STATION. — LES LAUMES
14 kil. de Montbard. — 257 kil. de Paris. — 255 kil. de Lyon. VOHURES DE CORRESPONDANCE pOUT SaulteU I — (42 kil. 4 ÎT. et
3 fp. 50 c), par Vitteaux (19 kil. 1 fr. 50 c).
Les Laumes (les Larmes) se composent de quelques maisons bâties dans la fertile plaine de ce nom, entre la Brenne et l'Oze, à peu de distance de la jonction de ces deux cours d'eau et de l'Ozerain. Ce hameau, tout à fait insignifiant en lui-même, dé-
Vallée des Laumes.
pend de la commune de Venarey (743 hab.), située sur la rive g. de la Brenne, au pied de la montagne. C'est aux Laumes que les touristes doivent quitter le chemin de fer s'ils veulent visiter Alise-Sainte-Reine , le Mont-Auxois, Flavigny et le chàieau de Bussy-Rabutin.
Alise-Sainte-Reine. — Le mont-Auxois. — Alésia.
Alise-Sainte-Reine est un v. de 734 hab. fc. de Flavigny, arrond. de Semur, Côte-d'Or), situé à 30 min. de la station des Laumes, sur les pentes méridionales et occidentales d'une mon-
tagne isolée de trois côtés, au N. par POze, au S. par POzerain, à l'O. par la Brenne, et du quatrième se rattachant par une dépression assez profonde à la ramification dont elle forme l'extrémité et qui part de la chaîne centrale, près de Lachaleur, pour courir, dans la direction du N. 0., sur une longueur de 30 kil. entre les vallées de la Brenne et de POze au N. et celle de POzerain au S. Le Mont-Auxois, tel est le nom de cette montagne, domine donc trois vallées dont il couvre et défend le passage, à PO., la vallée de la Brenne, au S., la vallée de POzerain, au N., la vallée de POze; or, ces trois vallées facilitent le passage du bassin de la Seine dans celui du Rhône. A toutes les époques, il a dû être considéré comme un point stratégique important. Il était du reste facile à fortifier. La nature lui a donné une ceinture de rochers ; sa longueur est de 2000 mèt., la superficie de son plateau, de 100 hect., son contour, de 4800 mèt., sa hauteur, de 418 mèt., sa largeur, de 800 mèt. Il n'est dominé d'aucun côté, puisque les collines environnantes, qui ont la même hauteur, en sont éloignées d'au moins 1200 mèt. En outre, une source abondante jaillit à Pextrémité orientale du plateau supérieur.
Alise-Sainte-Reine doit son premier nom à la ville gauloise d'Alésia , ce dernier boulevard de la nationalité gauloise, dont il occupait une partie de l'emplacement, si Pon doit en croire la tradition locale et l'immense majorité des historiens ; son second nom à une vierge qui y aurait souffert le martyre, l'an 252 de notre ère, pour avoir refusé de violer en faveur d'Olibrius, gouverneur des Gaules qui en était devenu éperdument amoureux, le vœu qu'elle avait fait de conserver sa virginité à Jésus-Christ.
Selon quelques historiens, cette vierge de la Bourgogne, dans son martyre et dans sa mort, a toujours représenté la Gaule, vaincue par César au pied du Mont-Auxois, et le pèlerinage institué en son honneur n'était qu'une prolongation du concours des peuples gaulois qui se rassemblaient sur les lieux mêmes de leur défaite, pour pleurer leur liberté perdue! M. l'abbé Tridon, auteur du Manuel du pèlerin de Soi n te- Reine-d1 Alise, a protesté avec indignation contre cette opinion qu'il a qualifiée de sou- (trenue; mais il n'a pas expliqué pourquoi les pèlerins qui
ALISE-SAINTE-REINE
viennent, depuis tant de siècles, adresser à sainte Reine de ferventes prières, se rendent à Alise-Sainte-Reine au lieu d'aller à Flavigny, où sont maintenant les reliques de la sainte. Tout ce qu'il sait, dit-il, c'est que leur nombre s'élevait, vers 1575, au chiffre de 60 à 70 000 par an. Au siècle suivant, ce chiffre avait probablement diminué ; car les Cordeliers, qui avaient un couvent à Sainte-Reine, donnèrent, en 1688, un éclat inaccoutumé à la procession qui se faisait le jour de la féte de sainte Reine, c'est-à-dire le 7 septembre, et qui, jusqu'en 1671, s'était faite de Flavigny à Alise. Limitée à Alise en 1672, rétablie de Flavigny à Alise vers la fin du xvne s., défendue en 1704 par l'évêque d'Autun, à cause des abus qui s'y commettaient , supprimée à la Révolution, reprise après la restauration du culte, interdite en 1827, par l'évôque de Dijon, cette procession, moitié païenne, moitié chrétienne, a été re'prise en 1838. Elle a lieu régulièrement le 7 septembre. 5000 à 6000 personnes y assistent. Elle est maintenant ainsi composée :
24 soldats romains, 10 licteurs, 4 sénateurs, 4 porte-enseignes, 12 musiciens, Olibrius, le père de sainte Reine et un noble romain, 2 bourreaux, le père nourricier et la mère nourricière conduisant sainte Reine enfant, sainte Reine méditante, sainte Reine martyre, 48 jeunes filles vêtues de blanc et portant des châsses magnifiques, qui renferment entre autres reliques un os du bras droit de sainte Reine, le clergé de la paroisse et celui de l'hôpital, sainte Reine triomphante, les prêtres des villages voisins, les Dominicains de Flavigny, les fidèles, etc.
La procession part de l'hôpital, monte à l'église paroissiale de Saint-Léger, puis redescend aux trois ormeaux plantés près de trois croix, au pied du Mont-Auxois, — car c'est là que, d'après certains chroniqueurs, sainte Reine, trahie par un lépreux, aurait été livrée à Olibrius, ou que, selon d'autres, elle aurait souffert le martyre , — et des trois ormeaux elle remonte à l'hôpital.
V hôpital de Sainte-Reine, bâti à mi-côte, à gauche de la rue principale du village, a été fondé au milieu du xvir* s., à l'instigation de saint Vincent de Paul, par deux bourgeois de Paris, Jean Desnoyers et Pierre Blondel, doté depuis par un grand nombre de seigneurs, et desservi par des sœurs de Saint-Vincent
de Paul. Il a été et il est encore fort utile aux pèlerins, aux soldats et aux pauvres du voisinage. La chapelle, ornée sans goût d'objets qui n'ont aucune valeur au point de vue de l'art, contient une collection de tableaux plus que médiocres, datés du xvn« s., et représentant les principaux épisodes de la vie de sainte Reine. A dr., à l'angle de la croisée, on remarque le cœur de Blondel, un des fondateurs de l'hôpital. Cette chapelle contient en outre les nombreuses reliques qui sont exposées le jour de la procession à la vénération des fidèles. Parmi ces reliques, nous mentionnerons seulement l'os du bras droit de sainte Reine, renfermé dans un ancien reliquaire ou bras d'argent doré, qui est richement décoré et fort ancien, a Cette relique provient du trésor d'Osnabruck auquel Charlemagne l'avait donnée, et elle fut accordée à Mgr le prince de Longueville, plénipotentiaire de Sa Majesté pour la paix" générale qui se traita à Munster l'an 1647, par le seigneur évêque et le chapitre d'Osnabruck. Son Altesse la céda ensuite au couvent de Sainte-Reine en l'an 1648. »
Au-dessous de la terrasse de l'hôpital, à droite, du côté de la vallée de l'Oze, est rétablissement des bains qui contient environ kO chambres pour les malades, car Alise-Sainte-Reine possède tout à la fois une fontaine miraculeuse et des eaux minérales.
La fontaine miraculeuse se trouve à l'extrémité supérieure de la rue escarpée que l'on gravit en venant des Laumes pour monter à l'hôpital. Le petit bâtiment qui la renferme porte cette inscription : Cest ici la véritable fontaine de sainte Reine. D'après une légende, elle aurait jailli à l'endroit où la tête de sainte Reine tomba sous la hache du bourreau. « L'eau de cette fontaine, dit M. Nodot, pharmacien de Semur, est douce, limpide et légère ; elle ne contient que quelques millièmes de carbonate de chaux; les réactifs n'y indiquent aucun autre corps; le bassin qui la reçoit n'est jamais sali par des dépôts boueux; on ne peut donc appeler cette eau minérale, puisqu'elle ne tient pas en dissolution des substances capables de lui donner des propriétés médicinales. » Si cette eau guérit des malades, c'est qu'elle a, comme le croient encore certaines personnes, des propriétés miraculeuses. Elle a joui longtemps d'une grande réputation. — Des Cordeliers, établis en I6kk près de cette fon-
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tainc qu'ils exploitèrent jusqu'à la Révolution, devaient, dit Courtépée, en distribuer l'eau gratis&ux habitants une fois par jour.
La fontaine de Sainte-Reine ne doit donc pas être confondue avec les sources qui alimentent l'hospice, et notamment avec celle qui fournit l'eau de rétablissement des bains. Cette dernière, en effet, employée en bains ou en lotions, a une influence marquée sur le système dermoïde, en donnant de la souplesse à la peau et en facilitant la transpiration cutanée. Elle sourd sur la partie nord du Mont-Auxois et se rend, par des aqueducs, au jardin de l'hôpital; on la nomme fontaine des dartreux, parce
Alise-Sainte-Reine.
que les pauvres allaient autrefois s'y laver. Elle a été concédée à l'hospice de Sainte-Reine par lettres patentes de Louis XIV (mars 1686). M. Nodot attribue sa saveur et ses propriétés médicales à la présence du carbonate d'ammoniaque. « Cette eau, ajoute-t-il, contient une petite quantité de carbonate de chaux, de fer et de magnésie. »
Alise -Sainte-Reine se divise en deux parties bien distinctes : la première , celle qui contient l'hospice , l'établissement de bains, la fontaine de Sainte-Reine et la chapelle des Cordeliers, ou Sainte-Reine proprement dite, ne date que de 1488. Elle fut fondée par un prêtre de Grignon nommé Clerget. L'autre partie, ou Alise , est à l'est de la première ; c'est là que se trouve
l'église paroissiale de Saint-Léger; c'est là qu'au vir* siècle, selon Courtépée, existait déjà une petite abbaye où reposait le corps de sainte Reine; c'est là, et sur le sommet voisin du Mont- Auxois, que s'éleva jadis cette Âlésia où Vercingétorix essaya vainement de sauver la Gaule vaincue par Jules César.
Qui ne connaît ce duel héroïque? qui n'en a lu tous les incidents dans les Commentaires de César ou dans les histoires modernes de la Gaule? Mais qui n'aimerait à relire, sur les lieux témoins de ces grands événements, quelques passages de l'émouvant récit que nous en a laissé le vainqueur?
Quand César se vit forcé, par Vercingétorix, de lever le siège de Gergovie, il gagna rapidement le pays sénonais pour rejoindre Labiénus et réunir leurs forces disséminées. Leur jonction s'opéra sur l'Yonne. Alors Vercingétorix se mit à leur poursuite. Il les atteignit dans la vallée de la Brenne, entre Montbard et les Laumes, leur livra bataille, fut repoussé avec perte et se retira sur Alésia, la grande ville des Mandubiens, où César le rejoignit le lendemain (Commentaires , livre VII, § lxviii et suivants).
Cette place était située au sommet d'une montagne, dans une position si élevée qu'elle semblait ne pouvoir être prise que par un siège en règle. Au pied de cette montagne coulaient deux rivières de deux côtés différents. Devant la ville s'étendait une plaine d'environ 3000 pas de longueur (4444 mèt.); sur tous les autres points, des collines l'entouraient, peu distantes entre elles et d'une égale hauteur. Sous les murailles, le côté qui regardait le soleil levant était garni , dans toute son étendue, de troupes gauloises, ayant devant elles un fossé et une muraille sèche de 6 pieds de haut; la ligne de circonvallation, formée parles Romains, occupait un circuit de 11000 pas (16291 mèt.). Notre camp était assis dans une position avantageuse, et l'on y éleva 23 forts, dans lesquels des postes étaient placés pendant le jour pour prévenir toute attaque subite.
Un premier combat de cavalerie a lieu ; les Gaulois sont encore une fois battus. Alors Vercingétorix ne voit plus d'espérance que dans un effort immense, universel, qui arrachera la Gaule à ses fondements pour la précipiter sur l'envahisseur : « Partez, dit-il aux chefs de sa cavalerie, tandis que les passages ne sont pas encore fermés ; retournez chacun dans votre nation : levez tout ce qui peut tenir une arme, et revenez nous délivrer, vos
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frères et moi. J'ai des vivres pour trente jours ; pour un peu plus, avec une épargne rigoureuse. Nous vous attendrons. » La cavalerie passa, de nuit, entre les lignes romaines. Vercingétorix fit rentrer dans la ville toutes les troupes qui campaient sous ses murs.
Instruit de ces dispositions par les transfuges et les prisonniers, César arrêta son plan de fortification comme il suit. Il fit creuser un fossé large de 20 pieds, dont les côtés étaient à pic et la profondeur égale à la largeur. Tout le reste du retranchement fut établi à 400 pieds en arrière de ce fossé; il voulait par là (car on avait été obligé d'embrasser un si grand espace, que nos soldats n'auraient pu aisément en garnir tous les points) prévenir les attaques subites ou les irruptions nocturnes, et garantir durant le jour nos travailleurs des traits de l'ennemi. Dans cet espace, César tira deux fossés de 15 pieds de large et d'autant de profondeur ; celui qui était intérieur, et creusé dans un terrain bas et inculte, fut rempli d'eau tirée de la rivière. Derrière ces fossés il éleva une terrasse et un rempart de 12 pieds; il y ajouta un parapet et des créneaux, et fit élever de grosses pièces de bois fourchues à la jonction du parapet et du rempart, pour en rendre l'abord plus difficile aux ennemis. Tout l'ouvrage fut flanqué de tours, placées à 80 pieds l'une de l'autre.... En outre, on coupa des troncs d'arbres et de fortes branches, on les dépouilla de leurécorce, et on les aiguisa parle sommet; puis, on ouvrit une tranchée de 5 pieds de profondeur, où l'on enfonça ces pieux, qui, liés par le pied, de manière à ne pouvoir être arrachés, ne montraient que leur partie supérieure. Il y en avait cinq rangs, joints entre eux et entrelacés; quiconque s'y était engagé s'embarrassait dans leurs pointes aiguës : nos soldats les appelaient des ceps : au devant étaient disposés obliquement en quinconce des puits de 3 pieds de profondeur, lesquels se rétrécissaient peu à peu jusqu'en bas. On y fit entrer des pieux ronds de la grosseur de la cuisse, durcis au feu et aiguisés à l'extrémité, qui ne sortaient de terre que de 4 doigts : et pour affermir et pour consolider l'ouvrage, on foula fortement la terre avec les pieds : le reste était recouvert de ronces et de broussailles, afin de cacher les pièges. On avait formé 8 rangs de cette espèce, à 3 pieds de distance l'un de l'autre : on les nommait des lis, à cause de leur ressemblance avec cette fleur. En avant du tout étaient des chausses-trapes de 1 pied de long et armées de pointes de fer, qu'on avait fichées en terre; on en avait mis partout, à de faibles distances les unes des autres; on les appelait des aiguillons.
Ce travail fini, César fit tirer dans le terrain le plus uni que put offrir la nature des lieux-, et dans un circuit de 14 000 pas (20 734 mèt.), une circonvallation du même genre, mais du côté opposé, contre l'ennemi du dehors.
Cependant, au cri de détresse poussé par Vercingétorix, la Gaule entière avait répondu. 240 000 fantassins et 8000 cavaliers arrivèrent au secours d'Alésia, dont la garnison était déjà décimée par la famine. Une lutte suprême s'engage. La place nous manque pour la raconter ici avec détail. César, attaqué dans ses retranchements par Vercingétorix et par l'armée de secours, semble un moment perdu ; mais enfin la victoire se décide en sa faveur. Les défenseurs d'Alésia sont rejetés dans leurs forteresses; les Gaulois, qui avaient attaqué le camp romain pour délivrer la ville assiégée, tournés par la cavalerie romaine, prennent la fuite et sont massacrés. Un de leurs chefs, Sédule, est tué; un autre, Vergasilaune, tombe vivant entre les mains des vainqueurs. Soixante-quatorze enseignes militaires sont apportées à César. Le combat n'est plus qu'une boucherie. A l'aspect des fuyards échappés au carnage, la masse de l'armée, déployée au loin sur les hauteurs, se débande dans toutes les directions et se dissout pour ne plus se réunir. « Toute cette grande armée, dit Plutarque, s'évanouit comme un rêve. »
Les défenseurs d'Alésia, délaissés sans retour, rentrèrent, aux approches de la nuit, dans l'antique cité qui avait été le berceau de la Gaule, et qui allait en être le tombeau. Qui pourrait dire, ajoute M. Henri Martin, les douleurs de cette horrible nuit, pour toute cette foule infortunée? Qui pourrait dire surtout ce qui se passa au fond du cœur de l'homme qui était devenu en quelque sorte la Gaule incarnée, et qui sentait défaillir en lui l'âme de toute une race humaine ? Le héros, le patriote, n'avait plus rien à faire ici-bas :la patrie était perdue. L'homme pouvait encore quelque chose pour ses frères. Il pouvait peut-être les sauver de la mort et de la servitude personnelle. Cette pensée fut la dernière consolation de cette grande âme. Le lendemain, Vercingétorix convoqua ses compagnons, et s'offrit à eux pour qu'ils satisfissent aux Romains par sa mort, ou qu'ils le livrassent vivant. Il poussait le dévouement jusqu'à renoncer à mourir. On envoya savoir les volontés de César. Le proconsul ordonna qu'on livrât les chefs et les armes, et vint siéger sur un tribunal élevé entre les retranchements.
« Tout à coup, un cavalier de haute taille, couvert d'armes
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splendides, monté sur un cheval magnifiquement caparaçonné, arrive, au galop, droit au siège de César. Vercingétorix s'était paré comme la victime pour le sacrifice. Sa brusque apparition, son imposant aspect , excitent un mouvement de surprise et près- • que d'effroi. Il fait tourner en cercle son cheval autour du tribunal de César, saute à terre, jette ses armes aux pieds du vainqueur , et se tait.
t Devant la majesté d'une telle infortune, les durs soldats de Rome se sentaient émus : César se montra au-dessous de sa prospérité. Il fut implacable envers l'homme qui lui avait fait perdre, en un jour, !e nom d'invincible. Il éclata en reproches sur son amitié trahie, sur ses bienfaits méprisés, et livra le héros de la Gaule aux liens des licteurs. Vercingétorix, réservé aux pompes outrageantes des triomphes, dut attendre six années entières que la hache du bourreau vint enfin affranchir son âme et l'envoyer rejoindre ses frères dans le cercle céleste. »
Alésia fut-elle détruite par Jules César? On l'ignore. César n'en parle pas ! Florus Ta dit deux siècles après; mais ne s'est-il point trompé? ÏN'a-t-il pas confondu Gergovie et Alise? Ce qui n'est, pas contestable, c'est qu'elle eut une grande importance sous les empereurs. Plusieurs voies romaines, dont les traces sont encore visibles, y conduisaient. Sainte Reine y souffrit le martyre, comme nous l'avons dit, dans la seconde moitié du ni°s. Saint Germain d'Auxerre , dans son voyage d'Arles, en 431, passa par Alise et logea chez un prêtre, son ami, nommé Sénator. A la chute de l'empire d'Occident, elle était encore le cheflieu d'un canton considérable, Pagus Alesiensis (d'où s'est formé le nom d'Aulsois, depuis Auxois), qui avait le titre de comté, et qui s'étendait de Saulieu à Daesme, et d'A vallon à Chanceaux. Les barbares la détruisirent. Aussi le moine Héric, qui, au xie s., a fait un poëme sur la vie de saint Germain d'Auxerre, assure qu'Alise, dont il tire le nom ab alendo:
Quod alat praepingui pane colonos,
était alors dans un état de décadence et de ruine :
Tu quoque Caesareis fatalis Alesia castris.... Nunc restant veteris tantum vestigia castri.
Nous avons déjà dit que la partie supérieure du village d'Alise- Sainte-Reine a dû probablement son origine aux derniers restes de la forteresse gauloise et de la ville romaine. Aujourd'hui on n'aperçoit sur le Mont-Auxois aucun vestige d'antiquité apparente. On ne distingue plus que quelques restes de la voie ro- . maine qui venait de Sombernon ; mais le sol, entièrement livré à la culture, recèle encore, quoique de nombreuses découvertes y aient déjà été faites, — statues en bronze, chapiteaux et pilastres corinthiens, cercueils en pierre, lions en bronze, fragments de vases ornés de bas-reliefs, statues en pierre et en marbre, etc., — un grand nombre d'objets antiques.
Malgré la tradition constante et les nombreuses raisons qui la confirment, — texte de Jules César, nature et configuration du sol, découvertes d'antiquités, conditions stratégiques, opinions motivées des hommes de guerre, etc., — des doutes se sont élevés depuis longtemps dans l'esprit des savants sur le véritable emplacement d'Alésia. De nos jours cette question a donné lieu à une vive polémique. Aux brochures ont succédé des volumes. Nous ne pouvons, quantà nous, discuter ici ce problème, mais nous croyons devoir adopter la conclusion de M. Goynart : « La cité d'Alésia , que prirent les Romains, pouvait être sur le Mont-Auxois ; la disposition du sol, sa nature, ses accidents, s'accordent de tous points avec le texte des Commentaires» On pourrait refaire aujourd'hui le siège décrit par César. Le terrain sur lequel est situé le village d'Alaise-lez-Salins, ne répond à aucun des détails donnés; les diverses circonstances du siège y sont impossibles
Une statue a été élevée en 1865 à Vercingétorix sur le Mont- Auxois. Le piédestal est de M. Viollet-le-Duc , la statue d'un ehabil statuaire, M. Millet.
« L'antique Égypte, a dit M. Théophile Gautier, eût seule pu
t. Parmi les nombreux ouvrages publiés depuis 1 356, nous citerons : — pour Alaise : YAlesia de César rendue à la Franche Comté, par M. Quicherat, br. in-8 1857. — Conclusion pour Alaise dans la question d'Alesia, par M. Quicherat, br. in-8 (février), 1858- L. Hachette et €'•. — Alesia (septième campagne de Jules César), résumé du débat ; réponse à l'article de la Revue des Deux-Mondes, du !•» mai 1858. Conclusion suivie d'un appendice renfermant des notes inédites, écrites de la main de Napoléon I", sur les Commentaires de Jules César, par Ernest Desjardins. Paris, à la librairie académique Didier et 35, quai des
ALISE-SAINTE-REINE
trouver dans ses carrières de Syène un bloc assez énorme pour y scalpter un héros de cette taille ; la fonte en bronze eût nécessité de grands frais et produit un poids d'un résultat considérable. On a employé un moyen non pas nouveau, mais renouvelé, et qui, nous le croyons, a été rarement pratiqué sur une échelle si forte. Le Vercingétorix a été exécuté par M. Aubert au repoussé, c'est-à-dire en battant au marteau des feuilles de cuivre jusqu'à ce qu'elles soient pliées à la forme voulue.
a La statue, qui pèse environ 5000 kilog., a été envoyée à sa destination toute montée dans une carapace de bois. Ses pieds
Statue de Vercingétorix, a Alise.
portent sur une espèce de cône aplati comme une calotte de lanternon, pour éviter que, vues d'en bas, les jambes ne soient coupées par la ligne horizontale du socle. Ainsi dégagée, la statue apparaît dans toute sa taille hardie et fière, les cheveux au vent, les mains crispées autour de sa framée, énergiquement campée et piétée, avec son air de résolution indomptable, comme le génie de la nationalité résistant à l'invasion. »
Augustins (cet ouvrage contient une intéressante bibliographie) ; et pour Alise, le remarquable travail publié par Mgr le duc d'Aumale, sous ce titre : Alesia ; étude sur la septième campagne de César en Gaule (Rtvue des Deux-Mondes, l*r mai 1858, en i vol. in-8. Michel Lévy, 1859).
Le château de Bussy-Rabutin.
Pour aller des Laumes ou d'Alaise- Sainte-Reine au Château de Bussy-Rabutin, il faut 1 h. à pied. La distance est de 6 kil. environ. Les deux chemins se rejoignent au pont de Presles (30 min.) qui traverse l'Oze. Celui des Laumes longe le chemin de fer sur la dr., celui d'Alise descend du Mont-Auxois. Quand on a traversé l'Oze et le chemin de fer, on remonte une jolie petite vallée arrosée par le Rabutin, et bientôt on atteint Grésigny-sous- Alise (299 hab.),dont l'ancien château fort, entouré d'eau, est devenu une ferme. Au delà la vallée se resserre, les hauteurs qui la dominent atteignent 400 mèt. ; le Rabutin, bordé d'arbres, roule ses belles eaux au milieu de jolies prairies. Bientôt on aperçoit sur la g., presque au sommet de la colline, Bussy~le- Grand (725 hab.), la patrie de Junot, duc d'Abrantès. Ce village s'appela autrefois Bussy-la-Forge, à cause d'une forge qu'il possédait sur son ruisseau, puis Rabutin, du nom de ses seigneurs. On lui a donné le surnom de Grand, parce que des vallons, des prairies, et des champs séparent ses quatre rues principales fort éloignées Tune de l'autre. L'église et les plus belles maisons sont dans la rue de la Montagne; plus loin, se trouvent la rue de Vaux et la rue des Connets, au-dessous est la rue de Pissot ; enfin, presque vis-à-vis de la rue de la Montagne, le vallon qui s'ouvre surladr., et d'où descend un charmant ruisseau, contient la rue du Château, à l'extrémité supérieure de laquelle est le château Bussy-Rabutin, que la carte du dépôt de la guerre appelle château de Savoigny.
Ce château, entouré d'eau et dominé par une colline boisée, n'aurait en lui-même rien d'intéressant, si Bussy-Rabutin ne l'avait habité pendant dix-sept années de son exil, et surtout s'il n'y avait réuni une curieuse collection de peintures. Il forme un parallélogramme. Quatre tours saillantes, marquant les quatre points cardinaux, flanquent ses quatre angles. Seulement celle de l'E. (le donjon; et celle du midi (la chapelle) que représente notre dessin, sont reliées à une lourde façade, que le comte Roger fit reconstruire en 1649, par deux ailes formant galerie aurez-dechaussée, et datant du règne d'Henri II.
Ce château fat probablement fondé au xne s. par Renaudin de Bussy, un des bienfaiteurs de l'abbaye de Fontenay. Après avoir souvent changé de propriétaire, il passa à Léonor de Rabutin, baron d'Épery, député par le bailliage d'Autun aux États de Paris, en 1614, père du comte Roger, le trop fameux cousin de Mme de Sévigné. Dès 1660, Roger de Rabutin, comte de Bussy, avait composé, pour divertir la marquise de Monglat, sa mattresse, une chronique satirique des aventures galantes de la