‹ Itinéraire de Rome et de ses environsChapitre 292 sur 337 · BIBLIOTHÈQUE DU VATICAN · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE DU VATICAN

On croit que cet établissement tire son origine de la bibliothèque formée d'abord dans le palais de st. Jean deLatranpar le pape st. Hilaire, et qui, après avoir été transférée au Vatican , fut enrichie par plusieurs pontifes. En tous cas il est sûr que la bibliothèque du Vatican fut considérablement aug* mentée parNicolas V,qui envoya des hommes trèssavans en Grèce, en Allemagne, et dans d' autres pays pour y acquérir des livres rares. Sixte IV augmenta le nombre des codes ou manuscrits , et c'est à Sixte V que Ton doit d'avoir fait bétir l'édifice qui la contient. Il fut érigé sur les dessins de Dominique Fontana, qui partagea en deux, pour cet objet, la grande cour dé Bramante, appeliée ieBelvédère: ce même pontife enrichit aussi la bibliothèque de

560 Huitième Journée.

noayeaax manuscrits, en orna les salles et la dota de rentes plus considérables.

Dans la suite on ajouta à la collection des codes de cette bibliothèque les manuscrits de V électeur Palatin, des ducs d'Urbin, de la reine de Suéde, du marquis Gapponi et d'Ottoboni , duc de Fiano. Il faut ajouter à tout cela les augmentations qui furent faites par Clément XI en coues arabes, sj^riaques^ chaldatques, etc., les recueils du cardinal Zelada, les lirres imprimés réunis par Pie VU, enfin la bibliothèque antiquaire et artistique du célèbre Gicogna* ra, acquise par le pontife Léon XIL Toutes ces collections ainsi réunies forment un total de 125 mille Yolumcs, dont 25 mille manuscrits: c'est pourquoi la bibliothèque du Vatican doit être rangée au nombre des plus considérables qui existent, et c'est sans doute la première de toutes pour l'antiquité des ses codes. *

La Salle d'entrée contient le fac-similé de deux célèbres colonnes trouvées sur la voie Appienoe près du tombeau de Cécile Métella, et qui ont été illustrées par Ënnius Quirinus Visconti. On entre ensuite dans la

Salle des écrivains, C*est là que se tiennent des employés appelés écrivains ou interprètes, parce que leurs fonctions consistent à étudier et à publier des manuscrits inédits. Ces employés sont au nombre de sept, dont deux pour la langue latine, deux f)our la grecque, deux pour l'hébreu et le syriaque, e septième enfin pour Tarabe.

La voûte de celte salle est peinte en grotesques, entre lesquels on aperçoit huit sibylles peintes par Marc de Fay ence, quelques paysages, par Paul Britli, et les armoiries de Sixte V.

Salon. Il fut construit par ordre de Sixte Y, et il faut le regarder comme le corps originaire de la bibliothèque. Il a 216 pieds de lodg sur une largeur

Sibliotkèqite du Vaêican. 561

de 48, et sept gros piliers le divisent en deux nefs* Autour de ees piliers et des parois se trouyent de» armoires coùtenant les codes , dont quelques-un» sont ornés de très-jolies miniatures de différentes époques. Sur ces armoires, ainsi que sur celles des deux nefs que nous parcourrons ensuite , on voit une riche collection de vases italo-grecs, vulgairement appelés étrusques.

D*un côté de la porte d'entrée est une belle peinture à rhuiie où Ton voit Dominique Fontana qui présente à SixteV le plan de la bibliothèque^ ouvrage qu'on attribue à Scipion Gaétano*

Quant aux fresques qui ornent ce salon, elles ont été peintes par Viviani, Baglioni, Salviati, Salimbcni , Guidolti , Nebbia , etc. , qui y ont représenté, le long du vavLV à droite,90US la corniche, les principaux conciles œcuméniques, et à gauche l'institution des plus célèbres bibliothèques de l'antiquité. Au dessus de la corniche , qui se prolonge autour de la salle, on voit les hauts faits de Sixte V, parmi lesquels on remarque sa prise de possession et son couronnement, où l'on observe la perspective de la basilique du Vatican, telle qu'elle était dans ces temps-là. Derrière s'élève te tambour du grand dôme , exactement comme il fut laissé par fiuonarroti. La première de ces deux peintures se voit dans la grande lunette au dessus de la porte d'entrée, la seconde, dans la lunette à côté de cellelà. Sur les façades des piliers on a représenté les inventeurs des alphabets de différentes langues, avec les caractères contenus dans ces alphabets, respectivement tracés au dessus de chaque figure.

Entre les deux piliers les plus rapprochés de l'entrée, on admire une grande table en granit, soutenue par douze figures d'Hercule en bronze et ornée de bas-reliefs en bronze doré, représentant quelques faits mémorables du grand pontife Pie YI;

562 Huitième Journée.

c'est à la manificence de ce pape que Foo doit cette table, ainsi que celle dont nous parlerons ci-après. On Yott sur la première une pendule en porcelaine de Sèyres: deux candélabres magnifiques et un superbe yase, aussi en porcelaine de Serres, paraissent entre les pilastres suivans. C'est Napoléon Bonaparte qui donna les candélabres à Pie VIL Léon XII reçut la pendule et le vase en présent de Charles X , et les deux pontifes donnèrent ces objets à la bibliothèque. Sur l'autre table en granit on observe un autre rase en porcelaine, don de Charles X au feu cardinal de la Somaglia, qu*il donna ensuite à la bibliothèque. On y Toit enfin une très-jolie tasse de malachite que le grand duc héréditaire de Russie donna au pape Grégoire XYI , et dont ce dernier, à Texemple de ses prédécesseurs, enrichit la bibliothèque.

Sur le dernier pilastre on remarque un caleodrier russe en forme de croix, peint sur bois et donné à cet établissement par le marquis Gapponi. Derrière ce même pilier est un ancien sarcophage en marbre, trouvé en 1702 hors de la porte Majeure, contenant un linceul d'amiante , que l'on peut encore voir, quoique en lambeaux. Vis-à-vis s' élève une colonne d'albâtre oriental cannelée en spirale: elle fut découverte près de l'église de st. £usèbe. Â droite se trouve l'entrée des archives pontificales du Vatican, fondées par le pontife Paul V. Au dessus de l'entrée même est un buste de ce pape, en bronze.

Enfin on aperçoit avec étonnement les deux grandes ailes qui s'ouvrent l'une vis-à-vis de l'autre et aux deux côtés de ce salon , et dont la longueur réunie est de 400 pas.

Aile droite. Elle se compose de huit salies et d'un eabinet. Quatre de ces salles ont l'entrée carrée, les quatre autres l' ont en forme d'arc et flanquée

Bibliothèque du Vatican, 563

de belles coloDoes, dont six en porphyre. Les deux premières salles sont ornées de peintures à la détrempe, de récole du chev. d'Arpin: celles des parois à droite représentent plusieurs faits historiques des papes Nicolas V, Sixte IV, Pie V et Paul V, tous concernant la bibliothèque duYatican: les peintures des murs à gauche nous offrent d'antres faits d'anciens rois et d'autres personnages illustres, qui fondèrent des bibliothèques célèbres. Les peintures des six salles suivantes nous rappellent les glorieux faits des papes Pie Yl et Pie V IL Les armoires à gauche, de la quatrième salle à la septième, con-^ tiennent la bibliothèque Gicognara , célèbre comme recueil de livres d'art. Les armoires à droite renferment la bibliothèque Gapponienne. Les deux co* lonnes en porphyre qui soutiennent le dernier arc, et sur lesquelles sont sculptés en haut-relief deux empereurs se donnant l'accolade, sont du temps de la décadence des arts. Quelques auteurs prétendent qu'on a voulu dans ces sculptures figurer la pacification des deux empires d'orient et d'occident.

Le Cabinet qui fornïe l'extrémité de cette aile contient six armoires remplies d'objets de la plus haute importance pour la science des antiquités: ce sont des ustensiles de métaux divers, mais la plupart en bronze; de petites idoles et autres petites statues du même métal; plusieurs ornemens de femmes en or ; des fragmens d'anciens tuyaux de plomb avec leurs inscriptions; un petit fragment du vaisseau de Tibère submergé dans le lac de Nemi, des inscriptions sur des plaques en bronze, des bas-reliefs en itoire; et la chevelure d'une femme païenne , admirablement conservée: on la trouva en 1777 dans un ancien sarcophage découvert dans la vigne Puri près de la porte Gapène. On voit aussi une collection de soufres donnée à Pie YIl par François P% empereur d'Autriche, dans Tannée 182L Ce qui mé-

564 Huitième Joutnée.

rite enfin d'y être aussi remarqué, ce sont les deux mosaïques découvertes dans la villa d'Adrien et tes quatre têtes en bronze de fialbinus, de Septime Sévère, de Néron et d'Auguste.

En revenant sur ses pas on parvient à F

Aih gauche. Les deux premières salles de cette aile , et la section suivante, contiennent deux suites d'armoires, où l'on conserve les manuscrits qui ont jadis appartenu aux bibliothèques dont nous avons déjà parié. Les peintures qui décorent ces deux salles représentent différentes actions de Sixte V: Dans l'une de ces peintures, de la deuxième salle, op remarque la façade de la basilique du Vatican, telle qu'elle avait été dessinée par fiuonarroti: vis-à-^vis est retracée l' érection de l'obélisque du Vatican*

Au fond de la section qui fait suite à ces deux salles, on voit deux statues en marbre assises: l'une représente Aristide de Smyrne , célèbre sophiste grec, avec son nom écrit sur labase; l'autre est une effigie de st. Hippolyte, évèque de Porto. Le célèbre calendrier paschal est sculpté sur son siège. Cette statue fut trouvée dans les catacombes de st. Laurent; elle manquait de la tète: celle qu'elle porte est moderne. Suit le

Musée sacré. L'origine de ce musée remonte à Be* noit XIV, qui en fut le fondateur. La plupart des objets qui s' y trouvent réunis constituaient l'ancien musée Vetlori. On voit sur les parois de cette salle plusieurs inscriptions sacrées et des bas-reliefs en marbre, qu'on a détachés, en les sciant, de quelques sarcophages chrétiens trouvés dans des cimetières. Tout autour on voit huit belles armoires surmontées des portraits en bronze des cardinaux bibliothécaires. On conserve dans ces armoires beaucoup d'objets appartenant aux rites des chrétiens primitifs, c'est-à-dire des anneaux, des diptiques en ivoire et en bois, des lampes^ des ciboires, des

Bibliothèque du Vatican. 5&5

cdices, des vases cinéraires en verre, des vases sacrés, etc. On doit à Grégoire XVI d'avoir considérablement enrichi ce musée , particulièrement de travaux en guillochis, et du précieux bas-relief en ivoire 9 qui représente la descente de croix y exécutée d'après un dessin de Buonarroti. Cet ouvrage appartint jadis au musée Baglioni à Pérouse. Mais ce qu'il y a de plus admirable, ce sont des peintures sur {âanche et à détrempe, par des maîtres grecs antérieurs à T époque de la renaissance des arts. La plus frappante est la déposition de st. Ephraïm Syrien. C'est Etienne Pozzi qui a peint sur la voûte rÉgiise et la Religion.

Cabinet des papyrus. Ce cabinet, par la profusion des granitSydes porphyres et des bronzes dorés dont il abonde, est une des pièces les plus somptueuses du Vatican: il fut ainsi magnifiquement décoré par Pie VI, qui fit exécuter par Mengs les peintures à vtresque dont il est orné. Celle qu'on voit au milieu de la voûte nous représente l'Histoire écrivant sur un volume soutenu par le Temps sur ses épaules. Dans les lunettes sont Moïse et saint Pierre , l'un et l'autre au milieu de deux anges; et quoique st. Pierre soit peint à la détrempe, cependant la vigueur et l'éclat du coloris sont .tels, que cette figure ne diffère point de celles qu'on y a peintes à fresque. Les omemens ont été faits par Christophe Unterperger. C'est autour de ce cabinet qu'on voit plusieurs papyrus sous des rayons fermés par des glaces: ils contiennent des actes de donation et des contrats stipulés entre le X* et le XII* siècle. Ils ont été illustrés par le célèbre monseig. Gaétan Marini dans son ouvrage sur les papyrus diplomatiques. C'est par la salle suivante que commence la section réunie à la bibliothèque par Pie VII.

Suit hSalle des peintures antiques, par où à droite l'on entre dans le

S66 huitième Journée.

Cabin$t*Les peintures qui en embellissent la Toute sont des fresques de Guido Béni: elles représentent quelques-uns des faits mémorables de Samson. Autour de ce cabinet on a rangé plusieurs crépis antiques, au nombre desquels se fait surtout remarquer celui qu'on appelle les noces AldobraneUnes^ parce que le sujet représente une noce, et qu'il ap» partint jadis à la famille Aldobrandini.

C'est en 1606 que ce crépi peint à fresque fut découvert dans les décombres d'une maison antique sur le mont Esquilin près de l'arc de Gallien. Jusqu'à la découYcrte des ruines de Pompéi cette peinture était regardée comme le monument le plus précieux de la peinture antique, et une copie en fut faite par Nicolas Poussin: elle existe dans la galerie Doria;mais elle diffère dans quelques détails de Toriginal, car lorsqu'elle fut faite, la peinture avait été altérée par de mauvaises réparations : on les a plus tard effacées, de manière que Toriginal est revenu à l' état où il se trouvait lorsqu il fut découvert.

Le sujet en est probablement relatif aux noces de Pelée et Tétis. D'autres croient qu'il exprime les noces de Stella et de Violantilla chantées par Stace, ou bien celles de Manlius et de Julie célébrées par Catulle. Du reste, comme on n'aperçoit rien dans l'ouvrage même qui indique avec sûreté un mariage héroïque, on peut le croire aussi une représentation familière des particuliers qui habitaient la maison ou la peinture a été trouvée.

Les autres crépis sont d'un mérite inférieur: ils représentent 1' Amour triomphant ; une nymphe , trouvée Tan 1810 près de la voie Noraentane, elles cinq femmes les plus célèbres des temps héroïques par leurs infortunes amoureuses, avec leurs noms écrits; c'est-à-dire Pasiphaë, Scylla, Phèdre, Myrra et Ganace : elles étaient peintes sur les paroi»

Bibliothèque du Vatican. 567

d^ane chambre découverte en 1818 hors de la porte st. Sébastien , dans la ferme de Tor Marancio ; il y a aassi dans ce cabinet une mappemonde qu'on croit peinte par Jules Romain.

Cabinet des sceaux antiques. C'est le pontife Pie VII qui fit ranger là en bon ordre la collection des sceaux sur terre cuite, c'est-à-dire les marques que les anciens appliquaient aux matériaux de construction. Ce recueil arait été en grande partie formé par monseig. Marini, qui l'a d'ailleurs illustré , et il le laissa par son testament à la bibliothèque ayec son illustration manuscrite. Parmi les anciennes peintures que r on roit dans ce cabinet, le portrait de Gbarlemagne mérite particulièrement d'être remarqué.

Revenons à la

Salle des peintures anciennes. Cette salle, dont la voûte est joliment peinte à fresque, contient un précieux recueil de peintures des X1II« et XIV* siècles : c'est là qu'on observe quelques magnifiques ouvrages de Margheritone , Cimabue, Giotto, de Masaccio, ainsi que du R. Ange de Fiésole, etc. (Test Grégoire XVI .qui ât réunir ici tous ces précieux tableaux. Au milieu de la pièce on voit deux superbes tables carrées-longues de granit, et une autre de forme ronde, faite des fragmens des marbres de la basilique d'Hyppone.

Cabinet numismatique. C'était autrefois une cha* pelle qui fut érigée par st. Pie V en l' honneur de st* Pierre le martyr : voilà pourquoi les fresques qu'on y voit encore, expriment des faits relatifs à ce saint. Elles ont été peintes par des élèves de Vasa* ri, sur les cartons de leur maitre.En d'autres temps ce cabinet était fort riche, puisqu'on y avait réuni entre autres les célèbres collections de médailles Garpeffua , Odescalchi, Zelada, et celle de la reine Christine de Suéde^ mais tout disparut par les vi-

368 BîUtiéme Journée.

eissitades de I* époque républicaine de Rome en i7%; aussi est-on redeyable à Pie VII d'avoir éta^ bii ce nouveau musée, qui codtient déjà les collections Vilaiiy Tommassini et autres 9 qu*on ne cesse d' augmenter par les soins des pontifes. Au mi- Heu de la chambre il y a une espèce de pupitre triangulaire , autour duquel on remarque une série de peintures en émail sur planches de cuivre , représentant la Passion de Jésus-Christ. Ce sont des ouvrages du XV* siècle^ exécutés par Robert Vauguerj de Blois, et donnés à la bibliothèque par LéonXII. A gauche, après avoir traversé deux pièces conteinant un grand nombre de livres, on descend dans V

Page 1