‹ Itinéraire de Tiflis à Constantinople;Chapitre 37 sur 44 · CHAPITRE Xin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xin

Harem du Mousselim.-- La Tabatière. — - Cosaques Saporovi. — Charles XII. — Mazeppa. -^ Poules de Gerséh. •— Description de Sinope. — M. Origone. — Antiquités. — Histoire. — Inscriptions.

Pendant mon absence , tout le harem du Mousselim était venu en corps rendre une visite à ma femme. Ses favorites étsiient logées dans une petite maison de plaisance peu éloignée de la ville. Elles arrivèrent sur un char couvert d'une espèce de tente et trainé par des bœufs dont les cornes étaient ornées de rubans : marques de distinction que porte assez ordinairement en Turquie Pattelage des dames de qualité qui se mettent en voyage. On leur avait fait servir du chocolat (*), et vu l'absence de mon ûls, la visite se passa presque tout

{*) Les dames du pays ne prennent leur café qu'a près y avoir fait infuser une forte dose de cannelle ; et il fallut leur préparer ce mets singulier. Les confitures géorgiennes que ma femme avait apportées 9 fureut également de leur goût.

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entière en pantomime. L'Eunuque qui les avait accompagnées ne les quitta pas une minute. Ma femme essaya de les distraire en leur montrant sa toilette qu'elles, examinèrent avec curiosité , et en témoignant vivement leur surprise à chaque ob«jet nouveau. Elles acceptèrent avec plaisir quelques bijoux d'or et un coupon de dentelles. L'accueil que nous avait fait leur maître valait bien qiielques honnêtetés de notre part : et pourtant ces pauvres femmes ne savaient comment témoigner leur re*connaissance. Une d'elles , en disant adieu à ma femme, lui fit entendre qu'elle ne la reverrait plus de long «-temps; mais elle lui montra du doigt le ciel, comme pour lui dire : Là haut!

Le Mousselim nous fit avoir place sur une barque qui partait pour Sinope. Elle avait à bord quelques jeunes théologiens qui allaient faire leurs études à Constantînople.

Avant de partir je voulus dédommager le Turc qui, avec sa famille , avait quitté sa demeure pour nous la céder : mais il me dit qu'il avait ordre de ne rien recevoir. Et en eflfet, il ne voulut rien accepter, même sous le sceau du secret, et il déjoua plusieurs petites ruses que j'employai pour lui laisser ce que je croyais lui devoir. Mon fils s'en étant ouvert au Mousselim, celui-ci lui dit : Vous avez été mon hôte : vous devez sortir de mon gouvernement comme vous y êtes entré. '

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Dans une des dernières visites que je lui rendis^ je lui fijs dire par mon fils que je désirais lui .laisser un souvenir : je le priai d'accepter une fort belle jMiire de pistolets que je portais toujours sur moi : mais ir refusa obstinément quoi que ce fût, et je YÎs que ce serait Poffenser que d'insister davantage. Cette noble conduite me fit songer à celle qu'avaient tenue envers moi les commandants qui m'avaient rançonne : mais je n'eus pas besoin de longues réflexions pour voir que toute la difierence consistait dans ma qualité d'hôte, et dans l'importance que les Turcs attachent à cette relation. Peutêtre cet Omai'-bey qui m'avait pris mes cuillers d'argent ne l'eût-il pas fait si je lui eusse été recommandé; mais CQ dont je ne puis douter cependant, c'est que mon bon Mousselim de Sansoun, à la place d'Omar même , ne m'eût rien demandé du tout

Néanmoins, je finis par laisser un souvenir à mon généreux hôte , et ce fut une simple tabatière en carton. I^a conversation avait roulé sur les grands événements qui venaient de se passer en Europe , et sur la chute du conquérant dont les Orientaux attendaient tôt ou tard une visite : jusqu'en 1818 même, ils n'avaient pu croire à sa captivité. J'avais sur moi une tabatière , sur le couvercle de laquelle on avait représenté grossièrement Napoléon debout sur un rocher de Ste.- Hélène, et gardé à

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vue par des soldats anglais. Je remis ce petit tableau entre les mains du commandant, en lui faisant expliquer le sujet qu'il représentait. Allah ! s'écria-t-il en levant un bras vers le ciel. La boite passa de main en main, parmi les Turcs de distinction dont se composait le cercle , et tous répétèrent la même exclamation. En ce moment le cri de la prière se fit entendre 3 chacun se leva : je pris congé , et ma tabatière resta à mon hôte. J'en fus heureux ; quoique j'eusse préféré lui avoir laissé un objet de quelque prix.

Nous mimes à la voile dans l'après-midi pour traverser les deux golfes , dont j'avais parcouru naguères les rivages. -Après avoir longé la côte durant quelque;^ heures, nous jetâmes l'ancre dans la baie de Koumdjougas ^ près d'une petite rivière que l'on croit à tort être une des bouches du Kisil-Irmak. Le mauvais temps nous arrêta toute la nuit dans cette rade , qui est très-bonne et qm' peut avantageusement suppléer au port de Sansoun. Ce ne fut que le lendemain que nous pûmes doubler la pointe à l'extrémité de laquelle le Kizil- Irmak s6 jette réellement dans la mer, par deux embouchures peu éloignées l'une de l'autre , en formant une petite ile. C'est sur ce fleuve , dans des vallées fertiles, au-dessus de Bâfra , qu'habitent les cosaques Saporovi, transplantés là par une suite d'événements qu'il faut reprendre d'assez haut

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Les cosaques de l'Ukraine, irrités de l'infraction de leurs privilèges par la Russie , ne cherchaient qu'à secouer le jour de cette puissance y pour se réunir à la Pologne, sous la domination de laquelle ils avaient déjà vécu, suj'ets et non point esclaves. Dès le commencement de la guerre entre Charles XII et Pierre le grand, Mazeppa, leur chef, correspondait avec le roi de Suède , et lui avait promis de se joindre à lui , dès qu'il serait arrivé sur les frontières du pays. Dans l'automne de 1 708 , Charles s'avança tout-à-coup vers les bords de la Desna, où Mazeppa devait le joindre avec 3o,ooo hommes : il n'y trouva que les Russes , et bientôt Mazeppa survint avec six mille hommes seulement , débris de son armée. Des lettres avaient été interceptées. Le prince Menzikoff avait surpris la forteresse de Butturin : il avait fait pendre le gouverneur de cette place et empaler quelques officiers russes ou étrangers qui avait trempé dans la con^ spiration : de ce dernier nombre était M. De Koningsegg, frère du célèbre envoyé de Pologne.

Mazeppa resta fidèle à là Suède ; il réussit à procurer quelques secours à Charles , durant l'affreux hiver de 1709. Enfin , au mois d'avril , les Cosaques Saporovi qui habitaient les environs du Dnieper ou Boryslhène , au-^elà des cataractes ( Porovi ) , près de l'embouchure de la Somctr, furent soulevés par Mazeppa , et se joignirent aux troupes suédoises ,,

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pour faire le siège de Pultava. Après la défaite des Suédois près de cette ville , les débris du Pulk des G>saques suivirent ceux de l'armée royale et les aidèrent à franchir le Borysthène. Ils arrivèrent tous ensemble à Bender, en Bessarabie. Tous les Suédois pris dans là retraite furent bien traités par les Russes : les Cosaques furent écartelés ou roués. Les Saporovi , irréconciliables désormais , servirent les Turcs durant la guerre que ceux-ci commencèrent bientôt. Alapaix^le Grand Seigneur leur céda, sur les bords du Kisil-Irmak , les terres qu'ils occupent maintenant. Ils s'y rendirent sous les ordres d'un chef nommé Pétroff. Toujours implacables ennemis de la Russie, à chaque guerre entre les deux puissances, ils se rendent sur le Danube, et forntent l'équipage des chaloupes canonnières qu'ils dirigent avec une grande habileté. Ils ont conservé leur religion , appelée en slave, Staréa i;f?/*a , ancienne foi. Elle est extrêmement simple : la prière et les prédications se faisant souvent en plein air. Si les Saporovi sont fidèles à leur haine envers les Russes , ceux-ci ne le sont pas moins à leur ressentiment etivers les parjures. Le premier et dernier dimanche du carême, Mazeppa et les siens sont anathématisés dans le Préclady espèce d'excommunication prononcée contre les traîtres à la patrie. Mazeppa ne suivit point les Saporovi : il mourut à Galatz , sur le Danube, et y fut enterré dans une église qu'il avait

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fait bâtir de son vivant j sa sépulture y est éclairée par une lampe, pour l'entretien de laquelle il a fondé une rente perpétuelle. Les Russes , qui se sont trouvés tant de fois en possession de Galatz , ne paraissent pas encore avoir songé à éteindre ce singulier luminaire.

Revenons à la mer Noire. A l'embouchure d'une des branches du Kisil-Irmak , on aperçoit les ruines de Zagora etde Konopéa, anciennes colonies Slaves.

L'Halys, qui prend sa source en Cappadoce, séparait autrefois le royaume de Grésus de celui des Perses. Les conquêtes de Cyrus effacèrent cette démarcation , qui ne fut rétablie ni durant la <:onquête romaine, ni après celle des Califes. Tout le pays, depuis Sinope* jusqu'à Trébizonde, est compris par les Turcs sous le nom de DJanik.

Nous relâchâmes bientôt à Gerséh (l'ancienne Kdrusa ) , mauvais port où nous ne vîmes rien de remarquable qu'une espèce de coqs et de poules d'une taille et d'une grosseur étonnante. Ils de^ vaient bien peser deux ou trois fois autant que les nôtres. Je regrettai plus tard de ne pas avoir pris quelques-uns de ces animaux pour essayer de les acclimater.

Durant tout le trajet, le temps fut marqué pour nous d'une manière triste et monotone par les dévotions fréquentes des jeunes Néophytes qui se rendaient à Constantinople. Ils ne manquaient point

de faire leurs prières cinq fois le jour à hautevoix et avec de grandes démonsti^ations de piété. Le second du navire , nommé Abubekir, n'avait d'autre occupation que de regarder le sablier et crier la prière aussitôt que cet instrument en marquait le moment précis.

Ce supplice finit quand nous fumes en vue de Sinope. Le port de cette ville est au sud, et c'est de ce côté que nous l'aperçûmes d'abord, assise en quelque sorte sur une espèce d'isthme et couverte par un promontoire élevé que l'on aperçoit de fort loin en mer. La presqu'île peut avoir environ six milles de circuit, et en avant du cap se trouve , à cent brases vers l'est , une masse de rochers qui sort de la mer. Cest bien encore là Sinope, teUe que Polybe (*) et Strabon l'ont décrite.

Nous ne débarquâmes point dans ce port du sud, entièrement ouvert au vent d'est, mais nous doublâmes le promontoire et nous allâmes jeter l'ancre dans le petit port à^Ahliman^ l'ancienne Hermenis dont parle Xénophon et où débarquèrent les Dixmille.

Ce qui resté de cet ancien port décèle un ouvrage des temps les plus reculés et un travail cyclopéen. On y voit encorç'des escaliers de pierres

(*) LiB. IV, c. 57.

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blanchâtres {Jlk limon signifie blanc port). Ce sont des masses énormes taillées dans les rochers envi-r roonants et parfaitement bien adaptées entre elles.

Nous prîmes des cheyaux pour nous rendre à la ville, distante d'environ deux lieues, et nous allâmes descendre à l'hôtel du consulat de Russie. Les trois Russes que j'avais amenés furent d'abord remis au secrétaire du Vice-Consul.

Le lendemain de notre arrivée, M. Origone, Corse qui commandait le brick marchand VAthénienne ^ sous pavillon russe , vint relâcher dans le port du sud. Le mauvais temps avait endommagé son navire et il n'y avait pas un moment à perdre pour le réparer. Il vint au consulat , et comme le Viceconsul était absent, ce fut à moi qu'il exposa sa position. Il ne savait comment s'y prendre pour faire faire à son vaisseau les réparations nécessaires, les Beys accordî^nt difficilement au:t étrangers la permission d'employer les ouvriers du chantier. Nous convînmes que je ferais avec M. Origone une visite au Comimandant ou Mousselim , nommé Ibra-* him Aga. Quoique mon intention fut d'observer soignuesement la place et ses abords, je ne cachai point le caractèi^ dont j'étais j^evêtu, et je me mis en uniforme, sachant bien que si cela pouvait rendre mes observations subséquentes plus difficiles , cela m'aiderait du moins à rendre un bon office à l'individu qui réclamait mon appui, et entre ces deux

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considératioDS, il n'y avait pointa balancer. Le secré- . taire du Vice-Consul nous accompagna aussi. Ibrahim-A ga était un homme d'une grosseur, énorme ; il traînait avec peine un ventre dont ses amples vêtements ne pouvaient déguiser le volume. Cette masse épouvantable renfermait cependant un esprit assez affable et complaisant; car il nous fit le meilleur accueil possible , et , ce qui était un grand efiort, vu les mœurs du pays et sa constitution particulière , il se leva pour nous recevoir. Dès les premiers mots qu'il eut entendus de notre affaire , il permit à M. Origone de prendre autant d'ouvriers qu'il lui en faudrait. '

J'eus, du reste, occasion de rendre an comnmndant service pour service : il me demanda une carte do la mer Noire ) mon fils en calqua une à la hâte , et selon la manière turque, il se contenta d'écrire en gros caractères le nom des principaux endroits. C'était tout ce qu'il fallait, et Ibrahim en lut trèsctmtent : quelque chose de plus compliqué l'eût embairassé au lieu de le servir.

Quant à M. Origone, il se chargea par reconnais-sance de transpofrter mes trois Russes à Tangarog , et Dde promit de m'apporter à Gonstantinople un écrit qui attesterait leur arrivée.

Depuis lors, le gouvernement des Pays-Bas a bien voulu nommer à ma recommandation M. Ori-^ gone consul à Athènes 3 et il s'y est conduit durant

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toutes les crises de l'insurfection y de manière à faire honneur au pavillon dont il est le représentant.

Nous trouyâmes en construction y dans le chantier même où l'on répara V Athénienne , une frégâte de 5o canons. Le travail était dirigé par des Grecs : à peine s'il se trouvait quelques Turcs parmi les ouvriers. Ils étaient payés k raison de 18 paras par jour^ ce qui faisait environ 3 sols 1/2 des Pays-Bas (*). Il est vrai que les vivres étaient presque pour rien.

Les bois, et principalement le chêne, dont on se sert au chantier impérial et de la qualité desquels résulte la parfaite solidité des navires construits à Sinope, viennent des montagnes des environs, nommées Aio-Antonio. Le village du même nom est situé à deux lieues d'Acliman et à quatre de Sinope.

Le château est situé à l'est de la ville : c'est un quarré long d'environ 25o toises , revêtu d'une double enceinte de murailles : il parait que de ce point partait un canal qui traversait l'isthme de part en part -

On compte à Sinope environ 5oo maisons et seu-

(*) La piastre est de 40 paras. On Tévaluait alors à environ 80 centimes; mais depuis la monnaie a été tellement détériorée, qu'elle en vaut à peine aujourd'hui 4o«

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lement 5ooo âmes, par suite des nombreuses émigra* tions des Grecs qui n'y trouvaient plus rien à faire»

Il faudrait, pour relever cette ville antique, l'exécution du plan commercial que je viens d'exposer plus haut. On verra , à la (in de cet ouvrage , de quelle utilité la possession de cette place aurait été pour la Russie, à l'ouverture de cette campagne. Quoique les Français , en établissant une batterie au pied du promontoire lors de l'expédition Russe en 1807 devant Trébizonde,«ient dû donner aux Turcs une idée de l'importance de ce point , je puis , ayant parcouru un jour la double enceinte de la citadelle, assurer que rien ne s'opposerait à la réussite d^un coup de main de ce côté. Des considérations que l'on comprendra facilement m'empêchent d'entrer ici dans de plus grands détails à ce sujet. D'ailleurs, observons que les puissances de l'Europe ne verraient pas sans jalousie leur rivale, maîtresse de tous les points d'un littoral aussi riche et aussi étendu.

L'histoire moderne et la situation actuelle de Sinope ne nous fournissent rien de remarquable ; car on n'y voit ni monuments ni curiosités naturelles, ni rien en un mot qui puisse fixer long-temps l'attention du voyageur : remontons en revanche aussi avant que nous le pourrons dans les siècles passés , témoins de la richesse et de la grandeur de cette cité célèbre.

Strabon reporte la fondation de cette ville au

temps des Argonautes. AppoUonius dit qu'elle avait été appelée Sinope, d'Asopus fils de Neptune, qui donne son nom à différents fleures. Selon Diodore de Sicile, Sinope, fille d'Asope et de Methone, fut aimée d'Apollon. Ce dieu, Payant enlevée, la transporta sur les bords du Pont oii elle mit au jour Syrus : el sans doute celui-ci fonda une ville à laquelle il donna le nom de sa mère. Valérius Flaccus semble confirmer l'antiquité de Sinope et lui assigner une origine mythologique :

Alta CaramfoÎB Raditur, et magDae pelago tremit umbra Sinope». Assyrios compléta sinus stat opima Sinope, Nympha prias, blandos que lovis qaae luserit ignre», Cœlicolis immota procis(*).

Quoi qu'il en soit du plus ou moins de fondement de ces diverses fables , Sinope ne devint une ville considérable qu'à l'époque où les Milésiens s'en rendirent maîtres et y envoyèrent une colonie. C'est dans ce sens que Strabon dit ««r/a^ir àv'î,rMix;(rioi, les Milésiens fondèrent Sinope j car c'est toujours

(*) On rase Taltière Garambis ( Kérempéh) , et Ton voit trembler sur les flots Tombre de la' grande Sinope. La riche Sinope embrasse les côtes de l'Assyrie. C'était jadis une nymphe qui se rit des feux caressants de Jupiter et ne fut point séduite par un amant immortel.

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fonder que de faire d'un hameau une cité puissante^ Diodore de Sicile, Liv. i4 , Ghap. 53, parle de Sinope autrement que comme d'une nymphe ainsi qu'il l'avait fait auparavant. Il dit que Sinope, ville située dans la Paphlagonie, y tenait le premier rang parmi les cités. La prise de possession au noin des Milésiens pourrait bien avoir été faite par Autolicus, un des Argonautes; mais 'ce n'est point dans des .temps aussi reculés qu'il faut chercher la prospé^ rite des grandes villes.

Ne prenons Sinope qu'à l'époque où ses premiers titres de gloire sont bien positifs : à 1^ naissance de Diogène le Cynique et à la foqdation par les. Sinopiens des colonies de Cérasus et de Trébizonde. Alors elle était dans toute sa splendeur, et ses flottes couvraient les mers dont ses habitants allaient peupler les rivages. C'était la Carthsige du Pont-Euxin,

Sinope conserva son indépendance et sa constitution grecque jusqu'au jour où elle tomba au pouvoir de Pharnacq , aïeul de Mithridate Eupator , qui la

réunit au royaume du Pont.

Mithridate le Grand , selon quelques-uns , était né à Sinope. Il me semble plus probable qu'il naquit à Amasie , comme je l'ai dit plus haut. Quoi qu'il en soit-ce prince favorisa beaucoup cette ville ; il l'embellit, la fortifia, et en fit la capitale de son royaume.

Après l'avoir défendue contre Muréna , il ne put

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empêcher Sylla de s'en emparer. Plus tard les Ciliciens s'y introduisirent par surprise sous prétexte de conserver cette place à Mithridate; mais bientôt ils y mirent le feu et la pillèrent. Ils s'enfuirent à l'approche des troupes romaines conduites par Lucullus. Ce proconsul arrêta encore 8,000 de ces brigands , qui n'avaient point été assez agiles dans leur fuite, et les fit tous périr : alors elle fut tout-à-fait réunie aux conquêtes romaines. Plus tard , après la mort du grand Mithridate , Phamace envoya le corps de son père à Pompée qui se trouvait alors à Sinope. Pompée, dit Appien, fit porter le corps de Mithridate aux tombeaux de ses pères , qui sont près de cette ville, et célébra ses funérailles avec beaucoup de magnificence. On voit encore des ruines de ces tombeaux à gauche, en entrant dans Sinope, par la porte du sud-ouest. On en peut distinguer quatre^ dont les ornements sculptés en marbre blanc sont encore reconnaissables.Jls sont à demi baignés par la mer qui doit avoir miné le tertre sur lequel ils étaient construits (*).

(*} On m'apporta, pendaqt mon séjour à Sinope, plusieurs médailles grecques et romaines plus ou moins rares et quelques Califes dont un en or. Mais la fortune me réservait un hasard encore plus heureux. Avant mon départ, trois Grecs vinrent m'offrir la Qiédaille d'argent sur laquelle est représenté le beau buste de Mithridate

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Sous les Romains la splendeur de cette ville dut s'accroître encore par l'activité que le commerce de la mer Noire reprit durant de longs intervalles de paix. Les débris que l'on trouve épars de tous côtés répondent bien à l'idée que l'on peut se faire de sa magnificence. Malheureusement, rien n'est resté entier de tous ces splendides monuments ; les fragments en ont été employés aux barbares constructions des modernes. Ici c'est une corniche qui sert de degré d'escalier , là un chapiteau qui supporte une table rustique : tous les ordres , tous les caractères d'architecture , toutes les époques, sont ainsi confondus. Sur un fragment de fronton engagé dans une muraille, je lus ce lambeau d'inscription en vieux caractères grecs : ioNKAiAnx)Tï MEXAnNinEffos j et , sur un autre morceau de marbre dans le même mur,SARMATICI. F. DIVI. PII.NEP.DIVI. HA- DRIANI. PRONER D- (*). Plus loin, sur une colonne de marbre isolée qui soutenait un avant-toit ,

Eupator : au revers ou voit le cervus pascens , emblème de ce prince, entouré d'une guirlande. Elle était tellement bien conservée qu'elle semblait frappée tout récenunent. J'en donnai 90 piastres ( 36 francs ) et c'était un excellent marché.

( *) Ceci est probablement une partie d'une inscription qui fait mention de Commode, fils àdoptif de Marc- Aurële, le sarmatique, petit- fils (par suite d'adoption ) d'Ântonin le pieux, arrière petit fiU d'Adrien, etc.

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je vis cette inscription, Ja seule que j'aie trouvée complète :

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