‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 261 sur 360 · I3« STATION. - TOULON · texte numérisé non relu

I3« STATION. - TOULON

S kil. de la Seyne. — 67 kil. de Marseille. — 931 kil. de Paris.

Renseignements généraux.

Omnibus : on trouve à la gare des omnibus conduisant à domicile et à tous les hôtels. — Pour les omnibus de banlieue et les diligences ou voitures publiques, V. ci-dessous : Excursions, et les différentes routes qui partent de Toulon.

Voitures de place : dans l'intérieur du rayon de l'octroi : de 6 h. du matin à 10 h. du soir, voitures à quatre places, la course 1 fr.; l'heure, 1 fr. 40 c.; — de 10 h. du soir à 6 h. du matin, la course, 1 fr. 25 c. ; l'heure, 1 fr. 80 c. — A l'extérieur du rayon de l'octroi : du coup de canon du mâtiné celui du soir, l'heure, l fr. 40 c. — Bagages : 1 colis, 20 c; 2 colis, 40 c; 3 colis et au-dessus, 60 c.

Hôtels : hôtel de la Croix-d'Or et de la Croix-de-Malte, place des Trois-Dauphins (ancienne place du Foin); hôtels de l'Amirauté et Victoria, sur le nouveau boulevard Louis-Napoléon.

Restaurants : café de Paris, place du Champ-de-Bataille ; Gibert et Moulard, môme place ; Daumas, id. ; Alphand et Dalaca, etc.

Cafés : cafés de Paris, de la Marine, Militaire, place du champ-de- Bataille ; cafés d'Europe et du Commerce, sur le quai ; etc.

Bains : Germont, rue Neuve, 14.

Poste aux lettres : rue Royale, 46. —Télégraphie privée: place d'Armes, allée de l'ouest.

Banque de France (succursale) : avenue 0 de la "gare.

Bureau de la Place : boulevard Napoléon.— Direction de la douane : boulevard Napoléon. — Sous-intendances militaires: rue Saint-Roch, 7, et nie Royale, 72.

Journaux : Le Toulonnais, journal du Var et de l'Afrique (paraissant le mardi, le jeudi et le samedi); la Sentinelle toulonnaise, politique (le lundi, le mercredi et le vendredi).

Librairies : Antonetti; Monge; Rumèbe; Renoux, Danillon.

Situation. — Aspect général.

Tonlon, V. de 84987 hab., est située sur un terrain légèrement incliné vers la mer, au pied de hautes collines, au bord d'une baie profonde dont l'entrée est fermée par la presqu'île de Sépet'. Cette baie est dominée- au N. par des montagnes élevées qvi l'abritent; à l'E. par la route d'Italie; au S. par le cap Sépet et la péninsule du cap Sicier; à PO. par les montagnes qui forment les gorges d'Ollioules, sur la route de Marseille.

C'est de la batterie de salut, établie sur le monticule qui domine la grosse tour (au S. de la petite rade), que le panorama de Toulon, de ses forts, de ses arsenaux et de sa rade, est le plus complet et le plus beau. Après avoir décrit l'arsenal, Méry dépeint ainsi ce qu'il appelle l'autre face du tableau : c C'est le port, dit-il, c'est la rade avec ses vaisseaux de ligne à l'ancre, avec ses canots sveltes et légers qui volent à douze rames. C'est le spectacle changeant de cette mer qui commence à la grosse tour, et que l'on voit fuir entre la côte et le tombeau de Latouche- Tréville ; mer qui emprunte ses couleurs au ciel et aux nuages : tantôt verte, calme et transparente; tantôt bleue, ayant à chaque flot des paillettes de soleil; puis tourmentée dans le lointain par le vent du nord, roulant des vagues blanches et silencieuses sur un fond sombre, comme une immense rivière qui charrie des glaçons. Pour cadre à tout cela, vingt collines, vingt Pausilippes qui descendent à la mer, toutes étagées de sycomores et de pins; Saint-Mandrier, qui jette sur le rivage sa blanche rotonde à colonnades," comme un temple de Sunium ; les ruines jaunâtres du Petit-Gibraltar; le fort Faron, incrusté comme un nid

d'aigle sur le fond d'une montagne ; au bas, la ville avec sa ceinture de remparts à facettes; puis les vignobles en amphithéâtre, comme à la Côte-d'Or; enfin le fort Lamalgue, étoilé par Vauban, avec ses angles opposés aux angles.... Cette contemplation fatigue les yeux. Il y a là trop de choses pour un faible regard d'homme.... Ce n'est pas Naples, ce n'est pas Constantinople : c'est une ville de France sous le ciel du Bosphore et de' Pœstum. »

« Toulon est, pour ainsi dire, une colonie composée, en grande partie, d'officiers de mer et de terre en activité ou en retraite, de chefs et d'employés d'administration, de quelques fonctionnaires civils, etc. \ »

Histoire.

A quelle époque remonte la fondation de Toulon? on ne saurait le préciser. D'après M. de La Londe, savant bibliothécaire de cette ville, les Phéniciens y seraient venus fonder, dès le x' ou le ixe s. avant notre ère, une teinturerie de pourpre. Les Rhodiens les en chassèrent, mais ne tardèrent pas à céder la place aux Phocéens. Plus tard, conquis par les Romains, Teio prit comme Narbonne, où l'on teignait également en pourpre, le surnom de Martius, qui chez les Romains représentait la couleur rouge. Toulon devait alors toute son importance à cette industrie ; son port n'était pas connu.

Tour à tour au pouvoir des Goths, des Burgundes et des Francs, Toulon fut ravagé par les Sarrasins, qui renversèrent ses fortifications, relevées en 1055, et par les pirates au xii* s. Au moyen âge, il eut des seigneurs particuliers. Allié, en 1229, aux républiques de Marseille et d'Arles, il se soumit comme elles à Charles d'Anjou (1259); mais il conserva certaines franchises auxquelles Robert, comte de Provence, ajouta, en 1314, le droit d'élire un conseil composé de 12 membres (4 nobles, U bourgeois et 4 artisans), pour l'administration de la cité que la reine Jeanne érigea définitivement en commune.

Déjà saint Louis, avant de s'embarquer pour la première croisade avait visité cette ville; reconnaissant l'importance militaire de la rade, il fit ajouter à ses fortifications plusieurs tours dont la principale était appelée lou castéou de la mar, le château de la mer; mais Toulon ne commença à devenir une place maritime et militaire qu'après la construction de la grosse Tour, commencée par Louis XII et achevée par

1 . Toulon : Nouveau Guide du voyageur dam la ville et dans l'arsenal, par H. Lesueur. Paris, Hachette et Cie; Toulon, Rumèbe.

François 1*', Cette tour était alors regardée comme très-grande et trèsforte citadelle. Boulevard de la ville du côté de la mer, elle tomba cependant au pouvoir de Charles-Quint en 1524 et en 1536. Henri IV recula les remparts, qui furent flanqués de bastions et de courtines, fît bâtir les forts Sainte-Catherine et Saint-Antoine, et fonda un arsenal naval, en jetant les assises des deux grands môles qui flanquent le port. Richelieu et Louis XIV achevèrent l'œuvre du Béarnais; Louis XIV, • surtout, qui voulait faire de Toulon, comme de Brest, un port militaire de premier ordre. En peu de temps, sous la direction de Vauban , un second port (la nouvelle Darse) fut creusé; une nouvelle enceinte, deux nouveaux forts, ceux de l'Aiguillette et de Saint-Louis, et de nombreuses batteries placées sur tous les points exposés à une descente furent en outre construits. Aussi, en 1707, assiégé par terre et par mer, Toulon résista-t-il aux forces réunies de l'Angleterre, de la Hollande, du duc de Savoie et du prince Eugène, et il ne fallut rien moins que la trahison, en 1793, pour que les Anglo-Espagnols s'en rendissent maîtres.

Après deux mois d'un siège inutile par l'armée républicaine, un jeune chef de bataillon, Bonaparte, vint prendre, le 12 novembre, le commandement de l'artillerie. Il l'organise en peu de temps; mais, sentant que la prise de Toulon doit résulter de l'expulsion des flottes ennemies de la rade, et qu'il faut pour cela s'emparer des forts Malgrave, l'Aiguillette, Ballaguier et Malbousquet, il couvre les hauteurs voisines de batteries qui foudroient le fort Malgrave et les ouvrages qui le protègent, et font taire les 36 bouches à feu de l'ennemi. Pour diviser les forces des alliés, et dans la prévision de l'attaque de la redoute Malbousquet après celle de Malgrave, Bonaparte place la batterie de la Convention, de 8 pièces de 24, sur la hauteur des Arènes, une batterie «le 4 pièces de 18 sur celle de la Goubran, et une de mortiers sur les Gaus, toutes trois contre le Malbousquet.

Cependant, le 29, le général anglais O'Hara sort avec 6 à 7000 hommes, attaque la batterie de la Convention, la prend et en fait enclouer les pièces. Bonaparte se glisse avec des grenadiers dans un boyau de communication. O'Hara, qui s'était avancé seul, est blessé et rend son épée à son ennemi vainqueur.

Dans la nuit du 17 au 18 décembre, par un orage épouvantable, les Français attaquent la redoute Malgrave (appelée par les républicains 1" petit Gibraltar, — aujourd'hui fort du Caire). Après deux assauts inutiles, Bonaparte s'élance, à la tête de la réserve, et la position est enfin enlevée.

« Dès que le fort de l'Aiguillette fut occupé, dit M. Thiers, les républicains se hâtèrent de disposer les canons de manière à foudroyer la flotte; mais les Anglais ne leur en donnèrent pas le temps. Ils se décidèrent sur-le-champ à évacuer la place. Avant de se retirer, ils réso-

lurent de brûler l'arsenal, les chantiers et les vaisseaux qu'ils ne pourraient pas prendre. Le 18 et le 19, sans en prévenir l'amiral espagnol, sans avertir môme la population compromise qu'on allait la livrer aux montagnards victorieux, les ordres furent donnes pour l'évacuation. Elle fut si précipitée que 2000 Espagnols, prévenus trop tard, restèrent hors des murs et ne se sauvèrent que par miracle. Enfin on donna l'ordre d'incendier l'Arsenal : vingt vaisseaux ou frégates parurent tout à coup en flammes au milieu de la rade et excitèrent le désespoir chez les malheureux habitants et l'indignation chez les républicains, qui voyaient brûler l'escadre sans pouvoir la sauver. Aussitôt plus de 20000 individus, hommes, femmes, enfants, vieillards, portant tout ce qu'ils avaient de plus précieux, vinrent sur les quais, tendant les mains vers les escadres et implorant un asile pour se soustraire à l'armée victorieuse, C'étaient toutes les familles provençales, qui, à Aix, à Marseille, à Toulon, s'étaient compromises dans le mouvement sectionnaire. Pas une seule chaloupe ne se montrait à la mer pour secourir ces imprudents Français, qui avaient mis leur confiance dans l'étranger et qui lui avaient livré le premier port de leur patrie. Cependant l'amiral Langara, plus humain, ordonna de mettre les chaloupes à la mer et de recevoir sur l'escadre espagnole tous les réfugiés qu elle pourrait contenir. L'amiral Hood n'osa pas résister à cet exemple et aux imprécations qu'on vomissait contre lui ; il ordonna à son tour, mais fort tard, de recevoir les Toulonnais. Ces malheureux se précipitaient avec fureur dans les chaloupes. Dans cette confusion quelques-uns tombaient à la mer, d'autres étaient séparés de leurs familles. On voyait des mères cherchant leurs enfants, des épouses, des filles cherchant leurs maris ou leurs pères, et errant sur les quais aux lueurs de l'incendie. Dans ce moment terrible, des brigands, profitant du désastre pour piller, se jettent sur les malheureux accumulés le long des quais et font feu en criant ; « Voici les républicains! » La terreur alors s'empare de cette multitude ; elle se précipite, se môle, et pressée de fuir, elle abandonne ses dépouilles aux brigands, auteurs de ce stratagème.

« Enfin, les républicains entrèrent et trouvèrent la ville à moitié déserte et une grande partie du matériel de la marine détruit. Heureusement les forçats avaient arrêté l'incendie et empêché qu'il ne se propageât. De 56 vaisseaux ou frégates, il ne restait que 7 vaisseaux et 1 1 frégates.... La prise de Toulon causa une joie extraordinaire. Dès lors, on n'avait plus à craindre que les Anglais, s'appuyant sur Toulon, vinssent apporter dans le Midi le ravage et la révolte. »

Telle fut l'issue de ce siège mémorable ; mais la vengeance de la Convention fut terrible : le sang coula à flots dans le champ de Mars; Toulon cessa d'être le chef-lieu du département; son nom fut changé en celui

de Port de h Montagne. Déjà son évêché, fondé par saint Cyprien en 516, avait été supprimé.

Napoléon J,r rétablit plus tard les fortifications de Toulon, et dota cette ville de deux nouveaux bassins et d'un fort appelé fort Napoléon. Sous Louis-Philippe, on construisit, sur la crête des montagnes qui dominent la ville, la tour de Faron, ainsi que des redoutes reliées par des routes stratégiques à des casernes retranchées. Enfin, en 1852, Napoléon III décréta l'agrandissement de Toulon, au N. de son enceinte, la démolition des anciens remparts, et la construction de nouvelles fortifications.

Toulon est aujourd'hui un chef-lieu d'arrondissement du département du Var, le siège d'un évêché, et le chef-lieu du 5" arrondissement maritime et de la 2* subdivision de la 9* divison militaire. 11 a vu naître le . vice-amiral Truguet, les généraux Laurin et Rose; M. Ortolan, professeur à la Faculté de droit de Paris; le poète Ch. Poney; le publiciste L. Jourdan, etc.

Rues et places.

Les rues de Toulon sont en général étroites, mais assez propres, bien pavées et bordées de trottoirs. Nous nommerons parmi les principales : le boulevard Louis- Napoléon et le cours ou rue Lafayette (V. ci-dessous, Promenades); la rue de la Miséricorde, qui conduit de la place des Trois-Dauphins à la rue des Chaudronniers, Tune des plus fréquentées de la ville. La rue des Chaudronniers aboutit au port; vers son extrémité inférieure, elle croise la rue Bourbon, qui traverse l'ancienne ville de l'O. à TE., parallèlement au port. La rue Royale s'étend de la place Saint- Roch à la place du Théâtre. La rue Sainte-Croix et la rue du Champ-de-Mars aboutissent à la place d'Italie ; etc.

A l'exception de la place du Champ-de-Bataille ou place d'Armes, qui est ombragée de beaux platanes, bordée au N. d'élégants magasins et de cafés, et sur laquelle s'élève la préfecture maritime, toutesles places de Toulon sont petites et irrégulières. Au centre de la place des Trois-Dauphins (ancienne place au Foin), plantée d'arbres, est une charmante fontaine construite en 1780, par l'architecte Toscat. Une vaste coquille reçoit l'eau qui jaillit de la gueule de trois dauphins, œuvre de Massel. — Sur la place Saint-Roch, on remarque également une jolie fontaine, entourée de lauriers roses et surmontée d'un groupe, en marbre, d'enfants

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