CHALON-SUR-SAÔNE
Réforme lui fut aussi funeste, car elle y engendra la guerre civile. Les catholiques et les protestants, tour à tour vainqueurs ou vaincus, s'y livrèrent aux plus déplorables excès. Cependant la Saint-Barthélemy n'y fit pas de victimes.
Pendant la Ligue, Mayenne l'occupa; elle devint avec Beaune une de ses bases d'opérations, et il en rançonna les habitants, bien qu'ils eussent pris parti pour lui. Le traité de paix de Folembrai la rendit à Henri IV, en la laissant encore à Mayenne comme place de sûreté pendant six années (1596).
Le système du blocus continental avait fait, au commencement de ce siècle, la fortune de Châlon ; aussi se montra-t-elle toujours dévouée à
Chalon-sur-Saône.
l'empereur et à l'empire. En 1814, elle opposa une vive résistance aux troupes alliées qui s'étaient présentées sous ses murs. Le général Schciter n'y entra que le 2 février, en vertu d'une capitulation honorable. En 1815, Napoléon rendit un décret qui autorisa Châlon à ajouter la croix de la Légion d'honneur à ses armes.
Châlon est aujourd'hui le chef-lieu judiciaire du département de Saôneet-Loire, et le chef-lieu d'un de ses arrondissements administratifs. Sa population s'élève à 19709 bab., depuis que la commune de Saint- Cosme a été réunie à son territoire.
Châlon, convertie au christianisme dès la fin du n« siècle, a eu pendant quinze siècles un siège épiscopal occupé par quatre-vingt-cinq
évêques. Le premier fut Donatien, qui vivait vers l'an 364; le dernier J. B. du Chilleau, sacré le 30 décembre 1781, mort en 1821. Le concordat de 1801 a réuni l'évêché de Chàlon à celui d'Autun.
Chàlon a vu naître le sculpteur Boichot, l'ingénieur Gauthey, Denon, le membre de l'Institut, le général de Thiard et N. Niepce, l'inventeur véritable de la photographie, appelée à tort, dans l'origine, daguerréotype.
A part sa situation, Chàlon n'a rien d'intéressant pour un étranger. Des quatorze églises qu'elle possédait autrefois, il ne lui en reste que deux : Saint-Vincent et Saint-Pierre. Saint-Vincent , fondée en 532 sur les ruines d'un temple païen, souvent détruite et réparée, a été reconstruite de 1386 à 1440. Sa façade et ses clochers, démolis en 1793, ont été rebâtis de 1827 à 1851 d'après les dessins de M. Chenavard. Elle est classée parmi les monuments historiques. — Saint-Pierre a été bâtie en 1700 et consacrée en 1713. — V hôpital, qui avait été fondé en 1528 dans l'Ile Saint-Laurent, vient d'être entièrement reconstruit. De concert avec l'administration municipale, la Société d'archéologie a pris soin de recueillir les précieux vitraux du xvies. et les curieuses sculptures qui décoraient la salle des malades. Cet hôpital, civil et militaire, est desservi par des religieuses de l'ordre de Sainte-Marthe. — La halle aux grains est également moderne. — La Grand'rue, les rues du Blé, des Cochons- de-Lait et Saint- Vincent, contiennent encore quelques maisons du moyen âge; mais il ne reste aucun vestige de l'ancienne citadelle, construite en 1562 afin de mieux tenir la ville en subjection et en cervelle les manans d'icelle. — On retrouve çà et là quelques débris de la haute enceinte et surtout de la basse enceinte, dont les murs servent encore de limites à la ville et dont les remparts sont devenus des promenades publiques peu fréquentées. — Le quai n'a été construit que dans la seconde moitié du siècle dernier. Avant son établissement, la Saône venait battre le pied des remparts. — Le pont de pierre, qui relie la ville proprement dite au quartier de Saint-Laurent, fut commencé en 1418, achevé en 1508, élargi en 1780, débarrassé alors des cellules et de la chapelle qui l'encombraient, et décoré des lourds obélisques qu'il a conservés depuis.