EXCURSION AU CHATEAU DE GRIGNAN
C'est à la station de Pierrelatte qu'il faut quitter le chemin de fer si Ton veut aller visiter les ruines du château de Grignan, qui doit surtout sa célébrité à Mme de Sévigné.
Un omnibus, partant tous les jours de la station à huit heures du matin, arrive à Grignan (18 kil. env.) à dix heures et en repart le soir, à quatre heures.
Après avoir franchi la Berre, on passe au Logis de Berre, ancienne station romaine de Novem cravis, nom qui, selon l'opinion de M. Delacroix, dérive de sa situation au pied d'une montagne percée de neuf combes ou creux qui tous vont déboucher dans la plaine de Montélimar. La voie romaine traversait la combe du centre; elle y est encore marquée, et l'on en suit aisément la trace jusqu'à l'endroit où elle rejoignait la route actuelle, à peu de distance du Roubion.
Remontant la rive dr. de la Berre, on laisse, à g., le Mas des Estubiers, que dominent les restes de l'ancien prieuré de Saint- Pierre, et l'on franchit la Vence au delà des Granges-Gontardes; puis, laissant successivement, à g., sur la hauteur, Roussas, petit village dominé par une ancienne tour et renommé pour ses vignobles , Valaurie et ses vieux remparts, on franchit de nouveau la Berre sur un pont de pierre de trois arches, et l'on gravit une côte d'où l'on découvre, à g., la riche et vaste forêt d'Aiguebelle (Aqua Bella), ainsi nommée à cause de la beauté de ses eaux. Au milieu de cette forêt se cache une ancienne abbaye de l'ordre de Glteaux, fondée en 1137. Non loin, se trouvent Réauville, (575 hab.), et la tour de Mont-Lucet, regardée comme un ancien temple dédié à Apollon, sous le nom de Lucetius. — Bientôt, à un circuit de la route, on aperçoit, en face, au pied d'un rocher qui s'élève à pic, au milieu d'une belle plaine arrosée au nord par la
DE LYON A MARSEILLE
Berre et par le Lez au midi, une petite ville que couronnent les ruines d'un château de la Renaissance; c'est Grignan.
Grignan (hôt. des Bons-Enfants), ch.-l. de c, V. de 1934 hab., est assez bien bâtie, mais exposée à la violence du mistral. En 1550, la baronnie de Grignan, possédée parles Adhémar de Monteil, fut érigée en comté. A l'extinction de la famille des Adhémar, dont l'un, le comte de Grignan, avait épousé, en 1669, la fille de Mme de Sévigné, la terre de Grignan fut vendue, vers le milieu du xvme s., au maréchal du Muy. A cette époque, le château, où Mme de Sévigné avait passé les dernières années de sa vie, était dans toute sa splendeur. Il a été détruit pendant la Révolution. Son propriétaire actuel, M. Faure, a essayé de rendre un peu de vie à ces ruines, qui attirent chaque année un grand nombre de visiteurs. On monte au château par la rue de la Terrasse, et, après avoir franchi le fossé sur un pont qui a remplacé le pontlevis, on entre, par la porte du nord, flanquée de deux tourelles modernes, dans un grand vestibule, orné de vieux médaillons, et conduisant dans la première cour d'honneur, où se trouvait la principale façade, celle du midi. Cette façade, ornée de salamandres et couronnée de statues et de vases, avait été construite sous François Ier; elle se composait de cinq étages d'ordres différents. Dans la tour, à dr., se trouvait le cabinet de travail de Mme de Sévigné. Au bas de cette tour, on voit encore un beau portail d'ordre toscau, qui conduit à la façade du levant, dite des Prélats, construite par Mansart. C'est là qu'était située la grande salle dite du Roi, dont il ne reste que la cheminée peinte à fresques, avec des écussons aux armes des Adhémar, et un portrait d'Henri IV à dr. M. Faure se propose de faire restaurer cette salle et d'y réunir, comme dans un musée, tous les portraits, tableaux et objets curieux provenant du château. Au nord, se trouvaient la cuisine, Y office, les /ours, etc., aujourd'hui convertis en un charmant bosquet qui conduit à la façade du couchant, la mieux conservée, et à gauche de laquelle s'ouvre une grande galerie (du xve siècle) avec portes et croisées à colonnes torses : c'était la galerie des Portraits en pied des Adhémar. A l'extrémité de cette galerie s'élevaient la cîtapelle et la tour de VHorloge ; celle-ci subsiste encore, mais il ne reste plus de la chapelle