‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 89 sur 360 · STATION. - VARENNES LE-GRAND · texte numérisé non relu

STATION. - VARENNES LE-GRAND

8 kil. de Châlon. — 391 kil. de Paris. - 121 kil. de Lyon.

Varennes-le-Grand (1402 hab.) est situé à la gauche du chemin de fer, à 3 kil. environ de la Saône, au delà d'une longue tranchée. De magnifiques prairies s'étendent des deux côtés de la voie. A g., au delà de la Saône qu'on ne voit pas — elle est éloignée de 4 kil. — , s'étend une vaste plaine agréablement boisée et terminée par la ligne bleuâtre du Jura. Sur la droite apparaît au loin la côte châlonnaise. On laisse à dr. Saint- Ambreuil (533 hab.) à 4 kil. duquel s'élève, au hameau de la Ferté, un ancien palais abbatial dont le baron Thénard fut propriétaire. La façade principale de ce palais date de la fin du règne de Louis XIII ; l'avant-corps a été construit, ainsi que le grand escalier, renommé pour sa hardiesse, dans les dernières années du règne de Louis XV.

On traverse successivement la Grapillotte, la petite Grosne et la Grosne, et plus loin le Grison, qui serpentent au milieu de magnifiques prairies. A dr. se montre Beaumont-sur-Grosne (436 hab.); à g. Saint-Cyr (704 hab.). On croise la ronte de terre, puis l'on s'enfonce dans une tranchée et l'on passe dans un petit bois. Sur la droite , la chapelle des sires de Lagny couronne une éminence (mon. hist.; peinture restaurée en 1854).

52e STATION. — SENNECEY-LE-GRAN D.

8 kil. de Varennes. — 399 kil. de Paris. — 113 kil. de Lyon.

Sennecey-lé-Grand, ch.-l. de c. de 2641 hab., est situé à la droite du chemin de fer, à 6 kil. de la Saône. Son église a été élevée sur l'emplacement d'un ancien château que la commune racheta à la famille de Noailles et qu'elle fit démolir en 1823. Le château voisin de Ruffey existe encore, mais il est en ruine. Un troisième château que l'on remarque dans le voisinage porte le nom de Tour-vie il -enfant.

La culture du mûrier, introduite en 1824 dans la commune de Sennecey, y a pris des développements considérables.

Après avoir laissé à dr., sur un coteau planté de vignes, le village de Juyy 563 hab.), on franchit la Natouse qui, 2 kil. plus

bas, se jette dans la Saône. A g. s'étendent de magnifiques prairies bordées de peupliers; le Jura se montre à l'horizon; on revoit la Saône dont on s'est rapproché ; à droite de la voie, s'élève une petite montagne isolée, nue à son sommet (29<* met.), couverte de vignes à sa base, et d'où (la route de terre la gravissait autrefois pour la redescendre) l'on découvre un admirable panorama.

53e STATION. — TOURNUS.

10 UL de Sennecey.— 409 kil. de Paris. — 104 kil. de Lyon.

Omnibus pour la ville, 30 c. avec 10 kil. de bagages. Voitures de correspondance pour Louhans (28 kil. en 3 h. pour 2 fr. kO c).

Tournas (hôt. Bonhomme), est un chef-lieu de canton du département de Saône-et-Loire (arrondissement de Mâcon), ville peuplée de 5598 hab.

Tournus a eu une origine ancienne et une existence fort agitée. Elle dépendait, avant la conquête romaine, de la république des Éduens. Les Romains y établirent un magasin de grains 'pour l'approvisionnement de leurs troupes. On retrouve encore des restes de leurs fortifications vers l'église Sainte-Madeleine. Toutefois, César, Strabon et Ptolémée ne font aucune mention de cette ville, appelée Pons Teruntium dans la Table de Peutinger et Tinurtium dans l'Itinéraire d'Antonin.

Pendant la domination romaine, Valérien était venu prêcher le christianisme à Tournus, et il y avait souffert le martyre vers 177. Plus tard, une basilique s'éleva sur son tombeau, puis une abbaye se fonda près de cette basilique. Cette abbaye, saccagée par les Sarrasins en 773, occupée en 875 par les religieux de Saint-Philibert, que les invasions des Normands avaient obligé d'abandonner l'île de Noirmoutiers, appelée dès lors Saint-Philibert au lieu de Saint- Valérien, incendiée en 937 par les Hongrois, restaurée peu de temps après, fut abandonnée cependant par les moines, qui se retirèrent en Auvergne avec leurs reliques. Un concile convoqué en 949 dans leurs bâtiments déserts les exhorta à revenir, et, pour le malheur des habitants de la ville, accablés dès lors de charges et d'impôts, ils obéirent à cette prière qui ressemblait à un ordre. Aussi la guerre éclata -t-elle souvent entre les abbés et les bourgeois.

Au XVe siècle, Tournus fut prise par les Armagnacs (1422), reprise par le duc de Bourgogne (1423) , assiégée par les sires de Toulongeon et

TOUhNUS.

de Marigny (1477). Les catholiques et les protestants l'occupèrent à tour de rôle pendant les guerres de religion. En 1552, elle repoussa une attaque des calvinistes, qui avaient essayé de Ja surprendre ; mais, après la conversion d'Henri IV, elle se rallia à la cause du roi, tandis que l'abbaye resta fidèle à la Ligue. De nouvelles luttes ensanglantèrent souvent à cette époque les rues de la ville. En 1527, l'abbaye fut sécularisée, et, si les moines perdirent leurs privilèges, ils conservèrent d'immenses richesses.

Tournus avait embrassé avec empressement la cause de la Révolution ;

Saint-Philibert.

mais elle ne voulut point en partager les excès. En 1814, sa garde nationale aida le général Legrand à chasser les Autrichiens de Mâcon, et la ville, qui avait défié pendant vingt-six jours les sommations réitérées de l'ennemi , ne consentit à capituler qu'après l'occupation de Châlon par des forces supérieures. Une messe solennelle qui s'y célèbre tous les ans , le 23 janvier, a été fondée à perpétuité en commémoration de cette expédition, dont l'anniversaire est considéré comme un jour de fête. En 1815, l'Empereur y fut reçu avec un tej enthousiasme, qu'il rendit peu de jours après le décret suivant : « L'digle de la Légion d'honneur fera désormais partie des armes de Tournus. »

L'ancien palais abbatial est actuellement occupé par des manufactures, et l'église de Saint- Valé rien , dont la construction remonte au xnc s., sert d'écurie. Mais Véglise abbatiale (Saint- Philibert), qui existe encore, est l'un des monuments les plus remarquables du diocèse d'Autun. Les parties les plus anciennes de cette église datent de la fin du ixe s.; la crypte, la coupole, le chœur et peut-être la voûte et la grande nef, ont été reconstruits par l'abbé Bernier, après l'incendie de 1006, et consacrés en 1019; les chapelles latérales de la nef et la disposition de plusieurs fenêtres de cette nef et du transsept sont l'œuvre des xine, xive et xve s. Enfin, de 1845 à 1850, d'importants travaux de consolidation et de restauration ont été exécutés à Saint- Philibert. Un portail du style de l'édifice a remplacé le portail grec que le cardinal de Fleury avait fait construire en 1720. On a restitué à l'abside et à ses chapelles rayonnantes leur aspect et leur caractère primitifs. La crypte de Saint-Valérien, qui depuis longtemps servait de cave et dont les piliers étaient enfouis, a été réparée et rendue au culte. Ces restaurations ont été faites sur les plans de M. Questel, au frais de l'État, car Saint-Philibert est classée parmi les monuments historiques.

L'église de Saint-Philibert, dans son état actuel, a la forme d'une croix latine, terminée par trois absides. Deux tours carrées s'élèvent aux côtés du portail; un clocher bas, de même forme, est placé à l'intersection des transsepts et de la nef. « Le transsept gauche, fort allongé, se termine, a dit M. Mérimée, par une grande chapelle avec son abside, dirigée parallèlement à l'axe de la nef; le collatéral du même côté a été élargi pour recevoir une rangée de chapelles gothiques. La nef est précédée par une espèce de narthex ou vestibule bas et divisé comme elle par deux rangées de piliers très-bas, d'un énorme diamètre et sans ornements. Au-dessus de ce vestibule est une vaste salle, soutenue également par des piliers ronds, et dont la voûte atteint la hauteur de celle de la nef. Dans la nef, huit piliers fort gros, tout d'une venue, mais infiniment plus élevés, soutiennent une voûte cintrée en berceau dans la nef principale, et d'arêtes pour les collatéraux.... Les fenêtres sont petites, étroites et cintrées par le haut.... Il est impossible de voir rien de plus massif,

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