DIJON. — SAINT-BÉNIGNE
M. l'abbé Bougaud, membre de la Commission des Antiquités de la Côte-d'Or et surveillant des travaux, on put déblayer ce tombeau avec toutes les précautions que son souvenir recommandait. On vit d'abord les fûts brisés des colonnes qui supportaient le Ciborium, puis l'enceinte murée qui entourait le tombeau luimôme, dont il ne restait plus que trois fragments. Autant qu'on en pouvait juger, le sarcophage mentionné par Grégoire de Tours, conservé par saint Grégoire de Langres, et splendidement couvert d'une rotonde par l'abbé Guillaume, était une pierre en forme de carré long, sans sculptures, et semblable au tombeau de saint Eutrope, à Saintes.
La crypte de Saint-Bénigne a été reconstruite entièrement pour recevoir la charge d'une sacristie; seules les colonnes monolithes à chapiteaux romains ont été conservées.
L'intérieur de Saint-Bénigne offre un aspect grandiose. Quelques détails ont toutefois mérité les critiques des archéologues. La grande nef renferme quatre statues : saint Joseph, saint Augustin, saint Jean-Baptiste, par Bouchardon; saint Thomas, par Dubois, statuaire bourguignon qui a sculpté aussi les bustes des douze Apôtres et deux des quatre statues colossales placées aux quatre angles du sanctuaire, saint Médard et saint Étienne. Les deux autres, saint André et saint Jean 1 Évangéliste, sonld'Âttiret. On remarque, sous le buffet d'orgue, et dans d'autres parties de la nef ou des collatéraux, des tombeaux d'anciens présidents au parlement. Au milieu de la grande nef, repose WJadislas, roi de Pologne, mort en 1388; la gravure appartient au xive s., et la légende est du xvn° au plus tôt. Tout fait présumer que la tombe actuelle est une imitation de l'ancienne faite sans intelligence. Un peu plus loin, vis-à-vis de la porte latérale du sud, et dans la même nef est enseveli un poète bourguignon mort en 1590, Étienne Tabourot des Accords. Enfin, deux inscriptions en lettres d'or, sur marbre noir, appliquées contre les murs, à l'ouest des collatéraux, indiquent les places où reposent actuellement les corps de Jean sans Peur (collatéral nord) et de Philippe le Hardi (collatéral sud), qui étaient autrefois à la chartreuse de Ghampmol, et qui furent retrouvés en 1841. En 1853, la dépouille moi telle d'Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford, fille du duc
Jean sans Peur, découverte dans l'église des Célestins de Paris, a été déposée dans le caveau renfermant les restes de Philippe le Hardi.
Le tableau de la Transfiguration (collatéral sud) est de Despêches ; le Christ sur la croix (môme collatéral) a été attribué au Guerchio ; le Martyre de saint Bénigne et saint Bernard examinant les plans de Clairvaux, saint Bernard préchant la Croisade et Vabbé Guillaume vendant les vases sacrés de Saint-Bénigne pour nourrir les pauvres, sont de M. Lecurieux, élève de l'école de Dijon.
L'abbaye de Saint-Bénigne avait le droit de battre monnaie et de recevoir le serment des ducs de Bourgogne. Louis XI et Charles VIII se soumirent à cette coutume, lors de leur première entrée à Dijon.
Vévéché de Dijon ne date que de l'année 1731. Le palais épiscopal est situé en face de Saint-Philibert, près de l'abside de la cathédrale. Les bâtiments, reconstruits dans la première moitié du xviii» s., n'offrent aucun intérêt. Derrière, s'élève le grand séminaire où l'on remarque une galerie voûtée en ogives à nervures rappelant le style de transition du xin* s.
Notre-Dame (place de ce nom, derrière le palais des États), monument historique , a été bâtie dans les premières années du xme s., consacrée en 1331 et terminée en 1<*45. Rien de plus original que son portail occidental ; l'entrée est en efTet précédée d'un large porche formant nef et bas-côtés divisés en deux travées. Des faisceaux de colonneltes, très-minces et très-élégantes, à chapiteaux feuillagés, soutiennent la retombée des voûtes ornées de nervures à profils charmants. Ce porche date du xme s.; on y remarque des débris de peinture polychrome dont la date n'a pas été parfaitement déterminée. Au-dessus se dresse une façade presque carrée de forme, et divisée en deux parties égales par une série de seize arcades ogivales à colonnettes trèsminces, ayant des chapiteaux feuillagés. Deux larges architraves, formant entablement, étaient ornées de ciselures représentant en grand relief des feuilles de chêne, d'érable, d'alisier, de vigne, de lierre et d'églantier, et aussi d'énormes têtes de différents animaux, très-saillantes. Deux belles tours devaient s'é-