COL. NEM
Après Auguste, Agrippa, son gendre, vint à Nîmes l'an 735 de Rome; il y lit construire des bains publics, l'édifice connu sous le nom de temple de Diane, et, dit-on, l'aqueduc qui amenait à Nîmes les eaux des fontaines d'Eure et d'Airan (pont du Gard). Adrien, à son retour de la Grande-Bretagne, s'arrêta aussi à Nîmes et y fit élever deux monuments en l'honneur de Plotine, sa bienfaitrice.
Ainsi, en peu de temps, la cité pallo-romaine s'était placée au rang des plus belles villes de l'empire; elle avait ses temples, son capitole, son forum, son amphithéâtre, son champ de Mars, ses thermes, un magnifique aqueduc. Ses remparts, bâtis par Auguste, se développaient sur un circuit de 6000 raèt. environ, et renfermaient, comme Rome, sept collines, savoir : le Puech-Jasiauy montagne des Juifs; le Puech-Ferrié;
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le Puech-Créma; la Lampe xe (podium lampadis, le coteau du phare); la Tour-Magne; Çanteduc et Montauri ou du Peyrel. Hauts de 9 mèt. environ sur près de 3 mèt. de largeur, ils étaient flanqués de quatrevingt-dix tours rondes, carrées ou octogones, dont la plus importante était la Tour Magne, et percés de dix portes.
« Bien qu'inférieure à Narbonne, pour le commerce et pour le nombre d'étrangers que ce commerce attire, Nîmes, dit Strabon, surpasse cette dernière ville par une nombreuse population de citoyens ; car elle possède vingt-quatre bourgs, tous bien peuplés et habités par la même nation. Ils lui payent des contributions, et ils jouissent d'ailleurs du droit des villes latines. »
Vers l'an 35C, saint Baudile d'Orléans prêcha à Nîmes le christianisme et y subit le martyre. Cette ville, arrivée au plus haut degré de prospérité, portait le nom de seconde Rome, quand les Vandales , en 407 , vinrent la ravager. Plus tard, en 472, elle tomba au pouvoir des Visigoths, qui s'y fortifièrent, en faisant construire dans les Arènes un château fort, et, près du palais de justice, une tour dont il reste encore des vestiges. Conquise par les Francs sur les Visigoths, elle retomba sous la domination de ces derniers en 611. Aux Visigoths succédèrent les Sarrasins. Charles Martel la délivra en 737 ; mais, sous prétexte de leur enlever une place importante, il brûla les portes de la ville et mit le feu aux Arènes.
« Après une seconde invasion des Sarrasins, qui furent repoussés pour jamais par une réaction religieuse à laquelle plusieurs villes du Midi prirent part, Nîmes, dit M. Frossard, s'érigea en république. Pépin le Bref, qui en avait été nommé protecteur, transforma bientôt son protectorat en une véritable prise de possession féodale. >» Cependant, en 1185, Nîmes passa aux comtes de Toulouse, qui prirent également le titre de comtes de Nîmes. Sous le règne de ces princes, la cité d'Auguste sembla sortir enfin de ses ruines. C'était alors une ville ouverte; il ne restait plus' de ses remparts romains que des vestiges. D'autres remparts s'élevèrent, également flanqués de tours et percés de plusieurs portes; mais ils formaient à peine le tiers de la circonférence des anciens. Cette nouvelle enceinte n'a été détruite qu'à la fin du siècle dernier, pour faire place à des boulevards.
Nîmes prit part à la croisade contre les Albigeois, en 1207. Vingt ans après, elle se soumit à Louis VIII et reçut garnison royale dans le château des Arènes. Assiégée et prise par le duc de Bourgogne sous Louis XI , elle fut reprise, en 1420, par le Dauphin (depuis Charles VII), et visitée plus tard par François 1er, qui, après y avoir fondé une université et un collège des arts, donna pour armoiries à la ville le type de la médaille frappée par la colonie en l'honneur d'Auguste. Nîmes eut beaucoup à souffrir des luttes religieuses qui agitèrent le xvr et le XVH* s. La nouvelle religion, prêchée par Pierre Haveau (1533), y fit des progrès ra-
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pides. En 1558, les trois quarts des habitants étaient protestants. Lorsque l'avènement de Henri IV eut assoupi les passions religieuses, la population réformée se livra avec ardeur à ses goûts d'industrie, et fit rapidement de cette ville un centre manufacturier très-important. Mais, dès le règne de Louis XIII, les haines se rallumèrent. Louis XIV essaya de rétablir l'ordre dans la ville en y faisant élever une citadelle qui est encore debout. La révocation de l'édit de Nantes enleva à Nîmes ses citoyens les plus riches et les plus laborieux; un grand nombre de protestants s'expatrièrent ou coururent se joindre aux Camisards qui avaient levé, dans les Cévennes, l'étendard de la révolte. Plus tard, lorsque Jean Cavalier, chef des camisards, eut fait sa soumission entre les mains du maréchal de Villars, il se rendit à Nîmes pour traiter; l'entrevue eut lieu dans le jardin des Récollets.
Ainsi pacifiée, Nîmes se livra à l'industrie et au commerce. Avant 1789, le nombre des métiers d'étoffes de soie s'y élevait à plus de 3500. Après avoir traversé, sans que sa prospérité en souffrît, les orages de la Révolution, Nîmes, plus encore qu'Avignon et Marseille, prit une part active aux événements de 1815. Au mois de juillet, des bandes royalistes, sous les ordres du comte René de Bérnis, cernèrent la ville ; le général Gilly leur opposa d'abord quelque résistance; mais, ayant appris ensuite que Louis XVIII était entré à Paris, il consentit à une capitulation, qui fut signée le 15 juillet. Il avait promis de quitter Nîmes le jour suivant; en effet, le lendemain, les soldats sortirent de leurs casernes, désarmés, et furent impitoyablement massacrés. Après eux, ce fut le tour des bonapartistes. Pendant deux jours, on eût dit une ville prise d'assaut par une armée de bandits. Ces bandits avaient pour chefs les nommés Servan, Truphémy et Jacques Dupont dit Trestaillons; pour mot d'ordre : les Bourbons ou la mort! Protégés secrètement par les autorités, ils avaient organisé le pillage et l'assassinat. Sous prétexte de courir sus aux bonapartistes, c'étaient chaque jour des villages rançonnés, des champ> ravagés ou des habitations livrées aux flammes. Ardents catholiques, ils en voulaient surtout aux protestants, et les campagnes retentissaient de leurs refrains : Nous laverons nos mains dans le sang des protestants. « Le 15 août, jour de l'Assomption de la Vierge, dit M. de Vaulabelle, les femmes de tous ces bandits se répandent dans les rues, arrêtent les femmes calvinistes, femmes mariées ou jeunes filles qui viennent à passer, les saisissent, les renversent, leur découvrent la partie postérieure du corps, aux applaudissements des hommes, spectateurs de ces scènes odieuses, et, s'armant d'un battoir garni de ferrures imitant les fleurs de lis et appelé par elles battoir royal, elles font publiquement subir à leurs victimes un châtiment ignominieux. »
A la veille des élections, Nîmes fut encore ensanglantée; seize protestants furent égorgés et leurs corps portés à la voirie.