‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 236 sur 360 · MARSEILLE. — MARSEILLAIS · texte numérisé non relu

MARSEILLE. — MARSEILLAIS

fils. Apres au gain, prodigues de leur temps, de leur peine, ils s'arrêtent de temps en temps, comme l'écureuil sur la branche, pour croquer le fruit de leur travail.... Nous travaillons dans l'âge du plaisir, et nous commençons à prendre du bon temps le jour où nous n'en pouvons plus; le Marseillais n'attend pas pour mordre à la pomme que ses dernières dents soient tombées ». »

« Ce serait, dit de son côté un écrivain méridional, une histoire fort curieuse, mais aussi fort longue, que celle de toutes les fortunes colossales qui se sont formées à Marseille.

t Tel a débuté dans le commerce, en achetant des balayures de sucre qu'il revendait à des marchandes de sirop à un sou le verre ; il était arrivé à Marseille avec cinquante écus pour tout avoir; aujourd'hui, il est huit à dix fois millionnaire, et il figure en tête de la liste des notables marseillais.

t Tel autre, sachant à peine lire et écrire, est parvenu d'abord à se faire intéresser pour un vingtième dans la propriété d'une petite goélette ; cinq à six ans après, il faisait construire à ses frais un trois-mâts. C'est aujourd'hui l'un des premiers armateurs de Marseille.

c La classe des négociants et des armateurs n'est pas seule à profiter des avantages que Marseille doit à son commerce : le bien-être s'étend aux travailleurs les plus humbles; les portefaix notamment réalisent des gains parfois considérables. Placés dans les autres villes au dernier degré de l'échelle sociale, ils forment, à Marseille, une classe à part, riche, presque influente, ayant ses privilèges et ses prérogatives. Nul ne peut entrer dans leur corporation s'il n'est présenté par deux membres et s'il ne dépose préalablement, entre les mains du trésorier, une somme de 1000 francs. Chaque négociant entretient à son service une compagnie de portefaix, plus ou moins nombreuse suivant l'importance de ses affaires.... Certains portefaix gagnent 15 à 20 fr. par jour, et ceux qui sont à la tête des compagnies, ou maîtresportefaix, touchent parfois 50, 60 et même 100 francs dans une seule journée. Il est assez rare toutefois que ces hommes laborieux s'enrichissent, la plupart ayant des habitudes de luxe qui

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