INTRODUCTION. XXIII
s'embellirent par leurs soins; la noblesse e3* pagnole resta seule dans les villes , et parut n'avoir hérite de ses pères que leur courage et leurs noms : elle vit avec indifférence ces bi^is conquis sur les Maures par le sang de ses aieux, et devenus par cela seul assez précieux à leurs descendants. Elle avait cependant un bel exemple à suivre dans les membres du haut clergé de son pays, auquel on doit la plupart des églises , hôpitaux , chemins , aqueducs, fontaines, et autres établissements publics de leurs diocèses. Je me plais à le répéter: ces hommes respectables ont offert de tout temps des modèles à la philosophie et à la bienfaisance autant que la morale chrétienne : les biens qu'ils possèdent sont les mieux administrés de l'Espagne. U en eût été de m^me de toute l'étendue de ce pays , si les nobles , au lieu de dépenser leur fortune à la suite de la cour, au lieu de contracter des dettes dans la capitale, avaient habité leurs domaines, s'étaient réunis, comme en Angleterre , en assemblées de comtés pour établir
XXIY ITINERAIRE DE l'eSPAGNE.
des routes de communication entre leurs châteaux , pour construire des canaux d'arrosage, des ponts, des moulins, des machines hydrauliques, pour encourager les plantations, les prairies artificielles, les variétés de culture, l'amélioration des races d'animaui, et toutes leschoses qui demandent l'emploi des capitaux et une surveillance personnelle dans les travaux. N'est-il pas extraordinaire que, dans toute l'étendue del'Espagne, on ne trouve pas un seul château isolé, une seule habitation considérable, une seule ferme ornée où l'on puisse supposer que réside un seigneur du pays? Le peu de semblables édifices que l'on rencontre dans les campagnes sont de vieux donjons, dont les ruines attestent également la gloire de leurs anciens maîtres et la négligence des nouveaux. Qui pourra chan-' ger une habitude aussi ancienne, aussi invétérée, si ce n'est l'influence du chef de l'Etat, dont les désirs ont souvent plus de force que les lois , et la faveur plus de prix que la richesse? Les campagnes retrouveraient alors