‹ Itinéraire de Tiflis à Constantinople;Chapitre 32 sur 44 · REGNE ANIMAL · texte numérisé non relu

REGNE ANIMAL

£n parlant des animaux de ce pays, nous commeâcerons par les quadrupèdes , dont il nourrit quantité d'espèces et dont quelques unes, particulières aux climats chauds, ne se trouvent dans aucune des autres provinces de TEmpire Russe.

Les animaux carnassiers que l'on rencontre ici sont : |a Panthère , le Lynx Caspien , le Chat sauvage , l'Ours, l'Hyène, le Loup, le Chacal et le Renard.

La Panthère, commune dans l'intérieur de la Perse, est assez rare dans ces parages : ce n'est qu'aux bords du Kour que nos chasseurs en ont trouvé plusieurs; parce que ces animaux, probablement originaires des forêts du Talish et du Guillann ; s'égarant dans les vastes plaines stériles et dépourvues d'eau, que ce fleuve traverse, se réfugient dans la lisière des bois et des roseaux qui le bordent; où ils sont ensuite , pour ainsi dire resserrés , sans être tentés d'en sortir, à causé de la proie sûre et abondante qu'ils y trouvent. Les Panthères que nous avons vu ici*, ont jusqu'à 4 pieds de longueur depuis la tête jusqu'à la" racine de la queue , qui est longue de trois pieds, ^eur figure n'a rien d'extraordinaire, étant celle du Chat, genre auquel cet animal est rapporté par les Naturalistes. Lu couleur de son poil est un 'brup jaunâtre : assez foncé à l'épine du dos , il pâlit insensiblement et se con-

fond avec le dessous du corps, qui est blanc et sans taches.

Les habitants du pays le confondent sous le nom de Paleng avec les autres grandes espèces de ce genre; de la même manière , que chez nous les gens peu instruits leur donnent à tous le nom de Tigre.

Le Lynx Caspien habite les bois et les roseaux sur le Kour. Il a exactement la figure du lynx des pays septentrionaux ; mais il est plus petit.

Les Ours et les Loups habitent les forêts de la chaîne des hautes montagnes. On a vu des Hyènes dans les bois et dans les roseaux aux bords du Kour; mais elles y sont fort rares , et viennent probablement des provinces situées plus au Sud.

Les €hacals répandus sur tout le pays préfèrent les environs des viUes, où ils trouvent plus de cadavres , dont il»aiment à se nourrir : c'est pour cette raison qu'on les trouve en grand nombre près de Derbend, de Chamakhi^ de Salliann, où ils font retentir pendant la nuit leurs voix réunies /en commençant par un hurlement, et terminant par des cris , que je ne. saurais mieux comparer qu'à des clameurs aiguës et interrompues que pousser aiept des jeunes gensà peine adultes. Au reste nous sommes dispensés de donner la description de cet animal ^ parce que l'ouvrage de G melin en contient une très-détaillée. Le Renard estfort commun , et les chasseurs en ont remarqué d'un poil brun ; ils prétendent même en avoir vu de noirs, pareils à ceux que Ton trouve sur la côte d'Anatolie.

Les forêts sont peuplées de Cerfs et de Chevreuils, et l'on rencontre quantité de Sangliers dans les marais couverts de roseaux, et principalement sur le Kour. Dans les districts arides^ surtout entre le Kour et les montagnes, on vpit des troupeaux de Gazelles, dont je rapporterai les caractères distinctifs , parce que

l'Orient renferme beaucoup d'espèces de ce genre. La Gazelle à petit goitre (Antilope subgulturosa ) est plus petite que le Chevreuil et d'une couleur plus pâle. Sa queue est longue d'environ 6 pouces et terminée par une touffe de poils noirs. Elle a des cornes sans andouillers, noires et semblables quant à la grandeur à celles de la chèvre domestique ; mais elles, en diffèrent par la à 18 anneaux, qui les entourent depuis leur basQ, et^ar une pointe unie et lisse, tournée en dedans et courbée un peu vers le devant. Les habitants appellent cet animal Dgirann , nom qu'il& donnent également au Chevreuil et à d'autres animaux semblables. On mange la chair de cette Gazelle , mais ce n'est pas un manger bien friand. ' Le Lièvre, de l'espèce qui ne change pas de couleur en hiver, est extrêmement commun ici, principalement dans la plaine du Kour , du côté qui confine aux hautes montagnes. On encontre aussi des Blaireaux , des Martres, des Belettes et des Hérissons. Les Lesghis ont dans leurs montagnes une espèce de Martre ou Fouine, d'une couleur brune roussàtre , dont la peau se débite en Géorgie. Ils nomment cet animal Ttatlo; les Géorgiens l'appellent' Quêma ; en Russe Kounitza» ( £n général le Lesghis et le Géorgien sont, non point deux dialectes, mais deux langues tout-à-fait différentes. )

Les connaisseurs peuvent observer beaucoup - d'espèces de petits animaux de la famille des Rats et des Souris. Le rat ordinaire n'est cependant pas de ce nombre. Le Lièvre de terre ou la Gerboise , espèce intermédiaire entre les genres du lièvre et du rat , se fait remarquer par sa figure et par son maintien bizarre.

Dans la classe des oiseaux, on voit des Aigles' d'une grandeur peu commune, et différentes espèces de Yau«> tours, particuliers aux climats nshauds. Le Faucon est aussi du nombre des oiseaux de ce pays , et fort estimé des Khanns et autres Seigneurs, qui le font dresser à la

chaaie. Les oiseaux de proie sont géoéràlemeot trèsnombreux , vu que la grande quantité de petits quadrupèdes et oiseaux 9 qui peuplent les montagnes et les plaines , leur fournissent une abondante nourriture. Quantité d*oiseaux aquatiques et des marais habitent les côtes et le voisinage des rivières.

On voit partout dans les fonds humides nombre d'espèces de Bécasses , de Bécassines, ainsi que des Râles d'eau , et je suis d'avis, qu'avec l'attention et les moyens nécessaires on en trouverait plusieurs peu connus parmi les ornithologues*

Le Faisan est ici dans la patrie que les Naturalistes lui ont assignée 9 en l'appelant dans leurs systèmes Coq de la Colchide ou du Caucase (Phasianus colchicus). Aussi on en voit quantité dan*» les bois, et parmi les roseaux. La Perdrix grise («^triy^iti en Russe) , est répandue sur tout le pays; l'on rencontre, quoi qu'assez rarement la.Perdrix rouge, que les chasseurs Russes appellent Pei> drix de la Perse. On observe aussi deux espèces de ce genre peu connues ailleurs,, et absolument étrangères k la Russie; c'est-à-dire la petite Perdrix ou Gelinotte des bois à queue fourchue (Tetrao alchata Linn, ) et la Per* drix des Indes (Tetrao francoUnus L. ). On en trouve quantité aux environs de Sallian* On la voit, contre les mœurs des oiseaux de la famille des perdrix, se rassem-* bler en hiver en troupes nombreuses , surtout lorsqu'il fait des froids rigoureux. La Perdrix des Indes habite les roseaux le long du Kour , où on eu rencontre beaucoup* Elle a les mœurs delà perdrix ordinaire, mais elle la surpasse en beauté pour le plumage et un peu en gran* deur.

Les oiseaux'de passage traversent cette contrée en volées immenses ; niais la plupart ne s'y arrêtent pas, allant au printemps chercher les grandes rivières de la Russie , en automne celles de l'intérieur de la Perse et duTurkistan.

L*histoire des insectes de ce pays ][>romet de belles découvertes aux naturalistes^ qui auraient le loisir et les moyens de s^occuper. exclusivement de cette partie.

On verra plus loin une description des papillons éphé- . mères et lumineux que j'ai observés sur le Phase.

Le plus dangereux des insectes de la Géorgie est sans contredit le Scorpion Araignée (Phalangium araneoides Lin). Il atteint la longueur de trois pouces, et il ressemble à Taraignée, sans avoir pour Toéil rien de commun avec le écorpion. Il a le corps oblong, d^uùe couleur grisâtre tirant un peu sur le brun clair, avec une tache noirâtre au milieu. Ses pieds sont longs et minces, avec des poils beaucoup plus longs que ceux dont le corps de cet insecte est couvert. A la base des deux pieds de derrière on remarque 6 petites écailles transparentes^ qui peuvent servir à distinguer cette espèce. Sa tète se termine par deux vessies remplies de venin , qui ont à peu près la longueur du corselet , et dont chacune est armée en direction verticale de deux crochets très^-aigus , avec les- |uels ranimai mord, tandis qu'il fait couler dans la olaie une partie du venin contenu dans les vessies, j'ai vu plusieurs exemples des effets pernicieux de ce venin : ils m'ont confirmé la remarque des naturalistes , que de tous^ les animaux , à l'exception peutêtre du Serpent à sonnettes, le Scorpion araignée a le venin le plus fort. Dans l'espace de peu de moments l'enflure s'étend de la morsure à tout le corps , avec les symptômes de la plus forte inflammation : la masse du sang est infectée, et la crise se termine par la piort , si les remèdes ordinaires contre la morsure des bêtes venimeuses, ne sont pas d'abord employés.

La vraie Tarantule n'est pas aussi dangereuse ; je crois même que beaucoup des anciennes fables sur

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les effets de la morsure des Tarantules, se rapportent plutôt au Scorpion-araignée.

Je terminerai ici cette note, dé)à trop longue , en demandant pardon à ceux de mes, lecteurs qui ùt s'appliquent point aux sciences naturelles de les avoir arrêtés si long-temps.

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