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a cet appareil de guerre était renfermé dans les seules murail- « les. 11 n'y avait qu'un endroit de la ville dont les mursfus- « sent faibles et bas : c'était un angle négligé qui commençais « à la pointe de terre dont nous avons parlé, et qui continuait « jusqu'au port qui était du côté du coucbant. Il y en avait « deux qui se communiquaient l'un à l'autre, mais qui n'a- « valent qu'une seule entrée, large de soixante-dix pieds, et « fermée par des chaînes. Le premier était pour les marchands, « où l'on trouvait plusieurs et diverses demeures pour les « matelots. L'autre était le port intérieur, pour les navires de > guerre, ajj milieu duquel on voyait une île nommée Cotlion, <y bordée, aussi bien que le port, de grands quais où il y avait « des loges séparées pour mettre à couvert deux cent vingt « navires, et des magasins au-dessus, où l'on gardait tout ce a qui était nécessaire à l'armement et à l'équipement des vais- « seaux. L'entrée de chacune de ces loges, destinées à retirer « les vaisseaux, était ornée de deux colonnes de marbre d'ou- « vrage ionique; de sorte que tant le port que l'île repré- « sentaient des deux côtés deux magnifiques galeries. Dans « cette île était le palais de l'amiral; et, comme il était vis-à- « vis de l'entrée du port, il pouvait de là découvrir tout ce « qui se passait dans la mer, sans que de la mer on pût rien «» voir de ce qui se faisait dans l'intérieur du port. Les mar- « chauds, de même, n'avaient aucune vue sur les vaisseaux « de guerre, les deux ports étant séparés par une double mu- « raille; et il y avait dans chacun une porte particulière pour « entrer dans la ville sans passer par l'autre port. On peut « donc distinguer trois parties dans Carthage : le port qui «* était double, appelé quelquefois Cothon, à cause de la pe- » titeîle de ce nom : la citadelle, appelée Bijrsa; la ville pro- « prementdite, où demeuraient les habitants, qui environnait « la citadelle, et était nommée Mégara. »
Il ne resta vraisemblablement de cette première ville que îes citernes publiques et particulières; elles sont d'une beauté surprenante, et donnent une grande idée des monuments des Carthaginois ; maisje ne sais si l'aqueduc qui conduisait l'eau
à ces citernes ne doit pas être attribué à la seconde Carthage. Je me fonde, pour la destruction entière de la cité de Didon, siu* ce passage de Florus : « Quanta urbs deleta sit^ ut de « cxteris taceam, velignium mora probari potest. Quippe « per continuas XFJI dies vix potuit incendiuni exstingui, « quod domibus actemplis suis sponte hostes immiserant ; " ut qualenus urbs eripi Romanis non poterat, triumphus « arderet. «
Appien ajoute que ce qui échappa aux flammes fut démoli par ordre du sénat romain. « Rome, dit Velléius Paterculus, '- déjà maîtresse du monde, ne se croyait pas en sûreté tant « que . subsisterait le nom de Carthage, » si nomen usquam maneret Carfhaginis.
Strabon, dans sa description courte et claire , mêle évidemment différentes parties de l'ancienne et de la nouvelle cité :
Kal Kapxrjôwv ôè ètîI xepp6vr,<you tivo; iSpurai ,
• etc.
« Carthage, environnée de murs de toutes parts, occupe
o une presqu'île de trois cents stades de tour, qu'elle a atta- « cfiée à la terre ferme par un isthme de soixante stades de « largeur. Au milieu de la ville s'élevait une colline sur la- « quelle était bâtie une citadelle appelée %r.sa. Au sommet « de cette citadelle on voyait un temple consacré à Esculape, « et des maisons couvraient la pente de la colline. Les ports « sont au pied de BvTsa, ainsi que la petite île ronde appelée « Cothon, autoui de laquelle les vaisseaux forment un « cercle. »
Sur ce mot Karchfidôn de l'original, j'observe, après quelques écrivains, que, seiou Samuel Bochard, le nom phénicien de Carthage était Carlha-Haoath ou f^ariha-Hadtha , c'està-dire la nouN'elle ville. Les Grecs en tirent Karchêdôn, et les Romains Carthage. Les noms des trois parties de la ville étaient également tù-és du phénicien , Magara , de magar^ magasin; Byrsa, de bosra, forteresse; et Cothon^ de ratowii
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coupure; car il n'est pas bien clair que le Cothon fût une île.
Après Strabon, nous ne savons plus rien de Carthage, sinon qu'elle était devenue une des plus grandes et des plus belles villes du monde. Pline pourtant se contente de dire : Coloîiia Carthago, magnas in vestigiis Carthaginis. Pomponius Mêla, avant Pline, ne paraît pas beaucoup plus favorable : Jam quidem iterum opulenta, etiam nunc tamen priorum excidio rerum^ quam ope prœsentium clarior; mais Solin dit : Alferum post urbem Romam terrarum decus. D'autres auteurs la nomment la Grande et l'Heureuse : Carthago magna, Jelîcitate reverenda.
La nouvelle Carthage souffrit d'un incendie sous le règne ie iNIarc-Aurèle ; car on voit ce prince occupé à réparer les malheurs de la colonie.
Commode, qui mit une flotte en station à Carthage pour apporter à Rome les blés de l'Afrique, voulut changer le nom de Carthage en celui de la ville Commodiane. Cette folie de l'indigne fils d'un grand homme fut bientôt oubliée.
Les deux Gordiens, ayant été proclamés empereurs en Afrique, firent de Carthage la capitale du monde pendant leur règne d'un moment. Il paraît toutefois que les Carthaginois en témoignèrent peu de reconnaissance; car, selon Capitoliu, ils se révoltèrent contre les Gordiens en faveur de Capélius. Zosime dit encore que ces mêmes Carthaginois reconnurent Sabinien pour leur maître, tandis que le jeune Gordien succédait dans Rome à Balbin et à Maxime. Quand on croirait, d'après Zonare, que Carthage fut favorable aux Gordiens, ces empereurs n'auraient pas eu le temps d'embellir beaucoup cette cité.
Plusieurs inscriptions rapportées parle savant docteur Shaw prouvent qu'Adrien, Aurélien et Septime Sévère élevèrent des monuments en différentes villes du Byzacium, et sans doute ils ne négligèrent pas la capitale de cette riche province.
Le tvTan Maxence porta la flamme et le fer en Afrique, et triompha de Carthage comm.e de l'antique ennemie de Rome. On ne voit pas sans frissonner cette longue suite d'insensés
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qui, presque sans interruptioR. ont gouverné le monde depuis Tibère jusqu'à Constantin, et qui vont, après ce dernier prince, se joindre aux monstres de la Byzantine. Les peuples ne valaient guère mieux que les rois. Une effroyable convention semblait exister entre les nations et les souverains : ceux-ci pour tout oser, celles-là pour tout souffrir.
Ainsi , ce que nous savons des monuments de Cartliase dans les siècles que nous venons de parcourir se réduit a très-peu de chose : nous voyons seulement, par les écrits de Tertullien , de saint Cyprien , de Lactauce , de saint Augustin , par les canons des conciles de Carthage et par les Actes des Martyrs, qu'il y avait à Carthage des amphithéâtres, des théâtres , des bains , des portiques. La ville ne fut jamais bien fortiflée , car Gordien le Vieux ne put s"v défendre ; et , longtemps après , Genseric et Bélisaire v entrèrent sans difficulté.
J'ai entre les mains plusieurs monnaies des rois vandales, qui prouvent que lès arts étaient tout à fait perdus sous le règne de ces rois : ainsi il n'est pas probable que Carthage ait reçu aucun embellissement de ses nouveaux maîtres. Nous savons au contraire que Genseric abattit les églises et les théâtres ; tous les monuments païens furent renversés par ses ordres : on cite entre autres le temple de Mémoire et la rue cnnsacrée à la déesse Céleste. Cette rue était bordée de superbes édifices.
Justinien, après avoir arraché Carthage aux Vandales, y fit construire des portiques, des thermes, des éslises et des monastères, comme on le voit dans le livre àesEd{fices de Procope. Cet historien parle encore d'une église bâtie par les Carthaginois , au bord de la mer, en l'honneur de saint Cyprien. Voilà ce que j'ai pu recueillir touchant les monuments d'une ville qui occupe un si haut rang dans l'histoire : passons maintenant à ses débris.
Le vaisseau sur lequel j'étais parti d'.AJexandrie étant arrivé au port de Tunis , nous jetâmes l'ancre en face des ruines de Carthage : je les regardais sans pouvoir deùner ce que