‹ Itinéraire de Rome et de ses environs d'aprês la methode de M. VasiChapitre 35 sur 138 · TEMPLE DE ROMULUS · texte numérisé non relu

TEMPLE DE ROMULUS

C’est le seul des anciens temples qui conserve encore l’enceinte sacrée , et le souterrain : l’identité de la construction de l’enceinte avec celle du cirque qu’on a appelle' vulgairement de Catacalla , mais qui comme le temple fait partie de la villa dont nous avons parlé , le voisinage et la porte de communication avec le cirque même, ne laisse aucun doute que ce bâtiment ne servît a l’antre; son plan est parfaitement celui d’un temple avec une enceinte sacrée : c’est une cour carrée oblongue , entourée d’un mur , ayant un portique intérieur â arcs et pilastres tout autour , au milieu de laquelle s’élève le temple dont il ne reste aujourd’ hui que le souterrain. Palladio , qui en a donné les détails , montre que ce temple était de ceux qu’on ap-

Temple de lluinulus.

pellait prostyles , qu’ il avait un portique rectiligne avec six colonnes de front , trois de coté avec un pilastre , et qu on y montait par plusieurs gradins , de manière que rédiiice dominait sur la voie Appienne au dessus de l’enceinte : la cella e'tait de forme ronde , de manière que son plan ressemble beaucoup a celui du Pantiieon : la solidité de cet édifice et sa construction feraient croire qu’il existait déjà lorsqu’on bâtit l’enceinte et les autres bâtiraens. Il reste encore le souterrain du portique où l’on entre par une ouverture moderne qui laisse voir l’e'paisseur des murs qui étonné , étant de i4 pieds environ: par le souterrain du portique on entre dans celui de la colla qui est circulaire, d’environ i oo pieds de diamètre , avec des niches tout autour dans lesquelles il y a des petites fenêtres qui servent a donner l’air et la lumière au batiment: au rtilieu est un gros pilier octogone qui sert â soutenir la voûte : en general ce souterrain rcssemlde fort â celui du temple hors de la porte Majeure et qu’on appelle Tor de' Sekiavi. Etant donc un temple, de construction contemporaine, et au service du cirque , sachant par les inscriptions découvertes dernièrement que le cirque a été dédié â Romulus fils de Maxence, on ne saurait douter qu’ il ne fût dédié au même personnage , et en effet on voit sur le revers des médailles de ce Romulus , frappées après sa mort , un temple

Temple de Momidus.

de forme ronde , comme son mausoie'e ou Héroon , qui peut être est celui-ci. On l’a fait si vaste parceq’ on y rassemblait la Pompa Circeiisis, Car on sait d’ailleurs que les jeux du cirque commençaient toujours par la Powyoa Circensis^ procession a laquelle, outre les athlètes et les magistrats, prenaient part aussi les prêtres avec les statues des divinités présidentes aux jeux , et en l’honneur desquelles ceux-ci se fasaient; ainsi la cour servait pour rassembler la pompa , et le temple et le souterrain pour contenir les statues des dieux et les objets sacrés. Cet usage a donné origine a la fausse dénomination vulgaire d’ecwries dit cirque de Caracalla , sous laquelle ce temple est communément connu.

Le nom de Tour des Borgiani ^ que ce bâtiment a conservé jusqu’ a sa destruction , nous fait penser que la masse de l’ancien édifice , et sourtout le temple circulaire , réduit en forme de tour , a été occupé par la famille Borgia.

Derrière le mur de la grande cour carrée , et presque vis-a-vis les Carceres du cirque , est un petit tombeau inconnu: dont la construction est bien antérieure a celle de la cour. Après le temple on va voir le

CIRQUE DE ROM U LU s >

Jusqu’à l’an 182 5 ce cirque avait été communément dit de Caracalla par des raisons qui sont bien frivoles , c’est a dire ,

Cirque de Romuhts^ 389

a cause du transport que cet empereur avait pour les spectacles du cirque , de la decouverte de sa statue avec celle de sa mère Julie qu’on trouva dans les environs de ce monument , et d’un cirque qu’ on voit sur le revers des médailles de cet empereur. On voit bien que Caracalla pouvait avoir du transport pour les jeux du cirque sans qu’ il s’ensuive qu’ il bâtit par cette même raison ce cirque-ci : que les statues pouvaient appartenir a quelqu’ autre monument , puisqu’ on ne les avait pas trouvées dans le cirque même : et les numismates depuis long tems' avaient reconnu dans le cirque qu’ on voit au revers des médailles de Caracalla une représentation du grand cirque , soit parce qu’ il le restaura , soit â cause des spectacles extraordinaires qu’il y donna. D’ailleurs la construction peu régulière de ce monument qui est bien differente de celle des thermes de cet empereur, rappellait le IV siècle , lorsque les arts étaient dans une décadence parfaite ; ainsi dès le XVI siècle Panvinius avait soupçonné que ce bâtiment devait s’ascrire au siècle de Constantin. Maintenant depuis les fouilles que le duc Torlonia y fît faire en 1825 toute doute a disparu: ce protecteur des arts et des antiquités voulant faire mieux connaître les parties de ce monument unique dans son genre, fit déterrer entièrement les carceres , l’épine , le pul~ vinar et la grande porte d’entrée dans

r, IL 5

3^0 Cirque de Romulus.

l’arène : dans cette occasion on découvrit les fragmens de trois inscriptions , dont deux étaient près de la grande porte d’entre'e , et une a la porte du milieu des carceres : toutes les trois ces inscriptions portent le nom de Maxence , et celle parmi elles qui était la mieux conservée et qu’on a placé sous la grande porte d’entrée nous montre que le cirque fut consacré l’année 3ii de l’ère chrétienne à Romulus fils divinisé de Maxence , qui avait été consul deux fois. Elle dit :

DIVO . ROMVLO . N. M. V.

cos. ond. il. filio

D. N. MAXENTil . INVICT.

viri . et . perp. avg. nepoti

T. DIVI . MAXIMIANI . SEN

ORis . AC . bis . augusti

Cette decouverte est une illustration à l’anonyme publié par Eccard et contemporain de Maxence , dans lequel on remarque cette notice , que Maxence fit un cirque in catacumpas c’est a dire in catacumhis ou près des catacombes.

On a déjà indiqué que ce cirque est le mieux conservé qui nous reste , ainsi on peut le regarder comme un des monumens les plus intéressans qu’ il faut voir. Sa forme peut être réduite a un espace oblong de i5Go pieds le longueur et 2^0 de largeur , qui est circonscrit par deux lignes droites qui ne sont pas parallèles entre el-

Cirque de Romulus» Sqi

les , réunies ensemble par deux courbes. Trois parties constituaient le cirque , les Carceres , le Circus proprement dit , et l’Epine : ce sont ces parties qui dans les dernières fouilles ont e'te bien reconnues , et qu’ on ne voit que dans ce cirque-ci. En commençant par les Carceres^^m appellait ainsi cette partie d’oii partaient les chars guides par des Aiirigœ , cochers , divises en quatre factions qui d’après la couleur de leurs vestes e'taient appelle'es , albata blanche , russata rouge , prasina verte , veneta bleue de ciel. Dans le cirque en question les carceres sont vers l’occident: c’en était deméme dans le grand cirque, dans celui de Salluste etc. Leur alignement est un segment de cercle : cet arrangement était nécessaire pour maintenir l’égalité dans la sortie des chars. Elles sont partagés en treize arcs qui communiquent entre eux a l’exception de celui du milieu qui ne servant qu’ a l’introduction de la pompa circensis , la procession du cirque , est séparé des autres. Ces arcs dans la partie qui regarde l’intérieur du cirque étaient fermés par des grilles, dont on voit encore les traces a l’exception de la porte du milieu où ces traces ne se voyent pas. Cet usage est bien représenté dans un bas relief de la villa Albani , ou l’on voit aussi devant les pilastres des arcs les hermès qui leur servaient de décoration , et dont parle Cassiodore ; de ces hermès on a trouvé plusieurs

Cirque de Romuliis,

fragmens dans les dernières fouilles de ce cirque , qu on voit encore sur la place ; un entier portant la tête de Demonstliène est actuellement a Munie dans le musée du ïoi de Bavière. La terrasse sur les carceres servait de place aux personnages de la première classe qui assistaient aux jeux , comme on sait par les écrivains anciens , et comme on voit sur les monumens. Aux deux extrémités des carceres sont deux tours qui servaient aux joueurs de flûte pour animer les chevaux et les cochers : la forme de cette partie avait fait donner le nom d’ oppidum ou château fort aux carceres.

Le cirque proprement dit pour la disposition des marches était semblable aux autres lieux de spectacle : ils étaient partagés en podium et prœcinctiones ‘ C iiiS le cirque en question il y avait une ser.;e précinction de dix marches sur lesquelles étaient 18,000 spectateurs. Quatre portes communiquaient immédiatement avec l’arène : deux étaient près des tours des carceres^ la troisième correspondait vis-'a-vis la première borne , et la quatrième était au milieu de la partie courbe a l’extrémité du cirque opposée aux carceres : celle-ci est la seule qui était a contact avec la voie publique , ou Asinaire , qui servait de liaison entre les voies Latine , Appienne , et Ardeatine. Les marches sont interrompues par deux balcons , qu’ on appellait pulvi-

Cirque de lîomuhis» ' SqS

naria parcequ’ils étaient couverts de coussins {pulvina ) : celui qui est vers le nord-est communique avec les restes de la villa par un corridor , ainsi il faut croire que c’était de la que l’empereur voyait les jeux : l’autre vers le sud-ouest servait poulies juges.

On peut de'finir l’Epine une cliausse'e divisant l’arcne du cirque dans la longueur eu deux parties inégalés , puisqu’ elle est placée de travers et de manière a laisser Bien plus d’espace vers le midi que vers le nord. Elle était ornée de statues , de colonnes , et d’obelisqucs. Dans le cirque dont nous parlons elle a 887 pieds et G pouces de longueur , 20 pieds de largeur , et de 2 a 5 pieds de hauteur. Les bornes étaient entièrement séparées d’ elle . La surface était un réservoir d’eau divisé en plusieurs sections , qui servait pour arroser les chars de peur que les axes des roues ne brûlassent. Voici maintenant ce qu’ on vient de découvrir sur l’Epine du cirque en question. D’abord vers les carceres on a découvert un morceau de mur isolé avec un creux au milieu qui servait a contenir le poutre d’où partait vers le jsud la corde tendue servant a déterminer le commencement et la fin de la course , et qu’ on appellait Imea , la ligne. Suit le soubassement des Metae ou bornes , qu’on appellait les premières relativement aux carceres : ces bornes avaient la forme de trois

3^4 Cirque de Romalas .

cônes groupe's ensemble et surmontes d’un œuf : la bande inferieure de ces colonnes coniques e'tait orne'e d’un bas-re'lief représentant les courses du cirque dont on voit des fragmens, qui sont aussi un témoignage de la decadence extrême des arts a l’e'poque où ce cirque a été élevé. Commence ensuite la chaussée sur laquelle on remarque encore les traces des piédestaux des statues et d’autres ornemens qui la décoraient. Près du premier piédestal on découvrit des fragmens d’une statue de Venus : suivent les fondemens des piédestaux qui soutenaient le deux colonnes en marbre gris lesquelles portaient sur un architrave sept dauphins , symboles de Neptune divinité protectrice des chevaux : on avait choisi le nombre de sept pour marquer celui des tours que dans chaque course on faisait. Ensuite on trouve les vestiges des piédestaux qui supportaient les statues du soleil , et de Pâris : après ce dernier on voit sur l’Epine une interruption du revetissement en mastic , fait pour les parties qui contenaient de l’eau : dans cet espace couvert de terre on avait planté le palmier duquel on détachait les branches qu’on donnait aux vainqueur. Après cet espace on trouve la première interruption de l’Epine et ensuite les traces du piédestal qui soutenait la colonne portant la statue de la Victoire ; près de l'a est l’encaissement des fondemens de l’obélisque en gra-

di Cecilia Metella. III Tombe axi de CeVile MeteUa

Cirque de Romulus» 3g5

nit rouge qu Innocent X fit transporter a la place Navone. On remarque après la place de l’obclisque la seconde interruption de l’Epine , et après celle ci le piédestal qui soutenait une statue d’Hercule , les traces d’un petit temple de Venus sur lequel étaient alignes sept œufs mobiles , symbole de Castor qui aimait les jeux equestres ; ils servaient aussi a marquer les tours qu on avait fait. Au de l'a de ce petit temple e'tait la troisième interruption de l’Epine : dans le reste de la cbaussëe étaient les statues d’une Amazone et de Proserpine. Ensuite on remarque le soubassement des secondes bornes.

On peut facilement reconnaître pourquoi l’Epine n’ e'tait pas placée de manière 'a être parallèle aux deux côte's du cirque , et pourquoi elle laissait l’espace vers le sud plus large que celui vers le nord, lorsqu’on réfléchit que le début des courses était 'a droite, et que par conséquent il fallait laisser plus d’espace de ce côté que de l’autre.

En retournant sur la voie Appienne on voit le

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