TARASCON. — LA TARASQUE
assises avec elle sur le trône en baldaquin qu'on a artistement ficelé sur l'ânesse. »
Après la Vierge vient l'enfant Jésus, le diadème sur le front et la croix en main, porté sur les épaules d'un robuste personnage qui représente saint Christophe, patron des portefaix : « l'enfant se sert de la croix pour bénir les fidèles, mais saint Christophe se conduit en vrai saint d'antichambre : il s'est armé d'un balai terminé par une touffe d'orties, et, sous prétexte de nettoyer la voie publique pour son divin fini eau, il s'adresse aux jambes des curieux. Les cris de mauvais»; humeur des patients, comme les joyeux éclats de rire, se perdent dans la musique
Porches des Halles, à Tarascon.
des tambourins et des fifres qui précèdent l'enfant au céleste sourire et le géant goguenard. »
A l'enfant Jésus succède un char triomphal attelé de mules : c'est le char des jardiniers. Tout à coup, les nulles partent au galop. « Malheur h ceux qui se trouvent sur leur passage ! Ce n'est pas seulement qu'ils risquent d'être écrasés; mais les jardiniers, qui ont avec eux leurs arrosoirs et leurs pompes, font tomber au loin une pluie d'orage. »
Bientôt, un autre char en forme de bateau, connu sous le nom de YEslurgeon, signale la présence des mariniers du Rhône dans la fêle : il lance un déluge d'eau. Après l'averse de terre, la trombe marine.
Viennent enfin les ménagers qui, montés surdos mules, distribuent çà et là des petits pains, ou se livrent à des malices dignes de l'Age d'or. A leur tête marche un timbalier, qui bat la mesure a la musique.
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Cette cavalcade fait sourire les spectateurs venus de Montpellier, qui disent tout bas qu'ils préfèrent à la tarasque lou chivalé, comme ils appellent le cheval de la danse moresque qu'on y exécutait autrefois.
Portail et tour de Sainte-Marthe.
Telle est, d'après M. Amédée Pichot, cette fête populaire de la tarasque, « dont il faut bien se garder de médire, car la tarasque est à la fois, pour Tarascon, ce qu'était le Palladium pour la ville de
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Priam, le veau d'or pour Israël idolâtre, le dieu Bel pour les Babyloniens. Attaquer la tarasque, c'est attaquer le Tarasconais dans ses affections, son honneur, sa religion même. Lorsque sous la Restauration, le comte d'Artois (Charles X) passa à Tarascon, le royalisme local se manifesta en offrant au prince une petite tarasque en or! »
V église de Sainte-Marthe (classée, comme le château, parmi les monuments historiques), élevée, dit-on, de 1187 à 1216, sur les
Ctiàieau du roi René, a Tarascon.
ruines d'un temple romain, a été reconstruite vers la fin du xive s. Il ne reste plus de l'édifice primitif qu'un porche par lequel on descend dans la crypte, et le portail du midi, qui est cintré et flanqué de colonnes de marbre aux chapiteaux historiés, dans le goût du porche de Saint-Trophime d'Arles. Cette église, que domine un beau clocher gothique , et dont l'intérieur est du style ogival le plus pur, possède 17 tableaux de Vien (Vie de
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sainte Marthe) et d'autres peintures de Yanloo et de Mignard. Le baptistère (xvie s.) est fort élégant. A l'extrémité inférieure de la nef est un bas-relief gallo-romain, représentant la Multiplication des pains et Jésus au milieu des Apôtres. Dans une crypte du bas côté S. de l'église, et qui a perdu son caractère primitif, on voit le tombeau de Jean de Cossa, gouverneur de Provence pour le roi René. Ce monument est construit dans le style de la Renaissance italienne du xvc s. Au fond de la crypte sont Vautel et le tombeau modernes de sainte Marthe.
Le château de Tarascon, qui sert aujourd'hui de prison, est bâti sur un rocher à pic, mais peu élevé. Il contient de très-belles salles dont les plafonds en bois peint sont parfaitement conservés. On remarque surtout une petite pièce fort curieuse, aux murs couverts de dessins gravés dans la pierre à la façon des hiéroglyphes égyptiens. Ces dessins représentent des navires de toutes formes des xv et xvie s. et des châteaux gravés au trait. De la plate-forme, on jouit d'une belle vue sur le Rhône.
Tarascon possède, en outre, une bibliothèque de 7000 volumes, un palais de justice, une belle caserne de cavalerie, un théâtre, et deux jolies promenades, le Cours et la Chaussée.
A 2 kil. environ sont les belles pépinières de M. Audibert.