BASILIQUE DE ST- PIERRE AU VATICAN
Ce grand et magnifique temple est placé dans le champ Vatican des anciens, d'où il tire sa dénomi^ nation: c'est dans ce champ qu'étaient les jardins et le cirque de Néron, où ce tyran fit le grand nias- «acre des chrétiens mentionné par Tacite. Les corps de ces martyrs furent ensevelis par les fidèles dans une grotte placée tout prés du cirque. Peu de temps après, Tapùtre st. Pierre ayant aussi été martyrisé, on croit que son corps fut transporté dans ce même cimetière par Marc, son disciple. Dans la suite, le pape st. Anaclet fit ériger un oratoire sur le tombeau du saint apôtre. En 326, Constantin le Grand éleva dans cet endroit , en 1* honneur de ce même apôtre, une basilique, divisée en cinq nefs par un grand nombre de colonnes, comme on le voyait encore dans le XV« siècle.
Quoique ce grand édifice eût été pi usieurs foi s restauré , néanmoins il menaçait ruine. Le pape Nicolas V, voulant ériger en iHionneur du prince des apôtres un temple qui pût égaler celui de Salomon, vers r an 1450 , fit démolir le tombeau de Probus Anlcins, situé derrière la tribune de Téglise, et commença une nouvelle tribune beaucoup plus vaste , sur les dessins de Bernard Rossellini et de Léon- Baptiste Alberti. A la mort de ce pape, l'ouvrage n'était avancé que de quatre ou cinq pieds au dessus du sol. Parmi ses successeurs il n'y eut que Paul ir,
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oui employa 26,750 francs poar Id continuation de I édifice. Jules II, qui avait le génie des grandes entreprises, ayant été élu pape en 1503, après avoir examiné les dessins des plus habiles architectes , choisit celui du célèbre Bramante , qui imagina de faire une grande coupole au milieu de Kéglise; il fit élever aussitôt les quatre énormes piliers pour la soutenir.
Après la mort de Jules II et de Bramante, Léon X chargea de la continuation de Touvrage d^abord Julien de Sangallo, frère Joconde, et enfin Raphaël d*Urbin: celui-ci fit un nouveau plan qui nous a été conservé par le Serlio, et fit renforcer les fondations des piliers de la coupole. Mais ce grand artiste ayant été surpris par la mort le 6 avril de Tan 1520, Léon X lui substitua Balthasar Peruzzi de Sienne. Celuici, sans toucher ce qui avait été fait, changea seulement le plan de la basilique, à cause de la dépense démesurée qu'entraînait celui de Bramante, qui était en croix latine , et le réduisit à la forme d une croix grecque. Léon X étant mort, le môme Peruzzi acheva la tribune sous Clément VU.
Le pape Paul III, successeur de Clément, choisit
(tour architecte Antoine de Sangallo, dont le projet ut de changer de nouveau l'église en croix latine, suivant les dessins de Bramante. Sangallo mourut: Paul III chargea alors de la direction de cette grande entreprise Michel-Ange Buonarroti, qui résuma de nouveau le plan de Peruzzi, et adopta la forme d'une croix grecque: mais il agrandit la tribune et les deux bras de la nef transversale, et fit un nouveau dessin pour la coupole, quiil commença à exécuter^ et qui fut continuée par ses successeurs. Buonarroti voulait dokiner à ce temple une façade dans le style dé celle du Panthéon ; mais la mort l'enleva, et cette sublime idée resta sans exécution. Après sa mort , le pape st. Pie Y mit à la direction de ce
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bétiment les architectes Jacques Barozzi de Yignole et Pyrrhus Lîgorio, en leur imposant l'obligation de se conformer en tout aux dessins du Buonarroii. Vignole 6t les deux belles couples latérales , mais ce ne fut que Jacques délia Porta, leur successeur, choisi par Grégoire XIII, oui acheva rimmense coupole , sous le pontificat de Sixte Y. Clément YIII se servit aussi de cet architecte pour faire orner la grande coupole de mosaïques, décorer la. voûte de stucs dorés et revêtir le pavé de différens marbres.
Enfin Paul Y fit achever ce temple par Charles Mademe , qui lui donna de nouveau la forme de croix latine, abandonnant le plan de Buonarroti,pour suivre Tancicn dessin de Bramante: ce fut aussi cet architecte qui fit les dessins de la façade et ceux du portique. Sous Urbain YIII, le Bernin éleva un clocher: mais il fut ensuite obligé de le démolir, parce qu*on aperçut des crevasses sur la façade de Tégiise. Enfin le même Bernin , par ordre d'Alexandre Yll, construisit le fameux portique qui règne autour de la place. En dernier lieu, le pape Pie Yl porta l'ouvrage à sa perfection, en faisant bâtir, sur le plan de Charles Marchionni, la sacristie qui manquait à cette basilique: il fit aussi placer deux horloges sur la façade de l'église, et deux autres dans Tintérieur.
Pour se former une idée des sommes énormes que la construction de cette immense basilique a coûtées, il faut faire attention aux pontife^ et aux architectes qui s'en sont occupés , et à l'espace de trois siècles et demi qu*il a fallu pour la porter à sa perfection. Suivant le compte qu' en fit Charles Fontana, en 1693, la dépense montait alors à peu près à 251 millions, 450 mille francs : il est alors facile de comprendre quelles sommes on aura encore dépensées pour les dorures, pour copier presque tou-
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tes les peintures en mosaïque, et enfin pour la nouvelle sacristie , qui a coûté elle seule environ cinq millions de francs»
Tous les arts ont contribué à la décoration de ce superbe édifice, qui est, sans aucun doute, le plus . grand monument non-seulement de Rome, mais du monde moderne. La peinture, la sculpture, l'architecture, la mosaïque, Tart de couler le bronze, la dorure, j ont épuisé leurs richesses: les plus grands artistesy ont développé leurs talens: de manière que, s'il n*y avait pas autre chose à Rome, ce temple seul mériterait qu'on fit le voyage pour le voir.
Je ne prétends pas décrire cette basilique dans les plus petits détails; il faudrait un volume entier pour en remarquer toutes les beautés: c'est pourquoi je me bornerai aux objets principaux en com* mençant par la