VIENNE. — COMMERCE
protestants, elle se déclara pour la Ligue en 1595, résista à Lesdi gui ères, et se rendit au duc de Montmorency, qui fit raser sa citadelle et ses remparts.
En 1790, la ville métropole de la Gaule devint un chef-lieu d'arrondissementdu département de l'Isère. Elle possède aujourd'hui un tribunal de première instance, un tribunal de commerce, une cbambre consultative des arts et manufactures, un conseil de prud'hommes, etc.
Vienne a vu naître le jurisconsulte Gui-Pape, l'historien Nicolas •Chorier, M. Ponsard et son ami le poëte Ch. Reynaud.
Commerce et industrie.
Depuis longtemps déchue de son antique splendeur, Vienne commence à se relever, grâce à son commerce, mais surtout à son industrie. Son marché le plus important est celui des grains. — Au point de vue industriel, Vienne est un petit Manchester français. A ses anciennes et célèbres fabriques d'armes, d'ancres et de voiles, ont succédé des fabriques de draps et surtout de draps de fantaisie, des établissements métallurgiques, etc. Nous avons dit que ses nombreuses usines étaient situées à dr. et à g. de la Gère : sur un parcours 'de 2000 mèt. dans le faubourg Pont-l'Évêque, cette rivière fait tourner 88 roues hydrauliques, qui mettent en mouvement les machines de nombreuses usines.
Il se fabrique annuellement à Vienne environ 50000 pièces de drap, de 18 à 20 mèt.
Outre ses nombreuses fabriques de drap, Vienne possède plusieurs tanneries, où se tannent 8 à 9000 peaux qui vont alimenter les marchés de Lyon, Grenoble, Avignon et Beaucaire.
A 6 kil. environ sur la Gère, on remarque une magnifique papeterie, et, à l'extrémité E. de Pont-l'Évêque, une usine modèle à tous les points de vue, fqndée par une société industrielle et produisant journellement 15 000 kilogrammes de fer, plus 2000 kilogrammes de cuivre laminé, valeur annuelle de 4000 000 de fr.; sa force motrice est de 150 chevaux; plus de 400 ouvriers y sont journellement occupés. Deux autres établissements de ce genre, l'un pour le traitement des minerais de fer, l'autre pour la conversion en lingots des parcelles métalliques de prix, se trouvent dans l'Ile Blumenstein, plus rapprochée de la ville.
Avant d'avoir l'importance qu'elle offre aujourd'hui, la fonderie
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annexe des forges de Loire et Isère, qui existe à Vienne depuis 1815, a subi de nombreuses épreuves. Son haut fourneau réduit chaque jour 5 à 6000 kilogrammes de fonte, et fait vivre 150 à 200 familles. Quant à la fonderie Piellat, elle occupe 25 à 30 hommes au plus; mais elle n'en opère pas moins avec un capital assez considérable.
Il existe à Vienne plusieurs ateliers de construction de machines, parmi lesquels nous citerons ceux de MM. Jouffray ainé, . Jouffray cadet, Lhuillier-Jouflray , Ledure, Gharreton, Mousset, etc.
Mentionnons encore : dans le voisinage de la Gère, deux mines de plomb et une briqueterie à réfraction ; — dans la vallée de Levau, une vaste fabrique de tissage de soie et une papeterie de papier commun dit de paille ; — vers l'extrémité du quai du Rhône, du côté de la porte d'Avignon, l'association des verreries; — au S. de Vienne, les mines de zinc sulfuré de la Poype, et, au delà de Notre-Dame de Plsle, les fourneaux de grillage et de distillation ; — au N-, dans le faubourg de Lyon, un atelier de construction de chaudières à vapeur qui tient le premier rang parmi les nombreux ateliers de construction de machines à Vienne, etc.
On exploitait autrefois, dans les flancs du mont Pipet, des mines de plomb aujourd'hui abandonnées.
Antiquités.
Le temple d'Auguste et de Livie, encore debout aujourd'hui, s'élevait à côté du palais des Préteurs, à l'O. du Forum viennois. C'est un monument d'ordre corinthien et de forme rectangulaire, long de 27 mèt., large de 15 et haut de 17 mèt. 35 cent., qui semble de la môme époque que la Maison-Carrée de Nîmes dont il reproduit à peu près les proportions. Des fouilles pratiquées contre le socle sur lequel il s'élève ont mis à découvert les dalles qui pavaient le Forum, et ont permis de constater que douze marches conduisaient du Forum au péristyle. La façade forme un frontispice orné de six colonnes cannelées, supportant un entablement surmonté d'un fronton. Autour du monument, sur trois de ses faces, régnait un péristyle ou galerie, large de 2 mèt. 43 cent. Quant à la Cella, ou enceinte sacrée, elle joignait, par ses murs latéraux, le mur du fond de l'édifice, jusqu'à la
hauteur du premier pilastre, de chaque côté. Bâti en molasse de Bourgogne et en pierre de choin, ce monument, comme la plupart des constructions romaines, a été mutilé par le temps et par la main des hommes. Au ve s., des moines en firent une église appelée Notre-Dame ta Vieille, et, dans la suite, Notre-Dame de la Vie; les entre-colonnements furent murés, les cannelures détruites. On pratiqua dans les entre-colonnements des portes et des fenêtres d'architecture romane et ogivale. Une porte surbaissée défigura la façade. D'ignobles maisons s'étayèrent sur les côtés. Pendant la Révolution, le club des Jacobins y tint ses séances et la fête de la.Raison y fut célébrée. Plus tard, le tribunal de commerce y siégea; enfin, en 1822, on y établit la bibliothèque de la ville et un musée transférés depuis, le musée dans l'antique abbaye de Saint-Pierre, la bibliothèque à l'hôtel de ville, où elle a été incendiée au mois de janvier 1854. Aujourd'hui le temple dégagé est en voie de restauration. On a rétabli l'inscription, retrouvée par M. Schneider, en 1775 :
CON. SEN. DIVO AUGUSTO OPTIMO MAXIMO ET UIVjE AUGUSTjE.
« Du consentement du Sénat. Au divin Auguste :::: trts-bon, très-grand,
et à la divine Augusta. »
Dans le Musée ont été réunis un grand nombre de fragments antiques remarquables. M. Mérimée avait cité , entre autres, un groupe parfaitement conservé qui représente deux enfants se disputant un oiseau. Ce groupe a été détruit lors de l'incendie de la bibliothèque ; il n'en reste que des moulages. Une levrette en marbre blanc est un petit chef-d'œuvre de grâce et de légèreté, mais assez maladroitement restauré. Le musée possède, en outre, une mosaïque représentant l'Oce'an; une tête colossale de Jupiter, et une grande quantité de cippes, de pierres milliaires, votives, sépulcrales, de vases en terre, de fioles lacrymatoires, de lampes, de statuettes, de bas-reliefs, etc.
Des portiques du Forum (rue de l'Hôpital, cour du Théâtre), il ne reste que deux arcades et une portion de voûte extrêmement ruinées. Suivant M. Mérimée, cet édifice, lourd et mal exécuté, daterait de la décadence des arts et de l'Empire. Tout au-
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près sont les rampes d'un escalier dont les proportions grandioses donnent la plus haute idée de la splendeur de la ville antique.
Sur une colline, près de la rive méridionale de la Gère, deux aqueducs romains, espacés dé 10 met., conduisaient, par le versant N. du mont Quirinal ( Sainte-Blandine ), les eaux de cette rivière et celles du Pipet dans les maisons et les bains publics du mont Pipet. Ils avaient 2 mèt. de hauteur et presque autant de largeur. Les vestiges de ces thermes souterrains, remarquables par leurs proportions colossales, ont été retrouvés le long de la Gère. 11 y a quelques années, deux autres aqueducs, plus petits, ont été découverts. Au moyen dejégères réparations, ils ont pu être utilisés.
Au delà du champ de Mars, à PO. de la route de Valence, s'élève une pyramide quadrangulaire, vulgairement appelée Plan de l'Aiguille. C'est un édifice d'un beau style, construit en pierres de taille et assez bien conservé. Il se compose d'un portique carré, percé de quatre arcades, avec colonnes corinthiennes aux quatre angles. Sa hauteur est de 8 mèt., sa largeur de 7. Sur ce portique repose la pyramide, qui compte 16 mèt. d'élévation sur un carré de k mèt. de côté. Creuse à l'intérieur, elle est tronquée au sommet. La sculpture des colonnes, des chapiteaux, des archivoltes et des clefs des arcades n'a pas été achevée. On a longtemps discuté sur la nature et la destination de ce singulier monument. Il paraîtrait qu'il faisait partie de la spina d'un grand cirque, dont les vastes contours ont été récemment mis à découvert.
Vienne est bâtie, du reste, sur un immense amas de débris antiques. Les découvertes y sont nombreuses et intéressantes (chapiteaux, médailles, bronzes, statues, bas-reliefs, mosaïques,etc).
Sur le penchant du Pipet, dans un jardin particulier, se voient des gradins et des souterrains antiques. On croit qu'ils ont appartenu à un théâtre. Au-dessus, dans la partie la plus élevée de la ville, « se trouve une vaste enceinte^ flanquée de tours de distance en distance, qui suit les contours du plateau du Pipet. Elle parait avoir servi de camp, ou plutôt de citadelle ; c'était là, sans doute, que logeait la garnison romaine qui surveillait les Allobro-
ges. Plus tard, dans le moyen âge, les murailles ont été exhaussées, mais le système de fortification n'a pas été changé.» Au pied du mont Pipet, on a cru découvrir les traces d'un Panthéon, bâti en marbre de Paros, et long de 130 met. Un amphithéâtre, ayant 280 mèt. de long sur IkO de large, était adossé à ce monument.
Sur les bords de la Gère, et près du pont Saint-Martin, des tronçons de murailles révèlent les anciens remparts gallo-romains. Sous la rue des Serruriers, il existe un égout romain, allant des Thermes au Rhône. Il y a encore des ruines près de la porte Saint -Marcel. A l'extrémité S. 0. du mont Salomont, s'élevait une tour romaine. Vienne avait, en outre, un temple de Mars et de la Victoire, dont le cimetière occupe aujourd'hui l'emplacement. La place du Cirque rappelle V Amphithéâtre romain (on en entrevoit des traces), et celle de Saint - Pierre, l'ancien champ de Mars.
On peut voir, à Vienne et dans les environs, des vestiges de voies romaines : via Magna, route du Midi , qu'on retrouve dans la Grand'- Rue, la plaine de l'Aiguille, et au-dessus de Notre-Dame de l'Ile; via Italica ou Domitia, menant en Italie, et qu'on retrouve dans le faubourg Pont-l'Évôque ; via Cularonxa, qui conduisait à Grenoble par la vallée de Saint-Marcel, et dont les restes se voient encore à Beaurepaire, près d'Eyzin-Pinet et de Revel-Tournan.
Il ne reste plus aucune trace de l'antique Tour de Pilate, sur les bords du Rhône, où, d'après la tradition, Ponce-Pilate, exilé à Vienne, sous Tibère, serait mort de désespoir.
Plan de l'Aiguille.
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Édifices publics. — Curiosités.
L'ancienne cathédrale de Saint-Maurice, jadis métropolitaine et primatiale, est bâtie sur une terrasse qui domine le Rhône, et à laquelle on monte par un large perron de 28 marches. Construite primitivement, en 718, sur l'emplacement de l'oratoire des Machabées, réparée et agrandie en 805, elle fut réédifiée vers le milieu du xie s. et au commencement du xne; enfin, après quatre siècles de travaux, elle fut achevée en 1515. La façade, transition du gothique fleuri au style de la Renaissance, s'élève à 30 mèt. au-dessus du parvis, sur une largeur de 38 mèt.; elle est surmontée de deux tours jumelles carrées, avec plates-formes flanquées de deux tourelles inégales au sommet. Ces tours servent de clochers. Bâtie en pierre friable, la partie supérieure de cette façade a beaucoup souffert du temps; la partie inférieure est en pierre dure , mais la main des hommes y a fait plus de ravages que les siècles. Après la prise de Vienne par le baron des Adrets, en 1562, ses soldats la saccagèrent. Cependant, on peut juger de la beauté de l'édifice par les ornements qui restent encore.
Au-dessus du grand portail, divisé en deux par un pilier, s'élevait jadis la statue de saint Maurice. Ce portail, qui date du xvie s., est couronné de quarante-huit niches, à trois rangs d'étages, qui, séparées par des guirlandes de chêne et de vigne délicatement fouillées, renfermaient des statuettes représentant des personnages du Nouveau Testament, et dont la plupart sont mutilées ou n'existent plus. Dans le développement de la façade, trente niches contenaient des saints. Il n'en reste qu'une à droite. A l'intérieur du portail de gauche, on remarque un zodiaque, commençant au" Verseau, sans addition de figures al* légoriques.
Saint-Maurice a la forme d'une basilique terminée par trois absides. Vingt-quatre piliers, ayant 1 mèt. 50 cent, de rayon, supportent la voûte , azurée et semée d'étoiles d'or. Son élévation, du pavé à la voûte, est de 27 mèt., sa longueur de 96 mèt. sur 36. A l'intérieur de la nef, les piliers sont décorés de pilastres cannelés et rudentés ; des colpnnes engagées supportent les re-