MARSEILLE. — RUE IMPÉRIALE
des xme et xive s. et, notamment, une fort belle façade en pointe de diamants.
La nouvelle ville, appuyée à la colline rocheuse qui porte le fort de Notre-Dame de la Garde, s'étendit d'abord en grande partie à gauche de la Cannebière, en descendant vers le vieux port; cette partie est traversée, du nord au sud, par la longue et belle rue d'Aix, le cours Belzunce, la place Saint-Louis, la rue de Rome, le grand chemin de Rome et le Prado, qui forment une seule rue tirée au cordeau, longue de 5 kit., bordée de chaque côté de belles maisons. C'est un échiquier ; toutes les rues sont droites et pourvues de larges trottoirs qui se composent soit de briques posées de champ, soit de larges dalles. Cependant celles qui s'ouvrent dans la direction du nord-ouest sont labourées par le mistral ; mais il parait que ce vent terrible a enfin été accepté par les indigènes comme un bienfait hygiénique, « un balai céleste, suivant l'expression de Méry, qui nettoie l'air et le rend sain. »
Ces situations respectives des deux villes ont été singulièrement modifiées depuis peu. La ville nouvelle a fini par dévorer l'ancienne, qu'elle enveloppait déjà. Le mouvement commercial qui allait forcément s'établir entre les nouveaux ports et la Cannebière, exigeait l'ouverture de nouvelles voies et le nivellement partiel ou total de la vieille ville. Un décret du 15 avril 1861 ordonna le percement de la rue Impériale. La nécessité de conserver les communications avec la partie la plus élevée de la ville, celle où se trouve la gare du chemin de fer (à 48 mèt. de hauteur ; point culminant) et que Ton ne pouvait cependant se décider à raser à cause de son importance et de l'abri contre le vent du nord qu'elle assure au vieux port, rendait l'entreprise difficile. Toutefois, on en est venu à bout. La rue Impériale, qui part de l'extrémité septentrionale du quai Napoléon, aboutit, en ligne directe, à la place de la Joliette, en face de la gare maritime. Son parcours est de 1083 mèt. sur 25 de largeur. Elle est divisée en deux parties inégales par la place Centrale, vaste hexagone où deux autres voies importantes viennent couper la première ; l'une va de l'hôtel de ville à la place de l'Arc-de-Triomphe , l'autre de la cathédrale au cours Belzunce. Ces deux dernières voies, qui ont
16 mèt. de largeur, et vingt autres secondaires, également décrétées (12 mèt.), consommeront la transformation de la vieille ville.
La place Centrale est élevée de 12 mèt. au-dessus du niveau des quais, terme moyen qui a permis le raccord des hauteurs du cours Belzunce et de la rue d'Aix avec les ports, sans avoir recours à des rampes d'un accès pénible. Les travaux de la rue Impériale, habilement dirigés par M. Saige, ingénieur en chef de la Compagnie impériale immobilière, ont coûté 80 millions, en y comprenant la construction des maisons qui la bordent, et ont été terminés en deux années. Les nouvelles constructions sont élevées, pour la majeure partie, par la Compagnie , sur les plans de M. Ponthieu, architecte.
La rue Impériale, parvenue insolente, s'est posée en rivale de la Cannebière, à laquelle nous devons cependant une mention toute particulière; car, si elle n'est pas, ainsi que le prétendent les Marseillais, la plus belle rue de l'univers, elle a été longtemps, et demeure peut-être encore, la plus belle rue de Marseille. Son nom rappelle les plantations de chanvre (en grec cannabis) sur lesquelles elle fut créée. Située au centre de la ville , elle commence à l'ancien port, longe la place Royale, et se continue, sous le nom de rue de Noailles, jusqu'aux allées de Meilhan, sur l'emplacement de la rue de Noailles élargie. Beaux hôtels, magasins élégants, vastes trottoirs, vue du port, tout y attire l'étranger. C«tte magnifique rue, commencée par Puget, n'est pas seulement le point de jonction du vieux et du nouveau Marseille, c'est encore, dit M. Edmond About l, « une porte ouverte sur la Méditerranée et sur le monde entier. » Cependant, son nom semble avoir le privilège de faire rire. Pourquoi? — « Parce que toutes les fois qu'un petit Provençal, frétillant d'ambition, vide d'idées, débarque dans les bureaux d'un petit journal, son article est tout trouvé : la Cannebière ! — Les premiers ont plaisanté, les suivants ont enchéri, le comique a fait place au bouffon, le bouffon au grotesque, et Marseille a reçu de ses enfants cinq ou six couches de ridicule qui ne s'effaceront pas en un jour. »
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