TOULON. — ARSENAL MARITIME
de Toulon, Paris, Hachette et O) de ne pas reconnaître le génie de Vauban dans cette remarquable construction. Conception large, simplicité élégante dans l'ensemble, exécution parfaite dans les détails, tout est admirable dans ce chef-d'œuvre d'architecture.... mais l'attention est bientôt distraite par le bruit des machines qui semblent pressées d'en finir et qui, cependant, s'agitent sans cesse.... Après avoir vu la matière première entassée dans une vaste salle, et après avoir assisté à une transformation instantanée et complète, on ne quitte pas l'atelier sans voir s'échapper des dernières machines de gros câbles goudronnés ou de minces ficelles blanches parfaitement confectionnées. »
Après la corderie, on visite d'ordinaire Yatelùr des forges, dont Y atelier de zingage etln petite tôlerie forment des dépendances. On y remarque un énorme marteau-pilon, du poids de 1500 kil., mû par la vapeur, et servant à forger ou à réparer les mèches de cabestans, les pattes des ancres brisées, les barres de gouvernail, etc.
On traverse ensuite le chantier de construction des mâts et le hangar de la mâture, pour se rendre aux deux cales couvertes, dont chacune a 35 mèt. de hauteur sur 22 mèt. de largeur et 82 mèt. de longueur. De nombreux ouvriers y travaillent sans encombrement autour des plus gros vaisseaux-. A côté est une cale découverte, employée habituellement pour la réparation des bâtiments de guerre.
Sur la môme ligne que les cales, mais un peu plus loin, s'élève le magasin général, composé de trois étages, et rebâti au commencement de ce siècle par les forçats, sur l'emplacement des anciens magasins incendiés par les Anglais en 1793. Il n'est entré aucune pièce de bois dans cette construction. Le magasin général sert d'entrepôt aux matières premières de toute espèce qui doivent être employées dans l'arsenal ou embarquées à bord des navires de l'État.
On passe près de la prison Gervais , où sont renfermés les ouvriers du port et les matelots coupables de quelque faute, et près des anciens ateliers de chaudronnerie, avant de traverser sur un petit pont un canal dont les eaux communiquent avec la darse de Gastigneau. Au delà de ce canal, on aperçoit, entassées sur les
quais qui conduisent vers le parc d'artillerie, de nombreuses bouches à feu de tout calibre, simulant des batteries superposées.... Au milieu de la- cour se dresse un trophée militaire de pièces de fonte prises sur les Russes à Sébastopol.
Du parc d'artillerie, on peut monter à la salle d'armes par un très-bel escalier situé à dr. de la cour. Deux cariatides de grandeur colossale, soutenant un fronton que surmonte un aigle gigantesque, ornent la porte d'entrée. Ces cariatides proviennent d'anciens ornements de vaisseaux; l'aigle a été sculpté par Puget. t Rien n'est plus joli ni plus coquettement installé que ce musée d'artillerie, dit M. Teissier. Le jour y est savamment ménagé ; une seule chose est regrettable, c'est le peu d'étendue et d'élévation de la salle. On y manque d'air et d'espace. »
La salle d'armes mesure environ 50 mèt. en longueur sur 11 mèt. de largeur; elle se divise en trois galeries communiquant entre elles par onze arcades de chaque côté. C'est dans la galerie du milieu que sont disposées les armes. Cette salle est décoré de vases, d'arbres, de fruits, de corbeilles et de lustres, dessinés avec des pièces d'armes. On y remarque, en outre : des statues de fiellone, de Forbin, de Jean-Bart, de Suffren, de Tourvillc, et une Renommée par Puget. L'aménagement intérieur de la salle d'armes est dû â M. Charpentier, ancien colonel directeur de l'artillerie de marine.
Après avoir visité, à côté de la salle d'armes, Yatelier de l'armurerie, qui compte 80 étaux, la limer ie et V atelier des modèles, où sont fabriqués des modèles de toutes les armes en usage dans l'artillerie de marine, on traverse dans un bac le canal qui fait communiquer te port militaire avec la darse de Castigneau. On arrive alors sur le quai de la Garniture, occupé par une série de magasins, construits sous Louis XIV, le long des anciennes fortifications. Les premiers de ces magasins renferment les agrès des navires, les vieux cordages et les câbles neufs. Ceux qui suivent, et que l'on désigne sous le nom de magasins particuliers, sont occupés par les gréements parfaitement classés de chacun des vaisseaux désarmés dans le port.
A l'extrémité du quai d* la Garniture, qui forme une ligne brisée, s'ouvre le cfienal donnant entrée de la petite rade dans la
TOULON. — LE . AGNE. . 261
darse neuve et qu'on appelle la Chaîne neuve. On le traverse dans un bac, en remarquant à dr. et à g. les voûtes enfumées sous lesquelles les équipages des navires stationnés dans le port doivent faire cuire leurs aliments. Il est, en effet, défendu d'entretenir du feu à bord des navires renfermés dans l'arsenal, de crainte d'incendie. De la Chaîne neuve, on jouit d'un beau coup d'œil sur la darse neuve, l'arsenal et la rade.
La partie de l'arsenal où l'on aborde forme une lie réunie seulement à la terre ferme par le pont tournant jeté sur le canal de communication entre la darse vieille et la darse neuve. Cette lie renferme les bassins de radoub, le bagne et son hôpital.
Les bassins de radoub sont au nombre de trois. Le plus ancien a été construit en 1774, par l'ingénieur Groignard, à l'aide d'un immense caisson dans lequel furent commencées les fondations. Le second, commencé en 1827, par M. Bernard, ne fut achevé qu'en 1838. Le troisième date de 1839. Ces bassins, fermés chacun par un bateau-vanne, se vident au moyen d'une machine à vapeur installée dans un petit bâtiment voisin. Les deux premiers ont coûté chacun trois millions; le troisième, quoique plus grand, n'a coûté qu'un million 800 000 fr.
Le bagne de Toulon a été établi en 1682, sous l'administration de Colbert. Il se compose d'un vaste bâtiment avec un hôpital, en retour d'équerre sur le quai qui sépare la darse vieille de la darse neuve, et de quatre portons, anciens vaisseaux rasés et désarmés, dont l'un, incendié dans la vieille darse, a été remplacé par le vaisseau le Marengo1 dans la petite rade. Le bagne flottant n° 2 est à l'ancre, à peu de distance du Mourillon; les bagnes nos 3 et k sont amarrés près de la darse de Castigneau.
Depuis la nouvelle loi sur la déportation, promulguée en 1852, le bagne de Toulon, le seul qui ait été conservé en France, sert uniquement de dépôt pour les condamnés qui doivent être déportés à Cayenne. Sa population moyenne est d'environ 3000 individus. « Le bâtiment du bagne, dit M. Octave Teissier, est trèsvaste, mais il n'a rien de monumental. Il n'a pas non plus l'aspect d'une prison. De grandes salles, parfaitement aérées et bien tenues, sont affectées au logement des forçats. Leur ameublement est très-simple ; il se compose d'un immense et solide lit de camp,
rien de plus. A la tête du lit sont roulées, pendant le jour, les couvertures dont s'enveloppent les condamnés pendant la nuit. Au pied du lit, de forts anneaux en fer reçoivent la barre de métal que Ton introduit dans la chaîne de chaque couple. »
On visite d'ordinaire, au bagne, le bazar, où se vendent divers ouvrages exécutés par les condamnés dans leurs courts moments de loisir, et la salle des éprouvés, affectée au logement des condamnés qui ont mérité par leur bonne conduite quelque adoucissement à la règle sévère du bagne. Une salle spéciale est aussi réservée aux indociles, mais le public n'y pénètre jamais.
Tous les forçits, à l'exception des éprouvés, sont jour et nuit enchaînés deux à deux. Ils sont employés aux travaux de l'arsenal et de ses annexes, mais ils reçoivent un salaire qui varie de 5 à 25 c. par jour, et sur lequel est faite une retenue servant à composer une masse pour le moment de la libération. Les indociles seuls, n'étant pas admis à travailler, restent tout le jour enfermés dans leur salle.
Le plus grand ordre et la plus grande propreté régnent partout dans le bagne. Les forçats ^sont surveillés sans cesse par des gardes-chiourme, dont les armes sont" toujours chargées et qui ont l'ordre de faire feu à la moindre tentative de révolte.
Vhôpital du bagne, bâti sur pilotis, se compose d'un grand corps de logis, dont le rez-de-chaussée sert de caserne aux gardes-chiourme, et de deux pavillons. Sur le quai où il est construit se trouvent aussi les cellules du bagne, où sont enfermés les condamnés qui ont encouru cette peine disciplinaire.
Après avoir visité le bagne, on rentre dans l'arsenal parle pont tournant jeté sur le petit canal de la darse vieille et de la darse neuve, près de V atelier des embarcations, et l'on revient vers la . tour de l'Horloge, ainsi nommée d'une horloge à compensation, dont les cadrans indiquent l'heure dans toutes les parties de l'arsenal. Sur la terrasse supérieure était autrefois un télégraphe, qui répétait les signaux transmis par le sémaphore du cap Sépet. Le pavillon de l'Horloge renferme, au rez-de-chaussée, les bureaux de la direction et du mouvement du port. Ceux de la direction des constructions navales sont installés dans un bâtiment voisin, près duquel se trouve le musée maritime ou salle des modèles,