LYON. — NOTRE-DAME DE FODRVIÈRES
ligne droite, on ne tarde pas à atteindre la montée Saint-Barthélemy1 resserrée çà et là entre deux murailles sombres, peuplée de mendiants et de mendiantes, mais cependant pittoresque, animée par de nombreux pèlerins aux costumes variés. Celte montée aboutit à la place de l'Antiquaille. Il faut alors tourner à dr., suivre la rue Cléberg, puis, prendre encore à dr., une autre rue, garnie de chaque côté de boutiques, qui aboutit à l'église de Fourvières. .Au milieu de la- montée Saint-Barthélemy, s'ouvre en outre un passage abrégé (sic, on paye 1 sou), c'est-à-dire un agréable sentier habilement tracé, construit à travers les maisons et les jardins, qui aboutit sur la terrasse môme de Notre-Dame de Fourvières. Dans ce passage, M. Fabisch a sculpté, sur de petits monuments, dessinés par M. Bossan, les stations du Rosaire. Un autre passage, le passage Gay, conduit en outre du haut de la montée des Carmes à Fourvières. De nombreux vestiges romains y ont été découverts. On y jouit de points de vue admirables sur la Saône, les Chartreux, Vaise et le Mont-d'Or. De l'observatoire, élevé à l'extrémité supérieure, on découvre le Rhône et les montagnes du Dauphiné. A côté de l'observatoire se trouve un restaurant.
L'église Notre-Dame de Fourvières doit son nom au forum romain qui s'élevait jadis à l'endroit qu'elle occupe aujourd'hui. En 840, ce forum s'écroula; avec ses débris on construisit une chapelle dédiée à la Vierge et appelée Fourvières, de foro vetere, l'ancien forum. On la nomma d'abord Notre-Dame de Bon-Conseil. Agrandie vers 1168, dédiée en 1173 à saint Thomas de Cantorbéry, qui en avait vu jeter les nouveaux fondements, élevée en 1192 au rang de collégiale par Jean de Bellesmes et Étienne de Saint-Amour, elle reçut en 1476 la visite de Louis XI, qui créa Notre-Dame de Fourvières châtelaine de vingt-cinq villages. Les protestants la dévastèrent en 1562. Elle fut longtemps abandonnée. Au xviie s. seulement, la foule y revint à la suite d'une peste. On l'agrandit au xvme s. La Révolution l'épargna, tout en la dépouillant de ses ornements. Rouverte en 1798 par des schismatiques, elle fut fermée après le concordat, sur l'ordre du cardinal Fesch, qui la racheta en 1804 pour 23 703 fr., et en donna la direction à deux chapelains. En 1805, le pape Pie VII y monta
pour y bénir la ville entière (19 avril). Depuis elle a vu constamment s'accroître le nombre des fidèles qui viennent y prier et y apporter des ex-voto. Leur nombre dépasse 1 500 000 par an. C'est actuellement une annexe de la paroisse Saint-Just. Elle a été rebâtie presque entièrement il y a quelques années, mais on doit la reconstruire sur un plan grandiose de M. Bossan.
Au point de vue architectural, l'église de Notre-Dame de Fourvières n'a rien d'intéressant. C'est en grande partie une construction moderne dans le style roman. La tour, trop élevée pour sa base elle a 52 mèt. 50 cent.), est surmontée d'une statue de la Vierge en bronze doré. Cette statue, érigée avec le produit d'une quête, fut inaugurée le 8 décembre 1851. Elle a été fondue par MM. Lanfray et Constant Baud, sur le modèle de M. Fabisch. Sa hauteur est de 5 mèt. 60 cent. On lit à sa base cette inscription : Beneficiorum. memor. civitas. xre. lugdunensium, 1852. Le socle octogone sur lequel elle repose, haut de 3 mèt., porte huit plaques de bronze couvertes d'inscriptions, dont nous citerons les deux suivantes :
L'intérieur de l'église est tapissé à'ex-voto qui n'ont aucune valeur comme œuvres d'art ou de style. Un nombre considérable de petits cierges y brûlent constamment. Deux des inscriptions placées au-dessous de la statue qui couronne le clocher rappellent qu'en 1643, Notre-Dame de Fourvières a fait cesser la peste qui décimait la population, et qu'en 1832, 1835 et 1850 elle a préservé la ville du choléra. « Les ex-voto qui tapissent les murs témoignent en outre des inépuisables largesses de la Vierge puissante. »
On remarque dans l'église de Fourvières un tableau de M. Martin Daussigny, exécuté à l'encaustique, et destiné à rappeler l'inondation de 1840. La ville de Lyon, figurée par une femme, s'est réfugiée avec son lion sur des ruines que les eaux vont recouvrir, et se recommande à la sainte Vierge, auprès de laquelle saint
0 Marie Mère de Dieu, Cette ville est à vous, Protégez-la.
A la grande patr
de la cité, les habitants de Lyon, en témoignage des bienfaits reçus.
Ég.ise de Fourvières.
Pothin, saint Irénée et saint Jean-Baptiste (à dr. du spectateur) intercèdent pour elle, et qui, exauçant leurs prières, ordonne à un ange, armé d'un glaive de feu, de terrasser le Rhône et la Saône. Derrière ces deux figures symboliques, on aperçoit la Peste qui délaye ses poisons et la Famine qui se ronge les bras. Sainte Blandine montre Marie aux fidèles, et les nuages entr'ouverts laissent voir la chapelle de Fourvières dominée par l'arc-en-ciel.
Le clocher de Fourvières (25 cent, d'entrée) offre Un admirable panorama, quand le temps est clair. A sa base, entre deux collines couvertes de maisons, de jardins, de forteresses, la Saône, traversée par de nombreux ponts, captive entre deux lignes de quais; entre la Saône et le Rhône, la ville de Lyon conquise sur la nature, el dominée par cette montagne abrupte et élevée de Saint- Sébastien que couronne la Croix-Rousse; sur la rive g. du Rhône, les Brotteaux et la Guillotière;puisde vastes plaines verdoyantes, des collines et une chaîne de montagnes au-dessus de laquelle se montrent les sommets neigeux des Alpes; a dr., au delà des coteaux de Saint-Just, de Saint-Irénée et de Sainte-Foy,' à l'extrémité de la presqu'île de Perrache, la jonction de la Saône et du Rhône, la vallée du Rhône qui se perd à l'horizon, et toute la chaîne du Dauphiné; à g., le beau groupe du Mont-d'Or tout scintillant de villas; par derrière enfin, la chaîne d'Izeron, les montagnes du Forez, le Mont-Pilat et les chaînes volcaniques de l'Auvergne.
Avant de descendre dans l'agglomération lyonnaise, pour l'étudier en détail, il importe de bien se rendre compte, du haut de Fourvières, des principaux groupes dont elle se compose.
Vaise est une ville industrielle et commerçante , détruite en partie par l'inondation de 1840, reconstruite depuis. Elle n'a rien d'intéressant pour un étranger, si ce n'est sa«nouvelle église.
En face de Vaise, qui occupe la rive dr. de la Saône, et où venaient aboutir les routes de Paris, s'étend le faubourg de Serin, l'entrepôt des vins du Beaujolais, que dominent les hauteurs de la Croix-Rousse, le quartier des ouvriers. Après la conspiration d'Amboise, le cardinal de Tournon, archevêque de Lyon, ordonna des processions solennelles pour détourner les fléaux de l'hérésie et de la guerre civile. L'une de ces processions s'arrêta sur le