TARASCON. — TA TARASQUE
lèbre, chaque année, la fête de la Tarasque. Cette fête, Tune des plus populaires de la Provence, consiste en deux processions solennelles, qui ont lieu, l'une le second dimanche après la Pentecôte, ot l'autre le jour de la fête de sainte Marthe. Dans la première, la tarasque est représentée furieuse et renversant de son énorme queue tous ceux qu'une indiscrète curiosité porte à s'en approcher; elle est au contraire tranquille et menée en laisse par une jeune fille vêtue de blanc, le jour de sainte Marthe. Cette fête singulière fut réglée par le roi René, qui y présida en 1469.
Rue des Arcades, à Tanscon.
La première journée est la plus curieuse. Au sortir de l'église de Sainte- Marthe, la procession se met en marche.
« D'abord s'avancent, sur deux rangs, les Tarascaïres ou chevaliers de la Tarasque; ils sont trente environ, précédés de leur chef qui porte le bâton du commandement, et suivis de leur drapeau, sur lequel est représentée la tarasque; leur costume brille par la dentelle et la soie; à leur écharpe en sautoir pend l'image de la tarasque, décoration dont ils sont plus glorieux qu'un grand .d'Espagne de l'image de la Toison d'or; leur cocarde est rouge et bleue : ce sont les couleurs de la tarasque.... Après les chevaliers de la Tarasque vient un corps de musique, c'est-à-dire de tambourins et de fifres, appartenant à la corporation des
vignerons, que Ton voit avec leurs ustensiles de travail, des ceps de vigne, des gourdes, des barillets, etc. Ils sont suivis de quatre hommes, * dont deux portent un baril connu sous le nom de Bouto-embriagou (le tonneau d'ivresse); les deux autres ont sur l'épaule de longues barres. La coiffure des deux premiers est burlesquement composée avec le fond de leurs sacs, que les deux autres ont plié autour du buste. Après eux se déploie encore une bannière, et puis viennent les jardiniers, qui se sont munis de toutes espèces de plantes potagères, de choux monstres, d'artichauts ; quelques-uns ont préféré des faisceaux de fleurs; celui-ci porte un arrosoir, celui-là une pompe, et les trois derniers ont tressé une longue guirlande en rameau de buis. »
Après les horticulteurs viennent les bergers, la houlette à la main ; puis les ménagers, les charretiers et les garçons de ferme. Un second groupe de tambours et de fifres complète le cortège.
Bientôt, le cri traditionnel de: la gadou! la tarascou! annonce l'approche de la tarasque : elle arrive a sur la place de la Mairie, où la foule frémissante l'appelle par ses cris. A son aspect, les acclamations redoublent. Les mères montrent à leurs enfants cet animal extraordinaire, masse informe, abritée sous une carapace d'où sort une tête de dragon, jetant par les naseaux des gerbes de feu. Quelques Tarascaïres, cachés dans les entrailles de la tarasque, ont soin d'entretenir ce souffle * infernal avec leurs fusées; d'autres poussant le monstre lui prêtent une agilité extraordinaire ; mais il faut se garder surtout de sa queue, longue poutre qui se meut en tous sens, et qui a plus d'une fois cassé bras et jambes : car ce jeu est sérieux pour ceux sur qui la tarasque se retourne tout à coup à l'improviste, et c'est alors que la tarasque a bien fait (a ben fa), comme on dit d'un taureau qui blesse un toréador.
« Pendant que la tarasque se repose de sa première sortie, les jeux s'exécutent sur la place : les hommes aux sacs et aux barres, qui sont des portefaix, courent avec leur tonnelet suspendu à. la corde; ils renversent tous ceux qui se laissent toucher par leurs barres et par la bouto-embriagou, dont l'oscillation continuelle rend cette course assez originale.
« Un épisode invite tout à coup au recueillement au milieu du tumulte. Notre-Dame des Pâtres vient en personne assister à la féte, escortée de ceux que nous avons vus défiler avec leurs houlettes. Notre-Dame se présente sur l'animal qui eut l'honneur de servir de monture à la sainte famille lorsqu'elle se réfugia en Egypte. Notre-Dame elle-même a pris la forme d'une petite fille toute rayonnante d'une innocente beauté, d'une petite fille jolie comme on raconte que l'était Marie enfant, dans l'évangile apocryphe de la Vierge. Deux gracieuses figures du même âge, que la coquetterie maternelle a couvertes de bijoux, sont