VIVIERS
bois, tapissée de velours cramoisi à 'feuillage sur fond d'or. A la queue de ce bateau était attachée une barque couverte , dans laquelle étaient MM. de Cinq-Mars et de Thou prisonniers. Derrière venaient trois autres bateaux chargés des bardes, vaisselle d'or et d'argent, avec force gentilshommes et soldats. Sur les bords du Rhône, en Dauphiné comme en Vivarais,
Cathédrale de Viviers.
marchaient deux compagnies de chevau-légers, dont les trompettes se répondaient et faisaient retentir les échos des rochers. Un très-beau régiment de gens de pied suivait Son Éminence, et entrait pour la garder dans les* villes où elle couchait. Quand on abordait, il y avait un pont de bois qui du bateau allait à terre; on sortait le lit, garni de taffetas pourpre, dans lequel était
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couché le cardinal, et que portaient six puissants hommes à l'aide de barres et de sangles bien rembourrées : il arrivait ainsi dans les maisons où il devait loger. Mais ce dont tout le monde était étonné, c'est qu'il entrait dans les maisons par les fenêtres; car avant qu'il arrivât, les maçons qu'il menait abattaient les croisées ou faisaient des ouvertures aux murailles des chambres destinées à le recevoir. On dressait ensuite un pont de bois qui allait de la rue jusqu'à ces ouvertures, de manière que sans sortir de son lit, il arrivait dans sa chambre, que ses officiers avaient tapissée de damas incarnat et violet, et garnie d'un riche ameublement. C'est ainsi qu'il entra dans Viviers et qu'il en repartit le lendemain, i
Viviers est justement fière de sa cathédrale (mon. hist.), de son palais épiscopal, situé au milieu de beaux jardins, et de son séminaire diocésain, de construction récente. La tour romane, le chœur gothique et l'abside de la cathédrale sont dignes surtout d'attention. Un tableau de Mignard en décore l'intérieur.
On remarque, en outre, à Viviers l'ancien Hôtel de la Recette générale , une jolie maison de la Renaissance, dont la façade est enrichie de sculptures et d'arabesques, etc., et Vobservatoire rustique de l'astronome Flaugergues, né et mort à Viviers.
Au delà de Châteauneuf-du-Rhône, le chemin de fer longe le fleuve, au milieu duquel se montre, quand les eaux sont basses, l'écueil de Malmouche, célèbre par plusieurs naufrages.
Bientôt, à g., des rochers taillés à pic, succédant à des collines escarpées, entrecoupées de vallons agrestes, dominent la voie ferrée comme un rempart : ce sont les Rochers de Donzère. On y voit une belle grotte, dite la Baume des Anges, et un gouffre sans fond, dit le Puits de Saint- Vincent.
Le port de Robinet, où le canal de Donzère prend naissance, communique avec la rive dr. par un pont suspendu. Bientôt les ruiDes et les fortifications de Donzère apparaissent sur la hauteur.
25* STATION. - DONZÈRE. •
4 kil. de Châteauneuf-du-Rhône. — 675 kil. de Paris. — 189 kil. de Marseille.
Donzère (hôt. Notre-Dame)y bourg de 1748 hab., situé à g. de la station, est assez bien bâti dans la partie que traverse la route,
VIVIERS. — DONZÈRE.
mais celle qui s'élève au pied et sur les flancs de la colline, autour des ruines du vieux château, a conservé sa physionomie du moyen âge.
i On y a trouvé, dit M . l'abbé Vincent, des tombes, des fragments de vases, des mosaïques, des médailles à l'effigie des empereurs romains, des traces de constructions anciennes qui rappellent le peuple-roi. » — V abbaye de Bénédictins, fondée vers l'an 678, par saint Lambert, abbé de Fontenelle, détruite par les Sarrasins en 736, et rebâtie sous Gharlemagne, se transforma plus tard en un prieuré, dont il reste encore l'église, aujourd'hui l'église paroissiale, qui parait remonter au xir» s. C'est une œuvre du style romano-byzantin de transition. Bien que le sol ait été exhaussé et qu'elle ait perdu son ancienne façade et son portail romans, elle se fait encore remarquer par son dôme hardi et sa tour carrée du style byzantin, surmonté d'une flèche octogone.
Au moyen âge, Donzère eut des seigneurs particuliers. En 1229, Raymond Falgaire, évêque de Viviers, l'érigea en principauté. A la fin du XVe s., Claude de Tournon, un de ses successeurs, y fit bâtir, au-dessous du château fort, sur le versant oriental du coteau, un palais d'été, avec terrasse, jardin et colombier. Ce palais subsiste encore. Il appartient à un jeune artiste, M. Clément, qui l'a fait restaurer. Alors, protégé par un donjon formidable qui commandait la plaine et le Rhône, et par sa ceinture de remparts, Donzère avait une certaine importance. Bientôt, las du joug de ses princes, il se constitua en commune et se gouverna par ses consuls jusqu'en 1789. Chef-lieu de canton pendant la Révolution. Il n'est plus qu'un bourg agricole dont les habitants cultivent le blé, le mûrier et surtout la vigne. Ses vins rouges sont fort estimés.
De la colline qui domine le bourg, on découvre un magnifique paysage : à TE., le Mont-Ventoux; à l'O., le cours du Rhône et les montagnes de l'Ardèche.
C'est à Donzère, situé sur la limite des anciennes provinces de Dauphiné, Provence et Languedoc, que commencent les mœurs et les usages du Midi. La plupart des fêtes publiques s'ouvrent par des farandoles, danse bruyante et caractéristique, apportée par les Phocéens, et qui, d'après M. Diouloufet, représenterait la
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danse candiote des Grecs, la môme que grava Vulcain sur le fameux bouclier d'Achille, et que décrit Homère dans le dixhuitième chant de Vlliade. C'est une imitation du labyrinthe de Crète et de l'heureuse délivrance de Thésée, vainqueur du Minotaure.
Aux environ* de Donzère, au pied de la montagne agreste de Navon, s'élève, dans un site fort pittoresque, le château de Belle- Eau, remarquable par sa belle avenue ombragée d'arbres, ses jets d'eau, sa maison rustique et son lac sur la montagne. Ce château, ancienne résidence d'été de Mgr Sibour, archevêque de Paris, appartient aujourd'hui à M. Bravais, de Pont-Saint-Esprit. On y jouit d'un très-beau point de vue sur les Alpes et le Mont- Ventoux, à l'est, la plaine de Donzère, au sud, et le cours du Rhône jusqu'à Pont-Saint-Esprit, au sud-ouest.
Au delà de Donzère, on s'éloigne du Rhône qui serpente au pied des montagnes de l'Ardèche, formant les lies pittoresques des Margiries. Au xvme s., la possession de ces îles, ainsi que de toutes celles du Rhône, donna lieu à de grands et interminables débats entre le Languedoc et la Provence. Bientôt, on côtoie, à dr., le canal de Donzère, et, franchissant la Berre, on laisse à dr., au delà du Rhône, Saint-Montant (1624 hab.), à g. le village agricole et industriel des Granges-Gontardes, dont le clocher s'élève au-dessus des arbres, et, plus loin, sur un coteau pittoresque, le village de Lagarde-Adhémar, où l'on remarque les ruines d'un ancien château et une jolie petite église romane, monument historique restauré il y a peu d'années par M. Questel, architecte du gouvernement. Au nord-est de ce village s'ouvre le Val des Nymphes [VaUk Nympharum), que domine l'antique Tour Magne, l'une des trois, suivant M. Delacroix, qui tirent donner au pays le nom de Tricastin.
A l'ouest, le Col, ou comme on l'appelle dans la contrée, ta Dent de Rez (11 lk mèt.), attire les regards, tandis qu'au sud-est, s'élève le Mont-Ventoux. Plus rapprochée à l'est, sur une montagne volcanique, se dresse l'antique tour de Clansayes, village de 518 hab., ravagé en 1772 et en 1773 par des tremblements de terre. Quelques auteurs, rapportant à l'ère romaine la fondation de la tour qui le domine, comme ayant fait partie d'un
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temple dédié à la déesse Écho, croient que de Clara Aonides Aïa serait venu Clansayes. D'autres ne voient dans cette tour qu'une construction du moyen âge, destinée aux signaux. Quoi qu'il en soit, elle mérite une visite. Elle est couronnée par une coupole, dans laquelle la voix se répercute. Telle est la solidité de sa construction, qu'elle a résisté aux tremblements de terre , aux injures du temps ët à celles des hommes. En 1792, les habitants, la regardant comme une construction féodale, s'efforcèrent en vain de la démolir. Dernièrement une statue colossale de la Vierge a été érigée au sommet.
Le Rhône a Doruère.
Au xine s., Clansayes possédait un monastère de Templiers, d M il reste quelques ruines.
Bientôt, au milieu de la plaine, on voit s'élever un rocher isolé, jadis couronné d'un château fort dont le baron des Adrets s'empara, en 1562, et du haut duquel il fit précipiter les soldats de la garnison. Au pied de ce rocher se trouve Pierrelatte.
26e STATION. — PIERRELATTE.
8 kil. de Donzère. — 683 kil. de Paris. — 181 kll. de Marseille.
Voitures de correspondance pour liour y-Saint- Andèol, 30 cent. Pierrelatte , petite ville de 3512 hab., doit son nom de Petra /a/a (^Pierre large) au rocher qui la domine et qui fut apporté là,
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suivant la tradition, par un géant. Avant 1450, elle faisait partie du coratat Venaissin.
Anciennement, la plaine de sable et de galets qui environne Pierrelatte, était occupée par le Rhône. Sur les Ilots le plus favorablement situés, les Romains firent construire de magnifiques villas dont on retrouve journellement les vestiges.