VIENNE. — HISTOIRE
Ainsi protégée, Vienne se couvrit de temples, de portiques, de théâtres, de palais, d'aqueducs,, de thermes et d'habitations somptueuses. Alors hérissée de forts et de tours gigantesques et percée de cinq portes , son enceinte se développait sur un circuit de 6000 mèt. Traversée du sud au nord par la grande voie Dmnitienne, la ville se divisait en ville basse, ville moyenne, et ville haute. La première, bâtie en partie sur la croupe du Pipet, communiquait avec la ville moyenne par un escalier grandiose au niveau de l'amphithéâtre, qui s'élevait au pied du fort Pompeiacum.
Derrière l'un des angles du Forum, se trouvait le palais des Thermes; sur la face occidentale du Forum, le temple d'Auguste et de Livie; à côté, le palais des Préteurs; au midi de l'amphithéâtre, le théâtre; au nord du Pipet, sur la Gère, le temple de Mars; au pied de l'amphithéâtre, le temple de Jupiter; sur la rive droite de la Gère, au pied du • mont Salomont, le Panthéon. Un arc de triomphe s'élevait à l'entrée de la haute ville.
Telle était ia cité gallo-romaine, vantée par Ausone et Martial. Résidence d'un préteur, elle avait un sénat, des consuls, une garnison et une école célèbre où s'enseignaient les arts et les lettres. Bientôt, débordant ses remparts, elle franchit le Rhône. Il y eut alors trois villes : Vienne la forte, celle de César; Vienne la riche, celle d'Auguste, et Vienne la belle, celle de la rive droite [V. Sainte-Colombe).
Jusqu'au règne de Constantin, Vienne ressentit le contre-coup des agitations de l'empire. Adrien en fit la métropole de la province viennoise. Posthume y fut proclamé César et elle devint la capitale du nouvel empire, qui dura quatorze ans, sous sept empereurs; elle fut aussi, plus tard, la résidence des Césars Constance-Chlore et Constantin, de Constantin dit le Jeune, de Julien, de Valentinien II, qui y fut étranglé, à ce que l'on croit, par Arbogaste, en 392; de l'empereur Eugène et du Gaulois Constantin, le dernier empereur des Gaules, qui transporta le siège de son empire à Arles. Vienne perdit alors son prétoire métropolitain. Cependant, conquise par les Bourguignons (438), elle devint la capitale du premier royaume de Bourgogne, dont le roi était Gondichaire. Ce prince étant mort, la province viennoise échut en partage à Gondebaud, l'aîné de ses fils; mais l'un d'eux, Chilpéric, mécontent de ce partage, déclara la guerre à son frère, et le chassa de Vienne, où Gondebaud ne tarda pas à rentrer à main armée. Vaincu par Clovis qui avait épousé Clotilde, fille de Chilpéric, Gondebaud se vit contraint d'abandonner Vienne. Toutefois, l'année suivante, il s'en empara de vive force, et la livra au feu et au pillage. Divers actes de ce temps sont datés de la ruine de Vienne.
Sous le règne pacifique de Sigismond, successeur de Gondebaud, Vienne se releva. Déjà le christianisme y avait pénétré, et avec lui une
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vie nouvelle. Suivant la tradition, saint Paul, allant en Espagne, s'y serait arrêté pour prêcher la foi chrétienne et y aurait laissé comme pasteur Crescent, son disciple. A saint Crescent succédèrent saint Zacharie, martyrisé à Vienne, vers Tan 100; saint Martin; saint Just, martyrisé l'an 177 ; saint Lupicin, le premier qui ait été qualifié du titre d'archevêque dans les Gaules ; saint Pasquase , reconnu , par le pape Silvestre, primat sur les sept Viennoises ; saint Mamert, qui fonda les Rogations, en 469; saint Didier, que Brunehaut fit assassiner à Pressigny dans la Dombe, le 23 mai 607 (ses restes apportés à Vienne y furent ensevelis au pied d'une colline qui a gardé le nom de Puy- Saint- Didier). A cette époque, Vienne comptait plusieurs chapelles, de nombreux monastères, entre autres, ceux de Saint-Pierre, de Saint-André le Haut et de Saint- André le Bas. Ses archevêques avaient la primatie sur les autres primats établis en deçà des Alpes.
Après la chute du royaume de Bourgogne, Vienne ne fut plus que le chef-lieu d'un comté. Ravagée par les Lombards en 558, par les Sarrasins en 737, elle ne conservait de la cité de César et d'Auguste que ses remparts et ses tours. Boson 1er s'y fit couronner roi de Bourgogne, dans Saint-Maurice, en 879. Chassé par Richard le Justicier, qui livra la ville aux flammes et en fit abattre les vieux remparts, il ne tarda pas à y rentrer et à en relever l'enceinte, circonscrite alors dans l'espace compris entre le ruisseau de Saint-Marcel et la Gère. Il s'y bâtit un palais et y mourut en 887, après un règne agité; il fut enseveli dans Saint- Maurice, où son tombeau se voit encore, dans la chapelle de Sainte- Apollonie. Ses successeurs ne régnèrent plus dans Vienne que de nom. Cependant la ville s'était repeuplée et agrandie. Vienne jouissait, en outre, de plusieurs franchises qu'elle devait aux empereurs; mais, à la mort de Rodolphe le Fainéant, un grand changement eut lieu. Le second royaume de Bourgogne périt, comme le premier, dans l'anarchie, et, de capitale, Vienne redescendit au rang de chef-lieu d'un comté que la noblesse et le clergé se disputèrent. Se prévalant de la cession que Rodolphe leur en avait faite en 1023, les archevêques de Vienne • voulurent la gouverner en qualité de comtes et seigneurs; mais ils eurent à lutter d'abord contre le chapitre de Saint-Maurice, puis contre les comtes de Màcon, et, enfin, contre ceux d'Albon, qui, plus heureux, prenaient déjà, au xnr8 siècle, le titre de dauphins de Viennois.
Humbert II, dernier comte d'Albon, transmit ses droits à Philippe de Valois en 1349. Ce prince se contenta de prendre possession de Vienne. Charles le Sage acheva de déposséder les archevêques, et Louis XI n'eut qu'à réunir la ville et le comté à sa couronne.
Au xvi* siècle, Vienne eut à souffrir des guerres religieuses. Assiégée par le baron des Adrets, qui s en empara en 1562; prise par Maugiron, lieutenant général du roi en Dauphiné; reprise en 1567 par les