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ARLES. — ARLÉSIENNES

de soie de couleur; avec cela, des dentelles, des bracelets moresques, de longs pendants d'oreilles d'or. Tantôt une pointe de mousseline de couleur, nouée sous le menton, compose toute leur coiffure ; tantôt c'est un nœud de ruban d'une rare élégance.

Bien que la toilette soit la grande affaire des Artésiennes, « elle n'arrive cependant, ajoute M. Jules Ganonge, qu'après l'amour. C'est dans son amour que l'Arlésienne concentre toutes les ressources de son esprit, toute l'ardeur de sa passion, toute l'énergie, toute l'activité de son âme. Son amour devient alors son existence même, et le temps passe sans l'altérer, o

t Quand on parle des belles Arlésiennes, dit de son côté M. Amédée Pichot, c'est généralement des artisanes, la seule classe qui, aujourd'hui, porte le costume national plus ou moins modifié; mais la noblesse et la bourgeoisie ne sont pas déshéritées du don de beauté. Il y a quelques années, du moins, les plus belles artisanes avaient des rivales dans Mlle Laure de Séverac, Mlle Sophie de Barrème, MmeClastre, et cette famille de la rue de la Calade, qui a peuplé le couvent des carmélites de candides madones, dignes du pinceau de Raphaël. Un trait particulier du caractère des artisanes, c'est leur admiration sincère de la beauté chez toutes celles qui en sont douées. •

« De toutes les cités françaises, Arles, ajoute le même écrivain, était peut-être encore hier la moins française par la physionomie de son architecture, par la configuration de son sol, parles mœurs de ses indigènes, par le costume de ses femmes, par son idiome enfin, » qui, bien qu'adopté par plusieurs poètes provençaux, Roumanille et Mistral entre autres, va pourtant se dénaturant tous les jours.

Histoire.

Arles est une des plus anciennes et des plus célèbres villes du midi de la France. Son nom a soulevé de grandes discussions parmi les étymologistes; les uns le croient grec, Arelate (peuple de Mars); d'autres latin, Ara lu ta (autel élevé, parce que les Romains trouvèrent à Arles un autel consacré par les Grecs à la Diane d'Éphèse) ; ou celtique, Ar-lath (lieu humide), « comme si les Ligures eussent été obligés de conquérir sur les eaux une partie de leur territoire pour l'habiter »

l. Amédée Pichot, Le dernier Roi d'Arles.— Essais historiques, de M. E»trangia.

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Quoi qu'il en soit, fondée, selon les uns, par les Massaliotes qui y établirent un comptoir; antérieure à Marseille, selon d'autres; visitée plus tard par Marius, elle était déjà, du temps de César, une ville considérable, et rivalisait avec Massilie par son importance politique, son commerce et ses chantiers de construction. Sa population s'élevait à 100 000 âmes. C'est là que César fit construire ses douze galères à trois rangs de rames, pour l'aider à soumettre Massilie, qui avait pris parti pour Pompée. Après la reddition de cette ville, il envoya à Arles le questeur Tibérius pour y établir une colonie tirée de la sixième légion. Arles prit alors le nom de Juîia (colonia materna Ârelatensis, comme l'appelle Ausone, colonia Sextanorum, suivant Pline).

Dotée de nombreux privilèges, Arles grandit et prospéra par l'agriculture et le commerce, et s'embellit par les arts que les Romains y apportèrent. Déjà saint Trophime, un des disciples des apôtres, y avait prêché, dit-on, le christianisme. Au commencement du îv" s., Constantin la visita, y séjourna et en fit la métropole des Gaules. Arles reconnaissante prit le nom de Constantina. Alors elle se divisait en deux parties : sur la rive g., la ville des patriciens, sur la rive dr. (aujourd'hui faubourg de Trinquetaille) , la ville des mariniers, des gens d'affaires et du peuple. Un pont de bateaux, que Constantin remplaça par un pont de pierre, les reliait. Au centre de la cité romaine, s'élevait le palais de Constantin, au N. du Forum aujourd'hui occupé par la place des Hommes, les rues de la Paix, du Palais, etc.; en face, le palais des Préteurs, à TE.; le Panthéon à L'O.j au S. du Forum, le palais des Thermes. Arles possédait, en outre, un amphithéâtre, un théâtre, un cirque, des arcs de triomphe, un obélisque, des statues, des temples, des aqueducs, un collège d'argentiers, et un gynécée où se fabriquaient des étoffes destinées aux voiles des navires. C'était un des points d'arrivée de la grande voie Aurélienne. De nombreux canaux amenaient à Arles des eaux de source dans un réservoir général aux environs de Barbegal. A partir de ce' réservoir, un seul aqueduc dirigeait sur Arles toutes les eaux réunies; des tuyaux de plomb jetés dans le Rhône, et dont plusieurs ont été retrouvés avec le nom du fabricant, les envoyaient ensuite, par le jeu de siphons renversés, d'Arles à Trinquetaille.

Ausone appelait cette ville la petite Rome des Gaules, Gallula ftoma, Ârelas, et vantait ses ports hospitaliers, recevant les richesses du monde romain, et les répandant à leur tour sur les cités de la Gaule et de l'Aquitaine.

Arles pouvait, en effet, communiquer par les utriculaires avec Tintérieur de la Provence jusqu'à Pertuis, par de grosses barques avec Fos et la mer, et avec toutes les Gaules par le Rhône ou par ses affluents. Heureusement située sous le rapport du commerce, sa position était 3ncore plus avantageuse au point de vue stratégique. Bâtie sur un

rocher , au milieu des eaux, elle communiquait par les marais de Mônt- Majour, alors lacs navigables, avec la Duransole, et par celle-ci avec l'étang de Mayranne.

Aprùs l'invasion du pays des Trévires par les nations germaniques , Arles devint le siège du préfet du prétoire et la métropole des Gaules. Honorius y convoqua, en 418, la fédération administrative et l'assemblée annuelle des Sept-Provinces , en considération des avantages que présentait sa situation exceptionnelle. Cependant, successivement conquise par les Goths, les Francs et les Sarrasins, Arles vit consommer la ruine de ses monuments, déjà fort avancée par la transformation que les besoins d'une religion nouvelle imposaient à l'art.

Repoussés d'Arles, une première fois, en 732, par Charles-Martel et, une seconde fois, en 736, les Sarrasins n'osèrent plus reparaître en Provence pendant le règne de Charlemagne.

Arles, malgré ses désastres, conserva son indépendance. Bien plus, elle devint, en 879, la capitale du royaume d'Arles , dont Boson fut le premier roi. A la chute de ce royaume, en 1150, profitant des discordes entre les empereurs d'Allemagne et les papes d'un côté , les comtes de Provence et les archevêques d'Arles de l'autre, elle s'érigea en république, d'abord sous des consuls, puis sous des podestats, dont le gouvernement subsista jusqu'en 1251.

Bien que la république arlésienne ne comprît que le Trébon, la Crau, le Plan du Bourg, et la Camargue, elle n'en avait pas moins une certaine importance. A la vérité, sa flotte était plus marchande que militaire; mais, si Arles n'aspira jamais à disputer l'empire des mers à Venise, ni à Gênes, ni à Pise, elle conclut avec ces républiques plus d'un traité de commerce, et les princes recherchaient son alliance. Alphonse, roi d'Aragon, y venait fréquemment et y tenait une cour où brillaient, à côté de ses braves chevaliers, quelques-uns des premiers maîtres de la gaie science. Alphonse donnait des fêtes aux dames, des joutes, des carrousels, des combats de taureaux. « C'est de cette époque du moins, dit l'auteur des Artésiennes, que date l'adresse héréditaire des Arlésiens dans ces courses et ces ferrades où gentilshommes , bourgeois et artisans se montrent encore, à pied et à cheval, les rivaux de picadores et toreadores espagnols. »

Toutefois, Charles d'Anjou, qui convoitait depuis longtemps la possession d'Arles, sut faire naître entre les habitants, le podestat (alors Barrai des Baux) et l'archevêque d'Arles, Jean Baussan, des divisions qui amenèrent la ruine de cette république. Déjà, en 1228, elle s'était donnée pour un temps et en usufruit ou en viager à Raymond Bérenger IV, comte de Toulouse. Par son mariage avec Béatrix, fille du comte, mort en 1245, Charles d'Anjou se porta héritier des droits de son beau-père. Arles refusa de le reconnaître et, assiégée par lui, se défendit

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vaillamment; mais, trahie secrètement par son podestat Barrai des Baux et par son archevêque Jean Baussan, elle finit par succomber. Sous les successeurs de Charles d'Anjou , elle ne joua plus qu'un rôle secondaire jusqu'à sa réunion définitive à la France, en 1482.

Après son entrée dans la ville d'Aix, en 1536, Charles-Quint s'y fit sacrer roi d'Arles dans l'église de Saint-Sauveur, et, ayant nommé le duc d'Albe vicomte d'Arles, il résolut d'assiéger cette ville. Arles se mit en état de défense; elle répara ses remparts et construisit de nouveaux bastions : les hommes, les femmes et les enfants rivalisaient de zèle et d'ardeur. Les dames nobles de Quiqueran, des Porcelets, d'Alen, de Castellane-Laval, se montraient les plus actives et portaient elles-mêmes des matériaux. Deux coups de canon tirés de la tour de la porte de l'Aure suffirent pour mettre en fuite Alphonse d'Alvares, envoyé en reconnaissance par l'empereur, à la tête d'une avant-garde de 50 cavaliers.

Arles prit peu de part aux guerres de la Réforme, la noblesse et la bourgeoisie de cette ville ayant formé, le 10 avril 1579, une confédération par laquelle elles s'engageaient à garder et à défendre la ville d'Arles envers et contre tous.

François 1", Charles IX, Catherine de Médicis, Louis XIII et Louis XIV visitèrent successivement cette ville, qui, déjà ravagée plusieurs fois par la peste, au moyen âge, fut cruellement éprouvée en 1720. Deux consuls, soixante-douze prêtres ou religieux, trente-cinq conseillers communaux, trente-six médecins, et dix mille deux cent dix personnes de toutes conditions tombèrent victimes de la contagion. Arles se relevait à peine de ces calamités, lorsqu'en 1755 le Rhône, rompant ses digues près de Tarascon, se répandit dans la plaine d'Arles, et renversa plusieurs maisons de campagne, abattit quatre-vingts arche» de l'aqueduc de Craponne et quinze du pont de Crau. Depuis cette époque, la Rome des Gaules a vu renaître sa prospérité.

Non moins passionnée qu'Avignon et Nîmes mais de mœurs plus douces, Arles, malgré les tristes exemples que lui donnèrent ses voisines, resta pure de tout excès en 1815.

Arles est la patrie de saint Ambroise, évéque de Milan, de Constantin II, dit le Jeune, de MM. Honoré Clair, Estrangin, Amédée Pichot. — Elle possède un tribunal de commerce, une chambre consultative , des manufactures, une école d'hydrographie, un dépôt d'étalons, etc.

Antiquités.

L'Amphithéâtre (à PE. de la ville) est le plus vaste de tous les monuments de ce genre que les Romains aient élevés dans les Gaules. Par sa forme il rappelle, dans des proportions réduites, le Colysée de Rome. Bâti d'énormes blocs appareillés avec une

admirable précision, il repose sur des voûtes élevées et solides. Son grand axe a 140 mèt. (36 de plus que celui de Nîmes); son petit axe 103 (environ 32 mèt. de plus que celui de Nîmes). On ne peut juger de sa hauteur que d'une manière imparfaite, à cause de l'absence de l'attique. De la base au sommet, il est divisé en deux étages (le premier d'ordre dorique, le second d'ordre corinthien) que sépare une corniche reposant sur des colonnes engagées entre des arcades d'inégale largeur qui sont au nombre

Amphithéâtre d'Arles.

de 60 à chaque étage. Ses gradins présentaient un développement de plus de 12 000 mèt. et pouvaient recevoir jusqu'à 26 000 spectateurs. Aux quatre points cardinaux s'ouvraient quatre portes dont la principale, celle du N., est d'une simplicité et d'une grandeur imposantes. Huit autres portes conduisent dans l'arène, qu'environne une petite muraille formée de larges dalles, dont une porte encore les restes d'une inscription très-fruste, constatant qu'un Caïus Junius Priscus, duumvir quinquennal de la colonie d'Arles, avait fait don d'une somme considérable pour la restauration de l'amphithéâtre.

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On ne connaît pas la date précise de la fondation de ce monument, mais il est probable qu'il fut commencé par le questeur Tiberius Claudius Néron, père de l'empereur Tibère, et fondateur do la colonie arlésienne (43 ans avant J. G.)- Pendant les invasions des Barbares, il fut transformé en place de guerre; des tours furent élevées sur le sommet de l'édifice. Deux de ces tours subsistent encore; l'une sur la porte du N., l'autre sur celle de l'O. : c'est la plus haute. Du sommet de cette tour, où l'on monte par un escalier intérieur de construction moderne, on découvre le cours du Rhône, les plaines de la Camargue, et les déserts caillouteux de la Grau.

C'est du vin0 s. que date la ruine de l'amphithéâtre ou château des Arènes, comme on l'appelait dans le moyen âge ; les plus pauvres habitants, qui s'y étaient réfugiés pendant les sièges qu'Arles eut à soutenir, s'y établirent. On y bâtit des maisons, puis une chapelle : o II y eut bientôt là toute une ville assez mal alignée, avec ses rues et sa place publique. Des masures s'y étaient les unes appuyées, les autres suspendues aux larges pierres des gradins intérieurs, creusant leurs cheminées sous les voûtes supérieures, et transformant en étables ou en caves quelques-unes des galeries qui avaient autrefois servi de cages aux bêtes féroces. » M. de Chartrouse, maire de la ville d'Arles, entreprit, en 1825, de le faire déblayer; mais il ne fallut pas moins de six ans pour démolir les deux cent douze maisons qui l'encombraient. A l'occasion de la prise d'Alger, en 1830, une première course de taureaux y fut donnée en présence de 15 000 spectateurs. Tous les ans, ce spectacle, si cher aux Arlésiens, y est renouvelé.

Quelques écrivains pensent que l'amphithéâtre n'a pas été achevé par les Romains, parce que, disent-ils, l'attique manque. Tel n'est pas l'avis de M. Questel, architecte du gouvernement. Les gradins qui se trouvent au sommet de l'édifice, du côté du midi, et les pierres de l'attique découvertes par cet habile architecte dans les déblais, ne laissent plus de doute à ce sujet. C'est à M. Questel qu'on doit la restauration de ce monument, commencée en 1846-1847. Cette restauration n'est pas encore complète. Malheureusement aussi , faute de clôture , cette magnifique ruine est habituellement un véritable dépôt d'immondices.

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Le théâtre antique s'élève au S. 0. et à peu de distance de l'amphithéâtre. Commencé, dit-on, par Auguste, sur le même plan et dans les mêmes proportions que celui d'Orange, il ne fut achevé qu'au inc s. Debout encore au ve s., il dut sa destruction à saint Hilaire et au prêtre Cyrille, qui le firent dépouiller de ses plus beaux marbres pour en orner les églises. Un couvent de • femmes, que le xvmes. fit disparaître, s'y établit en 1664. Aujour-

Théàtre romaiD, à ArJes.

d'hui, il ne reste plus du théâtre qu'une porte latérale, cinq portiques, deux colonnes corinthiennes, l'une en brèche, l'autre en marbre de Carrare, le proscenium, l'orchestre qui a conservé son dallage de marbre, l'emplacement parfaitement intact des décors, et les premiers gradins circulaires. La longueur totale du théâtre était de 103 mèt.; les dimensions de l'orchestre laissent présumer que l'ouverture de la scène devait être de 42 mèt. On

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estime à 16 000 le nombre des spectateurs que pouvait recevoir ce beau monument, dont le dégagement a été récemment entrepris.

C'est à l'arc de la Miséricorde, dans une cour qui occupe l'emplacement même de la scène, que fut trouvée, en 1651, la célèbre Vénus d'Arles, qui, offerte à Louis XIV, en 1683, par le premier consul d'Arles, Gaspard de Grille, et placée dans la galerie du palais de Versailles, est aujourd'hui au Musée du Louvre. La tête est fort belle; mais les bras sont modernes (on les doit au sculpteur Girardon).

Outre ce chef-d'œuvre de sculpture antique, on a également découvert, à diverses époques, dans les ruines du théâtre, un grand nombre de marbres, entre autres, une tête, bien supérieure à la Vénus, mais dont le nez est mutilé , et quelques fragments d'une grande inscription romaine à deux faces, aujourd'hui déposés au musée d'Arles (V. plus bas).

L'Obélisque (place Royale} est le reste d'un grand cirque romain sur l'emplacement duquel il fut découvert, en 1329, près de la porte de la Roquette. Charles IX et Henri IV s'y intéressèrent successivement, mais il ne fut transporté et relevé sur la place Royale, par l'ingénieur arlésien Peytret, qu'en 1676. On le dédia à Louis XIV. Au sommet fut placé un globe azuré et fleurdelisé sur lequel rayonnait un soleil d'or à l'effigie du grand roi. Après avoir été tour à tour remplacé par le bonnet phrygien et l'aigle impériale, ce soleil symbolique reparut sous la Restauration ; enfin, le piédestal a porté un moment cette inscription : A Sa Majesté Napoléon III, empereur des Français.

Cette belle pyramide granitique, tirée, dit-on, des carrières de l'Esterel, a 15 met. 28 cent, de hauteur, 1 mèt. 66 cent, de largeur à sa base. Le stylobate, aux quatre angles duquel sont quatre lions en bronze, par Dantan, date de 1829; il a k mèt. 54 cent, de hauteur.

Restes du Forum (place des Hommes). Deux colonnes granitiques à chapiteaux corinthiens, supportant l'angle d'un fronton triangulaire et soudées à l'angle de la façade de l'hôtel du Nord, se voient encore, sur cette place ; mais il parait certain qu'elles n'appartenaient point au Forum et qu'elles ont été transportées

là, pour l'ornement de la place, à une époque dont latradition n'a pas conservé le souvenir. On remarque aussi, sur la place des Hommes, des fragments de façade désignés communément sous !e nom de façade des thermes. C'est tout ce qui est visible de cet antique édifice; le reste, comme les anciennes constructions du forum dont il faisait partie, est enfoui sous les rues de la ville, notamment celles de la Paix et du Palais, le Plan de la Cour, etc.

Du Palais de Constantin (sur les bords du Rhône, près de la porte Saint- Jean), il reste de beaux fragments dans des constructions modernes. On croit que la tour de la Trouille (porte Saint- Jean) en faisait partie. A peine élevé, ce palais fut souillé de sang par Maximien Hercule, ancien collègue de Dioctétien. A la chute de l'empire romain, il passa aux rois goths et visigoths; les rois francs, les rois d'Arles , les empereurs d'Allemagne lorsqu'ils venaient se faire couronner rois d'Arles, et les comtes de Provence, y séjournèrent tour à tour. A diverses époques, on a trouvé, dans Taire de cet édifice, des statues, des colonnes de granit et de marbre, des corniches, des frises, des mosaïques, etc.

On croit que le palais de l'archevêché a été bâti sur les ruines du Palais du Prétoire, comme sembleraient le prouver les fragments de colonnes et les chapiteaux découverts en 1826, dans les fondations de la façade méridionale du palais archiépiscopal.

Au temps des Romains, il existait, à TE. de la ville, un lieu consacré aux dieux Mânes, où reposaient les chefs des anciennes familles romaines. C'étaient les Champs-Elysées (aujourd'hui les Alyscamps). D'après la tradition, saint Trophime, premier évôque d'Arles, voulant consacrer cette nécropole à la sépulture des chrétiens, convoqua les évêques des villes voisines. Mais, quand il fallut procéder à la cérémonie, chacun s'excusa par esprit d'humilité. Alors Jésus-Christ apparut au milieu d'eux et bénit lui-môme la nécropole païenne. Au lieu môme où Jésus laissa les vestiges de ses genoux, saint Trophime éleva un autel en pierre (aujourd'hui la chapelle de la Genouillade). Dès lors, tout chrétien voulut être enterré aux Alyscamps. Plus tard, saint Trophime

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y fit, dit-on, bâtir une autre chapelle, dédiée à la Vierge encore vivante. Un marbre portant cette inscription :

SACELLUM DEDICATUM DEIPAR,E ADHUC V1VENTI

fut envoyé d'Arles à Rome. Sur les ruines de la chapelle de la Vierge, s'éleva, au vi6 s., sous le vocable de Saint-Honorat, une église reconstruite au xie s., défigurée depuis par des raccords et demeurée inachevée. « Tel était, dit M. Amédée Pichot, le privilège de ce Campo santo, dans le moyen âge, que, d'après le maréchal Gervais de Tilbury (de Mirabilibus mundi), les cadavres y étaient préservés de toute atteinte diabolique. C'était là, croyait-on, que le labarum était apparu à Constantin, et saint Trophime yavait été enseveli.

Bientôt la dévotion aux sépultures des Alyscamps devint générale : princes, grands seigneurs, évôques, s'y faisaient enterrer, et les villes riveraines du Rhône y envoyaient leurs morts. Il suffisait de livrer au cours du fleuve un cercueil destiné aux Alyscamps, en ayant soin cependant d'y déposer le prix des frais funéraires ou droit de mortellage, pour que le mort arrivât à destination. « Quand les marins du Rhône rencontraient ces nacelles funèbres, ils les saluaient en faisant le signe de la croix, persuadés que l'ange gardien du défunt les guidait à travers les bancs de sable, et déployait ses ailes protectrices en forme de voiles »

Un jour, dit la légende, quelques jeunes matelots ayant vu passer près de Roquemaure une de ces bières, l'arrêtèrent, prirent l'argent qui devait servir aux funérailles du mort, puis, la refermant, la mirent au courant du fleuve ; mais c'était en vain qu'ils la repoussaient , sans cesse elle revenait à eux. A la fin, le larcin ayant été découvert et l'argent remis dans la bière, elle s'éloigna rapidement et arriva heureusement à Arles *.

Au xvr8 s., cette riche et vaste nécropole ne renfermait pas moins de dix-neuf églises ou chapelles; mais la translation du corps de saint Trophime dans l'église de Saint-Étienne ayant en* levé aux Alyscamps tout leur prestige, ils furent peu à peu aban-

|. Amédée Mchot, les Arlésiennes.

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