INTRODUCTION. XXV
leurs protecteurs naturels; les lumières concentrées dans les villes s'étendraient aux hameaux ; les améliorations dans la culture et dans les arts mécaniques succéderaient à des routines vicieuses; les couvents réformés pour les besoins de l'Etat seraient remplacés par des châteaux où les pauvres auraient encore un asile. Quelle source de bien ne produiraient pas tous ces changements, et surtout cet accord admirable entre le chef de l'Etat, les propriétaires, et la classe laborieuse .du peuple , entre les campagnes et les villes ! Alors les commerçants, les manufacturiers redoubleraient de aièle pour acquéiijr des terres , et jouir, sur la fin de leurs jours, d'une existence noble et douce dans leur province. La paresse ne serait plus ni honorable , ni honorée; et l'Espagne parviendrait à ce haut point de splendeur où elle semble appelée par sa situation, sa richesse naturelle et les qualités distinguées de ses habitants. Si depuis un siècle elle a fait les progrès de tous les genres que nous avons indiqués, que ne
ferait-elle pas débarrassée des entraves qui Taichaîneïit ? Alors sa population , qui s'est plus que doublée dans moins de cent ans, s'augmenterait dans une proportion plus forte encore;. ses revenus, qui de 5o millions se sont élevés à 240, suivraient une marche semblable. Il en serait de même de l'industrie et du commerce , qui l'un et l'autre n'ont que l'agriculture et la population pour base. Ses armées seraient plus, aguerries, ses flottes plus nombreuses, lorsque le pays serait plus peuplé et le souverain plus riche. Ce n'est point une exagération d'affirmer , en prenant pour base la proportion de l'accroissement actuel et celui que des changements heureux doivent produire , que l'Espagne peut , dans cinquante ans, avoir une populaticm de 20 millions d'habitants (i) sur le continent,
(i) Sa population ,^ qui n'était que de 6 millions d'habitants en 1720 , s est élevée à i3 millions en 1797. Elle serait donc de 26 millions dans 80 ans, et de 20 au moins dans 5o , en n'admettant même pas que le pays fass^ des progrès en améUorations.