‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 126 sur 360 · LYON. — INDUSTRIE · texte numérisé non relu

LYON. — INDUSTRIE

Les cabinets des estampes renferment environ M) 000 pièces, dessins originaux, gravures, portraits, etc., sous verre, en portefeuille ou réunies en volumes.

La Bibliothèque de la ville, ouverte au public tous les jours non fériés, de 10 h. du matin à 3 h. du soir, a son entrée sur la rue de la Bourse. Elle occupe la pa'rlie du bâtiment du lycée qui donne sur le quai du Rhône. Sa principale salle a 48 mèt. de longueur, 11 mèt. de largeur et 13 mèt. de hauteur vers le milieu de cette salle, une grande arcade donne accès dans une galerie en retour d'équerre, qui a plus de 5 mèt. de largeur sur une longueur de 22 mèt.

La bibliothèque de la ville se compose actuellement de 150 000 volumes et de 2k00 manuscrits. Elle a acquis en 1855, au prix de 40 000 fr., la belle collection lyonnaise de M. Coste. Elle a actuellement pour directeur M. Monfalcon, médecin, auteur d'une Histoire de Lyon et de plusieurs ouvrages justement estimés.

Industrie et commerce.

Lyon est une ville industrielle et commerçante. Son commerce embrasse toutes les denrées et tous les produits. Nous n'avons rien de particulier à en dire ici ; mais son industrie, très-variée d'ailleurs, a deux spécialités, qui lui ont valu une réputation méritée : la charcuterie, qu'il nous suffira de mentionner, et la soierie, qui demande quelques renseignements historiques et statistiques.

L'art de fabriquer les étoffes de soie fut enseigné aux Lyonnais par des Italiens que des troubles civils (Guelfes et Gibelins) avaient forcés de s'expatrier. Cette industrie, favorisée par Louis XI, François Ier, Henri II, qui la réglementa, et Henri IV, prit en peu de temps des développements considérables. Toutes les fois que les événements politiques ou des calamités publiques semblèrent eu compromettre l'existence, la découverte d'une étoffe nouvelle ou d'un nouveau procédé vint au contraire en augmenter la prospérité croissante. Ainsi, en 1608, le Lyonnais Daugnon inventa une étoffe de soie tramée de laine et de fils

i. Ou y remarque un buste de Boileau, en marbre, exécuté par Delacolonge. et donné par Boileau lui-même à Claude Brossette, avocat à Lyon.

mélangés d'or et d'argent, qui, deux siècles plus tard, devint le point de départ de la fabrication des châles de Lyon; en 1630, Ferrand inventa les ferrandines ; en 1655, on lustra les étoffes de soie blanche ; le siècle suivant vit apparaître tour à tour les popelines, les ras de Saint-Maur, les velours à ramages ras, façonnés et figurés en soie pure ou mélangés d'or ou d'argent, les velours brochés, nuancés de toutes les couleurs, les brocatelles, les satinades, les étoffes moirées mêlées d'or et d'argent, etc. Enfin, au commencement de ce siècle, en 1802, un ouvrier de génie, Jacr quart, opéra la révolution la plus heureuse et la plus importante qui ait jamais eu lieu dans le tissage de la soie. Avant cet illustre mécanicien, les machines employées pour la confection des étoffes de soie dites façonnées étaient compliquées, difficiles à manier, chargées de cordes et de pédales. Outre l'ouvrier occupé du tissage proprement dit, une ou plusieurs personnes étaient nécessaires pour faire mouvoir ces cordes et ces pédales, et donner aux fils de la chaîne les diverses positions qu'exigeait le brochage ou façonnage de l'étoffe. On employait généralement à ce pénible travail les jeunes filles appelées tireuses de lacs, et condamnées à conserver pendant des journées entières des attitudes forcées qui déformaient leurs membres et abrégeaient leur vie. Le métier à la Jacquart, sans cesse perfectionné depuis, a permis à un seul ouvrier de fabriquer les tissus de soie façonnés, quelle que fût leur complication, avec autant de facilité que s'il fabriquait le plus simple tissu, en outre, de confectionner avec le même appareil, en changeant seulement les cartons employés, les étoffes les plus diverses; et pourtant Jacquart, dont le nom sera immortel, et dont tous les ouvriers bénissent aujourd'hui l'heureuse découverte, se vit longtemps méconnu, insulté, haï de ses concitoyens, et il n'obtint du jury de l'exposition des produits de l'industrie en 1801 qu'une médaille de bronze, comme inventeur, dit le rapport, d'un mécanisme qui supprime un ouvrier dans la fabrication des tissus brochés.

Les chiffres suivants sont extraits du rapport fait par M. Arlès- Dufour, négociant et membre de la chambre de commerce de Lyon, à la commission française du jury international de l'Exposition universelle de Londres.

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