mNÉRAIBB DE TIFLIS
les prenant sous sa protection , la Russie a en leur intérêt en yue , au moins autant que le sien propre. Dans tout ceci , je n'ai considéré que la Géorgie, comme formant le noyau des possessions duCaurcase et surtout parce qu'elle en est la partie le plus civilisée; mais une fois cette province organisée, la portion de l'Arménie la suivrait facilement : l'infanterie arménienne se joindrait à la cavalerie géorgienne et tatare. A l'abri d'une -force militaire nationale, les mœurs et les lois se propageraient de ville en ville , de province en province ; elles y ramèneraient le travail,l'aisance et la population, et ces trois éléments de la prospérité publique réagiraient là aussi l'un sur l'autre , comme nous les voyons réagir dans les plus belles contrées de notre Europe. ' Quant au commerce, tout est fait à peu près de la part du gouvernement quand il a pris dès mesures pour le reste. Le commerce vit essentiellement de liberté. Les entreprises seules des grandes communications ont besoin d'être créées et encouragées par lui; et la Géorgie réclame sous ce rapport une multitude de travaux essentiels. Il ne s'agit cependant point de ces projets gigantesques qui amusent l'imagination, mais dont l'exécution est lente, et peut après quelques années de travaux devenir impraticable. Il s'agit ici d'aller vite ; et , pour improviser une nation, il faut improviser aussi tout ce qui tien l à ^^ besoins*
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A ce sujet je ne puis m'empêcher d'examiner le projet que l'on avait formé de joindre la mer Caspienne à la mer Noire en canalisant le Kour et joignant par la suite sa source à celle du I%ase.
Mais la rapidité de ce fleuve en certaines saisons^ rapidité qui va jusqu'à dix werstes par heure , au printemps durant la fonte des neiges , et en automne ' à la suite des pluies; son encaissement profond en quelques lieux; le peu de hauteur de ses rives et les débordements qui en résultent en d'autres (comme dans les environs de Tiflis); ses fréquents et immenses détours ; les rocs, les bas-fonds, les cataractes^ les amas d'arbres déracinés qui embarrassent son cours, rendent impossible toute espèce de navigation au-dessus de sa jonction avec l'Araxe. Avec des travaux immenses, tels que l'on en a déjà commencés , peut--etre remonterait-on cent werstes plus haut; mais il n'est point humainement possible d'atteindre Elisabethpool ( Ganja ) , à 1 80 werstes en-, core au delà , et la nature toute-puissante aurait bien? tôt détruit ce que l'homme aurait fait pour la. dompter.
Les difficultés viendraient encore des habitudes des gens du pays, dont tout le commerce d'échange, tel que celui dû bled qu'ils vont troquer sur les bords de lamer Caspienne, à Salian^ contre du poisson, ou à Bakou > contre le naphte dont ils nourrissent leurs lampes en hiver,, tout ce commerce^ dii&-je, se fait
par terre : leSs frais en sbnt peu considérables y yu cpie leurs bœufs ou ileut^ buffle^ tfoûtent partout des pâturages, Ija route même est incomparablement plus sûi^equë ne sera jamais le fleuye ; je ne parle pas seulement ici des dangei's de la navigation ^ mais bien des Lesghis , auxquels il faut toujours en revenir; les routes fréqueiltées et dirigées à travers les passages . les plus découverts leur dfirent bien moins de facilité pour leiirs terribles expéditi(Nis que n'en présenteraient les bords de la rivière lorsqu'elle traverse les rochers et les bois: car ^ après tout) je ne crpis pas qu'on s'imagine de déblayer tout cela.
Cette entreprise enfin^ fôt-elle exécutée^ aurait des incofnvéntents enccKe plus graves : elle faciliterait l'exportation du bled ; et, par suite de l'imprévoyance des habitants du pays^ une année de mauvaise récolte deviendrait une année de famine. Ceci tient à une question bien débattue par les économistes. La Géorgie leur présente un cas tout particulier : jie leur laisse le soin de faire ici l'application de leurs principes; mais je ne crois pas que leur solution s^écarte beau-r coup de la mienne. L'expérience m'a prouvé que , toutes les fois qu^le bled sortait en abondance des pays du Caucase , cei;te exportation avait les résultats les plus funestes; et l'observation me suffit pour le moment.
Ce n'est point la première fois y j'en conviens , que
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des projets aussi gigantes^es ont été conçus. Les historiens des temps les plus reculés en font mention. Pline, entre autres, rapporte (Hist. nat.,Ub. 6, chap. 2.) que Seleucus Nicanor, dans le temps même où il périt assassiné, s'occupait des moyens de jbindre les deux mers. Outre les raisons qu'on vient de lire , les recherches que j'ai faites , les nivellements dont je me suis occupé , me portent à croire fermement qne cette jonction n'a pu avoir lieu par le Kour avec k Rion (Phase) , le Batoumi , ou toute autre rivière {*}. D'autre part , un canal entièrement de main d'honnme serait une entreprise folle et inachevable. Si les vues de ce grand monarque ont été tant soit peu réfléchies , elles se seront portées , comme celles d'un prince moderne non moins illustre , sur le Don et le Volga. En i6g6, Pierre I*', pour réunir la mer Caspienne à celle d'AzoflT, et par conséquent à la mer Noire, ordonna de creuser un canal qui aurait en environ 4 werstes et demie (une lieue) depuis la source du Kamisinska qui se jette dans le Volga jusqu'à celle de la Lafla qui a son emhouchure dans le Don. Les travaux de canalisation de ces deux petites rivières auraient été peu importants : la nature avait presque tout fait, et, non seulement les navires marchands,
(*] La différence [moyenne du niveau des deux mers m'a donné 5oo pieds.
mais même les vaisseaux de guerre du plus haut rang auraient passé d'une mer à l'autre. Ce travail fut malheureusement confié à un colonel allemand au service de la Russie^ nommé Breckell , liomm^ qui passait pour très-habile dans l'art de la fortification, mais ipiiy à ce qu'il parut, n'était que médiocrement versé dans la science hydraulique. Menacé d'être mis en jugement , il sut se procurer un faux passeport et déserta. Le Gzar chargea depuis de continuer les travaux de canaUsation, M. Jean Perry, capitaine anglais qu'il avait pris à son service en 1798, durant son voyage en Angleterre, et qu'il avait conduit avec lui en Hollande pour y observer particulièrement les bassins, les canaux et leur écluses. Mais après la bataille de Narva , la guerre contre la Suède mettant l'empire en péril, le travail de jonction fut suspendu vers la fin de 1701. En 181 1, en faisant route vers la Géorgie, je me rendis à Kamisinska et j'y reconnus les ruines d'une écluse construite par l'ingénieur allemand. Il paraît que le capitaine Perry avait choisi pour y établir ses travaux un terrain situé plus au midi que celui qu'avait désigné son prédécesseu?;ce dernier était trop élevé en plusieurs endroits, 11 est probable que , si la mort n'était venue enlever à la Russie le plus grand monarque qu'elle ait eu, ce projet aurait été conduit jusqu'à son entière exécution. Ainsi les flots solitaires de cette Caspienne, qui n'est
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qu'une espèce de vaste lac, auraient désormais fait partie de l'immense Océan qui entoure et lie ensemble toutes les parties de la terre habitée : la communication se serait faite par les lieux mêmes qui avant quelque grande catastrophe du globe étaient aussi une mer ( Voyez page 25 ). Si , par suite de la guerre déjà commencée, la navigation du Bosphore devient entièrement libre y il n'y a point de doute que la Russie ne reprenne et n'accomplisse le vaste et beau dessein de Pierre I«'.
C'en est assez sur l'état intérieur de la Géorgie. Je demande pardon à mes lecteurs de les avoir retenus si longtemps au point de départ, de leur avoir donné une dissertation quand* je leur promettais un voyage : Pamour d'un pays dont il me reste de bien doux souvenirs m'a entraîné dans ce que l'on considérera peut-être comme des digressions. On me pardonnera , ou plutôt on sautera quelques feuillets pour arriver-jusqu'ici : maintenant, je pars.
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