TUNNEL DE LA NERTHE
S'éloignant encore de l'étang de Berre, qui ne tarde pas à disparaître aux regards, la voie ferrée passe sur un pont de 14 mèt., puis sur un viaduc , long de 65 mèt. et composé de 7 arches , auquel en succède un autre de 3 arches, long de 22 mèt.
Bl« STATION. - PAS-DES-LANCIERS.
5 kil. de Vitrolles. — 844 kil. de Paris. — 20 kil. de Marseille.
Voitures de correspondance pour (18 kil. env.) Martigues, 1 fr. 70 et 1 fr. 20; et Marignanne (4 kil. 1/2).
Pas-des-Lanciers (commune des Pennes) est un hameau de 129 hab., situé sur un plateau stérile d'un aspect sauvage.
Au delà d'un petit viaduc de 3 arches, long de 22 mèt., on s'enfonce dans une tranchée profonde'qui précède le tunnel de la Nerthe , dans lequel on traverse, à 200 mèt. de profondeur, la chaîne rocheuse, aride et escarpée de l'Estaque. C'est le plu9 long de tous ceux qui ont été construits en France; il a 4638 mèt. de longueur et il a coûté 10 200 000 francs. Sa forme est celle d'une ellipse tronquée; une montée et une descente de 1 millim. par mèt. le partagent en deux moitiés à peu près égales. Il est aéré par 24 puits percés à la distance de 200 mèt. l'un de l'autre; le plus profond (n° 14), a 185 mèt., le moins profond (n# 1), n'en a que 20. Sa hauteur est de 10 mèt. et sa largeur, hors d'oeuvre, de 8. Au centre, recouvert par le ballast, règne, dans toute la longueur, un aqueduc de 1 mèt. de hauteur, communiquant, par de petits aqueducs transversaux, aux puisards qui occupent la partie inférieure des puits d'extraction.
Avant l'ouverture de ce tunnel, les pauvres habitants de la Nerthe, séparés de la société humaine par deux gorges stériles et abruptes, ne communiquaient avec le versant opposé de la montagne qu'à l'aide d'un sentier escarpé et dangereux; à michemin se trouvait un bassin intérieur, sorte de lac desséché aux époques géologiques, et qui renfermait, outre de maigres cultures, quelques chaumières éparses, groupées autour d'une pauvre chapelle, au-dessus de laquelle s'élevait un rocher couronné d'une masure seigneuriale.
Au sortir du tunnel de la Nerthe, on débouche dans une gorge sauvage, hérissée de rochers aux formes bizarres. Tout à coup,
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à c tte nature sans horizon, sombre, morte, succède un des paysages les plus riants, les plus éclatants, les plus animés, les plus grands du midi de la France; M. A. Thiers le décrit ainsi :
« Deux grandes chaînes de montagnes s'entr'ouvrent, embrassent un vaste espace et, se prolongeant dans la mer, viennent expirer très-avant dans ses flots. Marseille est enfermée dans cette enceinte. Lorsque, arrivant au N. on parvient sur la première chaîne, on aperçoit tout à coup ce bassin immense : son étendue, son éblouissante clarté, vous saisissent d'abord. Bientôt après on est frappé du sol et de sa singulière végétation. Il faut renoncer ici aux masses arrondies, à la parure si fraîche et si verdoyante des bords de la Seine et de la Garonne. Une masse immense de calcaire gris et azuré forme la première enceinte. Des bancs moins élevés s'en détachent et, se réunissant dans la plaine, composent un sol inégal et varié. Sur chaque hauteur s'élèvent des bouquets de pins d'Italie, qui forment d'élégants parasols d'un vert sombre et presque noir. Des oliviers à la verdure pâle , à la taille moyenne, descendent le long des coteaux et contrastent, par leur petite masse arrondie, avec la stature élancée et le superbe dôme des pins. A leurs pieds croît une végétation basse, épaisse et grisâtre. C'est la sauge piquante et le thym odorant qui, foulés aux pieds, répandent un parfum si doux et si fort. Au centre du bassin, Marseille, presque cachée par un coteau long et fuyant, se montre de profil, et sa silhouette, tantôt enfoncée dans la vapeur, tantôt apparaissant entre les ondulations du sol, vient se terminer dans l'azur des mers par la belle tour de Saint-Jean. Au couchant s'étend la Méditerranée, qui pousse dans les terres des lames argentées ; la Méditerranée, avec les îles de Pomègue et de Hatonneau, avec le château d'If, avec ses (lots calmes et agités, éclatants ou sombres, et son horizon immense où l'œil revient et erre sans cesse en décrivant des arcs de cercles éternels. *