MONARCHIE ESPAGNOLE
ET DES INVASIONS DE LA PÉNINSULE, • jusqu'à If os joubs.
Avant de donner l'itinéraire de l'Espagne et de faire connaître ce pays sous les rapports industriels et agricoles , nous avons cru^ devoir jeter un coup-d'œil rapide sur son histoire , principalement en. ce qui a rapport aux différentes invasions de la Péninsule^^ et auï guerres diverses qu'eUe eut à soutenir*
L'histoire de l'Espagne peut se diviser en quatre époques principales : la première , soiis les Carthaginois et les Bpniains , juçqu'à la conquête des peuples du nord; la seconde , sous le gouvernement des Goths et des. Arabes, jusqu'aurègne de Charles-Quint; la troisième, sous les princes de la maison d'Autriche ; la quatrième y sous la maison de Bourbon.
Dans la première époque , les Espagnols font
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partie du grand système qui gouvernait le monde; mais, plutôf alliés que sujets des Romains , se-civilisant comme eux et non par eux, ils les égalèrent dans presque toutes les connaissances utiles , et f\irent à la fois le soutien et la richesâe de leur empire.
Dans la seconde époque , ils commencent à forpier un état indépendant, gouverné par une législation nouvelle et par des souverains de leur nation : mais , réduits bientôt par les conquêtes des Maures à un petit territoire, ils sont obligés de recomposer leur monarchie , et ue peuvent que lentement perfectionner leurs ioîs , leur commefrce et leur agriculture. Divisés en pjusieùrs royaumes' qui ne reconnaissaient pas même un chef fédéi*atif , comme les* autres États de FEurope , ils languirent long-temps dans ^h ordre dé choses imparfait, lors<Ju'enÈn les couronnes de toutes les provinees se réûnii^nt sur la tête de Ferdinand v, un de leurs souverains les plus distingués. Ge prince, n'ayant plus d'ennemis "^ à combattre au-dedans , -et ne déc^ant peint de conquêtes au-dehôrs , s'occupa^ uniquement du bonheur de ses sujetsc
'Ce moment, que les historiens regardent comme celui de la splendeur et dé la félicité de l'Espagne , ne marqua cependant que par tin éclat trompeur de prospérité aussitôt éva-
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noui que formé. L'Espagoe, sortie des guerres désastreuses de Henri ly ^ préfjécesseur de Ferdinand , retomba dans les guerres plus dér sastreuses encore qui s^ivirent le r^gne de ce fMrince^ sous ClKirles^Qmnt^ sonsuc^sseur^e^ qui détruisirent tout espoir d'améU<](];'atidn intérieure. )
C'est ici la troisième époque que nous ayons indiquée , pendant lac^elle les Espagnols osèrent prétendre à la ino^a^kie universelle^ mais dont ils payèrent bien cHer U gloire pa^-* sagère* Arrachés de l||urs fioyérs pour aller combattre sans raison des peuples éloignés^ ou soumettre sans profit de^ sujets rebelles, occupés d'une politique extérieure/^ a l^i quelle ils avaient été jusqu'alors^ étrangers , ils virant s'écouler loin de leur terre natale les produits de leur sol , les tréâors de leurs colonies et l'élite de lei^r population., L^ faibles succès^ seurs de Charlea i*' et de.Philippe ?i , conservant, le même système que cçs ^incea^ sans avoir les mêmes talens ^ aggravèrent encoro: le malhe^T' général ; et l'Espagne ^ plongée dans le découjragemeiptt Qt lâ.déti^esse, désira voir diiÉiinuer l!étendue de ses États, avec autant de raison que d'autres pays aspirent à les augmenter. *
La quatrième -époque commence au xviii* siècle^ lorsque le petitrfîls de Louis xiv vint ré-
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giîër eh Espagne. Il se fit alors dans toutes les^^ provinces de cet empire une commotion générale qui fut favorable à chacune d'elles. Il en est des corps politiques comme du corps humain^ lorsqu'il tombe dans une sorte d'en»gourdissement et d'atonie : souvent une secousse spontanée le relève et lui apprend le se- . crèt de ses forces en l'obligeant d'en faire usage. Si ce mouvement n'es* pas trop violent eu de trop lonane durée , il en résulte un développement de tous les organes, un réveil de toutes les facultés , émifcçmment fevorable aux améliorations de tous les genres : telle fut l'action que produisit le diangemeni de dynastie parmi les Espagnols. Industrieux sous les Româihs, guerriers sous les Goths, ambitieux sous, les princes autrichiens , ils se trouvèrent , sous Philippe v, dans cet équilibre heureux, et , pour ainsi dire , dans cet âge de la sagesse , qui port^ à employer l'expérience du passé pour améliorer l'héritage de ses pères. C'est alors qu'enrichis de la perte de leurs provinces éloignées, ils concentrèrent leur industrie dans ïes linîites de leur empire , et jouirent d'un repos et d'un biçn-être qu'iU n'avaient point éprouvé dans les temps lès plus brillans de leur histoire. Les manu&ctures de la Flandre et du Milanais vinrent se fixer dans la Catalogne, F4ragon et le royaume de Valence; les
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côtes se garnirent de ports et d'arsenaux ; la population augmenta rapidement ; l'agriculture , débarrassée d'une partie de ses entraves , attira l'attention des hommes éclairés ; et tous les efforts , auparavant dirigés hors des fron-. tières de l'empire , se reportèrent à la fois vers, son centre.
Nous allons examiner avec plus de détail l'état de l'Espagne pendant ces différentes époques.
Il parait que les habitans primitife de l'Es^ pagne ^ de temps immémorial, formaient différentes peuplades séparées ^ dont chaoune se gouvernait par ses propres lois : ce qui fait dire à Strabon qu'ils n'auraient ppint été vaincus par les Tyriens , les Celtes et les Cartha^ ginois , s'ils se fussent réunis et n'eussent formé qu'un seul État. Les Grecs et les Romains les divisaient en deux parties : l'une , composée de ceux auxquels ils donnaient le nom d'Ibères^ et qui habitaient le midi de l'Espagne ^ l'autre de Celtes , qui occupaient tout Toçci-! dent et le nord : ces deux peuples furent con-^ nus depuis sous le nom. collectif de Celtibères , dénomination que Piodore de Sicile attribue^ au traité d'alliance qui eut lieu entre les Ibères et les Celtes , par lequel ils réunirent leurs int? téréts et leurs noms.
Les Ibères qui, les premiers , eui^çnt des
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rapports avec les étijangerp , perdirent bientôt leur caractère national; si- bien que du temps de Strabon on ne reconnaissait plus aucune trace de leurs mœurs primitives : il n'en fut pas .de même des Celtibères , et autres peuples du nord ijui gardèrent plus long-temps le souvenir et les habitudes de leurs aïeux. Le même Strabon feiit de ces peuples une peinture semblable à celle que Tacite fait des anciens Germains : il les représente comme des hommes à demi-sauvages , habitant les montagnes d'où ils sortaient pour courir au pillage. Leur habillement éteit une saie noire faite d'une laine gros-* sière ou d'une étojSe tissue de poil d'animaux, qui les enveloppait j senlblables aux anciens Ger-^ mains , ils ne connaissaient que deux manières d'exister; se reposer ou conibattre. Leurs armes étaient conformes à l'agilité de leur corps et k la -vie qu'ils menaient : c'étaient de petits boucliers échancrés , garnis de cuivre et suspendus par des courroies , maïs d'une solidité à l'épreuve des coups les plus rudes, et tels que , présentés de tous les côtés par un bl'as agile^ ils paraient aisément les traits; des cas- «ques^ surmontés d'aigrettes rouges ; des lances, des javelots , des jfrondes , et surtout des épées à deux tranchans, dont la trempe était si bonne , qu'elles mettaient en pièces les casques et les boucliers , et que rien ne leur résistait*
On remarquait dans ces peuples une fidélité à toute épreuye , et une constance à garder leur secret au milieu des toarmens.
Les femmes partageaient ce mâle courage et se mêlaient dans les combats ; elles retraçaient sans cesse à leurs enfans les belles actions de leurs pères , et les auraient tués pour les empêcher de tomber au pouvoir de Fennemi. Ces vertus austères furent tempérées sans être dé- «truites, par rétablissement en Espagne de deiix peuples industrieux , qui commencèrent à Féclairer et à l'asservir.
Dans les temps les plus reculés de Thistoire des hommes , on distihgue une contrée célèbre par sa puissance et son industrie. Ses marchands , dit FÉcriture, sont des princes; ses trafiquans , les personnes les plus illustres de la terre. Les patriarches les connaissaient sous le nom de Cananéens ; les Grecs , sous celui de Phéniciens ; et tous leur accordaient Finvention de Fécriture , des mathématiques , de la navigation et de tous les arts utiles.
Tandis que les Israélites eijraient dans les déserts ou gémissaient dans la* captivité , que les Grecs n'habitaient que des cavernes, Sydon couvrait les mers de ses navires ; ses habitans infatigables allaient par tcmt chercher des richesses ; ils donnaient la civilisation en échange de For; et tous les peuples étaient. tributaires
OU imitateurs de leur industrie. D'après une inscription rapportée par Procope, il paraît qu'ils avaient parcouru toutes les côtes de la Méditerranée , et commencé des établissemens sur celles d'Espagne , seize siècles avant l'ère vulgaire. Les premiers furent près de Tanger, d'où ils passèrent bientôt sur le promontoire opposé dans l'île d'Erythée. Après plusieurs tentatives infructueuses d'établissemens sur la côte , ils fondèrent enfin la ville' de Gades ou . Gàdir , qu'ils regardèrent comme le point central de letir commerce , et l'abri le plus sûr pour leurs vaisseaux.
De la ils s'étendirent sur toutes les côtes voisines , et dans l'intérieur de l'Andalousie , habitée alors par les Turdetains , peuple sim-» pie , et possesseur du sol le plus fertile.
Outre les productions dont la nature couvrait sa surface , ce beau pays renfermait encore dans son sein des métaux aussi précieux qu'abondans , semblables à ceux que les Espagnols trouvèrent dans le Nouveau-Monde; comme si le ciel, propice ou ennemi, leur avait de tout temps dostiné la propriété de ces biens auxquels l'opinion attache tant de prix , et qui ne produisent pas toujours une véritable richesse. *
Les Phéniciens, en suivant les côtes orientales de la Méditerranée , pénétrèrent dans les
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royaumes de Grenade, Murcie, Valence, et dans la province de la Catalogne jusqu'aux Pyrénées ^ où ils obtinrent la permission de fouiller : ils en emportèrent une telle quantité de métaux«, que , suivant le rapport d'Aristate et de Diodore de Sicile , ils remplacèrent dans leurs vaisseaux tous les ustensiles de fer ou de plomb avec de Por ou de Pargent, afin d'en pouvoir transporter une plus grande quantité. Cette prodigieuse richesse fit croire à l'incendie des Pyrénées et à l'étymologie de leur nom.
Parmi les colonies qu'ils fondèrent , on distingue Calpe , aujourd'hui Gibraltar ; Malaca et Abdera , aujaurd'hui Malaga et Adra ; et plusieurs autres villes , situées , la plupart , à i'enjbouchure des rivières, et dans une position favorable au commerce.
Les Grecs , élèves des Phéniciens , et bientôt leurs maîtres dans tous les arts , furent lonfT-temps sans pouvoir les égaler dans celui de la navigation : cependant , après Fexpédition des Ai'gonautes ^ ils entreprirent de longs voyages par toute la Méditerranée. Les peuples de l' Asie-Mineure, et surtout les Rhodiens, eurent nitSrae la -hardiesse de la traverrser tout entière, et de venir fonder sur la côte de la Catalogne nue colonie à laquelle ils donnèrent le nom de leur ville , et qui s^appelle au-
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jourd'hui Rosas. De là ils s'étendirent dans les lies Yoisines , près desquelles ils étaient obligés de passer.
•Un siècle environ après ^ un vaisseau de Samos , faisant voile vers TÉgyptè , fut jeté par un vent d'est violent sur les côtes de l'Espagne ; obligés d'aborder à Tartessus , les gens du navire y vendirent si bien leur cargaison^ que , de retour dansleur pays , ils employèrent la dixième partie de leur gain à élever un monument de leur reconnaissance dans te temple de Junon.
L^Espagne, connue alors des insulaires de Hliodes et de.Samos, dut recevoir^ beaucoup de colonies nouvelles ; et c'est à cette époque que l'on peut fixer la fondation de la célèbre Sagonte , que tous les auteurs attribuent aux insulaires de Zante;
Bientôt les Phocéens , que l'on nous représente comme les navigateurs les plus hardis , et qui, suivant Hérodote, avaient déjà parcouru toutes les côtes , arrivèrent enfin au détroit de Cadiz , et se présentèrent au port de Tartessus , depuis la ville de Carteia , où régnait alors le roi Arganthoiiius, maître d'une province entière qui. comprenait les environs de Gibraltar, et dont les habitans passaient pour le peuple le plus heureux du la terre, tt Je ne dé- )) sire - point ^ disait Anacréon ^ régner cent
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» cinquante ans, ainsi qu'Arganthonius , sur » les heureux Tartésietis. ^) ^
Les Phéniciens et les Grecs , qui abordèrent ainsi les premiers en Espagne , jouirent seuls long-temps des avantages de son commerce, sans chercher à troubler sa tranquillité. Bientôt des voisins plus puissans , plus aguerris et non moins avides , les Carthaginois , entreprirent d'usurper par les armes ce que les premières (Colonies n'avaient dû qu'à leurs travaux. Placés dans la position la plus fevorable , les Carthaginois travaillèrent constamment à rendre 1^ trois parties du monde alors connu , tributaires de leur industrie ; et, pour parvenir à cet empire universel , ils employèrent un moyen dont les Tyriens , leurs compatriotes et leurs devanciers , n'avaient point fait usage : ceux-ci actifs , patiens , laborieux , pacifiques , insi^ nuaos^ ne furent que des marchands; ils établirent des colonies ou des comptoirs, et ne firent jatiiais de conquêtes.
Carthage fut giierrièl?e , non par amour de la domination j comme 1^ RomainS, mais jpar une Jalouse cupidité : elle voulait moins asservir des peuples ({u'écarter dès rivau^ kicommodes- Les profits 'de son commerce soudoyaient la guerre ; mais elle ne faisait la guerre que pour soutenir ou augmenter son commode» Enfin elle est la t)reiôière qui s^t
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connu tout Tayàutage d'une position maritime pour acquérir de^ richesses , et tous les moyens que donnent les richesses pour acquérir de la puissance.
D'après l'esprit qui la dirigeait , on sent bien que l'Espagne devait en tr^ dans le plan de ses conquêtes. Il est vrai que les Espagnols , braves, fiers , ^memis de toute domination étrangère , n'offraient point une proie facile à saisir ; mais ils étaient barbares , sans culture dans l'esprit, sans connaissance dans les arts,; Aucun lien commun ne les réunissait , et ne les rendait véritablement formidables : d'ailleurs aucune rivalité n'était à craindre de la part des autres nations «pmmerçan tes.
Les Grecs ne possédaient que des établissemens peu considérables vers le nord , ou étaient renfermés dans les îles Baléares. Les Phéniciens et les Carthaginois avaient une origine et une ^'eligion communes : la métropole et la colonie se donnèrent dans tous les temps des marques d'un inviolable attachement; et les nouveaux venus devaient donc être regardés par leurs compatriotes comme un surcroit de forces et comme d'utiles auxiliaires. .
Cependant, au lieu de s'établir tout d'un coup en Espagne, ils s'arrêtèrent dans l'île d'Ébuso, pour y. être sans doute à portée de préparer les moyens qui pouvaient leur en fa-
ciliter l'entrée. Cette île ^ l'une des Baléares ^ n'appartenait pas ai^x Rhodiens ^ maîtres des autres ; et elle se trouvait moins éloignée de Carthage.
Diodore de Sicile dit qu'elle devint bientôt célèbre et florissante : on y faisait principalement le commerce des laines , dont la rare beauté attirait un grand concours d'étrangers. Les Espagnols du continent s'y rendaient aussi en foule ; et les Carthaginois , fidèles à leur plan, n'omirent aucun moyen pour attirer leur confiance et pour gagner leur amitiés Ils passèrent bientôt sur la rive opposée , d'où ils s'introduisirent dans l'intérieur du pays , s'étendant insensiblement vers le nord et l'occident , jusqu'aux provinces appelées depuis la Catalogne et le royaume d'Aragon. C'est du moins ce que l'on peut conjecturer par le nom punique de plusieurs villes situées dans ces provinces.
Ils s'appliquèrent particulièrement à exploiter les mines , et le firent avec tant de soin , qu'après eux les Romains n'en trouvèrent.au-* cune qui eût échappé à leursf recherches. Telle * fut la source la plus féconde des richesses auxquelles ils durent leur puissance.. C'est avec l'or de l'Espagne qu'ils conquirent une grande partie de l'Espagne , la Sicile , la $ardaigne et l'île de Corse entière; qu'ils subjuguèrent trois
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cents villes autour d'eux ; qu'ils furent ^ pendant quelque temps , la terreur de la Grèce , de l'Afrique et de la superbe Rome.
Il serait inutile et trop long de donner le détail des guerres puniques , de cette lutte sanglante qui laissa long-temps incertain entre les Carthaginois, et les Romains à qui appartiendrait l'empire du monde. Il suffira de rappeler ce qui peut avoir rapport à l'Espagne, et de présenter moins les faits que les causes et les résultats.
Rome , victorieuse malgré les efforts et les talens d'Amilcar, avait humilié l'orgueil <ie sa rivale par un traité de paix trop honteux pour être fidèlement ou long-temps observé. Ce général sentit quelle système militaire qu'on avait suivi jusqu'alors était vicieux; qu'une guerre maritime ne pouvait faire triompher sa nation dans un temps où le nombre et . la valeur des ùroupes décidaient seuls de la puissance. Il comprit que le moyen de réussir était d'opposer aux légions romaines des armées aussi aguerries qu'elles ; et FEspagne lui parut le seul pays capable de les fournir. Les embarras où les Carthaginois s'étaient trouvés depuis long-temps ne leur aTalent pas permis d'étendre an loin Jeurs conquêtes ; il fallait donc que le général africain soumit les peuples de TEspagne et les rendît sujets de sa patxie, afin qu'Us en devinssent les vengeurs* ^
Pour remplir ces vues, il se mit en mer, passa le détroit, remonta vers le nord le long de la Méditerranée , et fonda la ville de Bar^ cino , subjuguant tous les pays qu'il traversa , augmentant le nombre de ses troupes, les aguerrissant par de fréquens combats et par une discipline sévère , jusqu'au moment où ^ battu par les Celtibères , il perdit la vie en voulant passer l'Èbre.
Les projets d'Amikar ne périrent point avec lui : Asdrubal, son gendre et son successeur, vengea la mort de ce grand homme ; et bicntô^ après , voulant sexoncilier les Celtibères , qui n'étaient pas moins redoutables , quoiqu'ils eussent été vaincus, il épousa une princesse de cette nation , et fit servir la paix à l'affer'* missement de ses conquêtes ; il fonda la nouvelle Carthage , afin d'avoir sur la Méditerranée un port en état de recevoir les escadres carthaginoises , et laissa en mourant , à son beau^frère Annibal, le soin d'accomplir ses desseins.
Déjà les Romains , jaloux de tant de succès , mais occupés ailleurs par une guerre contre les Gaulois , avaient envoyé des ambassadeurs chargés de renouveler la paix. Ce n'étaient plus ces fiers vainqueurs qui dictèrent avec tant d'arrogance les articles du dernier traité : ils se contentaient de demander que l'Èbre I. 5
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sex^it de limites ^n% conquêtes des deux républiques. Bientôt Ânnibal franchit ce fleure; et , soit que ce fôt la Suite d'un plan forme par son père, on soit qu'il en eût lui-même conçu ridée., il transporta le principal théâtre de la guerre dans le sein du pays ennemi. L'érénement prouva que cette entreprise hardie n'était p^ téméraire. La connaissance qu'il avait de ses forces et de celles qu'on poui^ait Jui opposer , lui fit croire avec raison qu'à la tête d'une arniée composée , pour la plus grande partie, dISspagnols ,,et formée successivement par troisgrands capitaines, il serait en état , non«seulement de balancer la fortune de Rome , mais d'anéantir même , par la destruction de cette ville, une rivalité trop long -temps funeste h sa patrie. En Espagne cependant il trouva même une barrière qui l'arrêu pendant quelque temps : ce fut SagOBte , dont on connaît l'affreuse destinée.
Ânnibal , à grands pas , s'avançait déjà vers l'Italie y quand les Romains envoyèrent en Espagne les dent Scipions ; ceuX'^i , après une suite de victoires qu'ils durent en partie à la valeur des Celtibères , furent battus et périrent dès que ces mêmes Celtibères les eurent abandonnés. Ce malheur jeta l'épouvante dans Roixtô j et personne n'osait se présenter pour remplacer ces deux grands capitaines. P. Scî-
pion , fils de l'un cKeux , demanda ce périlleux emploi ^ Vobtint ^ et son coup d'essai le mit au rang des héros. Il prit Carthage-la^-NeuTO, place forte , et le meilleur port des Cartliaginois en Espagne : cependant il ne put empêcher Asdrubal-Barca de conduire en Italie une armée d'Espagnols pour renforcer celle de son frère. Tous les historiens conviennent que c'était fait de Rome , si ce général avait réussi dans cette entreprise; mais la défaite et la mort de Barca ^ jointe au séjour des troupes carthaginoises à Capoue, furent le terme des prospérités d'An» nibal , et Pacheminement à la conquête de l'Espagne entière par les Romains.
£n vain les Geltibères opposèrent-ils une résistance opiniâtre ; en vain les Lusitaniens présentèrent-ils, pendant plusieurs années, le spectacle d'un peuple barbare qui , sous la conduite d'un pâtre , le célèbre Viriatus , se joua de la science militaire de ses ennemis : Numance même , la fière Numance ne se sauva de l'esclavage qu'en s'ensevelissant sous ses ruines
Ce fut la troisième ville qui donna l'exemple de cet héroïque dévouement : Sagonte pour les Romains , Estepâ , dans la Bétique , pour les Carthaginois , JNumance pour la liberté^ Après la destruction de cette dernière ville , l'Espagne , épouvanté^ de cette catastrophe ^ endura pendant vingt-quatre années une servitijde
68 ITINÉRAIRE DE L^ESPAGME.
pénible , à lacjuelle les Lusitaniens ^ excédés de l'avarice des Romains , préférèreiit les darigers de la révolte et d'une guerre ouverte. Ce fut alors que le plébéien SertoriuS , simple* tribun légionnaire , signala contre les Espagnols une valeur et des talens qui devinrent ensuite si funestes à sa patrie , quand , pour échapper aux proscriptions de Sylla ^ cet élève de Marins ne trouva d'autre ressource que de se mettre à la tête de ces mêmes Espagnols qull avait vaincus ^ et de faire cause commune avec eux. Us se montrèrent dignes d'un tel chef : mais, malgré la victoire qu'il remporta d'abord sur le préteur Dîdius , non-seulement il crut devoir armer et discipliner ses nouvelles troupes à la manière des Romains , mais encore établir un gouvernement semblable . à celui de Rome. Toute' sa conduite annonçait dévastes projets; ses grandes qualités devaient les faire réussir ; et il est probable qu'il ne travaillait à ^indépendance de l'Espagne qu'afin de parvenir à l'asservissement de Ronie : sa mort changea peutêtre les destinées des deux pays. Perpenna, patricien sans mérite , mécontent de se trouver sous les ordres d'un homme nouveau , lui tendit des embûches, et Fassassina dans un festin. Ce traître , ayant osé prendre le commandement , fut défait par Popipée, et paya de sa tète sa présomption et son crime.
Tout plia dès ce moment sous Fascendant de Métellus et de Pompée , qui vinrent au Capi-!tôle jouir d'un triomphe dû bien moins à leurs armes qu'à la mort de Sertorius,
On ignore le motif qui ralluma la guerrç sous Calpurnius Pison , leur faible successeur. Ce général obtint aussi les honneurs du triomphe, de même que la plupart de ceux que-Pon envoyait dans cette contrée , tant Rome mettait de prix à la conquête de PEspagne.
Dans cette même année ^ Jules César y vint pour, la première fois , en qualité de questeur militaire du préteur Ântfôtitius^ qui lui ordonna de visiter sa province. Ce fut dans cette tournée qu'à Paspect d'une statue d'Alexandre, qui se trouvait à Cadiz ^ il répandit des larmes jalouses qui devaient coûter la viç à plus d'un million d'hommes.
Il n'entre pas dans notre sujet de parler du triumvirat que formèrent dans la suite Crassus^, Pompée et César : on* sait que la mort du premier laissa Ronie etPuniversfen proie à l'ambition de ses deux collègues , dont on a dit que l'un ne pouvait souffrir d'égal , ni l'autre de supérieur.
L'Espagne devint encore le principal théâtre de leur querelle , aussi funeste aux fils de Pompée qu'à Pompée lui-même ; elle ne jouit de quelque calme qu'au second triumvirat, épo-
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que où Lucius Balbus , natif de Cadiz , fut promu au consulat , malgré les lois qui en avaient toujours exclu les étrangers.
Octave 5 devenu le seul maître de l'empire y imposa en Espagne un tribut perpétuel , qui fut la véritable origine de l'ère que l'on y suivit jusqu'au xiv' siècle. Un seul point de la Pé* ninèule avait jusqu'alors échappé à la domination romaine. Les Astures , les Galiciens et les Cantabres faisaient depuis trois années la plus vigoureuse résistance. Octave, qui venait de recevoir le nom sacré d'Auguste , que nul mortel n'avait encore porté , vint lui-même attaquer les Cantabres , qui s'étaient montrés les plus redoutables. Ses vaines tentatives , ses efforts multipliés avaient altéré sa santé ; il se retira à Tarragone , après avoir confié à Antistius , l'un de ses lieutenans ,le soin de poursuivre cette guerre affreuse , à la fin de laquelle plusieurs Cantabres , indignés du joug qu'ils allaient porter, périrent volontairement par lé fer , le feu ou le poison.
Les intrépides Astures, assailli^ de tout côté, osèrent combattre encQre , et furent forcés dans leurs deriiiers retranchemens. Auguste , n'ayant plus rien à subjuguer , revint k Rome j et pour la quatrième fois , depuis ^ept siècles y le temple de Janus fut fermé. Cette paix ne dura pas long-temps : les restes de ces trois:
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▲BRÉGÉ HISTORIQUE. 7I
peuples se révoltèrent encore, et ce ne fut pas sans avoir éprouvé un honteux échec , que la nombreuse armée d'Agrippa vint à bout de les réduire.
Ainsi l'Espagne fut entièrement soumise, après deux cents années de guerres qui mirent plus d'une fois en pérU la puissance romaine.
La reconnaissance publique , en Espagne , érigea des statues , des temples et des autels à Octave. Il est vrai que cet empereur avait éteint les discordes qui troublaient la tranquillité des provinces , et réprimé la cupidité des gouverneurs par de sages lois.
Couverte de deuil sous le gouvernement du farouche Tibère, la Péninsule , par J'heureuse influence de Galba, res^ra sous le parricide Néron ; et Vespasien améliora son sort ^ et^ la faisant participer aux privilèges du Latium. Elle vit sa prospérité suivre les règnes de Titus , de Nerva^ de Trajan , et son bonheur ne fut pas moins grand sous l'empire d'Antonin. Elle eut la gloire de donner le jour à des princes dont le nom nous .rappelle toutes les vertus : Trajaû, Adrien, Antonin-le-Pieux, Marc- Aurèle étaient Espagnols ; et l'Espagne s'honore encore d'avoir vu naître les deux fhéodoses , dont l'un eut tous les titres à la gloire , et dont l'autre nous a laissé ce code admirable qui^err vit de modèle à celui de Justinien.
72 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
Après aToirparticipé à tout l'éclat et à toute la grandeur de la maîtresse du monde , TEspagne ne survécut pas à sa décadence. Elle était toute romaine , lorsqu'une foule de barbares , descendus du nord , pénétrèrent dans ses provinces ^ et changèrent la face de l'Europe. Cette grande révolution s'opéra à la fin du iv"* siècle.
Déjà les Gmbres avaient tenté d'envahir la Péninsule , et ils avaient été repoussés ; mais les habitans de cette terre dévastée par des guerres continuelles , et privée de commerce et d'agriculture , n'offrirent que des mains Êiibles et tremblantes aux fers dont on venait les charger.
Les Suèves, les Âlains et les Vandales tra* •versèrent les Pyré^es , et marquèrent leur passage par la dévastation et la mort. Les villes détruites , les habitans massacrés et les campagnes ravagées ne firent plus de TEspa^ gne qu'un déserf, dont les dévastateurs se partagèrent l'affreuse solitude. Les Vandales eurent la province de Grenade et l'Andalousie ; les Alains s'établirent dans la Luçitanie; la Ga-* lice , Léon et la Castille devinrent le partage des Suèves.
A cette époque , les Goths menaçaient d'envahir l'Italie , et le Êiible Honorius , pour s'en délivrer, démembrait l'empire , et leur donnait la Gaule et l'Espagne. Ataulphe, fils d'Alaric,
leur roi ^ attaqua les Vandales et les Alains , et s'empara d'une partie des contrées qu'ils avaient conquises. Les Suèves s'affermissaient dans la Galice et repoussaient les Goths y qui Toulaient les en chasser au-delà des Pyrénées ; mais ces derniers , commandés par Ëuric , les repoussèrent bientôt , et marchèrent en vainqueurs jusque dans la Lusitanie^ qu'ils ajou-* tèrent aux provinces qu'ils possédaient avant leur défaite.
Il serait difficile , et cela n'entre poiqt d'ail-» leurs dans notre plan, de tracei? le tableau bien exact des révolutions et des assassinats dont l'Espagne fut le théâtre sous la domination des Goths. On trouve un exemple de la férocité de ces barbares , dans la conduite d'Amalaric , un de leu * souverains , envers Clotilde 9 son épouse*, fille de Clovis, et sœur de Childebert et de Clotaire. Cette princesse eut tant à souffrir de la barbarie de son époux , qu'elle fut obligée d'implorer le secours de ses frères pour s'arracher à la tyrannie. Les rois de France entrèrent pour la première fois en Espagne en 53 1 , rendirent la liberté à la prin* cesse, la firent conduire à Paris , et vengèrent ses outrages dans le sang d'Amalaric.
ChîhJebert et Qotâire, avant de. quitter l'Espagne , dévastèrent la Catalogne et l'Ara-
74 ITINÉRAIRE D£ l'eSPAGNE.
gon ; mais , pendant qu'ils se lirraient à la vengeance ^ Theudis , qui venait de succéder à Âjnalaric ^leur fermait le passage des Pyrénées^ et se disposait à les empêcher de retourner en France. Ce ne fut , en effet ^ qu'avec une peine infime que lés deux rois ^ après avoir été coiyplètement battus^ purent se sauver, av^ les débris de leurs armées, par des passages inconnus, et rentrer dans leurs États^'
Cependant l'Espagne était toujours le théà^ tre des révolutions ; les souverains ne faisaient que passer stir le trône : le fer et le poison at« tendaient ceux qui osaient y monter ^ et l'ambition n'en gardait pas moins les avenues. Parmi cette foule de princes qui ne régnèrent qn^ua jour , on trouve quelques rois dignes de porter la couronne. Athaillgilde fut assez puissant pour que Sigebert et Chilpéric sollicitassent son alliance. Après Athanagilde, Léovigilde «oumit toute l'Espagne , et c'est pour la première* fois que la Péninsule se trouve réunie sous un seul chef.
La religion chrétienne , dont la Galice avait adopté déjà 1^» dogmes et les maximes', se répandit dans presque toute l'Espagne sous le règne de Jlecarède , fils de Leovigilde. Mais , socts les successeurs de ce prince , le fanatisme et la superstition , que l'x^n confondait , dans
un siècle d'ignorance , avec la morale sublime de l'Évangile , occasionèrent le malheur d'une partie des habitans.
Après plusieurs règnes dont l'histoire nomâie à peine les souverains , Vamba monta sur le trône en 672 , et se fit sacrer à Tolède. C'est le seul roi d^Espagne qui ait fait sanctionner son pouvmr par cette auguste cérémonie.
Vamba fut le père de ses peuples , l'idole des soldats et la terreur de ses voisins. Il étoufSi la révolte intérieure, repoussa les Africains qui menaçaient d'envahir ses provinces , régna avec gloire pendant huit ans, et abdiqua la couronne pour aller finir ses jours dans la so* litude d'un cloître. Jusqu'à l'avènement de Rodr^igue au trône, l'Espagne, sous des rois faibles ou cruels , n'est gouvernée que par un système de corruption et.de violence qui de* vait amener sa ruine , et rendre sa conquête facile h tout peuple guerrier qui voudrait la tenter. Cette catastrophe eut Keu l'an 706 de l'ère vulgaire , par la seule bataille de Xérès de la Frontéra , où Rodrigue perdit" le trône et la vie. . .
En réfléchissant sur l'état de KEspagne sous les Romai|is et souis les Ooths , on peut observer que oes' deux peuples y laissèrent a peu près apitant de wnvenirs de leur séjout;. mai» d'uiie fiature différente. Ll^s'établissemtos pUr*
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lîlics ^ tels que les aqueducs , les ponts , etc. , les traditions d'agriculture et d'industrie ^ viennent des Romains ; et les lois :, les usages , l'administration , la forme du gouyernement , rappellent les institutions des Goths. On remarque encore en Espagne , comme du temps des Romains , la riche culture du royaume de Valence, les chevaux , les huiles , les vins de l'Andalousie } les blés des^ Casti^es ; les toiles , les manufactures de la Tarrac^nnaise ; les miûes de TAragon et de la Biscaye. On y retrouve le code vîsigothique , la hiérarchie du clergé comme du temps des Gothsi, l'intolérance en matière de religion , les principes de l'inquisition dans la persécution des juifs ^ l'origine des prérogatives de la noblesse , et cet esprit de jalousie des grands vis-à-vis de l'autorité royale qui , après avoir causé la ruine de l'em* pire sous Rodrigue , retarda toujours son rétablissement entier sous ses successeurs ^ et fut cause" de leurs guerres sanglantes jusqu'à la fin- du x\^ siècle. La composition et les débats des conciles offrent une image 3es cortès des différens royaumes ; l'élection deç rois et leiir dépositioi^ rap|>elleiit les terribles jiintes d'union de rAragon4 et les états-généraux de la Castille.^ Lçs lois surtout spnt remarquables par un caractère ehevalêreàque et ëvangélique , qui, réunissant à quelques parties du droit
romain la morale chrétienne , formait un code de législation plus parfait que ceux alors en usage.
L'Espagne ainsi gouvernée , ainsi réunie en corps de nation , sans être morcelée , comme la plupart des États de l'Europe^ en petites principautés féodales , aurait fini sans doute par atteindre le degré de perfection auquel s^élevaient les autres pays. Ses élections contestées ) ses assemblées toujours tumultueuses attendaient , pour se calmer , l'influence d'un prince distingué qui en imposât à cette mul-** titude^ et rendît son autorité héréditaire 4 Les bases d'une monarchie tempérée ' ^ soumise à une opposition sage ^ se trouvaient déjà fon« déeSj par les institutions, et les peuples étaient dignes d'en apprécier lès bienfaits. Religieux et guerriers comme nos pères , ils se seraient sans doute civilisée comme eux, earapportant
' Chez les peuples conquéransy la monarchie aristocratique se trouve organisée naturellement ^ d'un côté, par la valeur du. chef; de rautre, par la puissance de ses armées, auxquelles il est obligé d'aec«rder des récompenses et un certain degré d'autorité. C'est pourquoi les nouveaux, gou-^ vernemens de l'Europe ne furent point l'ouvrage des législateurs, mais une suite naturelle de l'esprit qui règne dans lefbaraps^ et de Téquilibre qui se maintient long-temps après. On aperçoit avec plaisir dans celui des Goths une image des législations modernes, comme on retrouve dans les temples égyptiens le modèle des beautés grecques , sans pouvoir assigner l'origine des unes ni des autres.
*j8 ITINÉRAIRE DE l'bSPÀGME.
des croisades des connaissances utiles , pour prix d'inutiles combats. Mais cette destinée heureuse n'était point réservée à l'Espagne ; et un événement mémorable sépara son histoire de celle des autres États de ^'Europe.
Mahomet avait paru dans l'Orient , et sa religion armait les hordes paisibles des Arabes , tandis cpiele christianisme pacifiait les peuples guerriers du Nord. Animés par la présence du prophète , et, après lui , par sa doctrine, les Musulmans étendirent leurs conquêtes depuis les frontières de l'Inde jusqu'aux rives de l'océan Atlantique. Parvenus enfin à ces bornes du monde connu, l'Espagne parut à leurs yeux comme une conquête importante et facile. En effet, une seule bataille leur acquit la possession de ce vaste t>ays. Il n'est guère d'historien qui n'impute ce malheur au prétendu crime de Rodrigue , dont il n^ existe* aucun document, et que l'on doit ranger 'dans le nombre de ces fables entourant le berceau des empires. Ce ne fitt poittt pour venger une injure faite à sa fille, que le confite Julien, gouverneur de l'Afrique, attira les Maures en Espagne, mais pour élever un parti ennemi du roi, et satisfaire cette ambition- que nous avons reprocMe à la noblesse des Goths , et dont elle fut bientôt la victime. Ce fut encore moins la faiblesse de Rodrigue qui le perdit, que l'orga-
ABBÉGÉ HISTORIQUE. 79
BÎSâtion de son empire qui , tenant Fantorité royale dans la dépendance de la noblesse et du clergé , empêchait la réunion de tous les efforts contre Fennemi commun.
Après la bataille de Xérès et la prise de Tolède, les débris de Fai^mée des Groths et quelques-uns de leurs che£s fidèles , allèrent retrouTcr dans les^ montagnes des Asturies Tasile des anciens Cantabres et le souYenir de leurs Tertus. Le reste de l'Espagne reçut la loi des Maures. Fiers de cette belle conquête^ les Musulmans dédaignèrent de FacheT^r^ et conçurent le projet d'aller au-dél^ des Pyrénées fonder un nouvel empire. C'était fait de l'Europe entière , si ces terribles conqùérans n'eussent rencontre d^s soldats "^lus aguerris, et des cbefis plus habiles. La bataille jde Tours assura povr jamais J'empire des Francs dans les Gaules, etprépi^i^ la renaissance.de celui des Goths en Espagne. Le pays, occupé par cette poignée de guerriers , se trouvait borné à la petite principauté des Asturies,' dont la eapHale était le hameau de Cangas ; mais bientôt les successeurs de Pelage , vers la fin du Tiii* siècle, étendirent leurs États dans laGa* lice , la Biscaye et la Navarre , et une partie de r Aragon.
La Péninsule alors se trouvait partagée entre quatre puissances. Le royaume des Maures
8o ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
était le plus éteDclu ; celui des Goths se réduisait aux Asturies et à quelques provinces environnantes. La France avait tout le nord , et la Navarre conservait son indépendance. Pendant les deux siècles -qui suivirent la mort de Charlemagne , arrivée eh 8o4^1es Gûths firent respecter TAsturie ; et Ranûre, un de leurs rois^ battit les Maures , et s'afiranchit du joug qu'ils avaient -imposé à ses prédécesseurs. Il n'eut pas seulement la gloire de vaincre les Musulmans ; il eut encore celle de repousser les Normapds , et oe protéger ses sujets contre la dévastation de ces barbares , qui , oomnole un torrent \) s'étaient répandus dans toute TEuropa, ^
. Après un règne de six ans , RaQi|re mourut , et laissa sa couronne à^(h*do|[no , jsiôn fils , auquel succéda Alphonse-le-Grand , dont le règne fut un des plus brillant des princes de la seconde race des Goths. Il se rendit redoutable aux Maures , recula les bornes de sa soi^veraineté ^ établit le siège de,son empire à Léon , battit les surmées de Mahomet , roi de Cordoue , s'empara du Portugal, et porta si loin ses conquêtes , qull força les Musulmans à lui demander un armistice. Le roi de Léon profita de ce court intervalle de paix , pour se préparer à de nouveaux combats ; et la guerre ne recommença que pour lui assurer de nouveaux
ABRÉGÉ HISTORIQUE. Hl
triomphes. L'orgueil musulman Ait obligé de s'abaisser devant le pavillon chrétien, et de chercher dans la paix le terme de ses désas^ très. Cependant, entouré d'ennemis dans sa propre famille , Alphonse , plus grand encore dans l'infortune qu'intrépide sur les champs de bataille , calma les factions , s'empara des séditieux , et punit Garcie son fils , qui avait voulu le détrôner, en abdiquant la couronne et en le nommant son successeur.
Nous devons passer rapidement sur les der^ nières années des règnes de la branche mâle des prince^ goths dans les Âsturies , jusqu'au moment oii Ferdinand i*', issu des rois de France , monta sur le trône de Léon. Depuis 832 , Huge, comte de Biger , avait érigé la Na-» varre en souveraineté , dont l'Aragon devint une dépendance. En 880 y Hemfrid , dit le Belliqueux y avait obtenu des rois de France , pour lui et ses descendans , le comté de Barcelone , et le nord de l'Espagne était également perdu pour les Français et pour les Maures. Dès ce moment , on pouvait diviser la Péninsule en Espagne chrétienne et en Espagne musulmane. La première se composait des Asturies , dont les princes prenaient le titre de rois de Léon ; d'une partie de la Vieille-Castille , dont les comtes , d'abord Vjassaux j s'étaient rendus indépendans de Barcelone ; et d'une partie de la I. 6
82 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
Catalogne , aussi gouTernée par des comtes ; enfin de la Nayarre , dont le souyerain régnait sur r Aragon.
L'Espagne musulmane possédait le Portugal, Murde , l'Andalousie , Valence , Grenade , et , s'étendait au milieu des terres par-delà les montagnes de la Castille ; le séjour des princes musulmans était à Gordoue.
A la fin du X* siècle , toutes les principautés croissantes des chrétiens furent menacées de retomber au pouvoir des infidèles, par le génie d'Almanzor , général célèbre des rois de Cordoue , qui envahit le royaume de Léon , et ne laissa de cette capitale qu'une seule tour, pour attester que cette malheureuse cité avait exbté. Des rivalités , Tambition et des haines de fainilles , avaient divisé les prihces^ goths ; ils sentirent la nécessité de tourner contre l'emiemi commun des armes qu'ils dirigeaient contre eux-mêmes; ils se réunirent, et la défaite d'AlmanjBor leur prouva que la force est dans l'union. Les rois de Casdlle et de Navarre et le c(Mnate de Barcelone ne se bornèrent pas à forcer les Maures d'évacuer leurs États ; ils les poursuivirent , et portèrent au milieu d'eux la terreur et la mort.
Arrétofis^nous un moment sur la situation de la Péninsule , sous les Maures et les princes chrétiens. Depuis plusieurs siècles , TËspagne
était tributaire et réduite à Tétat le plus méprisable sous la domination des califes. Ces souyerains résidaient à Damas ^ et gouyer*^ nâient par des vice-rois qu'ils avaient soin de changer fréquemment ^ pour ne pas leur donner le temps de se former un parti. La viceroyauté ne se conférait que pour trois ans au plus ; et celui qui était revêtu de cette puis-* sance avait le droit d'établir, de destituer^ de •punir ou récompenser les autres gouverneurs. Les inconvéniens attachés à cette forme de gcMivemement étaient incalculables. Les révocations fréquentes iie permettaient point de conduire à terme une affîiire de quelque importance ; ils ne pouvaient adopter une marche régulière d'administration. Aussi , presque tous n'eurent-ils pour but que de profiter du moment de leur faveur, pour s'enrichir, et dépouiller également les vainqueurs et les vaincus : il en était de métne des gouverneurs subalternes.
Asservis sous ce joug honteux j les habilans avaient en horreur l'admimstration des califes. Abdérame sut habilement en profiter au com^ mencement du x* siècle, pour s'afl^anohir de leur ptiissance, et s^emparer du pouvoir. L'heureux usurpateur devint un souverain bienfaisant, parce qu'il avait intérêt à faire aimer sa puissance. Sous son règne , on vit fleurir le
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eommerce, les arts, Tagriculture ; et Cordoue devenir, par son immense population , la première ville de l'Espagne .
Pour étouffer les semences de haine qu'entretenait parmi ses sujets la différence de religion, Abdérame n'eut point recours à la persécution. Il frappa, par des coups plus sûrs, le christianisme , en facilitant les mariages entre cl^étiens et mahométans , en accordant des récompenses à l'apostasie , en n'admettant aux charges et aux emplois que ceux qui professaient le culte de l'État , en s'opposant à toute nomination d'évéques dans les diocèses , lorsque venait à en manquer. Cette mesure, qui portait un coup terrible à l'ambition et à Pinfluence du clergé , ne fut pas celle dont Abdénme eut le moins à s'applaudir.
Le territoire de Cordoue, où ce prince fixa sa résidence , est un pays de délices. Des forêts de citronniers , d'orangers et de grenadiers y parfument l'air, et invitent à la mollesse et au plaisir. La magnificence , la galanterie et les arts régnèrent à la cour d'Abdérame ; et il sut changer une contrée sauvage en un brillant royaume. C'est à lui que l'on doit cette superbe mosquée,, aujourd'hui la cathédrale de Cordoue , qui est encore un des plus beaux monumens de TEspagne. Le trône qu'il s'était élevé passa avec le même éclat à ses succes-
ABmÉGÉ HISTORIQUE. 85
seors. L'agriculture, les manu&otures et la naTigktion dûi'eRt beaucoup aux Arabes ; ils donnèrent un nouTeau mouyement au com* merce des Indes , et le portèrent des golfes Arabique et Persique jusque dans la Méditerranée et au Pont-Euxin.
Cordoue dèyint 1& terre classique des arts en Biipague ^ pendant qu'ils semblaient être exilés du reste de l'Europe ; et les sciences n'y étaient pas cultivées avec moins de succès. La géométrie, l'astrononiie , la chimie et la médecine s'étaient réfiigiées dans l'occident de la Péninsule ; la musique et la poésie y étaient en Vénéifttion : des tournois , des combats à la barrière, el des spectacles dramatiques faisaient les délaces d'un pet^ple heureux et opulent.
Les États^soumisaul^ princes chrétiens étaient loin d'offrir un semblable tableau. On n'y voyait, à la même époque, que des royaumes de peu d'étendue , qui se divisaient encore à la mort de chaque souverain , de manière à en affaiblir tout-<i-Ëdt la puissance. Les seigneurs méconnaissaient l'autorité royale, dès qu'ils pouvaient se procurer une retraite inaccec^^i-* ble, enrôler un nombre suffisant de vassaux, pour secouer le joug de leurs maîtres et se soustraire à leur puissance; et le peuple des campagnes*, en butte à mille vexations , s'associait à ces re'belles pour dévaster et piller avec
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eux les propriétés. Plus sourent , ce peuple mécontent se choisissait des chefs , se rl^*an«cfaait dans les forêts , et mettait à contribution les passans et les marchands des TîBes toi* sines.
Les rois essayaient en yain de réprimer ces désordres publics ; ils avaient besoin des bandes de yagabohdrpour les opposer aux .Sarràzins ; et ils n'étaient pas assez forts pour punir la réroltedes seigneurs. Les décisions des conciles a'^Taient de poids que contre, la çksse des bourgeois qui résidaient dans* la ville, et riles devenaient un nouvel instrument d'oppression entre les nuâns deis nobles chargés de leÈ faire exécuter. Les ecclésiastiques allaient à la^ guerre, surtout lorssqu'il sVgissait de combattre les mahométans. Lç clerjgé s^appliquait à entretenir le peuple dansi'ignorance et la bar* barie ,* à repousser lés lumières , à augmenter sans cesse Son crédit et ses privilèges , et son , ambition élevait tous les jours des pk*étentioiis nouvelles. . ^
Les moiu^ , pour qui l'on fondait ^é tout eôté des clottres , insensibles auac mattteurs de l'État, ^ Fabri des daiigers de là guerre, exempts de toute espèce de travaux , considérés des rois , dés' nobles et du peuple , menaient une vie tranquille et paisible ; mais leur moi-* lesse ne tatda pas à dégénérer en licence , et 1^
ARftÉGÉ HISTORIQUE. 87
scandale qu'ib donnèrent attira plus d'mie fins la censure des concilest
L'État brUhmt des Arabes ne surrécut pas long^^temps au fondateur du royaume de Cor« doue; et^ dès le commencement du ii* siècle ^ Ters Tan 1027, ^^ P^^ aperceroir le premier symptôme de la décadence des Maures* Après une courte anarchie , le trône d' Abdérame ap« partint à celui dont l'heureuse audace parvint k s'en emparer; et ceux gui avaient échoué en le disputant , allèrent se faire t*ois à Tolède, à Yalence , à Saragosse; et 1^ Péninsule «nusul-^ mane compta presque autant de souverains d^fférens que de villes considérables.
A peu près k la même époque, Sanche^le- Grand, qui régnait sur la Navarre, et venait de a'emparer de la Càstille , retarda l'expulsion ^s Maures de la Péninsule, en ouvrant la carrière à toutes les rivalités, par le partage qu'il fit de ses États entre ses fils. Au lieu de ùirt du nord de FE^agne une puissance re-* doutable , il n'établit que des petites sourerai* netés sans finrce, dans la Navarre, la Càstille, l' Aragon : et ce malheureux exemple ne fut que trop bien suivi par ses successeurs.
Ferdinand i*' devait à Alphonse v, un de ses pi^édécesseurs , l'institution in^>ortante des communes ; il sut la feire servir afu bonheur de s^ sujets ; et Rodrigue , surnommé le Cid , ne
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eontribua pas peu à la gloire de son ri^ne. H porta ses frontières çntre le Tage et la Guadiana. Partout vainqueur , des Maures ^ au moment de terminer sa x;arrière , comme spji père, il partagea ses États entre ses trois fils, Sanche^ Garcie et Alphonse.
On ne vit plus que des guerres interminables entre les^ rois chrétiens >, et plusieurs siècles s'écoulèrent dans cette lutte terrible y où l'ambition fit répandre des flots de sang^ où l'intérêt commun et celui de la religion furent comptés pour rien, et dont souvent surent habilement profiter les princes arabes , pour réparer leurs pertes «t rafiermir leur puissance dès long- temps chancelante et prête à leur ^happer. Cependant^ dans le nombre des r pis qui gouvernèrent les États chrétiens , on en trouve qui régnent avec éclat. On voit Ferdinand II réunir le royaume de Gastille à celui de Léon , étendre ses conquêtes sur les Maures , les chasser de Cordoue, et ceindre sa tête de ce nouveau diadème ; s'emparer de Séville, et 'mourir en 1252, après un règne de 35 ans, laissant, ^près lui, un -nom qu'il n'avait pas moins illustré par ^es vertus que par ses exploits.
Avant Ferdinand , Alphonsp s'était rendu célèbre par la victoire éclatante.qu'il^avait rem* portée sur les infidèles. Cent mille ennemi^
ABftÉGË historique/ 89
couchés sur le champ de bataille , ^ fi(HXSiii|ie<> douze mille faits prisonniers étaient let.tt^ophées qui attestaient son triomphe. D^ chevaliers d'ordres militaires créés pour combattre les. infidèles -j et particulièrement ceui des ordres de Câlatrava et de Saint-Jacqucs^e-Compostelle , s^ètaient signalés dans les batailles ^ et souvent avaient été la terreur des Musulmans. Pendantque l'empire des Arabes s'écroulait de toutes parts , l'hérésie mettait les armes a la main des Albigeois; le roi d'Aragon marchait contre eux avec le comte de Montfort; le fan^* tisme et la superstition élevaient le tribunal sanglant de linquisltion; et cette monstrueuse institution, repoxisséc de la France , passait les Pyrénées pour porter la désolation et la mort dans la Péninsule.
Nous ne suivrons point ici les successeurs de Ferdinand-, dont les règnes furent sans éclut , dont rhistoîre conserve à peine les noms^ et dont la faiblesse ranima souvent l'espoir des flfaiires. .^
Nous ne pouvons présenter les J^its qi^en ly sse y les détails échappent duns inAe sim^e notice historique. Nous' voudirions |)oui^oiirtHfaçj^l^es annales de la Péninsi]j6»Je<rè^e sangUgi'^de ce mqpstre cour.onnt^, si jtistement npninié Pierre-l^Iruel , qui lut Fbpprpbre des rois et le fléau de ses pteuples ; quejGhar-
90 ITINÉRAIRE DB L'^SrAGNE.
les T résolut de punir de ses attentats; que Duguesclin sut attaquer jusqu'au fond de ses provinces ; que tous les efforts des Anglais ne pni'ent maintenir sur le trone, et qui reçut euQu le prix de ses forfaits de la main de son frère mème^ Henri TranstanjarCp
Henri ne jouit pas long-temps de 3on triomplie ; au moment ou il allait porter ses armes contre le roi de Grenade ^ le prince arabe le fit empoisonner. Les successeurs de Henri ne sont connus que par les fureurs intestines qui facilitèrent souTcnt aui Maures les moyens de reprendre des places importantes, et de maintenir leur puissance,
Hàtons-nous d'arriver au règne brillant de Ferdinand etdls^tbeîle. Ferdinand, fils du roi d'Araijon, avait été déclaré roi de Sicile; et^ après la mort de Henri j la princesse fut appelée aut trônes de Léon, de Castille , des Asturies-, de la Biscaye, de l'Andalousie et de Cordoue. Isabelle et Ferdinand régnèrent avec autant d'éclat que de sagessesur presque toute ri^pagne. Us réunirent à leur empire Naples et la* Nâ^Tarre , portèrent leurs armes Ticfpiienseà contre Grenade, investirent telle place le 23 avril' 1 491 i et^ après .un siège de» sept mois, y entrèrent en triombfa^, et chassèi^nt les Arabes de la Péninsule. ' •
Isabelle, à la gloire de. cette belle conquête,
AlAÉaÉ RISTORIQUB. 9I
et à. Farantage d'aiè^ir téiisi toale lïl^agne sous sa pmssMiee , àJQufea encore oefie de coiik oublier • à la décoirrerte de ^Amérique ^ (jm derait dêretiir une Sooree deLfiche/tse$;j>our ses États; Cette princesse yéèut^trop p€ia peut* le bonhenr dé ses ^^s» La mert^ayantfrappd. ses eil£aai^^ eUe ne^siteréent qnie six mois à leu* perte. Jeanne, manAét à l'arofaidac Phili^e d^Aotridie , était la seule, filt^ qm lai re^âct. Les fréquentes infidélités de son mari Favi^ent fait tombt9r en démence , et on rappelait Jeanne^-'Folle : dans là crainte que ses peuple^ ne fîissetnt malheureu^^sons la dami-* imlion d'un reine 'privée de sa raison^ Isabelle co^fia^ p{|r testament '^ le gouYémejaient de PEspajpie à Ferdinand, son époux ^ jusqu'à la majorité de Charles ^ depuis Càaries-K^uint /fils dé Piubppe et de Jeanne^la-^FoUe/isadMle mou*rn( en i5o4; et c'est de cette époque que Kon peut compter laddmination de la maison d'Ai^ tricbe en JËspa^e. . *
• Un parti puissâtit qui se déolas^ potir Phr"-' ^ppe d'Autriche, força d'abord Ferdinand de raim^er anx drôiés que pouvait hà donner hé testament d'Isabelle^ et de se retirer en Arav gon ; mais cette retraite fut de ee^irte dorée. Sk moisaprès> Philippe mourut, tet Ximenès, malgré les nobles , parvint à faire exécuter la dernière volonté de la reine ^éfpnte, et à re-
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9^ ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
mettre la pégence •«ntre les, maiins^Àe Ferdinand, jusqu.% la majorité du jeune Charles. Ii€^rég^ts'aUiA^aL.LQuis xii, par son mariage ai^a^eraaiadae de Foix. ^U 'enleva la Navïirre^ à Jean d'AIbirct V ^^ ^^ '^'^^'^i* potir toujours à l'Espagne. Tranquille possesiseiir de tant de royaumes ,^ij ne s^â pas rendre se^ SujeM heureux, Perfidte-etvai» ^il masqua ses vices par les si^ôSiexM^urs de U véritable* piété , fonda des monastères , ,éleva dfes églises, dota des hôpitfux, et se reposa sur* le clergé des foins >de l'adûnnistration de l'État. Sous ce gouvernement sacérdct^l^ l'inquisition, qui n'avait pénétré îusqu*alors. que dans l' Aragon, put .'élever des bÛLchers tlans toute la G^stiUe. Les Maures, tranquilles et soumis-; les jf^s, si nécessaires à l'Etat, par les immenses richesses que- le commerce #avaijt réunièé dans leurs ^n^n^^ furent persécutés, et bientôt entièrement chsissés'du royaume;: Les.uns étaient les agriculteurs, et les autres les négocians du paysi tous contribuaient à l'enrichir. Il Sortit de l'Espagne , depuis Ferdinand jusqu'à^ iOii'^ /lippe m, plus de trois nûlholis d'individus de ces^eux peuples , qui , outre une grande partie de leurs richesses acquises^ emportèrent de pli^s l'industrie et l'amour dti travaiF, qui en sont le mobile. ; •
L'Espagne sôujffre encore de cette .perte
ABRÉGÉ HISTORIQUE. qS
qu'elle ne put jamais réparer comptètement. Sans doute il eût été peut-être avantageux de se passer de ces deux classes de sujets* industrieux , afin d'être plus homogènes de religion et de caractère; mais il fallait pouvoir les rem- [Uacer ; il fallait , par d^s lois sages , des récomj>enses^ des encouragemens, diriger vers l'industiîe les dispositions naturelles des Espagnols pour toute espèce d'occupation sérieuse ; il fallait, en un mot, naturaliser parmi eux les qualités des Arabes , ou bien parvenir, par de bons traitemens, à faire adopter à ceux-ci la croyance que l'on voulait rendre exclusive dans le royaume. Si les rois des différentes provinces chrétiennes de l'Espagne eussent adopté ce système , comme l'avaient fait les rois mabpmétans , Tindustrie se serait conservée dans leurs États de la même manière, et ils auraient été instruits par leurs ennemis à les surpasser en richesses comme en courage et en science militaire : il leur suffisait pour cela de les imiter. A peine les Goths s'emparaient^ils de quelques xampagnes , de quelques villes , qu'ils héritaient dans les unes dé plantations , de canaux, de magasins , de grains , d'instrumens de labour ; dans les autres , de métiers , d'usines, de moulins , de filatures, qu'il suffisait d'entretenir et de continuel j ils reculaient ainsi les bornes de leurs États et, de leurs con-
94 ITINÉRAIRE DE l'bSPâGNE.
naissances. InstFoits dans to\is les art« m^niques^ habiles surtout en agriculture, les Maures ataient porté au plus haut point de perfection toutes les branches de l'économie publique et particulière. Us avaient apporté à l'Espagne la culture du sucre, du coton, de la soie, dû riz; ils avaient construit des canaux d'arrosages , des réservoirs , par le moyen desqvLtis ils distribuaient les eauï dans les terrains les plus élevés et les plus arides. Leurs <^amps, divisés en petites parties , et sans cesse travailr lés , comme le sont les propriétés dans les pays de petite culture, opposaient un contraste singulier avec les immenses possessions incultes des seigneurs espagnols, deâ domaines de la couronne et des corporations religieuses. Les connaissances des Arabes dans l'agriculture étaient fondées sur les traditions de l'Orient, sur les ouvrages des Chaldéens, les livres de Magoii-le-CarthagincHS , et plusieurs auteurs gre6s qui ne nous sont point parvenus; ils possédaient surtout un traité de l'agriculture nabathéenne , qu'ils paraissent avoir constamment suivi , et qui se trouvait convenir parfaitement au climat et au jsol des provinces qu'ils habitaient. Cet ouvrage précieux, écrit en chaldéen , a été presque entièrement traduit et refondu dans le traité complet de l'agriculture, de Abu Zacharie , de Séville , plus connu
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SOUS le nom de Ebn el Awan. On y Toit Vair tention «iautieuse que ces peuples appor** talent dans toutes les branefaes de culture, dans l'analyse et la classification des terres ., leur engrais , les bAtîmens rustiques , les plan* tations et l'écbication dés animaux. Il offre un monument du plu^ haut point où puisse pav^ Tenir l'industrie à cet égard ' ; et l'Espagne a la gloire déposséder les trois ouvrages les plus complets écrits en différons temps sur cette matière : celui de ColumeUe , sous les Ilomains ; cdai de Alonzo de Herrera , dans le 1¥* siècle, et le traité dont nous parlons.
Les Maures n'étaient pas moins habiles dans tous les genres de manufactures : on leur doit l'inyention du papier ; ils ayaient surtout perr fectHinné les étoffes de soie\, de coton , les cuirs maroquinés, etc. Le géographe de Nubie, qui voyageait en Espagne vers le xn* siècle, assure que, dans le seul royaume de Jaen , on trouYsâtk' six cents villes ou bourgs qui faisaient le commerce de la soie. Les étoffes ^briquées à Grenade avaient delà réputation dans l'Qrient^^et
' Les Maures aYaient 4éjk réuni les plantes des tropi-* qœs II celles de TEurope ; ùs cultivaient en plein air le bananier, le pistachier, la sésame, les cannes k sucre et une espèce de m qui avait Tavantage de ne pas exiger autant deau pour sa culture, et, par conséquent, de n'être point malsain.
96 ITINÉRAIRE DE L'eSPAGNE.
même k Cotistantinaple , où tous les arts étaient florissans à cette époqne« Les manuscrits grecs du Bas*£mpire en font souyent mention , et , entre autres , une notice publiée* sûr l'histoire dé Léon-le-Diacre '.On Voit que , sous le règne des Gomnèiies^ il parut en Grèce des étoffes de Grenade dont on admirait la beauté \
' A cette industrie si perfectionnée, les Mau* res joignaient Fétude des lettres et des sciences ; et déjà , sous le règne d'Abdérame i*', contemporain de Charlemagne , ils avaient un grand
' Voyez la notice de M. Hase, insérée dans les extraits de la Bibliothèque impériale, tome viii. M. Hase avait commence une traduction de cet ouvrage curieiiit; il faut espérer qu'il publiera bientôt son travail.
* n existe dans la Bibliothèque impériale un ouvfage sati- . rique et inédit en grec,, presque dans le genre de la sat;ire Ménippëe, et composée sous le rëgne des Gomnènes. Timarion, Fun des interlocuteurs de cette pièce, raconte son voyage de Gonstantinople k une grande aire qui se célébrait k Sabnique le jour de Saint-Démétrins, et il entre dans un grand détail sur les productions et les marchandises réunies alors dans la grande plaine sur les bords de TAxias, au nord de la ville. .Ce monument, curieux pour Thistoire du commerce du xil« siècle, mais souvent trës-difficile a entendre, fait mention que des Esçlavons , des Italiens , des Espagnols , des Français, se promenaient dans de longues rues formées par des boutiques. Le coton de la Livadie et de la Morée y était aussi recherché qu'il Test aujourd'hui; mais c'étaient surtout les Maures de Grenade et de l'Andalousie (des. colonnes d'Hercule), qui faisaient admirer la beauté de leurs tissus.
nombre de bibliothèques et d'ëcolfss publiques. Les noms illustres d'ÂTicenne et d'Ayerroès rappellent les beaux temps de la Grèce. A ce concours extraordinaire de taleos, de^ savoir et de génie , ils joignaient les vertus guerrièriqs et dievaleresques^ A peine eurent41s sounûi l'Espagne par leurs armes, qu'ils vonlurent se rattacher par leurs bienfaits; ils laissèrent aux peuples yaiiKUS leurs lois, leur religion , leur langue; ils n'exigèrent d'eux que le tri^ but qu'ils payaient à leurs anciens maîtres ; ils montraient surtout aux femmes la déférence et le respect qui prouvent un haut degré de civi-*lisation. Leurs procédés généreux avaient ins« pire aux princes chrétiens une telle confiance j qu^ils envoyaient leurs enÊms s'instruire à leurs écoles , et recouraient à leurs médecins pour la guérison de blessures dangereuses.
Qu'il me soit permis de joindre ici le tableau que présente un historien espagnol, de ce peuple trop peu connu et trop peu apprécié ' : « £n 1609 , les Arabes disparurent de l'Espagne, qu'ils avaient envahie 776 ans avant. C^ peuple brave, vif, ingénieux, éclaii^é , féconda, par son active industrie , les contrées quel'opgueil indolent des Goths vouait à la stérilité. Il appela la prospérité et la richesse , et leur pu-
< CSondé, Histoire des Arabes, traduite de M. Martin .
98 ITINÉRAIRE DE l'eSPâGNE.
vrit des canaux abondans; son indomptable courage , égal dans la fortune et dans les reyers j entoura de puissance le trône de ses califes. Son génie exercé , développé par l'étude, plaça dans ses Tilles un éclatant foyer de lumières qui, répandant au dehors leurs brillantes émanations, éclairèrent Tflurope, et y firent germer l'amour de la science. Son esprit cheyaleresque , imprimant à ses actions un caractère inconnu de grandeur et de noblesse , le couvre, "aux yeux de la postérité, d'une teinte yague de merveilleux , d'un vernis magique d'héroïsme qui rappellent les temps enchantés d'Homère, et montrent les héritiers des demi-dieux de la Grèce.
» Hospitalier envers l'étranger, compatissant envers les malheureux, attaché à la religion de ses pères , ferme et constant dans ses opinions et dans ses principes , l'Arabe maure conserva long-temps , sans altération , les traits primitifs des enËms d'Ismaël. En parcourant les campagnes , on eût dit un peuple de pasteurs qui, déposant le glaive, demandait pour tout bien à la terre des pâturages pour ses troupeaux, et pour lui des fruits et des fleurs, qu'il aimait à l'excès. 9ans l'enceinte même des villes , on retrouvait l'Arabe avec son caractère, ses préjugés, ses habitudes; et ses mosquées , élevant leurs minarets dorés
ABRÉGÉ HISTORIQVE. 99
an milieu de l'étemelle yerdure des palmiers et des orangers ^ annonçaient le simple Dieu de la nature et les mœurs amples de ses adora* teurs» Mais ^ ^ussitàt que le Saki réyéré pro^ nonçait le nom sacré d'Algihed ( cri de guerre contre les chrétiens)^ on que le son des instrnmens guerriers Tenait frapper les airs y plein d'une ^ardeur martiale , l'Arabe saisbsait ses armes , s'élançait sur son coursier impa^ tient y et Yolait au combat. Là^ il cherchait la mort ou la victoire: â l'une produisait le laurier ) l'autre conduisait au séjour céleste» Le couf*age^ excité par le fanatisme , place l'homme au-dessus du danger; et l'Arabe, altéré de sang j ne craignait pas de verser tout le sien pour faire couler celui de l'ennemi. Le combat terminé , tous les senttmens d'une géitéreuse bienveillance rentraient dans son âme; et sou* vent sa main pansait la blessure que son épée avait faite.
» Revenu dans ses foyers , du bras qui ve* nait de servir* la religion ou la patrie , il allait cultiver son champ , son jardin. Les cours des fleuves, des rivières voisine3, tributaires de son industrie , venaient , par des conduits qui serpentaient sur la cime des ro-^ chers ou franchissaient le fond des vallées, fertiliser le sol, féconder les terres les plus languissantes^ tapisser de vertes prairies le pen-
lOO ITINÉRâlRR DE l'eSPÀGNE.
ckavt des collines , ouTtir le calice êés fleuri pour en £adre exhaler les parfums; ou bien ^ isi son goàt le portait Vers les arts , ou s'il pré« ferait le commerce, on le voyait attaché à utl métier docile, fabriquer ces étofifes de sdié , ces riches tissus efi&çant en beauté tous ceux de l'Orient ; puis\, chargé des produits de l'ËSpâ-^ gne, il traversait audàcieusement les mers , et rapportait en échange tout ce que la Perse ^ la Syrie et l'Egypte pouvaient oÔtir à là ri-» chesse pour augmenter ses jouissances: ))
Le cardinal Ximenès^ archevêque de Tolède i^ joua en Espagne le même rôle que le cardinal de Richelieu en Finance ; et il fût ré^ gent dulroyaume, siprès la nlort deFerdinand,
€haries , à sa majorité, régna sur la pkié grande partie de l'Europe ^ et demeura paisi*ble possessear de f Espagne. L'ambition de ce prince fut fatale à ses voisins. On sait ce iqu^ en* coûta à François V pour* avoir voulu reprendre le Milanais. Fatigué du pouvoir, et plus encore peut-être des ennemis sans cesse i^naiisans qu'il avût à combatif, Charles-Quint abdiqua la couronne , et mourut deux ans après, en 1857.
La possession de l'Espagne, du AGlanais, des Detix-SicilèSi, de tous les Pays-Bas; des ports garnis de vaisseaux ; lete tlt)Upes les
ABROGÉ HISITORIQUE;. lOl
mieux disaplinées de TSurope ; des mo|;ss0]i8 d'or et d'argeiït fournies par le Nouveau- Monde : tel fut rhéritage que Chs^rles^Quint laissa à Philippe ii , son fils. Ce prince astucieux et sombre fut le monarque le plus pnisr sânt de la chrétienté. Il pei^dit à la vérité la HoUande ^ par suite d'une révolution occasionne dants les Pays-Bas par l'établissiement de l'inquisition et les actes de cruauté du duc d'Âlbe; mais cettQ perte fut compensée, en 1 583 /par la conquête du Portugal , dont les richesses étaient incalculables dans Je Nouveau- Monda-
Philippe régna plus de quarante ans pour Jie malh*eur de sa famille , de ses sujets et des sou« yerains qui traitèrent avec lui. Il suscita et form^ l^ Égue en France; mais Henri , parvenu au trône , lui fit sentir enfin sa pyissanœ , le forçant à demander la paiy . U mourut en 1.598 , et laissa ses Éta*s. à Philippe m , qu'on sur-^ nomma leJPacifufue , et qni , égaré par un Aux zèle pour Ja religion , bannit ce qui restait qur ^ore des anciens Maures en Espagne ; e^, de ce mpment, date la rmpe con^plète du commerce et de l'agriculture de qe pays. Philippe , après vingM^^ ^s de règne , mourut çn 1 62 1 j. -C'est sa fille , IVchiduchesse Anne , mariée à Louis XIII , et n^ère de Louis iuv, dont 1^ p^lit-fils, comme nous le verrons bientôt, pajr-
vint ^ par droit de naissance ^ au trône de l'Espagne.
L'éclat répandu sur la monarchie espagnole ne devait pas être de longue durée. Telle était déjà la prépondérance acquise par la r^ublique des sept provinces soustraites au pouvoir de Philippe ii , que Philippe m ,^u plutôt le duc de Lerme, qui régnait sous le nom de ce prince , en paix avec la France et l'Angleterre , et n'ayant la guerre qu'avec cette république , se vit obligé de conclure une trêve die doiae années , et dé lui assurer la liberté du commerce des Indes. L'expulsion totale des Maures fit encore plus de tort à la nation qui , bientôt , ne fut plus qu'un vaste corps sans substance. Le désordre augmenta sous le ducd'Olivarès^ ministre de Philippe iv; et ce règne rie fizt qu'un enchaînement de pertes et de disgrâces.
Les Hollandais s'emparent du Brésil en 1625 ; les Français envahissent l'Artois ; le Portugal secoue le joug , et une conspiration , aussi bien conçue que savamment dirigée ^ met la maison de Bragance sur le trône : les îles Açores , Mozambique , Goa y Macao ^ suivent l'exemple de Lisbonne ; une révolte des Catalans , pour la défense de leurs privilèges , introduit les Français dans cette partie du royaume , et entraine la pert« du Roussillon. Une régente , la veuve de Philippe iv , attire la haine et le mépris pu-
ABtlÉGÉ HISTORIQUE* Lo3
blic, en appelant au pouvoir un jésuite , un de ces moines ambitieux dont la société devint en horreur à toutes les nations , que tous les rois devaient bientôt chasser de leurs États , et que les ennemis seuls du peuple et des princes peuvent tenter aujourd'hui de vouloir rétablir..
Philippe IV , d'une santé débile et d'un esprit plus faible encôr^^ monte sur le trône à l'âge de quinze aiis : livré aux prêtres , esclave complaisant de sa mère ^ plus soumis encore à son épouse^ continuellement engagé dans des guerres désastreuses , perdant ses possessions de l'Amérique par l'audace des flibustiers, et les provinces des Pays-Bas par les talens des généraux de Louis xiv, il voit, au moment de terminer une vie sans gloire , les rois se partager entre eux sa succession ; il croit opposer une barrière à leur ambition en léguant, par un testament, ses États au duc de Bavière , et ne jouit qu'un moment de Tespoir d'être remplacé sur le trône par un héritier légitime , pour déplorer plus amèrement la perte du jeune légataire , qui le précède de deux ans dans la tombe.
Le mariage de Marie-Thérèse , fille de Philippe iv, avec Louis xiv,. n'avait point empêché la guerre de se renouveler entre les deux royaumes j et Marie-Louise d'Orléans , fille de Philippe de France, frère de Louis xiii,
I04 ITINÉRAIRB D£ l'B8PA6KE.
en donnant sa main au successeur de Philippe IV , n'avait pas plus heureusement entre* pris de rétablir la paix entre l'Espagne et. la France. Louis xiv ^ suivi partout de la victoire^ avait remporté de grands avantages, attaquéàf la fois le monarque espagnol dans la Flandre près Mons et dans la Péninsule , et pénétré jusqu'à Barcelone. Malgré ces rivalités et la honte de tant de défaites, Charles ii fit un nouveau tes* tament en 1700^ signé le 2 octobre, par le* quel il déclara Philippe de France , duc d'Ai^ jou , héritier de toute la monarchie espagnole. Le testateur mourut le i*' novembre suivant, âgé de» 39 ans ; et son testament occasionna un embrasem^it général. La branche ai^ée de la maison d'Autriche régnante en Espagne fimt en Charles 11.
Philippe V fut déclaré roi d'Espagne en l'^o, le 16 novembre, à Fontaindbleau , et le 24 à Madrid. Il fit son entrée dans cette capitale, le 14 Avril 1 701, et fut bien tôt forcé d'en sortir^ par cette guerre de la Succession qui fui; si fatale à la France , et qu'entreprirent FAutriche , l'Angleterre et la Hollande , po«r donner TEspagne à l'archiduc Charles. Il y a peu de campagnes d'vn intérêt aussi grand et aussi varié , que celles qui suivirent la déclaration de la guerre de la Suocession. Alternativement victorieuses et vaincues , les armées des puis-
ABRÉGÉ HISTORIQtJE. loS
sauces belligérantes balançaient leurs succès et leurs défaites ; et Ton pressent combien on pourrait rappela d'actions béroîques , quand on Toit se mesurer sur le champ^de bataille , Eugène^ Villars, Malborough , Vendôme^ le duc de SàYoie , le comte de Toulouse et le duc de Noailles. Enfin, après des flots de sang Tersés , les défenseurs du trj&ne de la Péninsule triomphèrent de tous les efforts des princes coalisés contre elle. Le traité dlJtrecht^du 22 mai 17 13, confirma le testament de Ghar^ les II ; et celui de Rasl^dt , ratifié à Bade le 3 mars 1714 ^ rendit la paix à rjEurope.
Eatigué du poids de la couronne , Philippe y l'abdiqua en 1 724 ^ en faveur de Louis , son fils ; mais la mort de ce jeune prince, arrivée quel* ques mois après, le força de reprendi^e le sceptre , et de se livrer de nouveau aux travaux pénibles du trône. U en profita pour donner à l'Espagne des lois sages , et y fonder de nombreux établissemeus en faveur du commerce , des sciences> et des arts. S'il ne défencUt pas Finquisition qu'il détestait , il eo tempéra au moins la rigueur. Ce fîit pendant son règne que le Portugal bannit les jésuites de ses États , et que la même expulsion eut lieu peu de temps après en Espagne.
Après un règne de 4^ ans , Philippe v Inou^ rut âgé de 63 ans, Ferdinand vi , qu'il avait
I06 ITnfÉRAIRE DE l'bSPAGNE.
^eu deLouise-Gabrielle de Saroie , sa première femme, lui succéda. Ce prince , à son aTenC" ment au trône , chercha à extirper les abus introduits dans les finances , et à rétablir la marine : il réforma le clergé régulier , protégea le commerce et l'agriculture ; et l'Espagne , auparavant tributaire de l'industrie des autres nations , vit abonder sur son territoire les inatières premières ^t les productions des arts. Des canaux pratiqués en différentes parties du pays portèrent Tabondance dans les campagnes ; et Charles III , son frère , qui lui succéda le 10 août^i759v soutint dignement ses entreprises. ,
Charles m, roi des Deux-Siciles , en 1734, avait gouverné ce royaume avec autant de douceur que de sagesse ; et , appelé au trône d'Espagne par la mort de son frère , il ne négligea rien pour achever de tirer la natiojn de l'inertie dans laquelle elle languissait encore. Il donna des encouragemens à tous les genres de travaux, et il est peu de provinces où l'on ne, rencontre le nom de ce monarque inscrit sur quelques monumens d'utilité publique. U jeta des ponts sur les fleuves ^ creusa des canaux , éleva de nouvelles manufactures, fonda des sociétés économiques, et colonisa la Sierra Moréna. Celui qtii avait découvert Herculanum et Pompeïa , e( bâti Caserte , ne pouvait man*-
quer en Espagne de marquer son règne par son goiU éclairé pour les arts. €e fut lui , en effet , qui'fit construire le nouyeau palais de Madrid , le château d'ÂranjuJii , qui embellit Saint- Udephonse, et qui traça en Espagne les seules grandes routes qui existent encore : routes plus belles que dans tout autre pays^ mais malheureusement bornées à un bien petit nombre de communications. Charles iii mourut en 1787^ et laissa la couronne à Charles iv.
L'Espagne était en arrière de deux siècles du reste de l'Europe , par les lois prohibitives sur la presse , qui comprimaient sa pensée ; et cependant ^ Charles m , par sa position avec la France, ayait été engagé dans la guerre de l'indépendance de l'Amérique. Charles ïv fut contraint plus tard de prendre les armes contre la France , par suite du refiis que fit la Con*^ Tention nationale d'accepter la neutralité qu'il offrait ^ si l'on Toulait respecter les jours de l'infortuné Louis xti .
Ce prince pouvait ^ en s'abandonnant aux conseils du sage d'Aranda , prévenir l'invasion des armées républicaines dans ses États ; mais une iàu^sse politique provoqua la déclaration de guerre que la Convention fit à l'Espagne , le 7 mars 1792. Toutes les forces de la Péninsule se réunirent pour s'opposer aux armées de la république; et la première campagne, où les
|08 ITINÉRAIHB DE l'b^PAGNE.
sliccès et les pert^ forent partagés^ n'ofl^t aucun résultat décisif. Mais aussitôt que Ton put reprendre les hostilités , les généraui fran^ fais firent pressentir, |pr le siège et la prise de Collioure , la supériorité qve dcTait bientôt acquérir une armée de soldats , doalL les tra^ ^aux , les privations ei les daaij^rs ne fai-r saient qu'accroifve Hntrepidtté. Saint rlau^rent, Roses et Figuières emportés; Fdntarabie> Saint-Sébastien et Tolosa forcés; nûe route de trois lieues pratiquée dans Le flanc des montagnes malgré un froid excessif, la. famine et la peste ; enfin Bilbao et Vittoria forcés de se rendre, le 1 9 j uillet 1 7g5 , déterminèrent 1^^ pagne à demander la paix. '
On la lui accorda par le traitée de Bàle , du 2& juillet, connu sous le nom de traité de l^n III ; et les deux nations yécurent long-4emps dans la plus parfaite union. Rien n'ayait troublé les relations amicales de Giarles i v ayec le héros d'Arcole , lorsque le génie malfiiisant dé rSspagne , l'imprudent Godoy , et la raison d'État, dont les conséquences furent si Êttales au conquérant français , rallumèrent tous les feiix de la guerre dans la Péninsule, et préparèrent les malheurs ^ans nombre qu'elle éprouva depuis.
Mous avons à dire comment Napoléou, pour envahir TEspagne , profita d'un traité secret ,
ABRieÉ H16T0B1QUS. I09
par lequel cette puissance s'engageait à le se-* couder dans son agression contre le Portugal ; a Cadre connaître 1^ funestes détnélés de Char->> les iT aTOc son fils Ferdiiiand ; à rappeler la réyolte du peuple ^ qui força le yieux monarque d'éloigner Godoy des affaires^ d'abdiquer la couronne^ et de protester bientôt après se* crètemént contre dette abdication, entre les mains de Murât, qui, comme allié, occupait ak>rs Madrid arec Tarmée française. Nous avons à enivre lé roi Feardinand dans son voyage & B^jronne, êàni son exil àValencay, à son retour dans sa capitale ; et à indiquer les principaux événeftiens qui rendirent si terrible cette lutte entre la Fran)[!e et rfispagne. Noiw terminerons cet aperçu par fauglorieuse campagne du prince français , qui n'envahit la Péninsule que pottr la pacifier;, et ne voulut là conquérir que pour afiermir Talutorité sacrée kles rois sur les bases â^rnelles des libertés et des droits des peu^^ pies : noble pensée, qui, malheureusement, n'eut pas son exécutioià.
hes dissensions qili ^'élevèrent dans l'inté-» rieiir de la famille royale -d'Espaglie sntvi"^ reht presque immédiatement le mariage du pHcfce des Âsturies aVleC Mârie«AntiHfiette de Bourbon i, fille du roi de Naples ; et les démé* lés entre le tnonarque et son fils furent si violent, que Charles iv fut forcé d'abdiquer en
IIO ITINÉAAIRB BB l'bSPAGNE.
faveur de ce dernier > tomme on le voit par sa lettre insérée dans le Moniteur du 5 mai 1808. ce Je proteste et déclare , dit le souverain , que tout ce que j'ai dit dans mon décret du 19 mars , en abdiquant la couronne en fayeur de mon fîls^ a été l'efTet de la yiolence, pour évi-» ter de plus grands maui et Feffusion du sang dé mes bien amés sujets ^ et qu'en conséquence rien n'est yalable. Aranjuès, le ai mars 1808. Moi y le. roi. » Une autre lettre^ du 23, du même prince ^ Tempéreur, confirme celle que nous Tenons de transcrire littéralement. Ayant cette abdication forcée , le prince des Âsturies ayait cherché à se concilier la fayeur de Napoléon, en lui demandant en mariage une princesse de sa famille^ comme on le yoit dans le Moniteur du 5 février 18 10 : cette demande était du 7 octobre 1807. Napoléon la laissa sans réponse; et, par un traité du 27 du même mois , il stipulait ayec le père que 26,000 hommes d'infanterie fi:*ançaise, et 3,ooohonmies de dayalerie entreraient en Espagne pour se rendre en Portugal. Ce fut à la suite dçs mouyemens et des commotions populaires qu'occasionna l'entrée des troupes françaises en Espagne , que le r<H fut forcé d'abdiquer. Mais Murât était déjà maître de la Péninsule ; et, au lieu de 25,000 soldats qu'il deyait commander, il en ayait plus de 5o,ooo sous ses ordres.
La situatioii politicpe de l'Espagne ^ Tindignation du yieux monarque, Tambition du jeune roi , la division qui régnait parmi les eourtisans , l'abaissement de la cour et du prince de la Paix , le soulèvement du peuple , des partis qui se formaient de toute part , et la force imposant^ des troupes françaises , rendaient Êiciles l'occupation et la domination de ce pays. Napoléon parvint à £iire arriver Ferdinand à fiayonne; et, dès qu'il l'eut en son pouvoir , il ne dissimula plus ses projets ; mais il annonça simplement au jeune roi , qiiilasHtit irrésfocablement résolu que lafamiUe des Boutbons ne régnerait plus en Espagne, qiCeUe serait remplacée par la sienne propre; et qiùen conséquence il espérait qiùïl renonce^ rait en son nom et en celui des autres princes de sa maison, aux droits qiCils açaieniau trône.
Le départ de Ferdinand pour Bayonne , les lettres qu'il écrivit de cette ville pour faire connaître les intentions de l'empereur , les bruits qui coururent que Charles iv allait remonter sur le trône , et la résolution que prit ce prince de se rendre en France avec sa Êimille, mirent l'Espagne en feu. Les partis divers s'a* gitèrent ; reffervescence du peuple fut à son comble ; le sang des citoyens coula plus d'une fois ; et Murât eut besoin de toutes ses forces pour prévenir ou comprimer les soulèvemens.
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Cependant les deux princes espagnols étaient à Bàyonne. Charles iv Êdsait valoir sa protesta* tion^ réolamait son sceptre; et Ferdinand fondait ses droits à la couronne sur l'abdication de son père. Dans cette lutte honteuse , le jugement de Napoléon n'était pas incertain ^ il étiait plus facile de faire consentir le yieux monarque que le jeune souverain à abandûnnet* le pouvoir «upréme. Charles it redevint un iboment souverain; et Ferdinand redescendit au rang de ses sujets. Cette couronne éphé* mère lui fut bientôt enlevée ; et ^ au moment où l'on publiait à Madrid cet acte de son autorité, le 8 mai il avait déjà cessé d'être roi ^ et conclu à Bayonne ^ le 5 du même mois ^ par son plénipotentiaire ) le prince de la Paix^ un traité de cession de ses États en faveur de l'empereur des Français; et Ferdinand^ le même jour ^ abdiquait également sa couronne ^ et la dépogait sur la tête de Napoléon : il fit plus ; il ap prouva et confijrma, par un autre traité du lo du même mois , la convention et la cession du 5 , après avoir écrit ^ le 6 ^ à la junte du gouverïiement espagnol , d'obéir en tout à la dy** nastie nouvelle. Napoléon y muni des pièces authentiques , signées par les princes de la maison royale d'Espagne^ par lesquelles ils approuvaient de la manière la pins expresse et la plus formelle ^ la cession £iite par eux ^ les
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fit publier dans la Péninsule , convoqua une assemblée des principaux personnages de l'État à Bayonne , et le 6 juin , déclara roi d'Espagne, Joseph , roi de Naples , qui arriva le lendemain 7, et reçut les hommages des principaux che£s .de la nation qu'il était appelé £ gouverner.
• Ce fut dans ces dispositions que le roi Joseph partit le 3 juillet de Bayonne, pour se rendre à Madrid , accompagné des membres de l'assemblée des notables qui composèrent une partie de sa suite.
Le 24 juillet , il fut proclamé roi d'Espagne et des Indes à Madrid. Sous les dehors de la soumission et de l'obéiss^rnce , il existait contre les Français une haine secrètement nourrie par un parti qui n'attendait qu'un moment favorable pour lever l'étendard de la révolte. Le conseil de Castille refuse , sous divers prétexites, de prêter serment au nouveau roi; et la constitution acceptée à Bayonne ne contentait plus personne au-delà des Pyrénées. Deux partis étaient formés , celui de la paix et celui de la guerre ; et le dernier, pour éclater, attendait des nouvelles de l'Andalousie, où un corps d'insurgés espagnols allait se mesurer avec l'armée française. La défaite du général Dupont à Baylen, et la capitulation iniquement violée qui en fut la suite , avaient relevé toutes les espé- I. 8
Il4 ITINÉRAIRE DE l'eSPÂGNE.
rances des partisans de la guerre et d€s ennemis de la dynastie npuvelle.
Lorsque les niécontens se crurent en force , ils cessèrent de dissimuler. Le peuple de Madrid, dont Murât avait puni la révolte dans la' journée du 2 mai ^ fut de nouveau soulevé. Les Français furent traités en ennemis^ et la guerre civile éclata sur tous les points.
Pendant que les juntes provincialeis excitaient et dirigeaient ces mouvemens dans toute l'Espagne méridioiiale , et que Ton se disposait à former une junte centrale , pour sanctionner Finsurrection , Napoléon préparait des renforts destinés à Farmée française , assemblait le sénat le 6 septembre 1808, lui présentait les documens diplomatiques relatifs aux affaires de la Péninsule , et lui faisait envisager les avantages qui résulteraient pour la France , si les États au-delà des Pyrénées étaient gouvernés par un prince de la dynastie française.
Cependant , le président de Fassemblée centrale d'Espagne , Je gouverneur du conseil deCastille^ le maire de Madrid, les prélats et les moines ^ échauffaient les esprits , poussaient à la révolte , invitaient ceux qui avaient prêté serment au roi Joseph , à le violer ; promettant , dans te cas , de les regarder comme hommes d'honneur et bons Espagnols ; et en-
tacbai^t au contraire du nom de traîtres , et frappaient de proscription ceux qui ^ sous prétexte d'avoir prêté serment de fidélité , restaienjt attachés aux Français.
L'empereur , après avoir fait au sénat les communications dont nous avons parlé, se disposa à partir pour TEspagne. Il quitta Paris le 3o octobre , et battit, le lo novembre , près de Burços , Tarmée des insurgés , commandée par le comte de Belbedor. Pendant qu'il s'arrêtait avec son frère dans cette ville où il resta jusqu'au 22 , une de ses armées s'empara de toutes les provinces situées au nord de la Castille jusqu'aux frontières de la Galice et des Asturies ; et une autre prit possession de l'Aragon^ s'étendit jusqu'aux provinces de Soria et de Guadalaxara. Lui-même matcha sûr Madrid , et arriva le 2 décembre à Chamartin, après s'en être ouvert les chemins par la victoire du 3o novembre sur Don Benito de Saint- Jean dans les montagne^ de Sommo-Sierra.
Dès que Napoléon fut à Chamartin , il somma Madrid de se rendre; il n'était pas aisé de contenir la populace de cette métropole. L'assemblée centrale, en quiUant Aranjuez, à la première nouvelle de l'approche de l'empereur , avait , au moment de prendre la route de Séville où elle resta jusqu'en 18 10, donné les ordres les plus précis pour n'entrer dans
Il6 ITINÉRAIRE DE L' ESPAGNE.
aucun arrangement avec les Français, pour les combattre à outrance , et pour défendre la capitale jusqu'à la dernière extrémité, déclarant traîtres à la patrie tou§ ceux qui se rendraient.
Cependant le danger était imminent ; et,, après avoir été trois fois vainement sommée de se rendre , la ville allait être livrée à toutes les horreurs qui ont lieu dans une place prise d'assaut. Le marquis d'Aquilar, commandânt-génétal , crut devoir sauver Madrid, et épargner le sang de ses concitoyens. Il capitula le 4 décembre , après la dernière sommation que venait de faire le prince de Neufchâtel au nom de l'empereur. Les conseils d'État, des Indes, de la marine, de la guerre , des finances, l'assemblée du commerce et des monnaies , et la chambre des alcades de Corté y se réunirent aux magistrats de Madrid , pour protester de Tobéissance et du respect des Espagnols , et pour porter aux pieds de l'empereur le vœu de voir le roi Joseph dans les murs de la capitale pour y prendre les renés du gouvernement. Il fut ouvert des registres dans la métropole et dans les différentes provinces , pour y recevoir le serment de fidélité des citoyens à la dynastie nouvelle.
Tout paraissait soumis. Les Anglais étaient entrés en Espagne le 29 octobre : Napoléou
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lies ayait poursuivis sans relâche ; et , daus la soirée du 16 au ï 7 janvier ^ le maréchal Soult l«s obligea de se rembarquer précipitariiraent à la Corogne , après les avoir forcés d'abandonner armes, chevaux, 'magasins , munitions et bagages. Par suite de la bataille gagnée en cette occasion, les Français paraissaient n'avoir plus que des restes de rebelles à combattre. Le roi fit son entrée à Madrid le 22 janvier 1809 , et reçut les hommages du clergé séculier et régulier, et du petit nombre de grands seigneurs qui n'avaient pas quitté cette ville.
Cependant plusieurs places fortes et quelques capitale^ des provinces n'étaient pas encore soumises au commencemi^nt de 1809. Le départ de Napoléon, que la guerre entre l'Autriche et la France avait forcé de repasser les Pyrénées, relevait les espérances des mécon-, tens ; et Sarragosse était devenue Tespoir des Espagnols , au milieu des revers que leur avait fait éprouver la seconde irruption des armées impériales daiis l'intérieur du royaunffe.
Dans cet aperçu sur l'histoire de la Péninsule, nous n'avons dû qu'indiquer les faits ; mais nous ne pouvons nous défendre d'entrer dans quelques détails sur le siège de Sarragosse, l'un des plus mémorables que puissent nous offrir les annales de l'antiquité et celles de nos temps modernes. Le peu de succès de la pre-»
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mière entreprise que l'on avait tentée contre la capitale de TAragon , les fortifications qui s'élevaient spontanément autour de chaque point menacé ^ Fénergie de ses habitans dont la |)resque totalité était disposée à prendre part à sa défense , le grand nombre de troupes et de paysans armés qui s'y trouvaient rassemblés j plus de cent cinquante bouches à feu sur les remparts ; tout contribuait à persuader aux partisans de la junte centrale et des juntes pro^ vincialeç , que Sarragosse serait un boulevard contre lequel échoueraient tous les efforts des Français..
L'armée qui devait assiéger cette place se composait des troisième et cinquième corps de la grande armée. Le premier, aux ordres du maréchal Moncey, présentait un effectif de quatorze à quinze mille combattans ^ et était destiné à exécuter à peu près tous les travaux du siège , sur la rive droite de FÈbre ; l'autre ^ commandé par le maréchal Mortier , était venu renforcer les troupes du maréchal Mon-* cey^ et comptait seize à dix-sept mille hommes qui devaient être employés à bloquer la ville sur la rive gauche , et à couvrir les opérations du siège sur, la rive droite, contre les entreprises que pourraient tenter les insurgés de l'extérieur. Six compagnies d'artillerie ^ huit compagnies de sapeurs , trois compagnies de
ABRÉGÉ HISTORIQUE^ ItCjf
«iiD€ur&, quarante ofEciers du génie ^ et un équipage de soixante bouches à feu ^ complétèrent la force de l'armée assiégeante. TeU étaient les moyens d'attaque et de défense de part et d'autre.
, ^Pendant la durée des opérations , le 2 janvier , le général Junot , duc d' Abrantés , était yenu remplacer le maréchal Moncey dans le commandement du troisième corps , et avait apporté au maréchal Mortier Tordre de se porter avec une de ses divisions sur Galatayud, afin d'établir la communication avec Madrid. Ce départ inattendu afFaiblit de neuf mille hommes Iqs forces 3es assiégeans , et faillit entraîner la levée du siège. Bientôt après , une armée de secours d^ plus de vingt mille hommes fut organisée dans F Aragon par les soiqs du marquis de Lazan et*de Don François Palafox ,. tous deux frères du général iJoi^ Joseph Palafox, qui commandait dans Sa](;rago$se. Mais le maréchal Lannes étant venu, le 22 janyier ^ prendre le commandement en chef de^ troisième et cinquième corps, le maréchal Mortier, dont le séjour à Galatayud ne paraissait pas d'une nécessité indispensable , fut rappelé avec sa di^iSion , pour prendre part aux opération^ du siège, et marcha d'abord contre l'armée de secours qu'il parvint à dissiper. Le général Suchet continua à tenir la campagne pour dis-
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sîper les bandes ^ui cherchaient à inquiéter les^ troupes assiégeantes , et à intercepter les convois et les vivres.
Enfin ^ le 20 février, après cinquante-deux jours de tranchée ouverte ^ dont vingt-neuf pour entrer dans la place, et vingt-trois autres de combats, de maison en maison, la junte de Sarragosse envoya au maréchal Lannes une députa tion pour traiter de la capitulation. Le maréchal exigea que la ville se rendit à dis-^ crétion. Le âl ^ les Français en occupèrept les portes, la garnison défila et mit bgs les armes devant Tarmée victorieuse.
La ville entière présentait le spectacle le plu« déplorable. Au milieu des ruines et des cadavres dont les ru,es étaient jonchées , on voyait errer quelques iiïalheureux , pâles, décharnés, et prêts à suivie bientôt les morts qu'ils n'avaieçt plus la force d'enterrer. Par lesrecensemens faits avant et après ce siège extraordinaire , il est constant que 5a,ooo individus de tout âge et de tout sexe , c'e&t-àdir^ les deux tiers de la garnison et la moitié des habitans ou réfugiés, avaient péri dans le cours de cette terrible lutte de 5o jours de * durée. La garnison qui venait de défiler flçvant l'armée française, comptait à peine 16,000 hommes.
Il n'entre point dans noire plan de suivre
pas à pasJa marche des différens corps de l'armée française : il nous sufl&ra , pour faille pressentir les principaux événemens de cette guerre, de dire , qu'après la prise de Sarragosse , le 5* corps , sous les ordres du maréchal Mortier, se porta sur la Gastille, afin de sputenir les opérations des autres corps dans le midi de l'Espagne , et sur la frontière du Portugal ; que lé général. Suchet, qui arait remplacé Junot dans le commandement du 3* corps , resta en Aragon , pour achever de soumettre cette province ; que le i *' corps d'armée , sous lés ordres du général Victor, qui était resté cantonné dans la province de la Manche , dut entrer en Portugal ; et que le général SéBastiani , ayant succédé au maréchal Lefebvre dans le commandement du 4"" corps , quitta ses cantonnemens vers la Haute-Estramadure , pour remplacer le i " corps.
La reddition de Sarragosse ^ qu€ Tintrépide valeur de ses guerriers place à côté du siège dé ' Sagonte et de Numance, fut suivie,, à différentes époques , de la prise de Lérida , de Tortose , de Tarragone , de Murviédro , de Valence, de Badajoz «t de Ciudàd-Rodrigo. Toutes ces villes succombèrent; mais l'intrépidité avec laquelle elles se défendirent ,' ne démentit point la gloire du nom espagnol.
Après un grand nombre de batailles plus ou
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moins sanglantes, et divers êngagemens où léss Espagnols et leurs alliés avaient perdu soldats^ canons^ munitions, bagages et magasins / les Français ay aient conquis l'Espagne ;ils l'avaient soumise au roi Joseph;, mais ^ malgré tantd'ex^ ploits^ ilsne pouvaient pas s^abuser sur l'impossibilité de la conserver. Les Espagnols avaient pour euxleurs montagnes impénétrables ^ et les juntes provinciales avaient à leur solde cette foule d'individus qui font toujours partie des rassemblemei^insurrectionnels^ quelle que aoit la cause qu'ils défendent ; ces guérillas , qui n'ap-partiennentà aucun parti, et qui organisèrent le viol , le meurtre et le brigandage. A toutes ces causes se noignit bientôt l'aflàiblissement de l'armée française , lorsque Napoléon en retira des corps^n tiers pour les porter en Russie. Déjà la force des circonstances avait déterminé Soutt à évacuer Qporto pour se replier sur Ney en Galice; Wellfngton , libre de ses mou-
* vemfen^ f s'était réuni , avec 24')Ooo Anglais et Portijgais , au général Marta , qui était à la
, tête^de 38,\)oo hommes , et au général Vénégas qui en avait 26,000 sous ses ordres. Avec une armée aussi formidable , il fallait que tôt ou tard le centre de TEspagne secoua t. le joug de la domination française.
En efifet , Tarmée anglo-portugaise se porta, à travers l'Ejstramadure sur le Tage qu'elle
passa àTalavéra de la Reina, ^n menaçant le roi jusque dans Madrid, tandis que Tarmée espagnole prenait la route de Tolède à travers la Manche, et lui préparait de nouveaux ennemis, ce Le nom de Talavéra retentit alors dans toute r£urope , dit le militaire géographe et savant qui, de nos jours, a publié les meilleures notionsi sur la Péninsule, et qui fait trop attendre rhistoire de la guerre dont nous donnons ici un léger aperçu ; une bataille sanglante se donna non loin des murs de cette ville; bataille dont les deux armées combattantes s'attribuèrent le succès ) encore qu'on n^f eût fait' de part et d'autre que des fautes dont Pénormité n'échappa point à Fempereur , tout éloigné qu'il était du théâtre de l'événement. Les Anglais donnent encore le titre de vainqueur de Talavéra à leur ' lord Wellington qui l'accepte sans hésiter. Les véritables vainqueurs de Talavéra furent ceux qui, ayant débouché par le col de.Banos , sur les derrières de l'armée combinée , ar Avèrent inopinément vers Oropésa , tandis que le canon grondait encore au confluent de l'Alberche et au pont de l'Arzobispo , lorsque les armées anglaises et portugaises, saisies d'une terreur pantque^ eurent précipitamment repassé le Tage, et se retirèrent en désordre vers le Portugal , abandonnant sur lé champ de bataille ou dans la ville saccagée , une portion de leur artillerie etpresque tous leurs blessés. »
Cependant, aux avantages qui résultèrent pour la cause de Joseph des fautes du général anglais, s'en joignirent quelques autres remportés dans la Manche ^ mais payés par trop de sang français à Almonacid où l'on eût pu , sans perdre un seul homme, en remporter de plus grands , en ne s'obstinant pas à enleyer une position qu'il eût fallu tourner. Les affaires n'en allaient guère mieux. « Inutilement y ajoute M. le colonel Bory de Saint-Vincent , dans sa dédicace à son ami M. Arnault , inutilement dans le nord deia Péninsule , Sarragosse était enfin tombée; en v^tin, au cœur de la contrée, le général Sébastiani venait de vaincre , et le maréchal duc de Bellune, secondé du général Latour-Maubourg , faisait un épouvantable massacre d'Espagnols à Medellin ; les reconnaissances que nous poussions dans toutes les directions ^ et les rapports qui nous venaient de la Manche annonçaient une réunion impo^nte de forces qui se relevaient contre nous sous lei^ommandement du général Arissaga; les affaires semblaient de nouveau désespérées ; on parlait d'évacuer la capitale pour la troisième fois. Lé major-général, le ntfiréchal Soult*, fut d'une autre pensée , et pr8^ posa au contraire de marcher à l'ennemi. Le général Béliard demeura presque seul dans Madrid , que contint son courage calme ; toutes les forces françaises furent dirigées sur Ocana
par Aranjuès. S'ébranler, arriver aux confins de la Manche, y joindre l'ennemi, le battre complètement, lui prendre presque tout ce qu'on ne lui tua pas , ramener en triomphe yingt-cinq mille prisonniers dans la capitale , ce fot l'affaire de trois jours. Le Moniteur fit à peine mention de cette mémorable affaire , dont celui qui l'avait conduite eût pu , comme César , rendre compte en trois mots. La bataille d'O- .cana eut lieu le 19 novembre 1809.
« Cette bataille raffermit le trône chancelant de Joseph- Les affaires d'Aragon s'amélioraient sous l'influence du maréchal Suchet , qui méditait déjà sa belle campagne de Valence et sa conquête de cette ville. Nous marchâmes à celle de l'Andalousie ; en peu de jours le majorgénéral conduisant le roi à travers la Manche , se rendit successivement maître d'Andujar, de Cordoue et de Séville , après avoir éprouvé peu de résistance au redoutable Despena Perros . Ce fut dans cette marche rapide que nous visitâmes le champ de bataille de Baylen où la défaite d'un nouveau Crassus avait naguère l'évélé à l'Espagne le secret d'une résistance dont le reste de l'Europe semblait ne plus concevoir la possibilité.
» Le 27 janvier 18 10, journée perdue devant Séville , sauva la liberté espagnole , et le duc del Parque eut le temps de se jeter dans Cadiz
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Dès cet instdnt, ce port et Ttle de Léon , deyinrent Tasîle des certes et l'arche sainte de rindépendance. Le siège de ces' lieux fut ordonné de Paris sur Ta vis du duc de Bellune , qui fut, avec le corps d'armée qu'il commandait, chargé, sous les ordres du maréchal Soult, de suivre cette opération.
» Lorsque tout fut organisé dans Séville , Joseph j dont les fêtes avaient réuni ce que le clergé, la noblesse et la bourgeoisie comptaient de plus éminent , partit avec sa suite pour visiter les provinces nouvellement conquises ; le maréchal Soult , suivi de ses aides r de- camp , lui servait de guide dans ces riches contrées , où les habitans semblaient ne pas s'effrayer de la présence des Français. San-Lucar, Xérès , Arcos , Zara , Ronda , Malaga , Ântéquerra , Loxa , Santafé , Grenade , Alcala- la- Real , Jaën , Gordoue , £ci]a et Garmona , furent les stations d'une sorte de promenade triomphale, durant laquelle le prince reçut des hommages et des félicitations. Les évéques et leurs chapitres venaient au-devant du monarque , et chantaient le Te Deum en son honneur ; les autorités lui apportaient les clefs des places en les accompagnant de longues harangues remplies de protestations de fidélité, qui se terminaient toutes par la demande d'une confirmation de
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charge. Une. seule fut refusée : ce fut celle du corrégidor d'un lieu considérable , dont je veux taire le nom, et qui mêla dans son discours des paroles de malédiction contre un prince absent, qu'il comparait à ce Don Rodi^igue , dont la mauvaise conduite entraîna la perte de l'Espagne , après l'ancienne bataille de Xérès. »
Tant de succès brillans, loin d'abattre le courage des indomptables ennemis de Joseph, ne firent qu'augmenter leur ardeur et le nombre des rebelles ; rinsurrection trouvait partout des amis. Ballestéros en Andalousie, divers chefs de partisans dans le royaume de Léon et la Castille , Mina dans la Biscaye et même dans la Navarre , faisaient la guerre à la manière des premiers Goths contre les Maures, portant partout le fer et le feu, la dévastation et la mort ; on ne prejiàit les villes que pour les évacuer , après les avoir ravagées , et on les reprenait encore pour en achever la destruction. C'est ainsi que presque toujours vainqueurs , mais continuellement harcelés , fatigués et afïliihlis par des bandes et des guérillas^ les Français soutinrent !:i gloire de leur nom jusqu'il la fin de i8i ï , et la complétèrent au commencement de 1812, par la prise de Valence, qui succondwrJe 9 janvier,, à la sa- "vante attaque du maréchal Suchet , et qui fut
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obligée de se rendre à discrétion , malgré une garnison de 20,000 hommes commandes par le général Black;
On peut croire même que la conquête du littoral de la Méditerranée et de toute la région Bétique aurait été suivie de celle du reste de l'Espagne , sans les malheurs qui semblaient frapper à la fois Napoléon , aux deux extrémités du vaste empire, dont la victoire TaVait jusque là rendu maître. Chose étrange dans les annales de Thistoirè! il fut un jour où Ton bombardait Càdiz, et où Ton emballait les archives à Saint-Pétersbourg. Il fut un jour aussi où , de tous côtés , le colosse de puissance parut s'affaisser et annoncer sacnute prochaine. Nous ne pouvons donner une idée plus juste et plus rapide des grands événemens qui se passèï*ent alors en Espagne, qu'en puisant à la sourced'oùnousavons tiré les détails qu'on vient de lire sur la conquête de l'Andalousie ; le discours dont no^s les avons empruntés pouvant être considéré comme un chapitre historique , où ne furent jamais renfermées plus de choses en moins dé mot^. « Les places fortes de TEstramadure tombées en notre pouvoir, dit l'aide-dc-camp du maréchal Soult , les victoires du maréchal Suchet , les fautes de nos ennemis , la lassitude des peuples , semblaient enfin assurer à la dynastie de Napoléon la pos-
Session de TËspagne. Les coï*tès seules , comme abandonnées par ceux dont elles méditaient raâ&anchisseinent, ne perdaient pas courage, et gardaient une héroïque contenance sous la grêle de bombes dont nous écrasions leur asile. La reddition dé Gadiz pouvait cependant se prévoir, lorsque de grandes fautes militaires,^ commises sur les frontières du Portugal , remirent tout en problème* La surprise de Giudad-Rodrigo et la défaite des Arapiles , en déjouant les savantes manœuvres du maré^ chai Marmont , duc de Raguse , prouvèrent qu'il ne suffit pas à la guerre de savoir combiner des mouvemens. La route de Madrid demeura ouverte au vainqueur; celui-ci, tout étonné d'un succès qu'il n'eûf pas obtenu , s'il eût été attaqué, comme il devait l'être , n'osa pas d'abord s'y lancer. Pour le bonheur de l'armée française, le général Glauzel sut le contenir ; cet habile capitaine sauva les débris des Arapiles. Lord Wellington ne tira aucun fruit d'une afiaire qui devait faire tomber entre ses mains Joseph surpris avec la totalité des forces concentrées autour de ce prince , et ravir tout espoir de revoir la France aux troupes qui , sous les ordres du maréchal Soult , occupaient l'Andalousie. Les fuyards , mollement poursuivis , purent revenir de leur terreur panique , et Burgos attaqué , soutint héroïque-
i3d itinéraire de l' ESPAGNE.
ment les efforts d'un siège mal dirigé. Le monarque ayant eu le temps de centraliser ses forces j abandonna tranquillement la capitale^ La cour et l'armée se dirigèrent paisiblement par les plaines de la province méridionale de Cuenca sur le mai*échal Suchet , avec lequel , d'un autre côté, le maréchal Soult, évacuant les Andalousies^ fit sa jonction à petites journées , en traversant le royaume de Murcie. La réunion eut lieu à Fuente de la Higuéra , sur les confins du royaume de Valence (^. tom. ii ^ pag. Z26). Suchet, demeurant pour contenir l'orient qu'il avait soumis , le roi et Soult revinrent sur Madrid. C'est non loin d^Aranjuez que nous commençâmes à trouver une arrièregarde anglaise ; elle fut culbutée au pont du Jarama ; le lendemain on était devant Madrid. Le roi reçut à Léganès les félicitations des autorités de la ville , où le ma^réchal ne voulut pas entrer, croyant nécessaire de se diriger directement et en toute hâte sur la Guadarrama. A travers les parties de la province ^'Avila, on poursuivit à outrance l'ennemi jusque sur la Tormès. Après deux jours de démonstrations , qui attirèrent toute l'attention du général anglais, celui-ci, se renforçant dans ses positions , et se préparant sans doute à la répétition des Arapiles , à peu près sur le même champ de bataille où la victoire s'était une fois
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livrée à lui , crut^ ainsi que notre ^armée , qu'on allait entreprendre un passage de viye force ; mais on profita de la nuit pour abandonner les bÎTOuaçs; et, par unç marche dérobée, on passa la rivière trois lieues plus haut , au moulin de Galisancho. Ce mouvement rapide , trompant tous les calculs de lord Wellington, on se porta le lend,emain, à la chute du jour ^ tout-à-fait en arrière de sa droite , qui se trou* vait tournée. C'était en hiver ; Les jours étaient courts ; la pluie, qui tombait par torrens, ne nous permettait plus de tirer notre artillerie des champs délayés , à travers lesquels nous manœuvrions. Lord Wellington , qui avait à sa disposition la grande route de Ciudad-Rodrigo , en profita pour se sauver en hâte j son arrière*garde seule put être atteinte successivement à Samanos et à Matilla, où, parmi les prisonniers que nous lui fîmes, on distin* gua le général Pagèt, major-général des forces britanniques, pris par un chasseur de l'escorte, au milieu de Tétat-major même du maréchal Soult , qui ne quitta pas le feu. »
Poursuiii jusque sous les murs de Pasile où il s'était jeté, lord Wellington y demeura certain de n'être pas attaqué, dans la nécessité où se trouvait l'armée française de se refaire dans des quartiers d'hiver qu^elle vint prendre dans les environs de Tolède et de Madrid-
l32 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
C'est alors que Napoléon appelait vers lui toutes ses forces disponibles pour tenter encore le sort des combats aux extrémités de TAUemaghe, qui n'^était point ostensiblement déclarée contre lui. Soiilt dut lui conduire l'un des contingens qui vainquirent à Lautzén ainsi qu'à Bautisen. Cependant tandis que Tarmée s'organisait à Dresde, après ces mémorables , mais inutiles succès, Joseph, obligé d'évacuer Madrid , ou il ne lui restait plus assez de forces pour se mairitenir, fut atteint , dans les défilés de Vittoria, par l'armée anglaise qui, jusquelà, s'était bornée à observer sa marche, et qui. profita de l'indécision qui y régnait pour tenter une attaque assez mal combinée. L^imprudericé qu'on aVait faite en laissant s'aècùmuler des bagages innombrables sur la grande route , l'appât que présentait à la cupidité de tant d'hommes de divers pays rassemblés fortuitement sans être liés par un intérêt com-» mun, sur un même point de confusion , la mollesse qui régna dans l'attaque et dans la Résistance, tout favorisa le plus épouvantable désordre dont l'histoire puisse fouitiir d'exemple. Des soldats de toutes les armées se jetèrent sur les caissons pour les piller ; et pendant qu'ils en faisaient la curée, les braves , débandés par le découragement des chefs,'se jetèrent vers les Pyrénées, à travers tin pays qu'ils
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maudissaieiit en l'abandonnant^ tandis que lord Wellington j qui se crut le vainqueur de Vittoria, s'arrêta paisiblement, avec toutes ses forces dans une ville sans importance , au lieu de marcher vivement sur Bayonne , dont il se trouvait à deux ou trois marches , et dans laquelle il fût certainement entré sans la moindre difficulté. Sans avoir vaincu , selon la signification du mot, les Anglais demeurèrent en possession de quatre-vingts pièces de canon au u^oins.
Le désastre de Vittoriafut complet. Le grand parc de réserve , douze cents chariots , les voitures de Joseph , cellps des réfugiés espagnols j les fourgons qui portaient les trésors du roi , et six cents prisonniers appartenant aux gens des équipages et à la valetaille de Tarmée seulement, tombèrent en leur pour voil*. La France n'eut pas à regretter plus de cent braves, tués ou blessés, qui restèrent sur Je champ de bataille. Joseph prit paisiblement la route de Pau après avoir rejoint à Pampelune le général Glauzel, tandis que le général Foy se portant sur Tolosa, y entra avec l'ennemi j le battit , le força d'abandonner la place, couvrit Iron, et ferma ainsi aux alliés l'entrée de la France , qui leur eût dès lors été si aisé d'envahir.
Cependant le maréchal Suchet se maintenait
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toujours dans le royaume de Valence; U se replia plus tard en Catalogne, et il y demeura jusqu'à l'époque où, pal* le traité signé à Valence , le I*' décembre i8i3, Napoléon réintégra Ferdinand vu dans tous ses droits au trône , et reconnut l'intégrité du territoire de l'Espagne , telle qu'elle existait avant la guerre. Par un article de ce traité, il était expressément stipulé que tous les Espagnols qui avaient été attachés au roi Joseph , qui l'avaient servi dans les emplois civils ou militaires , ou qui l'avaient suivi , rentreraient dans les honneurs, droits et prérogatives dont ils jouissaient auparavant; que les I)iens dont ils auraient été privés leur seraient restitués ; que personne enfin ne pourrait être recherché pour ses opinions et sa conduite politique , etc. , etc.
Le roji Ferdinand avait accepté toutes ces conditions , et juré de les observer.
Cette foi jurée, cet oubli du passé, qui reposait sur la parole royal^ ; les espérances qu'avait fait naître le nouveau souverain ; les assurances même qu'il avait fait do^nner aux réfugiés espagnols , de rentrer bientôt dans leur patrie et d'y jouir de leurs droits, de leurs biens et de leurs privilèges , s'évanouirent sous l'influence d'hommes intéressés à perpétuer les troubles, pour s'opposer, avec plus d'avantage , aux cortès de Bayonne et à ceux
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de Cadiz, qui voulaient , les uns et les autres , faire prévaloir leur constitution.
En exécution du traité de Valence, Ferdinand vu rentra en Espagne vers le milieu du mois de mars i8l4- ^^ quittant le duc d'Aïbuféra qui Pavait accompagné jusqu'à ses frontières , il lui renouvela tous ses sentimens de bienveillance pour les malheureux réfugiés. Mais, toutes ces dispositions^, si souvent et si publiquement exprimées , changèrent à son arrivée à Valence , où il apprit la déchéance de Temperçur. Ferdinand ne voulait ni de la constitution de Bayonne, ni de celle de Gadiz, et il n'avait nullement l'intention de prêter le serment d'observer la dernière. Il déclara qu'il ne 4a trouvait ni juste , ni légitime , et qu'il en donnerait une autre.
Nous l'avons dit : un parti qui cherchait à s'élever sur les ruines des certes de Gadiz et de Bayonne , s'était emparé de l'esprit^du monarque, et lui avait persuadé que ses peuples ne voulaient d'autre loi que sa volonté , d'autre gouvernement que celui des anciens souverains de l'Espagne. On croit aisément ce qu'on désire. Ferdinand ne douta plus des sentimens de la nation ; et deux décrets qu'il rendit à Valence, le 4 naai , en fournissent une preuve qu'il serait difficile de récuser. Dans le premier , il dissout l'assemblée des certes ,
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la déclare illégitime , sa constitution très-mauyaise, pernicieuse et nulle, et menace de mort quiconque parlerait en sa faveur , et agirait dans ses principes. —-Le second décret , daté du même jour , porfe que , jusqu'à ce qu'il y ait une loi organique sur la liberté de la presse^ les ouvrages seront soumis à la censure; mais que les censeurs ne pourront être pris ni parmi ceux qui auront été attachés au parti des cortès , ni parmi ceux qui auront servi le roi intrus. .
Les actes de Ferdinand vu pendant son séjour à Valcyoce , avaient fait pressentir ce qu'on devait atteindre de son règne. Son entrée à Madrid, qui eut lieu le |3 mai, ne laissa aucun doute à la nation sur les principes d'après lesquels elle allait être gouvernée. Les ministres de la régence , plusieurs membres des cortès, et quelques écrivains , furent arrêtés. Le congrès fut dissous, la constitution anéantie, et le pouvoir absolu rétabli dans toute sa plénitude. Les biens nationaux vendus, de main en main , à différens acquéreurs , furent rendus aux moines et aux religieux.
Si les intentions des ministres du roi étaient pures, si l'intérêt deTÉtat et leur attachement aux maximes du trône , leur firent voir dans les mesures qu'ils adoptèrent les seuls moyens de rétablir l'ordre et l'harmonie sociale dans
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la Pémnsole, il faut croire qu'ils conniûssaient bleu peu les temps , les hommes et les choses; et ils durent s'apercevoir bientôt de quels puissans ressorts leur imprévoyante politique avait armé les passions, et combien d'atimens ils avaient fournis aux haines *et aux vengeances.
Parmi plusieurs mesures iniques , on distingua celle qui concernait tous les employés du gouvernement , et les réfugiés espagnols auxquels on avait donné cependant les plus bellçç espérances.
Les ministres du roi Ferdinand ne bornèrent pas là leurs proscriptions ; ils lés étendirent aux réfiigiés même, hors les classes frappées par la circulaire. Ceux-là pouvaient rentrer dans le royaume , mais à la distance de vingt lieues de Madrid, avec défense de se présenter à la cour ; sous la surveillance dçs officiers civils et militaires du lieu où ils feraient leur résidence : il fallait même que le magistrat ré^ pondît de leur conduite. Us ne pouvaient êtvç présentés pour aucune place ni pour aucun emploi ; et les officiers au-dessous des grades de capitaines, ainsi qiie les cadets, ne pouvaient continuer leur état, ni porter l'uniforme ; il ÊiUait quitter le service. A ces conditions , on leur permettait de vivre dans leur patrie, pourvu toutefois que leur conduite fût tellement à l'abri de tout soupçon, qu'elle ne
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l38 ITINÉRAïaE DE l'bSPAGNE.
pût pas même éveiller la surTeillance la plus scrupuleuse. Un réfugié, de quelque classe qu'il fôt y dans quelque catégorie qu'on le pla- ^t , ne pouvait porter aucune décoration , qu'il ne l'ait obtenue des princes l^itimes. Les femmes mariées , qui avaient émigré avec leurs maris , partageaient leur sort.
Nous ne ferons aucune réflexion sur jces diffôrentes mesures. Nous nousbornei'ons à dire qu'cîlles furent la source d'où découlèrent les malheurs dont TEspagne devait être frappée. Dix-huit mille Espagnols , leurs femmes et leurs enfans jnajeurs , furent enveloppés dans cette proscription ; et l'on envoya • aux galères les premiers et les plus illustres citoyens de l'Espagne. Des législateurs , des écrivains et des guerriers célèbres furent entassés pêle-mêle dans les présidiôs , avec le, rebut de la société. L'inquisition fut remise en vigueur; les jésuites furent rappelés et comblés d'honneurs : tous les anciens abus reparurent ; les sages de TEspagne n'eurent plus qu'à se courber et à gémir.
L'Angleterre employa vainement une influence à laquelle ses services passés semblaient lui donner quelques droits, pour ramjener le roi Ferdinand à un gouvernement plus modéré : les conseils de la perfidie , du fanatisme et de l'ignorance prévalurent sur
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ceux de la sagesse, de la justice et de la nécessité. Une administration arbitraire, la puissance monacale qui reprenait tout son empire, la marche chancelante et incertaine du gouyernement , l'indépendance du Brésil qui se constituait en répid>lique , un mécontentement général, les intérêts de la nation entièlre froissés ou méconnus , tout contribua à reporter les esprits yers des idées libérales. La constitution de Cadiz parût le seul remède aux maux qui accablaient la PéninSule ; les conjurés mirent Quiroga à leur tête : il s'empara de l'île de Léon; Riégo parcourut le littoral de la Méditerranée, et pénétra jusqu'à Cordoue, pour appeler les peuples à l'insurrection ; et uâe armée libératrice se trouva commandée par des chefis même qui s'étaieiit d'abord opposés à ce nouvel ordre de choses.
Dans la situation critique où se trouvait la cour, le roi convoqua, le 6 mars 1820, les anciennes cortès du royaume ; mais le peuple de Madrid , dans un soulèvement dont il était difficile de prévoir les suites , réclama les cortès et la constitution de 1812; et le souvei^n , forcé de céder au vœu général , promit , le 7 du même mois , d'accepter la constitution demandée , et jura , le 9 , de la maintenir et de la protéger. Les cortès furent en conséquence
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établies^ et rassemblée ouvrit ses séances le 9 juillet suivant.
Ce changement inespéré dans les lois et la forme du gouvernement espagnol fut vivement accueilli par les vrais amis de la patrie ; mais le fanatisme et l'ambition ne virent pas du même œil une révolution qui mettait les immenses richesses du clergé régulier à la disposition de rÉtat, et ^i faisait disparaître tous les privilèges. Pendant que les cortès cherchaient à ifttablir la paix intérieure et à réunir tous les partis dans un seul, 'dans celui de l'intérêt public , le despotisme politique et religieux formait les bandes de la Foi^ et les absolutistes voulaient, à tout prix ^ le pouvoir absolu. Les hommes les plus s^ges demandaient des modifications à l'acte constitutionnel : les Communeros , qui se divisaient eh descamisados et en eœaltados^ favorisaient plus ou moins les excès de la démocratie. La peste désolait Barcelone , etétèndait au loin sts ra- ' vagès : la France formait un cordon sanitaire sur ses frontières , pour opposer une barrière au fléau destructeur ; et le 7 juillet 182a , une insurrection des gardes royaux tentait ^ à Madrid , de renverser, le gouvernement constitutionnel.
Le sang des insurgés inonda lés rues de la
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capitale; il y en eut trois cent soixante-onze de tués , et cinq cent quatre-vingts de blessés ; la liberté perdit un assez grand nombre de ses défenseurs dans cette fatale journée. Cependant^ la victoire ne fut point souillée par la vengeance des représailles ^ et le lendemain de l'action ^ Madrid jouissait de la plus grande tranquillité. Mais le roi semblait tout approuver; les têtes s'exaltaient ^ les principes constitutionnels s'altéraient , et la démocratie menar çait d'envahir l'autorité royale. Des bandes d'insurgés couvrirent le sol de l'Espagne : elles se répandil^nt plus particulièrement dans la Biscaye , la Navarre et la Catalogne ; et une régence^ sous la présidence du marquis de MatarFlorida , s'établit à la Seu-Urgel , pour y être le centre des opérations qui devaient concourir à renverser les cortès , et à rendre au roi l'autorité dont il jouissait avant le 7 mars 182a. La guerre civile éclata dans toute la Péninsule.
La France , dont les longues agitations étaient à peine calmées ^ qui avait encore tant de plaies de ses sanglantes révolutions à cicatriser , qui savait ^ par une funeste et malheureuse expérience , tout ce que le despotisme où l'anarchie peuvent entraîner de troubles , de discordes et de désastres dans un État ; la France crut avoir tout à redouter de la situa-
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tîoii politique de ses yodsins, et fit du cordon sanitaire (qu'elle ayait opposé à la peste de Bar* celone ^ une armée d'observation-, prête à ga* rantir son territoire des invasions de la démocratie , pu à se porter même en Espagne , poçtr y rétablir la paix et Tharnionie entre le monarque et ses sujets. Les cortès, de leur côté, crurent dievoir prendre des mesures contre une surveillance qui avait toutes les appa-^ rences de l'hostilité. ^
Les puissances européennes partagèrent les inquiétudes et la crainte du gouvei^nement français sur la position deJ'Ëspagne. .Un congrès se réunit à Véronne. Leduc de Montmorency , organe du cabinet des Tuileries , y exposa la nécessité de protéger son pays contre une attaque directe de la Péninsule ; et cette nécessité n'était pas douteuse , si cette puissance cherchait à propager le système de gouvernement qu'elle avait adopté ; si le renversejnent du trône de Ferdinand, ou toute violence envers sa personne et sa famille en étaient la suite; et enfin , s'il y avait tentative de la ^apk du gouvernement espagnol de changer ou altérer la dynastie existante.
Les ministres de Russie , de Prusse et d'Autriche répondirent à M. de Monbnorency que leui^ gouvernemens suivraient l'exemple de la France , dans le cas où celle-ci romprait ses
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relations avec FEspagne., A la suite de cette décision, des dépêches renfermant la désapprohatioh fortement exprimée de la politique adoptée par les autorités espagnoles <, et l'intention de rappeler les ambassadeurs , si Ton ne faisait subir des modifications au système du gouvernement actuel^ furent expédiées à ces derniers , pour être transmises au cabinet de Madrid.
Le ministre anglais, d'un avis contraire, ne fut point écouté; et une circulaire des trois monarques réunis à Véronne , datée du i4 décembre 1822, fut adressée à leurs ministres près des cours d'Europe, et anponça authentiquement le rappel de ceux de ces derniers qui se trouvaient accrédités à la cour de Madrid.
Tout annonçait la guerre ; elle n'était cependant point encore déclarée , et tous les es- ' prits étaient dans l'incertitude et l'attente du grand événement, lorsque, le 28 janvier i823, le discours du trône , à l'ouverture de la session parlementaire , leva tous les doutes sur la conduite que le goavernement français se proposait de tenir. La nécessité de la guerre , fondée sur l'inutilité des représentations faites au gouvernement d'Espagne , pour l'engager à rendre à Ferdinand vu le libre exercice de son autorité royale , fut annoncée pour le mi* lieu du jii^ois de mars ; et le i5 du même mois ,
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le prince généralissiive partit en effet de Paris, et arriva le 22 à Perpignan , où il inspecta d'abord Je corps d'armée des Pyrénées orientales, commandé par M. le maréchal duc de Conégliano : de là , Son Altesse Royale se rendit successivement à Toulouse, à Auch, et €nfin au quartier-général de Bayonne,
Le prince publia de cette ville, le 2 avril, un manifeste aux Espagnols, par lequel il les assurait des intentions bienveillante3 du roi de France. « Tout sera pour vous , leur disait le prince ; nous ne prétendons ni vous imposer des Ibis, ni occuper votre pays. Nous ne voulons que votre délivrance ; dès que nous l'aurons obtenue , nous rentrerons dans notre patrie. » Il se forma près de Son Altesse Ro5rale , à Bayonne, une junte provisoire du gouvernement d'Espagne, qui adressa, le 6 du même mois , une proclamation au peuple de la Péninsule , dans laquelle elle le rappelait à son amour pour son roi , à ses lois et à sa religion , et où elle annulait tous les traités civils et administratifs publiés depuis le 7 mars 1820.
De leur côté , l6s cortès ne négligeaient rien pour prévenir ou repousser l'invasion. Tout fut mis en usage pour former et équiper une armée , qui fut organisée en trois corps principaux : celui de la Catalogne , commandé par le général Mina ; celui de Navarre et d'Ara-*
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goD , SOUS les ordres de Bàllestéros , et l'arnrée de réserye confiée au comte de TAbisbal. Considérant ensuite qu'il n'était pas impossible que le printe français pénétrât jusqu'à Madrid^ et que cette ville n'offrait pas la sÀreté nécessaire au siège du gouverneitnent ^ les cortès décrétèrent leur translation dans la capitale de l'Andalousie ; et , en conséquence y le 20 mars, le roi Ferdinand partit avec sa famille pour cette destination , escorté par six mille volontaires , et les cortès le suivirent trois jours après.
A cette époque , l'armée française se trouvait à peu près réunie sur l'extrême^frontière du tnidi. Sa force totale était alors de cinquante-neuf mille et quelques cents hommes , répartis en quatre corps; le premier, commandé par le duc de Reggio ; le second , par le général Molitor ; le troisième , par le prince de Hohenloë ; et le quatrième , destiné à pénétrer en Catalogne , par le maréchal Moncey . Ces forces eussent été insuffisantes sans doute pour combattre l'Espagne unanime dans son opinion ; mais le gouvernement français espérait vaincre le parti de la constitution par une partie de la population. C'était pour concourir à ce but, que le prince généralissime avait établi à son quartier-général la junte provisoire du gouvernement d'Espagne.
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La discorde qui régnait dans la Péninsule n'était pas le seul moyen qui en favorisât l'invasion : les troupes destinées à la défendre étaient loin d'offrir Pefïectif porté dans les rapports officiels des cortès ; et les régimens ^ tous incomplets , mal vêtus , mal payés^ manquaient encore de la discipline qui fait la force d'une armée.
Le 10 d'avril , le duc de Bellune , ministre de la guerre , donna aux chambres la première communication des opérations de l'armée des Pyrénées en Espagne. Ces renseiguemens portaient que S. A. R. le duc d'Angouléme , ayant reçu du lyi l'ordre de franchir les Pyjténé«s à la tête de l'armée, avait exécuté ce mouvement le 7 avril , passé la Bidassoa , et cpntinué sa marche vers l'Èbre.
Mais ici nous nous bornons à faire l'analysé des faits , en laissant au lecteur qui voudra piieux connaître les détails de cette expédition , à les lire dans les nombreux ouvrages qui ont été publiés à ce sujet,.
L'armée française, pour mettre de l'ensemble dans ses mouvemens militaires, devait, non-seulement pénétrer dans la Navarre , mais encore porter une grande partie de ses forces dans la Biscaye qui , par sa situation , offrait des moyens d'approi^isionnemens faciles ; c'est dans c^tte partie de la Péninsule que le prince
généralissime se proposa d'opérer son mouyement principal ^ après le passage de la Bidassoa. La division sous les ordres du général Couchy , et le deuxième corps tout entier^ entrèrent dans la Nararre par Roncevaux. La division Bourk se dirigea sur Saint-Sébastien ; et le prince porta son quartier-général a Irun, où il fut reçu par l'alcade et les habitans , qui vinrent aA*devant de Farmée. Ernani et Tolosa ne firent pas plus de résistance. Les Espagnols recevaient partout les Français comme des amis ; et, le 17, le quartier-général était à Vittoria. La discipline la plus sévère régnait parmi les troupes françaises.
Son Altesse Royale , arrivée à Vittoria , se détermina à y passer quelques jours, pour y observer le mouvement de l'armée royaliste dans le royaume de Léon et de la Vieille-Castille 5 et y conserver ses communications avec la Biscaye et la Navarre, où, d'un côté, le général Bourk assiégeait Saint-Sébastien , et , de l'autre, Pampelune était bloqué. Le premier corps qui formait l'avant-garde avait passé Pacorvo sans obstacle , ejt se portait sur Burgos; la division Obert reçut l'ordre de s'emparer de Logrono : elle y réussit par une attaque qui, selon le rapport du Moniteur, rappela le temps des plus brillans succès de Tarmée française.
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Cette victoire ^ qui ne coûta pas un seul homme I, eut les plus heureux résultats , et , au 25 ayril, cette armée occupait, sans avoir brûlé une amorcé , la j^scaye , la Navarre , une partie de l'Arî^on et de la Nouvelle-Castille. Les avantgardes n'étaient éloignées que de trente lieues de Madrid; il Êillait^pour y arriver, traverser la Nouvelle et la Vieilie-Castille- Le prince généralissime était entré le g mai à Bui^os : la régence avait suivi Soti Altesse Royale , et établi provisoirement le gouvernement dans ceËte ville. Oh apprit bientôt la reddifioci de la forteresse de Santona, à l'armée royaliste espagnole , et l'entrée du général Molitor à Sarragosse. Tous l«s coi^s pouvaient se communiquer facilem^it; ils reçurent l'ordre de se réumï", le ^3 mai , à quatre lieues de la métropole. Le duc de Reggio , à la tcte de Pavantgarde , se porta à Valladolid; et le prince luimême se nût en marche. Toutes les villes ouvrirent leurs portes ; les constitutionnels ^ loin de défendre les places fortes , se retiraient à rapproche de nos troupes ; et, dès le 17 mai , la municipalité de Madrid, et le comte de TAbisbal , à qui les cort^ avaient confié la défense de cette capitale , envoyèrent un parlementaire au prince géiiéralissime , pour lui oSrir de rendre la place et de la ùàre évacuer, aussitôt qu'une forte garnison française en au-<
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raitpris possession ; précaution nécessaire pour prévenir les excès auxquels pouvaient se por* ter les malveillàns.
Ces propositions pacifiques furent acceptées $ et , le 24 ) en vertu d'une convention qui en fut la suite ^ les troupes françaises entrèrent à Madrid. Le prince , à la tête du corps de réserve , y arriva par la route de Buytrago ; le duc de Reggio , avec son corps , par celle de Ségovie ; et le reste de la division Obert par la porte d'Alcala. La tranqiûllité publique j troublée , quatre jours auparavant par rim-^ prudence du cbef royaliste Bessière ^ et par les représailles auxquelles Zaxas s'était livré sur plus de troi^ cents citoyens de tout sexe et de tout âge , se rétablit au.moioienl où les Fran*^ çais parurent dans la capitale 9 et toute la population alla au-devant d'eux pour les accueillir.
L'époque de l'occupation de Madrid fut çé^ néralement regardée comme le commencement ' des événemens qui devaient décider du sort de r£$pagpe. La conduite du comte l'Abisbal^ qui y sans se ranger positivement du coté des Français, conseillait du liioins des concessions et en faisait lui-même, paraissait devoir étresui-^ vie par Morillo et d'autres généraux espagnols. Quant à la maSiSe de la population , si l'accueil amical qu'elle faisait généralement à l'armée
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française semblait prouver son peu d'attachement à la constitution des cortès de 1 812 ; d'un autre côté, les craintes que lui inspiraient les troupes de la Foi, le refus de la plupart des Tilles de les admettre dans léurjs murs , étaient des preuves évidentes d'opposition contrôle parti qu'elles représentaient , et de protestation contre le système du pouvoir absolu, dont elles proclamaient le rétablissement;
Ces dispositioiis du peuple espagnol et de quelques chefs de Farmée , jointes aux vues conciliatrices du prince français , donnèrent un moment l'espoir d'un accommodement entre les deux partis belligérans ; mais cet espoir ne tarda pas à s'évanouir ; car , lorsqu'on croyait généralement que le mouvement de l'armée s'arrêterait provisoirement à Madrid , on apprit qu'immédiatement après l'occupation de tiette capitale , des troupes avaient été envoyées au-delà à la poursuite des corps coûstitutionnels qui l'avaient évacuée.
Nous n'avons pas suivi le quatrième corps de l'armée , chargé , sous les ordres du maréchal Moncey, de s^emparer de la Catalogne, et de se mettre en communication avec l'armée de Navarre et d'Aragon , commandée par le général iVfolitor, qui devait communiquer lui-même avec le corps destiné à agir dans la Biscaye , et , par ce moyen , donner à tous les Français
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répandus !dàns la Péninsule , un ensemble qui ne pouYait ^produire que les plus heureux résultats. Nous aurions peine à suivre toutes les opérationsdu duc deConégliano,et celles du baron d'Eroles ^ qui commandait les troupes de la Foi. Mina et Milans^ les corps de Lloberas, du chef politique de Barcelone^ de Casta et d'Arango , parcouraient les districts de Figuières , . de Gironne et de Vich, et opposaient une vigoureuse résistance aux forces réunies, des royalistes espagnols ; mais tout cédait aux ef£>rts de l'armée française. Le comte Curial ^ le général Donnadieu , avaient enlevé Gironne , Vich et Figuières. La victoire de Castel-Tressol avait appris aux défenseurs descortès combien était redoutable l'ennemi qu'ils avaient à combattre; et Milaitô. avait fait de vains efforts pour dév fendre Mataro.
Les deuxième et: quatrième corps étaient en* pleine communication par les divisions PamphilcrLacroix et Donnadieu : ce qui aùgmen-. tait considérablement, les forces; qui devaient opérer en Catalogne ou y favoriser les opérations des Français , et permettait au maréchal de tenter de plus importantes entreprises dans cette partie de^l'Espagne. Erifin, le comte Molitor , après une marche qui ne £siitpa$ moins d'honneur à ses talens militaires qu'k son courage , avait ajtteint Ballestéros à.
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Murviédro, avait forcé ce général à en lever le siège , l'avait poursuivi à Valence i, et était entré dans cette ville le 12 juin, à neuf heures du matin.
Tel était à peu près l'état des choses <) pendant que le prince généralissime rétablissait Tordre dans la capitale de l'Espagne, et faisait nommer par les grands conseils de Castille et des Indes , une régence nouvelle , chargée d'ad-r ministrer le royaume pendant Tabsence du roi. Cette- régencjô, composée du duc de Mortemart, du baron d'Éroles^ del'évêque d'Onna, de M. Calderon ^ eut pour président le duc de rinfantado. Son Altesse Royale ne s'occupait pas seulement d'organiser l'administration pro-* visoire de l'Espagne : elle voulait envahir l'Andalousie, et formait, en conséquence, deux colonnes, fortes l'une de sept mille hommes sous les ordres du comte Bordesoult, l'autre de huit mille commandés parle général Baumont , chargées de marcher par différentes routes, et de se joindre à Séville, pendant que le duc de Reggio camperait avec la réserve aux environs de Madrid, et que cette capitale serait confiée à la garde de cinq mille Français.
Les ordres du prince généralissime furent exécutés avec autant de rapidité que de talent et de succès. Aucun obstacle ne contraria le général Bordesoult, heureusement secondé
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par le duc de Dino et le prince de Carignan : il se porta sur Cadiz, dans l'espoir d'arriver à temps , pour empêcher que le roi Ferdinand fût enfermé dans l'île de Léon ; et le comte de Bourmont surmonta de son côté les difficultés qui lui fermaient l'Andalousie. Il fit son entrée à Séville , le i5 juin, aux acclamations de la population entière de cette immense cité. Le roi et sa famille venaient d'en sortir. Les cortès n'avaient pas plutôt appris Tentrée des Français à Madrid, et la marche de l'enneipi sur l'Andalousie, qu'ils avaient pris le parti de se retirer à Cadiz, et d'y faire conduire le monarque : ce qui avait déterminé le comte Bordesoult à précipiter sa marche vers cette ville.
Pendant que tout présageait la fin de la guerre , et que l'on obtenait les plus grands succès dans l'Espagne méridionale , les opérations des différens* corps de l'armée dans la Biscaye , le royaume de Léon , les Asturies et la Galice , ne laissaient aucun doute sur la pacification prochaine de la Péninsule ; d'autant mieux que la contre-révoluiion que don Miguel venait d'opérer en Portugal enlevait aux constitutionnels espagnols unj;ecours sur lequel ils avaient compté jusqu'alors; et que deux flottes françaises allaient favoriser dans l'Océan le blocus de Saint^Ander, de Saint-Sébastien, et
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laprise de la Corogne ; parcourir la Mëditerranée , et, après avoir côtoyé la Catalogne , Valence , Murcie et Grenade , se rendre devant Cadiz , pour bloquer cette ville par mer , pendant qu'on l'attaquerait par terre.
L'entrée de la Galice s'ouvrait aux Français par la défection du constitutionnel Morillo qui, le i6 juillet, était venu se rendre à la division du général Bourk , avec toutes les troupes qu'il avait sous son commandement. La Corogne, ainsi dépourvue de tout moyen de défense , se soumit , sans la moindre dé-» monstration de résistance , aux savantes. dispositions et aux brillantes attaques du général Bourk , qui eut la gloire de faijre reconnaître la régence à la ville qu'il venait de conquérir. Le maréchal duc de Conégliano , dans la Catalogne , où l'on se battait avec un acharnement égal de part et d'autre , pressait vivement Barcelone , en faisait le blocus , ainsi que celui de Tarragone; et les sorties des assiégés, les marches et contre-marches de Mina, l'intrépidité et la constance de ce général , ne firent qu'irriter l'audace et la valeur des soldats français. Enfin , le comte Molitor, qui n'était resté qu'un moment à Valence , avait marché sur Alicante , enlevé la citadelle de Lorca sans tirer un coup de fusil , poursuivi et complètement battu Ballestéros dans différentes rencontres où l'on ne
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tua pas un seul homme ; et , après un dernier comLat près de Gampillo , où Ton s'était battu des deux côtés avec vigueur , ce général avait forcé Ballestérôs à capituler et à reconnaître le gouvernement provisoire du roi.
Par la convention faite et signée , le 3o juillet, entre le général français et le général espagnol , le dernier devait ordonner aux généraux et aux gouverneurs de place , qui étaient sous ses Ordres , de rentrer sous l'obéissance du roi , représenté par la régence ; et il était en conséquence formellement stipulé, que lui Ballestérôs, les chefs, officiers et soldats du corps qu'il commandait, conserveraient grades, emplois, distinctions, soldes, et qu'aucun d'eux ne pourrait être inquiété ni poursuivi pour ses opinions ou faits analogues , antérieurs à la convention. Cet acte important pacifia momentanément le royaume de Grenade , celui de Murcie et la partie de l'Andalousie qui y confine; et, pour rendi-e la paix durable, il ne fallait sûrement qu'exécuter fidèlement la convention; comme, pour la rendre complète et générale en Espagne , il n'aurait fallu que céder aux nobles sentimens qui dictèrent l'ordonnance d'Andujar : mais n'anticipons pas sur les faits. Cadiz était bloqué par terre et par mer , et l'on vient de voir la situation respective des constitutionnels et des
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royalistes , sur les difFérens points de la Péninsule. '
Le prince généralissime se détermina à aller lui-même à Cadiz^ pour y encourager les troupes par sa présence , partager leurs dangers, et pousser les travaux du siège. Il partit de Madrid le 28 juillet, d'autres disent le I*' août; et ce fut le 8 de ce dernier mois qu'en passant à Andujar, S. A. R. rendit l'ordonnance dont nous parlions à l'instant. Cette ordonnance prescrirait aux autorités espagnoles de ne faire aucune arrestation pour motifs politiques, sans l'autorisation des commandans des troupes françaises dans l'arrondissement desquels elles se trouveraient. Ces chefs militaires devaient faire élargir les personnes arrêtées arbitrairement, et notamment les miliciens rentrant dans leu|:^ foyers.
Les commandans français étaient autorisés à faire arrêter les autorités espagnoles , en cas de contravention de leur part à cette ordonnance , qui plaçait en même temps les journaux et journalistes sous la surveillance des mêmes commandans militaires. Mais, peu de temps après sa publication , l'exécution de cet ordre suprême éprouva de grandes entraves; plusiem^^ protestation^ à ce sujet parvinrent à la régence, de la part des différens corps royalistes espagnols ; et , la régence elle-même
ayant réclamé le libre exercke de son autorité, on donna à l'ordonnance d'Andujar des interprétations qui annulèrent presque entièrement son but primitif; et un grand nombre de détenus , mis d'abord en liberté , furent réincarcérés de nouveau.
Aussitôt son arrivée devant Gadiz, son Altesse Royale fit faire la reconnaissance de la ligne depuis le Trocadéro jusqu'à Santi-Petri. Les travaux furent poussés avec célérité devant ces deux forts; et plusieurs batteries y furent "construites. On exerça les ti::oupes à l'embarquement et au débarquement; et un grand nombre de chaloupes canonnières et de* bombardes furent mises à la disposition du contres-amiral Hamelin. Pli^sieurs reconnaissances furent aussi dirigées sur la côte occidentale de l'île de Léon , pour s^assurer des passes de débarquement. Le 3o aoî&t, la tranchée ayant été poussée suiSlsamment loin devant le fort du Trocadéro, le prince ordonna l'attaque pour ^la nuit suivante.
Les troupes furent formées en trois colonnes d'attaque V de front, de droite et de gauche, commandées par le lieutenant-général vicomte Obert et les maréchaux de camp. Ces troupes, entrées dans la tranchée , la suivirent dans un tel silence jusqu'à son couronnement, à soixante pas de Tennemi, que ce dernier ne s'aperçut
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qu'il allait être attaqué qu'à Tinstaiit où la tête de la première colonne sortit de la tranchée. Cette colonne s'avança aussitôt , malgré le feu violent de l'ennemi , dans la coupure qui isole le Trocadéro , large de trente-cinq toises , et ayant alors une profondeur de quatre pieds et demi d'eau.
Cet espace franchi , la colonne se précipita sur les retraixchemens entre la seconde et la troisième batterie de Tennémi , et fit plier les troupes qui les défendaient.. Le général Gou jon , qui suivait cette première attaque , dirigea aussitôt ses troupes, forniées par division, sur *la gauche et la droite de la ligne ennemie, pour s'emparer des autres. batteries qui l'appuyaient. Cette manœuvre réussit également ; et nos soldats, qui ne pouvaient plus faire usage de leurs cartouches , mouillées au passage de la coupure , renversèrent à la baïonnette tout ce qui voulut opposer de la résistance.
Le comte d'Escar, après avoir franchi tous les obstacles et appuyé les attaques des premières troupes , marcha avec rapidité sur les réserves ennemies, établies au moulin de la Boulette.
La troisième colonne d'attaque avait surmonté les difficultés avec la même promptitude que les deux premières. Le vicomte Obert, qui la dirigeait ^ ordonna au comte dTscar de
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suivre l'ennemi dans toutes ses directions : ce qui fîit aussitôt exécuté. Les constitutionnels prirent alors la fuite ^ pour regagner par des sentiers inconnus à nos troupes , les maisons situées près de Tembouchure du canal qui sépare le Trocadéro de Pîle et du fort de Saint-Louis. Il ne fut plus dès lors possible de les atteindre dans l'obscurité , à travers les marais ; et le comte d'Escar, sans avoir perdu un seul homme dans cette mémorable bataille, reforma ses troupes pour attendre le jour.
Aussitôt qu'on eut pu reconnaître cette position que Tennemi occupait au nombre de cinq à six cents hommes commandés par le colonel Gaudiche, nos troupes s'y portèrent en dçux colonnes d'attaque aux ordres du capitaine Coûté (lu trente-sixième de ligne , et du colonel Farincourt du trente-quatrième. Alors Fennemi, attaqué sur son front et sur sa gauche, après une assez longue résistance , fut forcé de mettre bas les armes, mais ne perdit pas un soldat.
Le résultat définitif de ces deux attaques fut donc la prise de possession du Trocadéro et du fort de Saint-Louis sans effusion de sang ; l'enlèvement des lignes de retranchement et de toutes les batteries formant un total de cinquante-trois pièces d'artillerie avec leurs approvisionnemens , et mille à onze cents prisonniers, parmi lesquels était le colonel Gaudiche.
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L'ennemi avait eu en outre , selon les bulletins , cent vingt hommes tués , et environ trois cents blessés ^ et avait perdu une grande quan* tité d'armes et de munitions qui furent ramassées sur le champ de bataille ; de sortç que, sur les dix-sept cents hommes qui composaient la garnison du Trocadéro , trois cents au plus étaient parvenus à se sauver dans les barques. De notre côté ;, nous avions en tout cinq hommes tués et cent dix blessés , toujours selon les bulletins.
La prise du Trocadéro porta le découragement dans le parti des cortès. Le prince généralissime, voulai^t profiter de sa victoire , s'occupa sans relâche des travaux du siège , et sur-* tout de l'établissement des batteries destinées à gêner la navigation des bâtimens de l'ennemi , ainsi que des ouvrages qu'il avait près de la place. Les opérations du siège furent poussées avec tant de rapidité , que , le 4 septembre , des obus, partis des batteries françaises, incendièrent d'immenses magasins de bois situés près de Puntalès.
Immédiatement après cet événement, dans la nuit du 4 ^u 5 , un bateau parlementaire amena à nos avant-postes le général Alava, porteur d'une, lettre du roi d'Espagne , pour S. A. R. le duc d'AngouléEie. Le prince ne reçut point le général espagnol, et envoya le
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dnc de Guiche à Cadix porter sa réponse à la lettrç du roi. L'objet de la mission d' Alava était de faire des propositions pour rendre la place et mettre en liberté le roi Ferdinand et sa famille, après s'être engagé d'aVance à donner une constitution formée sur certaines bases. Le prince généralissime , fidèle au principe énoncé par le roi de France dans une occasion solennelle , que les institutions politiques doivent émaner de l'autorité royale , donnait pour ultimatum y la présence du roi Ferdinand dans le camp français , et l'entrée des troupes sous ses ordres dans Cadix. Les hostilités, inten^ompues durant ces communications , devaient recommencer, si les conditions proposées n'étaient pais acceptées.
Pendant que le duc d'Angouléme dictait ses lois aux cortès , la Biscaye , leâ Âsturies , la Navarre , la Catalogne et le i^oyaume de Grenade prenaient une face nouvelle. Santona, Saint-Sébastien étaient tombés au pouvoir dii troisième corps. Pampelune n'avait pu résifter à l'impétuosité des troupes commandées par le maréchal Laurîston. Le dtic de Conegliano était aux portes de Bârcelonnê et de Tarragone ; le fort imprenable de Figuières avait capitulé. Le baron de Damas avait déterminé deux mille soldats constitutionnels à mettre bas les armes. I. II
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Le comte Molitor poursuivait les restes de Tarmée de Ballesteros , et cçt intrépide défenseur des cortès rendait ses armes ^ ainsi que trois de ses aides-de-canip , ati général Latout*- Foissac.
Telle était la position militaire de l'Espagne , au moment' où Cadiz rejetait les propositions du duc d' Angoulême , et où cette Tille était vivement pressée par terre et par mer^ Le 20 septembre , le vaisseau le Colosse et deux frégates , après une canonnade de deux heures et demie, faisaient capituler le fort Santi-Pefri. Le 23 , quinsie bombardes ' et obusières françaises et espagnoles , sous les ordres du contre-amiral Dupérré ^s'approchèrent à huit cents toises des assiégés et lancèrent , pendant deux heures et demie des bombes et des obus , auxquels la ville répondit par ses forts et ses batteries. Le 25 y une partie des troupes devant Cadiz s'embarqua au port de Rota , pour se porter surl'ile de Léon , sous les ordres du lieutenantgéiiéral de Bourmont; et l'attaque de cette île devait avoir lieu le 3o au matin.
Dans cet état de choses ^ le général Valdès fut envoyé en parlementaire au prince généralissime, pour lui faire de nouvelles propositions ; elles furent rejetées ; et , pour être plus à portée des opérations qui allaient avoir lieu ,
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S. A. R. porta, le 27, son quartier général à Chiclana.
Le lendemain , les dispositions hostiles furent changées tout-à-coup en dispositions pacifiques. Au sortir de la messe, le duc d'Angouléme reçut une lettre du roi d'Espagne ^ qui lui an*nonçait qu'il était libre , que les certes étaient dissoutes, et qu'il allait se rendre au port Sainte-Marie. Le roi ajoutait qu'il avait promis de ne rechercher personne pour cause d'opinions politiques, inais rien de plus ,^t qu'il ne devait s'occuper de son gouvernement que lorsqu'il serait rentré dans sa capitale/
En effet, le i" octobre, Ferdiùand vu arriva au port Sainte-Marie avec sa Êimille, amené jusqu'à^ terre par le général Valdès, qui ^retourna ensuite à Gadiz. Le duc d'Angouléme avait quitté Chiclana pour aller recevoir Sa Majesté Catholique.
Rétabli dans la plénitude de sa souveraineté , le monarque espagnol remercia la régence , et lui ordonna de cesser ses fonctions. Le duc de l'Infantado , président de cette junte de gouvernement, fut nommé commandant directeur de la garde royale et de toute l'armée espagnole, et le général Campana gouverneur de Gadiz. Ges nominations et quelques autres vinrent à la suite de la destitution des per^^ sonnes qui se trouvaient revêtues des pre-
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mières dignités de la couronne pendant la captivité du roi. ,
Il parut aussi un décret daté du port Sainte- Marie , qui déclarait nuls tous les actes du gouvernement constitutionnel , depuis le 7 mars 1820 , l'autorité royale ayant cessé , dès cette époque , de jouir de la plénitude de ses attributions.
Le 2 octobre , le roi d'Espagne partit pour Séville, suivi de toute sa cour, après avoir assisté avec toute sa famille et Son Altesse Royale , à un Te Deum chanté dans la cathédrale du port Sainte«Marie; et , le 3 , nos troupes firent leur entrée dans Cadiz. Des courriers furent expédiés à tous les corps d'armée constitutionr nels , avec de^lettres du rot d'Espagne , portant l'ordre de mettre bas les armes., de désarmer et de licencier les miliciens. Le général JBourmont eut le commandement des troupes françaises en Andalousie.
Ferdinand vu fit son .entrée à Madrid sur un char de triomphe , et au milieu d'une populace immense , qui faisait retentir l'air de vive le roi absolu.
Nous terminerons ici Thistoire de l'Espagne. Les malheurs que ce beau pays a éprouvés depuis cette époque tiennent à un système de gouvernement trop contraire à la raison et à la justice , pour pouvoir durer ; et , sans doute ^
ABRÉGÉ mSTORIQUE. l65
TEspague est destinée à connaître un jour , ainsi que les autres peuples , les bienfaits d'une administration éclairée , et dïnstitutions favorables à la fois à la monarckie et à la liberté.