‹ Itinéraire descriptif de l'EspagneChapitre 21 sur 33 · DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE DES TROIS PROVINCES VASCONGADES · texte numérisé non relu

DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE DES TROIS PROVINCES VASCONGADES

Le Guipuzcoa se divise en Parddos , Unio^ nés et Alcaldias, lesquels se forment euxmêmes de plusieurs communes qui envoient un steul député aux assemblées de la province, sans qu'aucune exerce pour cela de supé-

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rîorité sur l'autre. Les assemblées de la province se tiennent chaque année dans dix-huit villes prescrites par les y^cro^, et durent six jours. Il y a une assemblée générale où Ton lait l'élection de quatre députés généraux qui doivent avoir leur domicile , l'un à Saint-Sébastien , l'autre à Tolosa , le troisième à Azpeytia, et le dernier à Azcoytia. Ils ont des substituts en cas de maladie ou d'absence. Les alcades ordinaires sont au nombre de soixante quatorze ; ils jugent le contentieux en première instance , et on fait appel devant le corrégidor. Celui-ci réside tour à tour à Tolosa, Saint-Sébastien , Azpeytia et Azcoytia ;* et , pendant trois ans, dans chaque lieu; il est juge civil et ci^minel ; il a toute la police administrative , eril préside aussi les assemblées générales et plarticulières.

Le Guipuzcoa fut indépendant de la couronne de Castille, jusqu'à l'an 1200 , qu'il se mit de son plein gré sous la protection d'Alphonse VIII ; ce qui est aflSrmé par une déclaration de ce prince , datée de Saint-Sébastien , en 1202, où il jure de conserver les droits dont jouissait cette province sous les rois de Navarre. Ceux-ci , après la perte de ce canton , firent de vains efforts pour le recouvrer; en i32i ,les Guipuzcoans défirent les^avarrois et leurs alliés, les Gascons. Les partis d'Ognes et de

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Gamboa suscitèrent des troubles dans le Guipuzcoa ; mais ils furent apaisés sous Ferdinand et Isabelle. Les habitans de ce pays ont de tout temps fait eux-mêmes leurs lois. Le pre-^ mier recueil qu'on en fit fut sanctionné par Jean i*% en iSvg , et approuvé par ses successeurs. C'est en i585 qu'on en rédigea un recueil complet. Elles furent imprimées en un volume in-folio, à Tolosa , en 1696, Les droits des Guipuzcoans furent autrefois si étendus qu'il existe des traités conclus entre eux et des étrangers, relativement à la guerre et à la paix. Leurs deux principaux privilèges sont : 1° celui de l'impôt volontaire ou don gratuit^ qui monte annuellement à 760,000 francs ; 2** de ne pas être assujettis au quintos , ie«* vée d'honmies dans laquelle la couronne d'Espagne en exige un sur cinq. C'est ce qui fit refuser par ce canton, en 1793 , de mettre sous les armes le n'ombre d'hommes que la nécessité exigeait pour la sûreté du pays, et qui par-là se trouva livré aux armées ennemies qui y pénétrèrent : les trésors furenj enlevés , les églises pillées , les champs dévastés ; enfin , les habitans furent punis en se voyant contraints de payer aux vainqueurs d'exorbitantes contributions.

Le comté d'Ognate , quoique enclavé dans le Guipuzcoa , n'est pas confondu dans l'admi-

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nistration générale de ce canton. Les EncartOr ciones font partie de la Biscaye j elles courent l'espace de deux lieues le long de la cpte. Le bourg d'Ognate comprend ^ daûs sa juridiction , 2 anti-iglezias et i3 barrios.^Ce bourg a 3oo maisons et une universités

La Biscaye se divise en terre hautç* et terre basse, ouinfanzonado. Cette seconde partie, ou terre de plaine, qui est la portion la pltts grande et la plus riche , se partage aussi en meryn^ dades et ajruntamientos ou municipalités, et chacune de celles-ci se subdivise en ante-iglezias , et dans la terre haute ou des montagnes , en encartaciones. Le recueil des lois biscaïennes y ou los fueros , fut rédigé sous Charles v» Le gouvernement est représentatif; les affaires majeures se décident dans l'assemblée générale convoquée de deux en deux années. C'est sous l'arbre de Guernica qu'on se rassemble pour voter : cet arbre s'élève sur un territoire du même nom appartenant à l'Ante-iglezia del Luno. C'est là aussi que se fait la vérification de l'élection et qu'on tient la première séance. Les affaires se présentent d'abord en langue espagnole , et se discutent ensuite en langue basque , qui est celle du pays. Pour procéder aux élections , les communes sont divisées en deux parts ( vandos ) , dont l'une est nommée Onésime et l'autre Gambojrne. Chaque vandos I, i5

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choisit à la balotie un député ^ trois régidors et un syndic , etc. L'antique chêne de Guer^ nica est un monument naturel des plus Véné* râbles. C'est, dit M. Bory de Saint-Vincent, \ arbre véritahle^et sacré de la liberté. Ferdinand et Isabelle, en l'an 1476, après avoir entendu la messe dans l'église de Santa-Maria de la Antigua, se rendirent sous cet arbre antique pottr y jurer aux Bisca'i^ns le maintien de leurs fueros. Sous ce même arbre siègent aussi les juges , quand ils ont à s'occuper du crime de félonie.

Lorsque le roi entre en campagne , les Biscaïens sont (enus de se lever en masse ^t de marcher à leurs frais et dépens jusqu'à un autre arbre nommé de Malato, sur les confins du territoire ; une fois cet arbre dépassé , le ' prince est obligé de les payer pendant deux mois , et , pendant trois , s'ils sortent des montagnes. En 1793 , ils fournirent à Farmée espagnole 8,000 hommes; -et , l'ennemi ayant forcé les lignes d^Vrun, 16 autres mille hommes couvrirent leui» propre canton; ils donnèrent des preuves d'un courage signalé dans ia défense des villages de Ondarroa , d'Hermua et de Berriatua , qui finirent pat* être réduits en cendres.

L'Alava, jusqu'au règne d'Alphonse viii, était séparé de la couronne de Camille, à la-

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quelle il se -donna en i2rOO) mais en conservant une sorCe d'indépendance à laquelle ses habitans renoncèrent vers le milieu du xiv* siècle , conservant toutefois une partie de ses anciens privilèges. L'assemblée générale de ce canton se réunit deux fois par an , savoir : 4ans le mois de novembre , à Yittoria jet, en mai ^ dans quelque autre ^ille choisie par le canton. Ces assemblées se composent du député général qui en est le président né , des procureurs et des alcades des confréries du trésorier général et deux greffiers.

Route ^puis les frontières de France , par Bayonke , depuis la Bidassoa jusqu'à Saint-Sebastien , à Bilbao et à Orduna , 34 lieues '/a*

Au sortir de Bayonne, on suit, pendant trois grandes lieues , un beau chemin très-bien entendu; et. Ton arrive à Saint* Jean-de-Luz , petite ville traversée par une petite rivière où. remonte la haute mer et qu'on passée sur un pont, au-delà duquel est le faubourg de Sibourre ; on aperçoit bientôt le clocher d'Orogne; on fait encore une lieue , après laquelle on arrive au bord de la Bidassoa ; on passe cette petite rivière , et on se trouve dans le Guipuzcoa. Dès Saint-Jean-de-Luz , quoiqu'en France encore, tout annonce FEispagne, eflorsqu'on est sur Tautre rive de la Bidassoa , rien ne peut

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plus retracer la France ; on distingue encolle quelques habitations françaises , tandis que <, par le langage et par ce qu'on peut saisir à la hâte des usages et des habitudes , on a lieu de se croire extrêmement éloigné de nos frontières ; et , sans pouvoir trouver ici le vrai caractère espagnol , on n'y rencontre absolument rien de te qui nous caractériser

Ucaes.

De la BiDAssoA à

Iran , yille , ou plutôt gros bourg ,

Hemani , bourg ,

Renteria, bourg, ' Saiiït-Sebastieiï , cité et port ,

BiLBAO f cité ,

ai

OBDimA y cité f

Total, 34 «/,.

Ayant traversé la rivière de Bidassoa , qui fait la séparation de la France et de l'Espagne, on entre dans le Guipuzcoa. Une demi-heure après 5 on trouve la petite ville d'Irun , la première de l'Espagne de ce côté ; elle est très-mal bâtie; ses rues sont tortueuses et inégales ; elle n'a de remarquable que son église paroissiale qui est assez belle. Cette première peupleidê est a environ une deihi-lieue du pont.de boîs. sur lequel on a passé la Bidassoa , et qu'on- dit» avoir été construit aux fi^is des Meux mo-î

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narchies qu'il sépare. On arrive ensuite à Heroani , grand village ou bourg assez considérable, qui est sur c4|fce route la seconde peuplside de l'Espagne; il est situé dans un vallon assez riant, fertilisé par une petite rivière , qu'on retrouve souvent lorsqu'on parcourt le chemin dç/Vittoria ; on la passe sur un grand nombre de ponts de pierre assez beaux. Ce vallon est environné de montagnes qui paraissent vouloir ensevelir ce bourg, où on fabrique beaucoup d'ancres pour la marine. Au sortir de Hemani , le chemin se partage en deux branches : l'une, à gauche , conduit à Tolosa , à Vergara età Vittoria , sur la route de Madrid ; il en sera parlé dans la suite; l'autre , à droite, mène à Saint-Sébastien : c'est une tcès-bélle route, faite depuis quelques années par les soins et aux frais de l'administration particulière de la province ou canton de Guipuscoa. Elle court dans un terrain souvent ingrat , et enfin sur un groupe de montagnes , du somniet duquel on découvre Saint -Sébastien à vol d'oiseau. On laisse à droite la ville de JFontarabie qu'on peut voir en se détournant un peu.

Fontarabie , en espagnol FuerUa Rabia, en latin, FonsRapidus , autrefois OcasOy est une ville forte du Guipuzcoa , et une des clefs de l'Espagne. Elle est située dans une petite pé-

23o ITINÉRAIR^E DE I^'eSPAGNE.

ninsule au bord de la mer et sur la rire gauche^ de la Bidassoa ; elle a le titre de cité. Elle est petite^ mais bi^f^ fortifiée par la nature et l'art. Elle est couverte, du côté de la terre, par les hautes montagnes de la sierra de Jasquivel , et défendue , du côté de la mer, par une bonne forteresse. Elle fut assiégée inutilement par les Français en i638; elle a un port qui serait assez bon sans un inconvénient essentiel : la marée qui y est ordinairement fort haute le laisse à sec lorsqu'elle se retire. Fontarabie est bâtie en forme d'amphithéâtre sur une colline qui fait face à la mer et dans Tangle sud du golfe de Gascogne. Elle a un gouverneur^ un lieutenant de roi , un ïftajor, un aide-major et une garnison plus ou moins nombreuse.

Les jeunes personnes des campagnes de cette partie du Guipuzcoa sont très-vives et trèsagréables ; elles tressent leurs cheveux et les ornent de rubans ; ces tresses couvrent leurs épaules ; elles placent sur leur tête une sorte de petit voile de mousseline fort léger qui voltige autour de leur cou. Elles portent des colliers de corail et des pendans d'oreilles , soit en or, soit en perles. Leur habit ordinaire est un justaucorps à manches serrées.

Si l'on veut visiter le Port du Passage, on s'avance dans les rochers qui bordent la mer,

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chemin pénible où Ton n'est pas toujours à IV brides dangers et qull faut suivre avec quelque courage pendant une heure et demie; alors on arrive à la ville qui n'est formée que par une rue bâtie sur l'espace resserré entre la baie et les montagnes de Test. Un château commande Tentrée du Port du Pas^e; 1^ baie assez vaste est entourée de hautes montagnes , et ne communique à la mer que par une gorge ouverte entre deux vochers , et qui n'a que la largeur su£Bisante pom* laisser passer un seul vaisseau : encore ne peut-il sortir ou entrer qu'à la remorque. Ce port fut autrefois le dépôt dé la compagnie de Caracas , qu'on a ensuite^éunie à celle des Philippines, Si l'on veut se rendre du Port du Passage à SaintSé*bastien , rien de plus facile ; et ^ comme on est forcé d'attendre la marée haute pour traverser la baie ^ on aie loisir de remarquer que^ excepté un étroit canal qui la traverse , elle est toujours à sec pendant la basse marée. Il faut une demi-heure aux barques pour franchir cette baie, tellement renfermée qu'on ne peut y craindre ni vent ni bourrasques; de jolies Biscaïenues , au teint un peu hâlé , sont les pilotes et les matelots de la barque des voyageurs. Arrivé à l'ouest de la baie , on trouve à y louer des chevaux; et, en une demi-heure, on

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arrive à Saint-Sébastien par un pont de bois établi sur une petite rivière qui baigne les murailles de cette ville.

Le chemin qui conduit d'Irun^ à Saint-Sébastien est de sept lieues; autrefois il était difficile et dangereux; il fallait gravir des montagnes escarpées ; il fallait marcher souvent sur des roéhers élevés et inégaux , bordés de précipices ; on traversait ensuite ," ou Ton çôtoj^t de grandes et épaisses forêts qui couvraient les flancs et les cimes de ces montagnes ; aujourd'hui ce chemin est facile , beau et sûr ^ on le doit à la vigilance bienfaisante des habitans du Guipuzcoa. On trouve sur cette route Renteria ^ lieu de peu d'apparence n^itué dans la vallée d'Oyarzo, sur le bord de la Bidas'soa , à une lieue de SaintSébastien ; les bateaux y remontent aux heures ^u flux. Renteria n'était qu'une réunion de maisons et de fermés isolées , qu'on entoura de murailles en i32o : on lui donna alors le nom de Villa- Nuéva-d'Oyarzo ; mais elle reprit bientôt son premier nom. Elle a une église paroissiale , un couvent de religieux , un couvent de religieuses et des fabriques de fer fondu ou coulé.

Après avoir traversé cette aorte de ville , et avant d'arriver à celle de Saint-Sébastien , on parcourt -une terre sablonneuse et tirante.

PROVINCES YASCONGADBS. 233

On n'aperçoit Saint-Sébastien qu'au moment où l'on va y arriver; cette cité est totalement masquée par une butte de sable.

Saint-Sébastien (Fanum Sancti-Sebastiani) est la plus importante cité du canton de Guipuzcoa. Elle est médiocrement forte ^/ située sur l'ancienne côte Cantabrique , aujourd'hui des Basques , entre deux bras de mer qui en font une presqu'île , et à l'embouchure de la petite rivière d'Uruméa , ou Guruméra^ qui fut le Menascum des anciens : une émineace lui sert comme de digue du côté de l'Océan. Cette ville , flanquée de bastions et de demi-lunes y parait protégée par un château ou citadelle peu importante , placé sur une montagne presque ronde , assez élerée , nue , sans arbres , presque unie , et où l'on monte par une rampe en forme de spirale. Saint-Sébastien a un petit port fermé par deux môles qui laissent un espace trèsresserré pour le passage des navires , lesquels sont ensuite à l'abri des vents en arrivant au pied d'une éminence en rochers qui couvre ce port , où l'on voit une grosse tour carrée : il contient au plus 25 ou 3o vaisseaux. La ville est assez bien percée ; elle renferme une vingtaine de rues, dont plusieurs sont droites, Ibngues et larges , et toutes pavées de grandes pierres unies. On y compte de 65o à 700 maisons ; et beaucoup sont assez agréables. Elle

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est la résidence du gouyerneur de la province, qui eut le titre de capitaine général jusqu'au commaincement de ce siècle. Elle a un gouverneur, un. lieutenant de roi, un major, un aide-major., une petite garnison et une école de pilotage ; 2 paroisses et une troisième dans les faubourgs , qui sont très-peuplés ; 2 couvens de religieux, 3 couvens de religieuses et un hôpital. On trouve dans cette ville et dans ses faubourgs 5 fabriques de peaux et de cuirs, des tanneries établies dans le faubourg Saint-Martin, une fabrique des ancres de la marine royale dans le fauboui^ de Santa- Catalina , et des corderies où Ton forme des câbles.

Saint^ébastien a toujours fait un commerce considérable : c'est là que se créa là compagnie des Philippines , à laquelle se trouva ensuite réunie celle de Caracas. Son port est très-fréquenté par les navires anglais , hollandais, français, etc. U reçoit les produits de l'industrie étrangère , et leur donne en échange du fer, des ancres, des câbles, des cuirs, des laines et quelquefois du coton. Ce port était le centre d'où la compagnie de Caracas faisait partir ses navires , et où elle faisait arriver les marchandises qu'elle recevait en retour ; ft attire à la ville une population industrieuse ; on Testime à i3,ooo habitans.

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Le port de Saint«Sébastien^ quoique^r^inc^ n'est point ce qu'on appelle abUiiado. Ce mot exprime un privilège pour expédier directement en Amérique. On en pariera plus en détail en donnant la description du canton de Sant-Ander.

Les dehors de Saint^ébastien sont agréables, quoique le terrain y soit sablonneux ; on y jouit à la fois de la vue de la mer et de celle des Pyrénées. Ceux qui aiment la campagne , se plaisent à visiter Pagréable vallée de Layola. On s y rend en sortant par la porte de France , on suit une sorte de promenade , qui conduit à un pont de bois où les amateurs prennent le divertissement de la pêche du saumon dans la rivière qui baigne les fortifications de la yille ; ce poisson y vient en si grande quantité , qu'on le vend quatre (juartosy ou 7 centimes et demi la livre pesant. En poursuivant sa route , on aperçoit sur la gauche un couvent de Franciscains , dont l'ensemble, qui inspire de la vénération, paraît vouloir se dérober aux yeux sous des masses de feuillages formés par des groupes d'arbres. De ce côté cependant on a commencé une promenade publique parallèle à la petite route qui conduit au Port du Passage. On côtoie un sol mouvant que couvrent les hautes marées ; ensuite on monte et on redescend en longeant une côte assez rapide; et le sentier est

ombragé par une haute futaie et embelli par des jasmins odoriférans. Après ayoir encore passé un pont de bois, on entre dans la vallée de Layola : bornée sur un de ses flancs par des coteaux* couverts d'arbres, elle y offre un site sérieux , tandis qu'à l'opposé on voit les plus riches productions présenter l'aspect de diverses couleurs , qu'embellissent encore les reflets du soleil couchant. Une rivière termine cette Vallée par un demi-cercle, et arrose quantité d'arbres fruitiers plantés ^sur les bords.

Le climat du Guipuacoa est assez doux et tempéré : ce qui est dû aux vents de mer qui rafraîchissent l'atmosphère dans la saison d'été et radoucissent dans celle d'hiver ; c'est aussi ce qui sert à entretenir dans ce canton une verdure continuelle, principalement dans ses vallées. Le ciel de Saint-Sébastien n'est pas cependant très-beau: il est souvent nébuleux f l'air y est ordinairement humide et quelquefois chargé de brouillards. Les vivres y sont moins chers que dans la plupart des autres ports de l'Espagne ; on y trouve même deux auberges assez bonnes.

Lorsqu'on est en voiture et qu'on veut se rendre à Bilbao par le grand chemin , on est obligé de passer par Mondragon. Là est rembranchement qui conduit dans la capitale dé

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la Biscaye; on passe à Durango, ville assez peuplée pour tenir le second rang dans la république el Seûorio , et qui est à quatre lieues sud-est de Bilbao. Mais^ si on voyage à cheval, c'est à Bergara qu'on laisse le chemin qui conduit à la Casdlle; alors on prend une route de traverse ; et , après avoir gravi pendant deux heures une montagne en suivant un chemin détestable à travers un bois de chêne, on arrive à Elgetta^ Ce bourg est la frontière du Guipuzcoa , du côté de la Biscaye , dont le territoire commence au revers de la montagne sur laqujalle s'élève Elgetta.' En face on voit au loin le petit port Descarga , et , au pied de Féminence, la ville de Lorio , territoire biscaïen. En descendant la montagne, dh jouit d'un aspect agréable produit par la vue des maisons peintes en blanc et couvertes de tuiles briquetées fort rouges , qui contrastent avec les moissons et les prairies vertes , fraîches et fleuries qui ornent la pkine. Celle-ci offre une végétation riante , forte et active ; elle est entourée de coteaux livrés à Tagriculture , et que surmontent dans une partie des monticules de granit , du milieu desquelles s'élèvent de hautes pyramides qui décorent le fond du tableau. Bientôt , en longeant ces monticules , qui restent cependant éloignés , on épi'ouve une température froide et qui s'adoucit peu

238 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

à peu en arrivant à Durango. De cette ville à Biibao , la route est dans des bois assez beaux pour fournir à la construction des vaisseaux.

Bilbao est la capitale de la Biscaye propre ^ et on pourrait dire le lieu conservateur des fueros ou liberté des cantons. Cette ville est petite <, mais agréable; elle est située sur la mer de Biscaye , à l'embouchure de la rivière d'Ansa qui porte bateau et qui la traverse. Dans ce lieu était Tancien port des Amanes , ou la Flaviobriga des anciens^ £lle fut appelée Belvao^ c'estrà-dire Beau gué; d'où par corruption est venu Bilbaum et Bilbao. £n i3oo, Diego Lopez dç Haro fit construire la cité qu'on voit aujourd'hui : c'est la plus riche et la plus commerçailte de la seigneurie. On y compte environ 1,2^00 maisons; et, tandis que celles de Saint-^Sébastien sont en général très-basses, celles-ci sont hautes , solidement bâties et ne manquent pas d'élégance. On porte sa population au-delà de iS^ooo âmes.

Bilbao a un corrégidor, un ministre de marine, un auditeur de marine, un état-major, une école de dessin , une école de pilotage et plusieurs chantiers pour la construction des navires marchands. On y trouve 4 paroisses , 3 couvens de religieuses , une chapelle desservie et deux hospices. Ses rues sont unies ^ pavées en petites pierres carrées , bien entrete-

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nues et arec une propreté soignée ; on y conduit par divers canaux les eaux de la rivière qui servent à les laver , les rafraîchir , et i^ui disparaissent ensuite dans des égouts souterrains , entraînant avec elles les immondices. Ses maisons ont des avant-toits fort saillans^ dont reffet n'est point agréable^ et dont il ne faut juger que par leur utilité ; ils servent é^lement à mettre à Fabri de la pluie et du soleil ceux qui marchent dessous.. Sa boucherie est un édifice de l'ordre toscan , qui forme dans le centre un enclos découvert où Tair circule aisément.

On a creusé , vers l'embouchure de l'Ansa , une place considérable où Ton contient les eaux au moyen d'une digue magnifique qui s'étend à une distance considérable le long d'une promenade appelée VArenaL Cette promenade, qui est très -belle, et se prolonge sur le bord de la rivière, est plantée de rouvres et de tilleuls y bordée de magasins, de jardins et de maisons ornées de peintures; on y jouit d'un coup-d'œil agréable , principalement si on remonte la rivière depuis son embouchure : on croit yoir un assemblage de belles décoration» théâtrales qui se continuent et se renouvellent k chaque instant.

Les Français, les Anglais, les Hollandais, les Bremois , les flambourgeois , abordent fré-

24o ITINÉRAIRE DE l'eSPAONE.

quemment dans son port ; ils y apportent les productions de leurs manufactures et fies colonies ; ils y chargent des laines qui viennent de la Vieille-Castille; , des ancres fabriquées dans le Guipuzcoa \ quelques agrès , du fer <ïes trois cantons et des châtaignes qui sont une abondante production du pays. On calcule qu'en temps de paix Bilbao recevait chaque apnée 160^000 quintaux de morue et 6,000 barriques d'huile de baleine. .

On vit dans Bilbao avec beaucoup de liberté } l'indusérie , le commerce y ont répandu un bien-être général dans cette ville; on y trouve tout en abondance ; le mouton ^ que Ton amène de la Vieille-Castille , est engraissé avec les herbes de portugalette ; les autres viandes y sobt également bonnes , ainsi que le gibier.

L'air de cette ville , sans être malsain, est désagréable par sa grande humidité : il rouille le fer, attaque le cuivre , dissout le sel , et répand de la moiteur dans le linge et les ameublemens : malgré cela , on y connaît peu de malades , et on y trouve beaucoup de vieillards. Il y a trois auberges qui sont assez bonnes.

Les étrangers sont très-bien accueillis à Bilbao, mais ils, éprouvent des difficultés pour y fixer leur résidence. Des obstacles multipliés les empêchent de s'y établir; les habitans, jaloux de leurs droits et de leurs privilèges , ne

veulent admettre que ceux qui sont nés parmi eux^. Ils accordent quelquefois le droit de bour- ^ geoisie , ou autrement la naturalisation ; mais ils exigent pour cela beaucoup de formalités que de pauvres marchands sont rarement en état de remplir. Pour y parvenir , on doit prouver qu'on ne descend ni de Maure ni de Juif, qu'on est issu d'une famille noble ou au moins n'ayant jamais exercé un art vil et mécanique. Des commissaires se transportent dans le lieu de la naissance de celui qui se propose ; ils compulseiit les titres et s'y informent du postulant et de ses alentours. Tout cela est long et dispendieux ; et cependant , sans cette reconnaissance , un étranger ne peut ni louer une maison , ni établir un commerce , ni exercer une profession ou un art : il ne peut le faii'e que sous le nom d'un des domiciliés.

Bilbao avait deux genres particuliers d'industrie , d'un rapport assez considérable : l'un consistait dans des moutures économiques qui rendaient de grands bénéfices : des circonstances particulières les ont fait abandonner ; l'autre , dans beaucoup de tanneries 5 dont le profit était encore plus grand et plus certain ; mais la prohibition d'y porter directement les cuirs venant de l'Amérique , sans payer de très-gros droits , leur a été d'un préjudice si considérable , qu'elle I. 16

a/^Z ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE;

les. a fait tomber. Il n'en reste presque plus.

Le chemin. qui conduit de Bilbao à Orduna^ et qui est de six lieues , est très-agréable. Le chant des oiseaux se mêle à celui des Bis-^ caïennes qui s'occupent des travaux de la culture. La route est souvent bordée par des maisons de campagne simples^ jolies^ riantes et bien tenues ; tout y est animé. On y rencontre partout des maisons isolées , et qui cependant paraissent dépendre d'une habitation principale , image des premiers établissemens de la famille des patriarches , et qu'on pourrait assimiler à ce bonheur de l'homme tel qu'on le peint dans l'âge d'or. Quoique disséminées, cette continuité de maisons paraît une peuplade immense vivifiée par l'industrie , l'activité et la gaîté de ses habitans. Le voyageur, frappé de la variété des objets qui se succèdent autour de lui , éprouve un sentiment de calme , et il arrive à Orduna sans s'être aperçu de la longueur du chemin.

Ordufia, en latin Ordunia^ et en français Ordugnay est uiîe petite ville peu importante , située au sud de Bilbao , dans une vallée agréable, environnée de toute part de montagnes escarpées et très-élevées. Elle a deux églises paroissiales , dont l'une a un chapitre de collégiale , un couvent de religieux et un de religieuses. On n'y trouve rien de remarquable <,

quoiqu'elle soit réputée la capitale ou plutôt le chef-lieu du pays dit des Quatre-Villes , et la résidence d'un vicaire général et officiai de l'évêque de Calahorra. C'est ici qu'est établie la douane intérieure de la Biscaye ^ mais qui ne perçoit des droits que sur les marchandises^ qu'on introduit dans la Castille; elle regarde comme objets de contrebande tous les objets manufacturés dont Fusage est défendu en Espagne.

Route depuis les frontières de France, venant de Bayonne,

jusqu'aux frontières de la Vieille - Castille , par le

Guipuzcoa et TAlava , ai lieues '/a '•

lieues*

La Bidassoa , rivière.

On entre ici en Espagne par le Guipuzcoa.

Irun , petite ville , » '/»

Hernani , petite ville , i

. Tolosa , ville chef-lieu , 5 7,

Alégria , petite vaille ,

Villa-Franca , village ,

Villa-Réal, village,

Ansuela , village ,

Vergara ou Bergara , ville , On entre ici dans FAlava.

Mondragon, ville > 3

Salinas, village, et défilé de montagnes , \

Vittobia , cité , chef-lieu , )

A reporter, 17

' Roule des frontières de France a Burgos , a Ydlladolid et a Madrid.

,244 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

Report d'autre part , 17

Afiaza , rivière et pont ^ \ La Puebla , village 9 [ ^

Arminon, village, )

Frontières de la Yieille-Castille, » Va

Après aToir traversé la Bîdassoa qui , comme il a été dit ^ fait la séparation de la France et de FEspagne, on entre dans le Guipuzcoa. Une demi-heure après , on passe à Irun et ensuite à Hernani. Ici la route se divise en deux branches ; c^lle qui est à la droite conduit à Saint- Sébastien, l'autre est celle qu'on suit pour se rendre à Tolosa , où Ton arrive après une marche de 7 lieues depuis le pont de la Bidassoa. En quittant Hernani on suit pendant 3 lieues des coteaux, qui se séparent à Andoya, pour abriter au nord et au sud une vallée très-étroite , mais fertilisée par la petite rivière d'Oria. Une perpétuelle variation de sites distrait le voyageur ; quantité d'arbres de toute espèce , particulièrement des noyers , sont groupés autour des maisons isolées et petites , mais donft la blancheur contraste agréablement avec la teinte des campagnes qui les environnent. Des coteaux , s'accumulant les uns derrière les autres, présentent un amphithéâtre où des cultures paraissent établies sur le sommet des forets ; quelquefois on découvre un petit vil-

PROVINCES VASGONGADES. 245

lage auquel tient un bâtiment magnifique et qui lui donne une grande apparence : c'est la paroisse , monument de la piété des habitans. On retrouve de temps en temps l'Oria franchissant des rochers qui semblent vouloirarrêter son cours, et d'où elle échappe en formant des cascades , pour se promener ensuite doucement dans des plaines dont elle augmente la fertilité , et où elle fait tourner plusieurs nwulins. Enfin on la revoit avec plaisir serpenter dans la vallée de Tolosa.

Tolosa, Iturissay petite et jolie ville située dans une agréable vallée, sur les rivières d'Oria et d'Araxes : on y passe la dernière sur un beau pont défendu par une tour» Cette ville fut fondée par un roi de Castille , Alphonse-le-Sage , dont le fils Sanche-le-Brave finit de la peupler en 1291. Elle est au- centre du Guipuzcoa, dont elle passe pour être la capitale; c'est après Saint-Sébastien la ville la plus peuplée de ce canton ; on lui donne environ 4^200 babitans, y compris ceux de ses faubourgs. On y trouve une église paroissiale, un couvent de religieux et un couvent de religieuses; il s'y tient un grand marché tous les samedis ; ses rues sont fort bien pavées et trèsbien éclairées pour la, nuit; ses principales fabriques sont des clous , des fers à cheval , des ustensiles de cuisinç de toute espèce , comme

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pots et marmites en fer battu et étamé; des grils 5 des poêles , des chaudrons , des tourne» broches , des couteaux et quelques autres objets; des grilles de fenêtres, des cadres de lits en fer poli, etc., etc. ; des sabres et des armes à feu; des cuirs, peaux et corroieries. La plupart des habitans sont livrés à l'agriculture ; ils récoltent, année ordinaire, 5, 200 fanègues de froment, 7,800 de maïs, 1,400 de châtaignes , etc. ; en tout ils sont très-industrieux. Il s'y trouve une bonne auberge.

En quittant Tolosa , on parcourt de belles campagnes, bien entretenues et productives. On passe successivement à Alégria , petite ville peu importante où il y a des fabriques de fusils et d'armes blanches , et où Ton fait quelques instrumens de labourage à Villa-Franca et à Villa-Réal ; on monte ensuite assez longtemps sur une montagne dont la descente est rapide, au pied de laquelle qn trouve le village d'Ansuela ; le chemin se partage bientôt après en deux nouvelles branches ; on continue à parcourir celle de la gauche; l'autre conduit à Durango , sur la route de Bilbao.

On peiit voir ici Vergara ou Bergara , petite ville dont la population s'élève à 4^000 habitans. Elle est recommandable parles excellentes écoles que la société patriotique y a établies en 1 766 . On y enseigne à lire, à écrire , la gra^imaire la-

PIIOYINGËS VASGONGADES. %1^'J

tine, la langue espagnole^ rarithra^iijue , la poésie, les humanités , la rhétorique, la philosophie, quelques langues étrahgères , les mathématiques , la physique , l'histoire naturelle , la chimie domestique , le dessin , la musique et la danse. Cette ville ^st le lieu de la rési* dence d'un vicaire général et officiai de l'évêqué de Calahorra.

Ici on sort du Guipuzcoa et on entre dan^ TAlava. Le grand nombre d'habitations , soit villages ou maisons de campagne , qui se touchent presque les ui^ et les autres , font que la route de VergaraVVittoria ressemble à une longue rue. La beauté de cette grande route , pourtant un peu étroite ^ la vue charmapte de la Zadorra qui serpept^ dstns la vallée , et dont les détours s'offrent sans cesse aux i:*egard& du voyageur, forment un spectacle charùiant ; mais^ il est encore plus enchanté de Pair d'aisance des villageois , et de la grande propreté qui règne dans les auberges. On passe au village de Mondragon; on parvient au pied de la montée de Sallnas ; on la gravit assez péniblement; on trouve le bourg du même nom, et l'on continue à monter la véritable chaîne pyrénaïque qu'on descend ensuite. Insensiblement toutes les montagnes paraissent s'abaisser après cette descente; elles deviennent plus rares et moins rapprochées ; on aperçoit bientôt Vitto-

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ria, et Ton ne tarde point à arriver dans cette populeuse cité.

Vittoria^ en latin Victoria^ Cette ville est regardée comme la capitale de l'Alava. Située dans une plaine assez étendue qui n'est que la dilatation d'une belle vallée bien cultivée , où les villages se multiplient , et dans laquelle on se voit environné de montagnes par tous les côtés; elle fut fondée par don Sanche, roi de Navarre , et reçut de ce grince le titre et les prérogatives de cité.

Situation, étendue. Oi^^ut la diviser en ville neuve et vieille ville : cette seconde partie est bien moins habitée y elle est entourée d'utie double enceinte de miurailles, dont l'une est plus ancienne qu« l'autre; elle est en général mal percée et mal bâtie. Dans U ville neuve on trouve quelques rues assez larges y ornées d'arbres et arrosées par des ruisseaux d'une eau fraîche et limpide. Il y a surtout une grande et belle place de 220 pieds en carré , qui s'ouvre dans quatre rues , une ^ chaque face : elle est ornée d'une fontaine qui est au miheu, et entourée d'un portique qui présente 'j& arcades. Les édifices qui Peatourent sont prçsque tous uniformes ; l'hôtel-de- ville et 2 couvens , qui y sont situés , ont des façades particulières.

Population. C'çst la ville la plus peuplée et la plus considérable de FAlava : on lui donne 6,5oo habitans qui occupent plus de 1,000 maisons 5 les faubourgs en contiennent environ 200. On prétend que, dans le commencement du xiv* siècle , sous le règne*

de Jeann, sa population était déjà diminuée , quoiqu'elle fût alors de 18,000 personnes, •

Clergé. Vittoria a un chapitre de collégiale, 4 paroisses , 5 couyens d'hommes et 3 couvens de filles , 5 chapelles et un hospice. Le chapitre est composé de 5 dignitaires , de 9 chanoines et de 9 sous-prébendés. L'administration civile est composée de un alcade, un substitut , deux régidors-municipes , 10 députés de la ville et 2 des villages , un syndic , 2 députés de la communauté, un alguazil mayor, 2 alcades de la Hermandad, et d'un greffier.

Édifices publics. Parmi les édifices publics, on doit remarquer l'hospice royal, qui est d'une assez bonne architecture et dont l'inté|:ieur est bien distribué. Là on entretient i5o pei*sonnes qui y sont volontairement 5 les pensionnaires peuvent entrer et sortir dans le jour à l'heure qui leiu: convient 5 les autres, quand ils ont fait l'ouvrage fixé , qui n'est point pénible. On y apprend aussi à des enfans pauvres à lire et à écriie, et le catéchisme. La plupart des églises sont dans le genre gothique ; quelques-unes sont asse« belles. Celle des Carmes déchaussés est une des plus régulières dans son ensemble; mais celle des Dominicains est remplie d'ornemens de mauvais goût , on pourrait même dire barbares , qui déparent les murs et les autels. La chapelle du noviciat, du méinQ ordre, renferme trois excellens tableaux de l'Espagnolet : un Saint-Pierre, un Saint-Paul et uûe Crucifixion.

Promenades. Vittoria offre de belles promenades qui sont fréquentées.^ Le peuple y est également in-

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dustrieux el actif ;x>n y trouve partout un air animé , vivant, s^sfait, parce que l'industrie et le travail trouveot à s'y développeç de toute part. Cette ville a quelques usages qui lui sont particuliers : on y célèbre tous les ans, à des époques fixes, la fête des garçons , la fête des jeunes filles et la fête des époux: ces trois fêtes sont simples, mais touchâtes*, la pureté des mœurs antiques les fit instituer : les célébrer pour en rappeler le souvenir, c'est remonter à leur origine et contribuer au dé^ir de maintenir ces bonnes mœurs.

Fabriques, manufactureé.îje comxïïeTce consiste en fer brut et ouvragé, en denrées coloniales dont Vittorîa est même l'entrepôt pour une grande partie de la Navarre et de la Vieille^Castille ; en laines, draps , soies , toiles , chaises de paille, batteries de cuisine, poteries communes, souliers, chapeaux, linge de table, etc. , etc. On y fabrique des lames d'épée; et une grande partie du commerce des marchandises de fer se fait par les ports de Saint-5ébastien et de Bilbao.-

Hommes célèbres. Vittoria fut le lieu de naissance de J.-B. Larrea, fameux jurisconsulte du xvii* siècle, et de Diégo-Esquivel de Alava, mort vers Tan i56a, qui fit l'ouvrage De Çonciliis unwersaUbus ac de iis qjiœ ad religionis et reipublicœ christianœ reformationem instituenda videntur. Ce liv^e, publié a Grenade en i582 , in-folio, est rempli de plusieurs vues de réformation , qu'on a trouvées généralement bonnes , mais qu'on nf a pu suivre.

Digrtized

Au sortir de la ville, on trouve la rivière d'Arienza, qu'on passe sur un pont de pierre. On entre dans une superbe plaine de 4 lieues de longueur sur 2 et demie de largeur; elle est riante, bien cultivée, très-fertile, couverte d'arbres et fort peuplée. On y compte jusqu'à 3oo villages et hameaux ; On la parcourt dans sa longueur. On traverse les petites villes ou villages de la Pùebla et d'Arlninon ^ en côtoyant souvent la rivière de Zadorra , dont les bords sont heureusement accidentés. Après avoir dépassé un coteau qui la resserre , on entre dans la plaine de l'Ebre par un chemin très-droit, beau et fait en forme <le levée; avant d'arriver au pont, se trouve une colonne de marbre avec une inscription qui désigne les limites de l'Alava et de la Vieille-Castillé. La belle route qu'on vient de parcourir a été faite aux dépens des trois provinces vascongades , c'est-à-dire de la Biscaye, de TAlava et du Guipuzcoa ; il a fallu, pour la construire, surmonter des difficultés multipliées, que présentaient la nature du terrain et les montagnes. On est parvenu à adoucir les descentes trop rapides^ on a évité les précipices ; on a tourné avec intelligence les croupes escarpées : enfin, cette route, quoiqu'un peu étroite en plusieurs passages , est superbe , couverte et environnée de villages, de maisons, d'arbres et de cultiva-^

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teurs livrés aux travaux d'un sol qui réjpond à leurs soins.

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