonnent He pas auJourdainlenom Æ fa de Nahar-el-Ar- Lesguides m’im-

den; selon le père

Roger, ils le nomment Nahar-el-Chiria. L'abbé Mariti fait

prendre à ce nom la forme italienne de Scheria, et M. de Volney écrit El-Charia.

Saint Jérôme, dans son traité Hebraicoruw , espèce à le nom de Jourdain dans la réunion des noms des deux sources, Jor et Dan, de ce fleuve: mais il varie ailleurs sur cette opinion ; d’autres la rejettent, sur l'autorité de Josèphe, de Pline et d'Eusèbe, qui placent l'unique source du Jourdain à Panéades, au pied du mont Hémon dans l’Anti-Liban. La Roque traite à fond celle question dans son Voyage de Syrie : abbé Marili n’a fait que Je répéter, en citant de plus un passage dé Gnillaume de Tyr, pour prouver que Dan et Panéades étaient là même ville : c'est ce que l’on savait. Il faut remarquer avec Reland (Palestina ex monumentis veteribus illustrata), contre l'opinion de saint Jérôme, que le nom du fleuve sacré n’est pas en hébreu Jordan,

mais Jorden ; qu’en admettant même la première manière de lire, on explique Jordan par fleuve du Jugement ; Jor, que saint Jérôme traduit par féedov, fluvius, et Dan, que l'on rend par

de Situ et Nominibus locorum

€ traduction des Topiques d'Eusèbe ,trouve”

porlunaient pour

partir; Ali-Aga même murmurail. Après avoir achevé de prendre à 4 0 . : , . r 4 Ÿ es

les notes qui me parurent les plus importantes, je cédai au désir |

de la caravane ; je saluai pour la dernière fois le Jourdain; je

pris une bouteille de son eau et quelques roseaux de Sa rives Nous commençämes à nous éloigner pour gagner le village de Rihba (1), l'ancienne Jéricho, sous la montagne de Judée. À peine avions-nous fait un quart de lieue dans la vallée, que nous aperçümes sur le sable des traces nombreuses de pas d hommes et de chevaux. Ali proposa de serrer notre troupe afin d’empêcher les Arabes de nous compter. « S'ils peuvent nous prendre, dit-il, à notre ordre et à nos vêtements, pour des soldats chré-

tiens, ils n’oseront pas nous attaquer, » Quel éloge de la bra- |

voure de nos armées!

Nos soupçons étaient fondés, Nous découvrimes bientôt derrière nous , au bord du Jourdain , une troupe d’une trentaine

(1) Iest remarquable que ce nom, qui signifie parfum, est presque celui de la femme qui reçut les espions de l'armée de Josué à Jéricho. Elle s appelait Rahab,

On se conforma

claration, et nous revinmes au Jours dain, qu'un détour avait éloigné de

Je lui trouvai la

mm ET Lg ue

d'Arabes qui nous observaient. Nous fimes marcher en avant | tagne où Jésus-Christ pria et jeüna pendant quarante jours. Elle

notre infanterie, c'est-à-dire nos six Bethléémites, el nous couvrimes leur retraite avec notre cavalerie ; nous mimes nos bagages au milieu ; rnalheureusement l'âne qui les portait élait rétif, et n’avançait qu’à force de Coups. Le cheval du drogman ayant mis le pied dans un guëpier, les guêpes se jetèrent sur lui, et le pauvre Michel, emporté par sa monture, jetait descris pitoyables ;

se divise en deux bras. On voit sur ses bordsquelques champs de doura, des groupes d’acacias, l'arbre qui donne le baume de Judée (1), et des arbustes qui ressemblent au lilas pour la feuille, mais dont je n'ai pas vu la fleur. Il n’y a plus de roses ni de palmicrs à Jéricho, et je n'ai pu y manger les nicolaï d’Auguste : cesdatles, au temps de Belon, étaient fort dégénérées.

Un vieil acacia protége la source; un

Jean, tout Grec

autre arbre sepen-

qu'il était, faisait

che un peu plus

bonne conlenan-

bas sur le ruisseau

ce; Ali était brave comme un janissaire de Mahomet If. Quant à Julien, il n’était ja:

mais élonné; le

qui sort de cette source, et forme sur ce ruisseau un pont naturel.

J’ai dit qu’Ali- Aga était né dans

monde avait passé sons ses YEUX sans qu'il l’eût regardé; il se croyait toujours dans la rue Saint-Honoré, et medisait du plus grand sang-froid du monde, en menant son cheval au petit pas : « Monsieur, est-ce qu’il n’y a pas de police dans ce paysci pour réprimer, ces gens-là ? » ; . Aprèsnous avoir regardés longtemps, les Arabes firent quelques mouvements vers nous; puis, à n0tre grand étonnement, ils rentrèrent dans les buissons qui bordent le fleuve. Ali avait raison : ils nous prirent sans doute pour des soldats chrétiens, Nous arrivâmes sans accident à Jéricho.

L'abbé Mariti a très-bien recueilli les faitshistoriques touchant cette ville ju célèbre (1); il a aussi parlé des Productions de Jéricho, de la manière d'extraire l'huile de zaccon, elc, : il serail donc inutile de le répéter, à moins de faire, comme tant d'autres, un Voyage avec des Voyages. On sait aussi que les en- Virons de Jéricho sont ornés d'une source dont les eaux autrefois

améres furent adoucies par un miracle d'Élisée. Cette source est

Située à deux milles au-dessus de la ville, au pied de la mon-

. (1) IL'en à cependant oublié quelques-uns, tels que le don fait par Antoine 4 Cléopätre du territoire de Jéricho, ete.

Souvenirs de l’armée française.

le village de Rihba , féricho), et qu’il en était gouverneur. Il me conduisit dans ses États, où je ne pouvais manquer d’être bien reçu de ses sujets : en effet, ils vinrent complimenter leur.

souverain. Il voulut me faire entrer dansune vieillemasure qu’ilappelaitson château ; je refusai cet honneur, référant diner au bord de la source d’Élisée, nommée aujourd'hui source du Roi. En traversant le village, nous vimes un jeune Arabe assis à l'écart, la tête ornée de plumes, et paré comme dans un jour de fête. Tous ceux qui passaient devant lui s'arrétaient pour le baiser üu front et aux joues : on me dit que c’élait un nouveau marié. Nous nous arrêtâmes à la source d'Élisée.

On égorgea un agneau, qu’on mit rôlir tout entier à un grand

bûcher au bord de Peau ; un Arabe fit griller des gerbes de doura, | Quand le festin fut préparé, nous nous assimes en rond autour | d'un plateau de bois, et chacun déchira avec ses mains une par-

| tie de la victime.

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