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c'était; j'apercevais quelques cabanes de Maures, un ermitage musulman sur la pointe d'un cap avancé, des brebis paissant parmi des ruines , ruines si peu apparentes , que je les distinguais à peine du sol qui les portait : c'était là Carthage :
Devîctae Carthaginis arces Procubuere ; jacent infausto in liltore turres Eversae. Quantum illa metus, quantum illa laborum Urbs dédit insultans Latio et Laurentibus arvis ! Nunc passim, vix reliquias, vix nomina servans, Obruitur, propriis non agnoscenda ruinis.
« Les murs de Cartilage vaincue et ses tours renversées « gisent épars sur le rivage fatal. Quelle crainte cette ville « n'a-t-elle pas jadis inspirée à Rome! quels efforts ne nous « a-t-elle pas coûté lorsqu'elle nous insultait jusque dans « le Latium et dans les champs de Laurente! Maintenant « on aperçoit à peine ses débris , elle conserve à peine son « nom, et ne peut être reconnue à ses propres ruines. »
Pour se retrouver dans ces ruines , il est nécessaire de suivre une marche méthodique. Je suppose donc que le lecteur parte avec moi du fort de la Goulette, lequel, comme on sait et comme je l'ai dit , est situé sur le canal par oià le lac de Tunis se dégorge dans la mer. Chevauchant le long du rivage, en se dirigeant est-nord-est,, vous trouvez, après une demi-heure de chemin , des salines qui remontent vers l'ouest jusqu'à un fragment de mur assez voisin des grandes citernes. Passant entre les salines et la mer, vous commencez à découvrir des jetées qui s'étendent assez loin sous les flots. La mer et les jetées sont à votre droite ; à votre gauche, vous apercevez sur des hauteurs inégales beaucoup de débris ; au pied de cesdébris est un bassin de forme ronde assez profond, et qui communiquait autrefois avec la mer par un canal dont on voit encore la trace. Ce bassin doit être , selon moi , le Cothon, ou le port intérieur de Carthage. Les restes des immen- .ses travaux que l'on aperçoit dans la mer indiqueraient , dans
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ce cas, le môle extérieur. Il me semble même qu'on peut distinguer quelques piles de la levée que Scipion fit construire, afin de fermer le port. J'ai remarqué aussi un second canal in^ érieur, qui sera , si Ton veut , la coupure faite par les Carthaginois lorsqu'ils ouvrirent un autre passage à leur flotte.
Ce sentiment est directement opposé à celui du docteur Shaw , qui place l'ancien port de Carthage au nord et au nord-ouest de la péninsule , dans le marais noyé appelé El- Mersa, ou le han-e. Il suppose que ce port a été bouché par les vents du nord-est, et par le limon de la Bagrada. D' Anville, dans sa Géographie ancienne , et Bélidor, dans son Architecture hydraulique , ont suivi cette opinion. Les voyageurs se sont soumis à ces srandes autorités. Je ne sais quelle est à cet égard l'opinion du savant Italien dont je n'ai pas vu ^ou^Tage * .
J'avoue que je suis effrayé d'avoir à combattre des hommes d'un mérite aussi éminent que Shaw et d'Anville. L'un avait vu les heux, et l'autre les avait devinés, si ou me passe cette expression. Une chose cependant m'encourage : M. Humberg, commandant ingénieur à la Goulette, homme trèshabile, et qui réside depuis longtemps au milieu des ruines de Carthage, rejette absolument l'hypothèse du savant Anglais. Il est certain qu'il faut se défier de ces prétendus changements de lieux, de ces accidents locaux, à l'aide desquels on exphque les difficultés d'un plan qu'on n'entend pas. Je ne sais donc si la Bagrada a pu fermer l'ancien port de Carthage , comme le docteur Shaw le suppose , ni produire sur le rivage d'Utique toutes les révolutions qu'il indique. La partie élevée du terrain au nord et au nord-ouest de l'isthme de Carthage n'a pas, soit le long delà mer, soit dans l'El-Mersa , la moindre sinuosité qui pût servir d'abri à un bateau. Pour trouver le Cothon dans cette position , il faut
' J'ai indiqué cet ouvrage plus haut
Son opinion parait semblable à la mienne. Voyez la Préface de la tnJiédition.