VAUCLUSE
28 ki). Vaucluse (hôt. de Pétrarque et Lauré), VaUis Clausa, village de 586 hab., qui se livrent principalement à l'industrie i e la soie et de la papeterie, est bâti au pied de coteaux- plantés
Fontaine de Vaucluse.
d'oliviers. A l'entrée du village, s'élève une colonne érigée en 1809, par l'Athénée de Vaucluse, en l'honneur de Pétrarque.
Vaucluse possède une petite église romane de la fin du x- s. Cette église faisait partie d'un monastère qui disparut pendant le xv* s. On y voit le tombeau de saint Véran.
114 DE LYON A MARSEILLE
Vaucluse est célèbre dans le monde entier par sa fontaine, qui forme la Sorgues, aux eaux fraîches et limpides (chiare> fresche, e dolci acquey comme dit Pétrarque), aux anguilles et aux truites renommées. Un petit sentier conduit (8 ou 10 minutes) à la source mystérieuse, qui sort d'une montagne calcaire, ou plutôt d'une gigantesque masse rocheuse, de 120 mètres de hauteur, taillée à pic au-dessus du gouffre qu'elle surplombe, et disposée à droite et à gauche comme les immenses gradins d'un amphithéâtre. On peut descendre dans le gouffre jusqu'au niveau de l'eau. Après les pluies, elle jaillit bouillonnante et tumultueuse, donnant, en moyenne, 20 mèt. cubes par seconde. En tout autre temps, elle s'infiltre dans les rochers qui lui servent de barrière et va sortir plus bas en mille filets dont la réunion fait aussitôt une rivière portant bateau. Sa température moyenne est de 10 degrés Réaumur; elle n'éprouve qu'une très-petite variation vers les équinoxes. On a voulu expliquer la désolation de ce vallon et la -profondeur insondable, dit-on, de son gouffre, en prétendant que c'était le cratère d'un ancien volcan ; a mais, dit M. Courtet, tout dément cette assertion. Vaucluse n'a jamais été qu'un volcan d'eau.... La chaîne de Vaucluse jusqu'à la montagne de Lure est l'immense réservoir où s'amassent et s'épurent les eaux de cette fontaine, une des plus merveilleuses de l'Europe »
Pétrarque y \int en 1313, encore enfant, et l'impression que lui fit cette magnifique solitude le détermina à s'y retirer en 1337. C'est là qu'il composa en langue vulgaire la plus grande partie de ses poésies. Il habitait une petite villa située au pied du roc sur lequel se dressent les ruines d'un vieux château, qu'on appelle à tort le château de Pétrarque, et qui appartenait à son ami le cardinal diplomate Philippe de Cabassole, évêque de Cavaillon. C'est au delà du tunnel, sur l'emplacement qu'occupent aujourd'hui les usines de M. Tacussel, que s'élevait l'humble maison du poëte.
Voici comment, dans une épltre au cardinal Colonna, Pétrarque décrit lui-môme sa petite habitation :
c Je me suis fait, dit-il, deux jardins, qui me plaisent à ravir. Je ne crois pas que dans le monde il y ait rien qui leur ressem-
VAUCLDSE. 115
ble. Je les appelle mon Parnasse transalpin ; l'un est ombragé, fait pour l'étude et consacré à Apollon; il est en pente sur la Sorgues naissante, et se termine par des rochers et des lieux inaccessibles où les oiseaux seuls peuvent aller. L'autre est plus près de la maison, moins sauvage, agréable à Bacchus, et, dans une position capricieuse, il se prolonge, par le moyen d'un petit pont, au delà d'une eau très-rapide, jusqu'à une grotte où les rayons du soleil ne pénètrent jamais. Je m'imagine que cette grotte ressemble à la petite cella où Cicéron allait quelquefois déclamer; ce qui est certain, c'est qu'elle m'invite à l'étude. Je m'y tiens au milieu du jour. Je vais, le matin, sur les coteaux; le soir, dans les prés ou dans le petit jardin, près de la fontaine, que l'art, triomphant de la nature, a perché sous la cime d'un grand roc au-dessous des eaux. On y est un peu à l'étroit ; mais l'esprit s'y trouve fort au large, et peut s'y élever jusqu'aux nues. Je passerais volontiers ma vie ici, si je n'étais trop près d'Avignon et trop loin de l'Italie. Car, pourquoi dissimuler ces deux faiblesses de mon âme ? J'aime l'Italie et je crains Avignon.... J'ai trouvé tant de charmes dans cette solitude et un repos si agréable, que je crois n'avoir vécu que le temps que j'y ai passé. »
Pétrarque ne quitta Vaucluse que pour aller recevoir la couronne poétique à Rome ; mais il ne tarda pas à y revenir. Après la mort de Laure il y resta plusieurs années. Il en repartit le 26 avril 1353, mais cette fois il n'y revint plus. 11 mourut dans sa solitude d'Arqua, le 18 juillet 1374.