NÎMES. — HISTOIRE
Appelé à remplacer M. de Calvières comme préfet du Gard, M. d'Arbaud -Jonques, « aidé du nouveau commandant de la division, osa enfin faire arrêter Trestaillons et quelques-uns des siens, et, à défaut de soutien matériel contre leurs nombreux complices, il invoqua l'appui moral du duc d'Angoulôme, alors en voyage dans le département des Pyrénées. Le duc fit son entrée à Nîmes le 5 novembre. Pendant deux jours, ce prince, cœur honnête, s'efforça de ramener la confiance parmi les protestants; il écouta leurs plaintes, accueillit leurs pasteurs, les fit asseoir à sa table et ordonna la réouverture de leurs temples, fermés depuis plusieurs mois. Les protecteurs de Trestaillons, de leur côté, ne restèrent point inactifs; un assez grand nombre de femmes, parmi les principales de la ville, secondées par les membres les plus élevés du clergé catholique, vinrent solliciter sa liberté. « Il faut laisser agir les lois contre les « assassins et les incendiaires, >» leur répondit le prince. Le 7, il quitta la ville en recommandant au général Lagarde de protéger avec énergie les protestants ainsi que le libre exercice de leur culte. La réouverture de leurs temples, fixée à cinq jours de là, eut lieu, en effet, le 12 novembre. Le prêche était déjà commencé, lorsqu'un lointain tumulte annonce l'approche de bandes catholiques : bientôt les fenêtres , assaillies par une grêle de pierres, volent en éclats, les portes du temple sont enfoncées, et une multitude furieuse, envahissant l'enceinte, saisit et maltraite les ministres , blesse et meurtrit les hommes, foule aux pieds les vieillards et les femmes. Le général Lagarde accourt avec quelques soldats, un homme saisit les rênes de sa monture, taYidis que le nommé Boivin, sergent de la garde nationale, s'approche, un pistolet à la main, ajuste le général et lui décharge son arme en pleine poitrine. Bien que blessé grièvement, le général se maintient pourtant debout et parvient, à l'aide des soldats, à contenir la multitude. Le duc d'Angoulême, alors à Toulouse, se hâte de revenir; il rentre à Nîmes le 17, et, par sa présence, il réussit à mettre enfin un terme à ces scènes abominables »
Après 1830, Nîmes fut un moment troublée par les mômes passions 1 olitiques et religieuses. « Aujourd'hui, dit M. Frossard, elle a accepté tous les progrès des temps modernes; l'énergie de ses habitants, qui se perdait dans de haineuses querelles, s'exerce activement dans le mouvement de l'industrie, de la science et de la vie sociale. »
Nîmes a vu naître Domitius Afer, grand orateur et maître de Quintilien; Jacques Saurin, célèbre prédicateur protestant; Jean Nicot, à qui l'on doit l'importation du tabac en France en 1540; J. F. Séguier, archéologue; le conventionnel Rabaut Saint-Ëtienne; M. Guizot et M. Teste, anciens ministres de Louis-Philippe; M. A Pelet, antiquaire; le poète Reboul et le peintre Reynaud Levieux.