CHAPITRE XII
Excursion commerciale. — Âmaûe. — Strabon. — Caravanscraï. — . Tokat. — ^Marsevan. — Castambol. — Foire de Japratchli Panaïr. — Commerce dé Sinope. — Retour le long du rivage.
Muni d'une recomniandation du Mousselim de Sansoun pour le padia d'Amasie et pour les différents commandants de la contrée, je pris un guide et des cheyaus, et je me mis en route accompagné de mon fils. Je laissai le reste de ma famille à Sansoun ; et Paccueil que nous y avions reçu y ne me laissait rien à craindre pour sa sûreté.
Noos descendîmes d^abord jusques près des ruines d'Àncône , et nous rencontrâm^ bientôt PÉkil Innak que nous côtoyâmes jusques à Pen*droit où le Tokat Irmali, qui autrefois empruntait à PÉkil son nom antique d'Iris, vient se jeter dans ce dernier fleuye. Nous suivîmes alors la vallée dans laquelle coule la rivière de Tokat, vallée qui se prolonge jusqu'à la ville de ce nom. A notre gauche nous apercevions dans le lointain le cap Therméh : une chaîne de montagnes nous masquait la vue de côté de Sinope. A mesure que nous nous éloignions de Sansoun, nous rencontrions
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plus rarement des villages grecs : comme leurs ancêtres , les descendants des colons hellènes aiment encore les rivages de la mer retentissante (ir«^^/M ictik99husCm ^nxitir^i) .Nous fimcs eudeux jours le Tojage de Sansonn à Amaste : on compte 24 heures de marche. D'Amasie à Gon^ntinople, si l'on voulait prendre la route de terre, on aurait à parcourir une distance de 160 lieues, ce qui ne fait qu'environ i5 jours de marche. Pourquoi donc s'obstiner,, quand même on n'aurait point d'échelle sur la mer Noire, à aller chercher celle de Smyme dans la Méditerranée?
Amasia est une des villes les plus anciennes de la.Gappadoce : on la confond quelquefois avec Néocésarée, aujourd'hui Tokat, dont j'aurai à parler tout à l'heure. Mais Amasie a toujours conservé son nom antique. Les Arabes eux - mêmes l'appellent AmaaijrcJi, Elle a vu naître le Grand Mithridate et le géographe ^trab(m. Il nous fut aisé de reconnaître la chère patrie que ce dernier a décrite avec tant d'amour : en approchant de la ville le chemin passe entre une suite de beaux jardins bien cul tivés et plantés d'arbres dé toute espèce. On y remarque néanmoins, ce qui n'existait point du temps de Strabon, une grande quantité de mûriers pom* la^ourriture des versa soie. Au pied des collines, car les sommets sont incultes, on voit encore les vignes qui se cultivent avec là bêch^ et en rennxant très-
profondément. En général la nature a peu changé: mais on ne retrouve plus les murs qu'a décrits le savant géographe Çpatriœ nostrœ mœnia munitissima). Cette ville, autrefois si riche et si peuplée, compte encore de quinze à vingt mille habitants, dont huit cents environ sont Arméniens : le reste se compose de Mahométans. La ville est encore traversée par le Tokat Irmak (Iris), qui est représenté assis sur toutes les médailles d'Amasie. On passe cette rivière sur trois ponts de pierre fort anciens, mais un peu délabrés ; deux autres ponts en bois sont réservés aux piétons.
Les renseignements que je pus recueillir sur le commerce de cette ville se bornent à ceci. Le vin qui est excellent se vend peu au dehors : en 1817, le prix, en était d'une piastre ( 80 centimes ) le batman ( t 5 livres ) ; mais chaque habitant cultive un petit vignoble ou achète du raisin pour faire son vin; la vendange se fait.en septembre. Le vin se conserve dans des jarres, car on ne connait pas l'usage des tonneaux , et si ^ l'on voulait exporter ce liquide en retour, il faudrait apporter avec soi ou faire confectionner sur les lieux des barriques ou des outres.
On récolte dans les plaines d'Amasie d'excellent opium que l'on vend de 22 à 23 piastres le cheqid: or, il faut go chequis pour faire une caisse nommée ^ojfeyldicpeMe pèse environ 34o livrés, ce qui donne
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pour le chéqui environ 3 lir. i , et cette denrée revient par conséquent à près de cinq francs la livre (*). On voit quel bénéfice énorme il y aurait à faire sur cette drogue si recherchée dans l'Orient et que Pon s'obstine toujours à faire venir par l'Asie mineure.
On distingue trois qualités de soie écrue à 16, 18 et 20 paras (32, 36 ou 4o centimes, attendu que la piastre fait 4o paras) le miskal de 126 dragmes (3o onces). On exporte par an 25o charges de cette marchandise qui vont à Alep, Tokat et Diarbekir.
On fabrique à Amasie comme à Tokat des indiennes grossières et mal teintés, auxquelles il ne serait pas difficile de faire préférer des étoffes d'Europe.
En quittant Amasie, nous vîmes, sur le sommet d'un rocher, un fort oii se trouvent plusieurs chambres creusées dans le roc , et de chaque côté de la route s'élevait un édifice assez bien conservé dont nous ne pûmes connaître la destination. Ce sont sans doute des caravanseraïs construits du temps des Califes.- Nous suivions toujours la même Yallée, et pendant cinq heures notre route fut comme une allée percée travers un- immense parterre ; mais
(*) Bien entendu que tous ces prix sont ceux de 1818.
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alors nous entrâmes dans les moDtagaes d'où l'on ne sort qu'une heure ayant d'arriver à Tourkhal" situé à 13 lieues d'Aniasie. Durant tout le temps que nous fuines dans le déûlé, nous eûmes à notre droite une route ancienne, taillée dans le foc, six pieds plus Itaut que celle que nous suivions au pied des rochers. A moitié chemin, nous ^mes sur notre gauche un caravanseraï isolé. Il est bâti en pierre et soutenu par quatre rangs de coloines. Dans l'intérieur on trouve une trentaine de chambres avec leurs cheminées : elles forment une espèce de clcàtre , et l'enceinte du milieu est assez spacieuse pour que les bêtes de somme et les montures y ti-ouvent un abri. Il y a près d'un siècle qu'un Turc fort riche, passant par cette route au milieu des froids de l'hiver, fit vœu'd'y bâtir Cet hospice qui lui coula plus de 200,000 piastres(i). Tourkhal , oiî nous passâmes la nuit, n'est qu'un bourg composé de quelques maisons construites en argile et à terrasse. Il est assis dans une plaine fertile , où l'on voit s'élever nu rocher tout-à-fail isolé, au sommet duquel est une tour en ruines. Le chemin qui conduit de ce bouig à Tokat traverse une belle plaine qui s'étend même à trois ou quatre lieues au-delà de cette ville. La rivière de
(*) A cette époqne la piastre turque valait a francs.
Tokat roule paisiblement ses flots à trayers des campagnes bien cultivées. On la passe sur un pont de pierre, deux heures ayant d'atteindre la ville: on rentre alors dans les montagnes, et l'on n'aperçoit Tokat qu'au moment même où l'on y entre : ce qui ajoute encore, par le charme de la surprise, à la beauté du coup d'œil.
Tôkat est bâtie irrégulièrement en amphithéâtre, sur la pente des rochers escarpés qui la cernent à^ deux côtés. Comme elle est fort resserrée , elle s'étend jusqu'à une distance de deux lieues , et les édifices s'efTaçent dans le lointain du défilé. Sept dômes ou clochers la couronnent, et un vieux fort la domine sur la gauche. Son aspect est sombre , et plus sombres encore les pensées qu'il inspire : car c'est là que furent détenus les malheureux Français faits prisonniers en Egypte.
La population de Tokat est de 4o,ooo âmes, dont i>5oo Arméniens et 200 Grecs : le reste est Turc. La ville est gouvernée par un Mousselim qu'y envoyé le Pacha de Sivas, l'ancienne et célèbre Sébaste, située à 20 lieues^ au midi et au-delà des montagnes.
On travaille à Tokat la soie d'Àmasie. Le coton , que l'on cultive sur les lieux-mêmes , s'y file pour en- faire des étoffes : il s'en emploie près de 800 balles par an. Tokat a aussi deux gi^ndes fabriques où l'on imprime sur toile; et 5oo ballots d'étofies
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imprimées s'expédient chaque année pour la Crimée, G)nstantinopIe et Smyme. C'est de cette dernière ville que Tokat tire les drogues nécessaires pour la teinture , telles qu'indigo , cochenille, etc. On fait aussi à Tokat de la vaisselle de cuivre. Ce métal y arrive brut, comme à Trébizonde, des mines d'Arkaweh, et c'est ici seulement qu'on le met en pains cubiques. Les mulets vont de Tokat à San- ^oun en six jours, à 25 piastres la charge , et à Trébizonde en huit jours, à 3o piastres.
J'aurais voulu visiter Si vas et les lieux adjacents si fameux dans l'histoire sacrée et profane. On trouverait, d it-on , daûs.cette ville, qu'aucun voyageur instruit n'a encore visitée, un grand nombre d'inscriptions grecques et latines propres à éclaircir quelques points intéressants de la chronologie;mais mon temps était compté. Je. repris la route que j'avais suivie, et, revenu à Amasie, je me dirigeai vers Marsevan. On entre d'abord dans un défilé qui s'élève peu à peu , et d'oii l'on voit derrière soi Âmasie, formant une demi-lune couronnée des montagnes qui laissent cependant une ouverture du côté de Tokat.
Marsevan n'est à proprement parler qu'un bourg ; en Flandre ce ne serait même point un village. 11 peut y avoir 3,ooo habitants, dont i,ooo Aiméniens et quelques Grecs : les chrétiens y sont peu vexés.* Marsevan fournit,comme Âmasie et Tokat, quelques
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toiles peintes, trop grossières. On peut y acheter annuellement 10,000 peaux de lièvre à 35 paras et l'on paierait facilement cet achat avec du café d'Amérique qui y vaut 3o piastres le Batman. De Maryse van à Sansoun, 18 lieues; on paye 10 piastres la charge : à Amasie, 8 lieues , 5 piastres.
De Marsevan nous allâmes à Adjikevi, village de 4oo maisons, dans les environs duquel le Grand Seigneur fait exploiter une mine d'argent et de plomb d'oii l'on tire par an 5oo ocques (l'ocque vaut 3 livres , donc i,5oo liv.) du premier métal, et de l'autre 1,000 batmans, (le batman vaut 5 ocques ou i5 livres, donc i5,ooo livres).
Nous avions fait déjà quatre lieues. Nous tra« versâmes alors des montagnes couvertes de taillis. Nous payâmes pour nos guides , au poste de Karadj , le tribut de 45 paras que tous les chrétiens sujets de la Porte y doivent au Grand Seigneur. Alors nous descendîmes dans une vallée plantée de vignes, et enfin , après huit heures de marche , en arrivant à Osmandjouk, nous vîmes se déployer les ondes du Kisil Irmak, qui partage ce bourg en deux parties. On passe ce fleuve sur un beau pont de quinze arches dont plusieurs sont très-hardies. Ce monument est large et bâti en pierre de taille : on en fait remonter la construction à une haute antiquité. Le pont est dominé par un fort qui tombe en ruines, mais qui pourrait servir encore à rendre le passage
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impraticable , étant situé sur un rocher à pic mu resserre la roule. On y voit plusieurs chambres creosées dans le roc. Les habitants d'Osmandjook sont fort pauvres et ne subsistent qu'en vendant h bas prix le bled qu'ils cultivent.
Hadji Stanza, que Pon trouve à sept lieues d'Osmandjouk en descendant le fleuve, est un village entouré de mauvais murs crénelés et flanqués de de tours. On rencontre snr cette route des bandes de Gurdes nomades et pasteurs. Les campagnes des environs d'Hadji Stanza sont engraissées avec du fumier, chose rare en Asie !
Là nous quittâmes le Kisil pour suivre les bords du Delidévris qui arrose de vastes rizières et de belles plantations de cotonniers. Après neuf heures de marche nous nous trouvâmes à Totia. Cette ville, ou plutôt ce bourg, situé sur le penchant d'une colline , ne compte que 600 habitants , pres-^ que tous Turcs. Totia fournit des peaux de marc-' quin rouge à 35 piastres les cinq ; 4 à 5ooo peaux de lièvre à 26 paras la pièce, «t du riz en abondance et à vil prix. De Totia à Sinope les mulets mettent six jours et l'on paye 22 piastres la charge.
Gastambol, à dix lieues de Totia, est située dans une vallée fertile, arrosée par une petite rivière qui traverse la ville. Elle n'a d'autres fortifications qu'un ancien château placé sur une hauteur. Cent vingtmaisons Composent le petit quartier des Grecs^
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Les Arméniens y ont quinze ou vingt maisons : 30,000 Turcs forment le reste de la population. Ces Turcs sont peut-être les plus barbares de toute l'Asie : ils font éprouver aux chrétiens toutes sortes de vexations et d'avanies, ce cpii arrive du reste, comme on a pu le voir , partout où leur force est tout- à -fait disproportionnée au petit nombre des habitants étrangers à leur religion. Tout le commerce de cette ville j8St entre les mains de quinze ou vingt maisons turques et de quelques Grecs de Kaisariéh (Gésarée) qui s'enrichissent continuellement. On y fabrique des indiennes (basmd) , de la vaisselle de cuivre , du fil et des étoffes de coton. Le cuivre brut y vaut 1 8 piastres le batman ( à peu près un franc la livre ). On ramasse dans les environs 25,ooo peaux de lièvre qui se vendent 4o paras la pièce. Ces peaux sont envoyées à Smyme, où les mulets vont en vingt-six jours au prix de 60 piastres.
Venons -* en aux objets d'importatibn« La ville compte 66 ^ands cafés et plus de 1 00 petits : que l'on joigne à cela la consommation particulière et ce que les habitants des villages voisins viennent acheter à la ville , et l'on pourra estimer que l'on consomme par jour à Castambol environ 42 batmans (65o livres) de café. Smyrne seule envoie annuellement i5,ooo batmans ( 336,000 liv.). Castambol tire d'Angora le beau poil de chèvre {tistic)
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dont on fabricpe ces serges nommées shallis cpî avec les camelots {sof^ ont fait la réputation et la fortune de cette ville.
Il se tient tous les ans une foire à quinze lieues de Gastambol, au pied de la montagne de Japratchli panaïn Elle s'ouvre quinze jours avant le ramazan et ne dure que trois jours. Plus de cinquante mille marchands y arrivent de toutes les parties de PAsie. C'est là que Pon trouve les mousselines légères de G)nstantinople et de Brousse, dites dul^ pend jeménys et tchembers: les coussins de sophas ou bouroundjouk et les chemises de gaze fine de Salonique; les dentelles de soie, d'or et d'argent; les brillants tapis ou haléh de Smyme; les bourses de mille couleurs ou aladjéa de Magnésie , le tabac d'Antioche; les tennsuh ou pastilles du sérail; les pastilles rouges à la rose de Bucharest ; les kurs ou pastilles pour la pipe; l'aloès d'Arabie et les sandales de Chio.
En d'autres temps que la foire, Castambol envoie ses produits à Inéboli ; car le chemin de Sinope est presque impraticable; d'abord à cause de la montagne escarpée qu'il faut franchir, puis à cause des interruptions occasionnées par le Kirhguetchïkluk ou les quarante passages. C'est un ruisseau ou plutôt un torrent qui serpente tellement qu^avant de pouvoir s'en éloigner, il faut le passer quarante fois à gué. Ces gués sont profonds et remplis de
grasses pierres polies qui font tomber les chevaux et les mulets. Les vaisseaux sont cependant loin d'être en sûreté à Inéboli (l'ancienne Ahonotéichos^ ; ce n'est qu'une mauvaise rade où l'ancrage est difficile ou plutôt c'est une plage ouverte et battue par tous les vents. Le premier soin A&^ hommes entreprenants qui voudraient changer dans ce pays la direction du commerce, devrait être de chercher des moyens dç communication plus directs ou plus sûrs entre Castambol et la mer Noire.
De Castambol nous revînmes par le petit village de Taché Cupri et le bourg de P^oivaty plus considérable, mais où il ne se fait d'autre commerce que cpielques envois de graine de jaune et de salep à Sinope.
Nous arrivâmes enfin à cette dernière ville dont la description trouvera place plus loin. J'épuiserai seulement ici tout ce qui a rapport au commerce.
Sinope est l'échelle de Totia et de Castambol. Elle a au sud une excellente rade , et , à deux lieues à l'ouest, on trouve un petit port nommé Akliman, où viennent se réfugier les navires que les vents contraires ont empêchés de doubler le cap dangereux de Kérempéh. Le gouvernement français y avait autrefois un consul. M. Pouqueville y a résidé en cette qualité. Le Grand Seigneur a dans ce port un petit chantier fort étroit où l'on ne peut guères construire qu'un bâtiment à la fois; mais
ces navires ont une telle réputation de 'solidité que des négociants sollicitent comme une faveur et achètent quelquefois à prix d'or la permission de ' faire construire un petit bâtiment marchand à côté de la cale du vaisseau de guerre. Sinope faisait autrefois un grand commerce de poissons {^) séchés et salés ^ elle exporte encore du riz, des fruits, des peaux .et des planches qui sont fort recherchées.
En quittant Sinope pour regagner Sansoun, nous suivîmes, lé long de la mer, une assez belle route qui nous conduisit d'abord à Gerséh, à six lieues de notre point de départ. Près d'Aladjiam, à quinze lieues -de Gerséh, nous perdîmes de vue derrière nous le promontoire de Sinope. Le lendemain, après quatre heures de route, nous nous trouvâmes à Bâfra , ville située à cinq lieues de l'embouchure du Kisil Irmak ; nous traversâmes, sur un pont de bateaux ce fleuve qui peut être large en cet endroit comme la Meuse à Liège , et qui n'est cependant navigable, tout au plus pour quelques barques plates de pécheurs , que jusqu'à quatre lieues plus haut. Bâfra fdit un grand commerce de tabac : le bat man (i5 livres) y revient à 3 francs 26 cent ou 3 fr. 5o cent. Il est mis en tays (paquets) de dix à douze batmans , longs de 3 à 4 pieds , sur 1 8 a 20
C") Voyez la note à la fin du chapitre XII.
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pouces de large : six lattes sont placées sur la longueur du paquet , trois par dessus ^ trois autres par dessous , et des cordes serrent et enveloppent le tout. C'est en cet état qu'on lé ti^ansporte par toute la Turquie.. Enfin je rejoignis ma famille après une absence de quinze jours qui n'avait point été exempte d'inquiétudes et de fatigues.
J'ai recueilli dans cette petite excursion des documents que je crois précieux pour le commerce ; surtout si l'on se reporte au plan que j'ai développé dans le chapitre X. Je terminerai ce qui a rapport à ce sujet par une dernière observation : c'est que les préparatifs nécessaires pour l'exécution de ce plan et lés premières opérations même devraient se faire dans le plus grand secret, afin de ne point attirer l'attention d'un trop grand nombre de spéculateurs qui, comme il arrive souvent, s'empresseraient trop d'entrer en lîoncurrence.
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NOTE DU CiHAPITRE XII.
IGHTHT0I.OGIB DÉ LA MBE NOIRE.
Les baies et les ports de la Gappadoce et du Lazîstan , ainsi que le Bosphore , abondent en plusieurs espèces de poissons.
On distingue d'abord le Scombre qui appartient au genre du maquereau. Ce poisson voyageur , venant de la mer Blanche» dans la mer Noire n'est guère bon à manger, cependant on le sèche et les gens de la dernière classe s'en nourrissent.
L'Espadon ou Poisson-épée {Xiphias-ensis) passe de la mier Noire dans . la mer Blanche vers le mois d'août : on le prend dans le Bosphore où il est très-commun.
Deux, espèces de la famille des Thons , la Liche et la Palamide> fréquentent toutes ces mers.
Les Starridia (Scomber Trachurus, linn. ) n'y sont point rares.
Les Sardines y couvrent quelquefois une vaste étendue d'eau.
Mais le poisson dont la pèche y est la plus intéressante , c'est le Lufer : on le pèche la nuit en l'attirant au moyen d'une lumière )usques près de la barque ou on le prend à la main.
Deux espèces de Turbot , qui manquent à nos mers , se trouvent dans celle du Levant. Il y a d'abord celui que les Turcs nomment jBLa/A:an (bouclier), parce que sa forme est celle qu'ils donnent communément à cette arme défensive. Puis ,on en voit une espèce plus singulière , dont le dos est couvert d'osselets, et que les Francs de Péra nomment Turbot bouclé.
Le Bosphore seul possède en outre là Raie^ la Vive , le Scombre de roche et le Lapines, joli poisson, varié de mille couleurs brillantes, et qui fait un fort bel effet étalé sur les marchés de Constantin ople. Toutes les rivières de TÂsie abondent en Tjruites et en Saumons, et les jeûnes fréquents des Grecs et des Arméniens , en font faire une grande consommation.
Quant à ce dernier poisson, on sait qu'il remonte les rivières et même les chutes d'eau. Celui de la mer Caspienne, par exemple, remonte les cataractes du Kour et de r Araxe, dont quelques-unes ont plusieurs pieds ; et cela non en sautant comme on le croit généralement , mais par un mouvement particulier de la queue et des nageoires qui le fait remonter de lui-même , contre le torrent, et d'autant plus aisément que celui-ci est plus rapide : la nature de ce mouvement offre une question de mécanique animale qui mériterait d^étre examinée de près. Du reste ce voyage et ces efforts contribuent à améliorer le poisson, qui , fiévreux et malsain à Salian^ arrive très-bon vis-à-vis de Tiflis.
Le Shah-Maya (Roi-Poisson) que j'ai vu pécher en abondance dans le Kour, jusqu'à sa jonction avec l'Araxe, ressemble par sa forme à une jeune carpe de 8 à 1 o pouces , mais il est moins large. On ne le pèche qu'en automne après que. des nuées de cousins sont venues se noyer dans le fleuve et qu'il en a fait sa proie : il devient alors fort gras. On le mange quelquefois frais ; mais le plus souvent on l'enfume à Djavat pour l'envoyer par toute la Perse et la Géorgie. Je ne connais point de mets plus délicieux.
La mer Caspienne nourrit une si grande quantité d'hQjtes aquatiques de toute espèce, que les Persans disent proverbialement : On n'y peut jeter une pierre sans toucher un poisson é