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ABRÉGÉ DE LA STATISTIQUE PARTICULIÈRE

Population des trois proifincea» La Biscaye , le Guipuzcoa et TAlava oflTrent uae population trèsconsidéroible 5 si Von considère leur peu d'étendue et surtout le grand nombre de montagnes qui les couvrent , elles présentent proportionnellement plus d'habitans que toute autre province du royaume. Le dénombrement fait par ordre du roi, en 1787 et 1788 , porte cette population, ainsi qu'il suit :

i i6,o4a dans la Biscaye.

3 10,758 habîtans. . . . . .| 74,000 dans TAlava.

16 dans le Guîpuzcoa.

[ ii6,o4a

Parmi lesquels on compte,

371 dans la Biscaye.

853 cures. \ 4^^ ^^^^ TAIava.

127 dans le Guîpuzcoa.

i63i prêtres sëcoHers. . . ./ 370 dans TAlava,

339 dans la Biscaye.

370 dans TAlava.

5i3 dans le GuipiiEcoa.

348 dans la Biscaye.

90a Religieux l 238 dans l*A1ava.

3i6 dans le Guipuzcoa.

4oo dans la Biscaye.

ii4t Religieuses.. . .'. • .^ 218 dans l'A lava.

5^3 dans le Guîpuzcoa..

54)35o dans la Biscaye.

116,923 Nobles I 12,161 dans l'A lava.

" >y5ia dans le Guipuzcoa»

49 dans la Biscaye.

i4a Avocats. ^ 'S-j dansTAIava.

56 dans le Guîpnzcoa.

i^o dans la Biscaye.

70 dans TAlava.

11^ dans le Guipuzcoa.

fSo dans la Biscaye.

33o dans TA lava.

339 Ecrivains. ••...../ 70 dans TAlava.

I 55 dans le Guipuzcoa.

/ i,a6i dans la Biscaye.

8,7 13 Domestiques | a,65a dans TAlava.

\ ^fioo d«is le Guipuzcoa.

Mais on a observé que, d'après le recensement fait en 1800 y la population était moindre sur la totalité d'environ 20,000 personnes ; et il faut dire qu'on a réu^i dans ce tableau la population des Quatre-Yilles, celle du comté d'Ognate et celle de Sant-Ânder.

Agriculture. L'agiiculture est généralement bien entendue et brillante dans les trois provinces*, elle y est relative à la disposition et à la qualité du terrain. C'est un pays de montagnes , où les plaines sont peu communes et de peu d'étendue 5 où les vallées , les coUines , les coteaux font presque la seule ressource du cultivateurj où ces mêmes vallées sont cependant très-fertiles et bien soignées^ où l'on sait même tirer parti des montagnes et les faire contribuer aux besoins, à l'aisance et à la richesse des babitans.

Les terres sont en général si fortes, que, sans une culture extrêmement difficile et fatigante, elles ne produiraient que des bois , des ronces et des herbes communes. Pour en détruire la qualité trop argileuse, les cultivateurs emploient de la marne comme engrais; et ce n'est qu'à force de travaux et

2^4 ITINÉRAIHE DE l'eSPAGNE.

de dépenses, qu'on parvient à en tirer parti. On y emploie un genre de culture particulier qui est trèspénible. Les Biscaïens se servent d'un outil qu'ils appellent laya; il consiste en deux barres de fer de i5 ou 16 pouces de long, séparées à environ un demipied , formant deux branches ou angles pointus, avec un manche de bois fixé perpendiculairement à une de ses extrémités et un appui au-dessus. 11 faut au moins deux hommes pour le manier, quelquefois trois et quatre 5 cela dépend de la plus ou moins grande résistance du teiTain. Tous les travailleurs réunis se rangent à la file 5 ils fichent les deux angles pointus dans la terre 5 ils montent sur l'appui pour mieux les enfoncer; ils remuent la laya en avant , en arrière et dans tous les sens, jusqu'à ce qu'ils aient délûché une grosse molle de terre. En relevant hori25ontalement l'insirument , ils enlèvent cette motte et la jettent derrière eux, en la renversant sens dessus dessous. Us continuent ainsi dans toute l'étendue du terrain qu'ils veulent ensemencer , en suivant toujours des lignes droites. Un homme suit le sillon sur les pas des layeurs , en brise les mottes avec le hoyau, tandis qu'un autre coupe les racines grosses et profondes qui s'y trouvent. On laisse ainsi ce terrain jusqu'au temps des gelées qui achèvent de les réduire. Au printemps on passe la herse afin de briser davantage la terre et de l'égahser 5 on la retourne ensuite avec un cylindre à dents disposées en triangle •, on brise avec un maillet de bois les plus fortes parties. On fcdt alors , avec le hoyau, des trous larges , mais peu profonds , disposés en ligne droite,

PROVINCES VÂSCONGADES. 255

à deux pied» de dislance les uns des autres ; on jette quelques grains de maïs , de citrouille , de bàricols ou de pois dans chacun de ces trous; on les remplit defiunier et on lea couvre de terre. Quelques jours après que le maïs et autres commencent à se mon* trer, on bêche tout le champ à l'entour des nouvelles plantes; et, lorsque les fleurs et les épis parais-* sent, on coupe les rejetons les plus hauts, qu'on fart sécher pour les donner aux boeufs : ce qui leur fournit une nourriture excellente, qu'ils aiment beaucoup. A la fin de septemb^*e , quelquefois au commencement d'octobre, enfin lorsque le maïs est en maturité , on coupe sa tige à rase terre , et on sème aussitôt le blé, sans autre précaution que de le couvrir avec la charrue. Pendant l'hiver, on fait une au*^ tre opération nommée sallar^ c'est une espèce de labour très-léger qui se fait avec une sorte de houe longue et étroite pour rompre la croûte sur la superficie du terrain; on en fait autant dans les mois de mai ou de juin ; et alors on arrache les mauvaises herbes qui y viennent en abondance. On fait la moisson à la fin d'août. La terre en chaume sert alors de pâturage.

On laisse reposer les terres légères pendant un an; mais tous les ans on travaille celles qu'on fume ou qui sont meilleures ; on y reconunence les travaux trois mois après la coupe des blés. Il y a des terres très-délicates où l'on ne sème point les petites graines, mais du froment tout seul.

La manière de préparer et de travailler la terre varie du plus au moins dans les divers^es parties de

l'AIava et du Guipuzcoa. Dans ce dernier canton le sol est si montueux , qu'il faut ensemencer jusqu'à des coteaux d'une pente fort rapide; et on se sert aussi de Ja laya; les terres s'y eipgraissent avec de la chaux, du fumier, du sable que la mer a couvert , de matières laissées à sec par les marées ; enfin quelques lieux du Guipuzcoa produisent de la marne; et cet engrais les fertilise extrêmement.

Malgré l'industrie et les soins multipliés des agi'iculteurs , les deux pays de Biscaye et de Guipuzcoa ne produisent point, à beaucoup près, assez de blé pour leur consommation ; ils le tirent ordinairement de la Vieille-Castille ; souvent ils le font venir des pays étrangers par mer. L'Alava, qui en abonde assez ordinairement, leur en fournit aussi beaucoup.

Dans le Guipuzcoa , année commune^ la récolte du froment n'est que de 260 mille fanègues; et ce canton en consomme environ 4oo mille. La principale récolte , après le froment , est celle du mais , après celle-ci l'orge , les fèves , pois et autres légumes. Le raisin, y ayant sans cesse dégénéi'é, y est presque abandonné. Les pommiers fournissent aux babitans du très-bon cidre. D'après un recensement de l'aménagement des forêts, celui des bois communaux et particuliers, on trouva, il y a une vingtaine d'années, qu'il y existait :

Chênes roures vieux, de moyen âge el jeunes. 5,323,665

Chênes a glands doux . 23,874

Hêtres de tous âges 477i>5oa

Châtaigniers 894,685

Frênes. 5i,694

PEOVINCES VAS€QNGADES. 25?

Noyers .....;...... ^,710

Peupliers, ormeaux , aliziers. ii^oj

Le revenu de la terre , en argent , ne s'élève pas au-Klessus de deux pour cent , nbn compris les charges dû propriétaire.

La Biscaye a beaucoup de vignes 5 il y a d^excellens raisins , et on y trouve de très-bon muscat. On y mélange, sans choix, six ou sept espèces de ceps qui poussent jusqu'à quatre pieds dé hauteur 5 quelquefois ils forment des treUles élevées qui bordent les chemins et se réunissent en berceaux. Les raisins sont généralement petits j les noirs ont une certaine âpretéj les blancs ont le grain plus petit, la peau fine , et sont aigrfe-doux. On mêle tous ces raisins pour faire le vin , qui se nomme vin. chacolL On cueille le raisin avant sa maturité , vert ou mûr ; on le mêle fort indifféremment avec celui qui se trouve gdtéj il fermente peu, et on en tire une boisson rude, aigre, sans corps et désagréable* S'il était fait avec Jes précautions nécessaires, s'il avait une fermentation complète , il serait moins acre et deviendrait même pétillant comme le vin de Champagne. L'expérience le prouve : quand le raisin employé est plus mûr , et la fermentation plus soutenue 5 eilfin quand on y apporte un peu d'art , il a plus de force et un meilleur goût. On dit que les, lois du pays contribuent à empêcher une meilleure fabrication. <]e vin fait la boisson des cantons ; il est défendu de l'exporter et d'en vendre d'autre dans les cabarets jusqu'à ce qu'il soit tout consommé 5 le prix en est fixé par la police. Il s'ensuit que le propriétaire est i. ■ . 17

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assuré de vendre son vin, quelque mauvais qu'il soit : alors sa qualité lui importe peu 5 il s'attache seulement à la quantité. Celle-ci ne suffit cependant À la côn^mmation du pays que pendant quatre mois de l'année 5 on y boit ensuite le vin d© la Rioxa ou Bioja,. canton de la Yieille-Castille, qui en foiurnit chaq\ie année jusqu'à 200 mille caniaros. On fait aussi d'excellent cidre , mais pas en aussi grande quantité qu'autrefois. La Biscaye est trcs-fertile en fruits excellens : outre ses pommes , qui sont d'une bonne qualité ^ elle a beaucotip de cerises , de poires, et de cellesHci abondamment, en beurrée, bei^amotte , bon chrétien et doyenné j beaucoup de noix, de figues, dé gros^illea, de fraise^ de bois» 11 y a des marronier3 et des chÂtaigniei^, do^t les fruits se transportent en Allemagne par Hambourg. Les pêches^ de Pavie y sont très-djélicatea •, les. meilleure» sont à (jfodejuèlei

On commence à se livrer aussi à la culture du lin Qi du chanvre qu'on avait trop négligée.

Les montagnes des trois provinces sont de la pliw grande beauté et fort pittoresques. Elles saut couvercles d'arbî es, plantées de bois taiHis , à l'exception de» parties qu'on laboure et de celles qui 3ont trop élevées. Beaucoup d'arbreaet d'arbustes y viennent naturelle^ meni et sans culture; les autres sont le produit tks soins industneux^des habitans. Les premiers sont des roures , des ch^es , des grands arbousiers appelés borto, des g^oseiUers; les derniers sont des roures j^ancs, des bois taillis, de» chAlaigniers entés,, beau* coup de pommiers de différentes espèces.' Les cM-»

PROVINCES TASCONGADES. 269

taigniers sont principalement sur les pentes des mon-' tagnes et dans les Talions; les pommes de Dueango sont les phts estimées. On y trouve des touffes de tilleuls et de bruyères à grandes fleurs dans les endroits où il n'y a point de bois et où la terre a un peu de pro* fondeur, et trois ou quatre autres espèces du même genre sur les hauteurs où la terre a moins de fond. On distingue parmi ces montagnes celle de Gorveya ; «lieest très-élèvée: on ne parvient à son sommet qu'après cinq heures de mardie , on le voit alors se prolongeant, sur les c^és et Vaplatissant pour former une grande plaine couverte de beaux et excellens pâturages \ le» troupeaux de la Biscaye et de TAlava vont y passer les étés. Cette montagne est le seul endroif connu jusqu'à présent en Espagne où Ton trouve le groseiUer noir, Tulgairement connu sous le nom d^ casais.

Les montagnes du Guipuzcoa ne le cèdent point en intérêt à celles de la Biscaye propre : elles sont également belles et bien boisées; on y trouve les mêmes productions et, de plus ^beaucoup de noyers, de noisetiers , une grande variété de fruits et quan-> tité de pommes à cidre. Le reste du sel esjbun terrain de labour, où l'on récolte des légumes, du maïs, des navets, du lin•,^•etc. On entend très-bien, dans tous ces pays, la culture des arbres. Do ils le Guipuzcoa, on émonde leâ roures, comme on émonde les mù* riersdâns le royaume de Valence ; ils en produisent plus de branches propres à faire du charbon; on en £ut la coupe tous les huit ou dix ans.^

Les montagnes de l'Âlava et du Gpipuzcoa étaient

260 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

couvertes autrefois de bois fort épais et comme impénétrables 5 mais ils sont presque entièrement dégarnis. Les forges en sont la^ cause princifMJej elles s'y sont tellement mutipHées y et la consommation du bois y est actuellement si considérable, qu'ayec lé temps il deviendra très-rare.

Quelque brillante que soit l'agriculture dans la province en général , il y à cependant quelques parties où elle languit. Elle est presque nulle dans un arrondissement asse^ considérable autour de Sant- Ander ; le sol y est négligé ; on y trouve beaucoup de terrains incultes et peu d'industrie populaire; il y a même une émigration presque continuelle.

Dans FAlava, et principalement dans le territoire de Vittoria, l'agriculture y est des plus florissantes^ mais la frdicbeur de la température empêche la culture des fruits qui exigent un certain degré de chaleur pour mûrir. Enfin , on y remarque un refroidissement progressif dans l'atmosphère, qui rend tous les jours certaines cultures moins assui^es.

Fabriques et Tnanufaciures* Les trois provinces sont très-riches en mines <ïe fer; aussi leurs principales fabriques sont -elles d'ouvrages de ce' métal. .Outre la martinets, on y compte 171 forges , savoir : i5 dans le Guipuzcoa, i4i dafns la Biscaye, et i5 au-delà dé l'Alava dans le Saht-Ander. Le tout peut fournir jusqu'à 1 24,ooo quintaux de fer.

Il y a des fabriques d^ancres dans les districts d'Orrie , d'Andouin , d'Ante^ Igîe^ia . de Bégonor , jpt^ dIJserbii, à Zubiéla, Tolosa, la Sarte, Her;fâni, Vil^ labonà , Arrazubia',^ Pugolluga , Saint^bâ4tiei> et

Aïkipaero : celle-ci trayoUIe pour le compte du roi.

Ou fait des canons de fer, des boulets et dejîbon^-^ bes à Lierganes et à la Cabada pour ie compte du voî:

H y a une fabrique de fer fondu ou coulé à la Penteria. On fidt de la quincaillerie^ 4^ la serrurerie et de petits ouvrages ei^ fer à Bergara, à Adpeitia At à Helgoivar. 11 y a plusieurs fabriques de fer bat^ et d'armes blanches à Tolosa. On fait des arme3 ;à feu à Plasencia, à Heybor et à Helgoivar 5 cet objet occupe 765 ouvriers. On fait des chaudières de cuivre à Tolosa 9 à Andoain , et surtout à Balmuséda, où il y a i4 fabriques , dont une de cuivre laminé en feuilles, pour le doublage des vaisseaux.

La Biscaye a aussi des manufactures dans plusieurs autre;» genres : une de lainage à Escaray , où l'on fait des draps fins e^ demi-fins : celle-ci appartient aux <jremios de Madrid*, une de Ëiïence; une raffinerie de sucre , et quatre fabriques de bière à Sant-Ander. On fiiit à Saint-Sébastien beaucoup d'agrès pour les navires. On fiibrique de grosses toiles chez des tisserands particuliers : c'est à Arrazubia et Onate que l'on en fait le plus. Les fabriques de peaux , cuirs et courrcûeries y sont très-multipliées : il y en a une à Marzon, une à Gunpuzanoy 2 à Caslro-de-Urdiales, 4 dans les districts de San-Pedro-Deuato , San-Vicente-de-Abando, Ornadio et d'Azna , 3 dans celui d'Arrigoriaga , 4 dans celui de Begoôa, une à Salvatierra, et 5 aux environ de Saint-Sébastien. On trouve encore dans la Biscaye trois magnifiques corderies : une à Zorroza, pour le compte du roi, une autre dans la même juridiction , pour le compte de particuliers , et la troi«*

^ liCa ITINÉRAIRE DE t^ËSPAÔNE.

sièmQ pi^ la pratnenade de Bilbao , appelée Gampo- .Vokntm.

Commerce. La province de Biscaye ii*a à exporter, en productions du payis , que dû fer et des châtaignes. Elle envoie anssi à l'étranger une jpetite quantité de laines et quelques ouvrages dé ses fabriques, tels que des ancres, des armes à feu , des chaudières de cuivre, des peaux, des cuirs, des courroieries , quelques lainages et peu de draps. Son importation est considérable. Elle tire des provinces voisines la jàioitié dé son bétail, les deux tiers du vin nécessaire ;^sa consommation., et presque la moitié duUé dont ., Jelie a besoin. Elle reçoit encore du dehors l'huile de . -"poisson, la plupart des toileries , beaucoup de draps -ét^le soieries, de modes et de ciuiocailleriês, ainsi que d^'t^ijoutenes. Elle fait son commerce principale* ment par les ports de Sant-Ander, de Bilbào, du Paasage et de Saiiit-Sébastiën.

Lés Français , les Hollandais, les Anglais y portent les productions de lem' pays et de leurs colonies, et des objets de leur industrie^ ils çn exportent du fer, des ancres et des laines. Les Hamboiu^geois y chargent beaucoup de ckâiaignes.

L^ Biscaiéus font par eux-mêmes un conimerce actif assez étendu ; ils approvisionnent les côtes de la Méditerranée de ma]:chandises étrangères ; Os font même quelque commerce direct avec plusieurs ports de France, de Hollande et d'AngleteiTe. Ils ont par cette voie la faculté d'extraire a5o mille piastres i5[)i!tes pour couvrir le désavantage de la balance de leur commerce

PR<OVINC£S VASGON41ADCS. 263

Le fer est un objet impartant pour la Bisoaje ; il ea sort une g^rande quantité; cepend^mt l'avantage, en dernière analyse, n'est pas bien considérable pour les propriétaires des forges. D'après un calcul qui parait juste, cdutque forge , bien administrée, ne produit point à son propriétaire au-delà de 5oo ducats on 1,375 francrtous les ans; il y en a qui , tous frais payés, rapportent à peine 3oo ducats oji 8a5 francs.

La mine de fer de Somorostro , en Biscaye, mais dans lé territoire des Encartaciones , fournit une branche particulière au commerce et à l'industrie générale. Elle semble inépuisable et est ourerte à tout le monde : chacun y fouille et l'exploite à son gré ; diacun en tire la quantité de matière qu'il juge à propos y la vend comme il veut , et l'envoie où il juge A propos pour spn avantage. On prétend qu'on en sort 80O9OOO quintaux de minerai année c<mmiune»

Le conmi^'oe 4ibre de l'Amérique espagnole est interdit à la Biscaye ; elle l'obtienckait , si elle voulait admettre les douanes et se soumettre au paieihent des droits usités dans les ports des autres provinces de PEspagne ; mais elle est si attachée à ses privil^es, qu'elle aime mieux sùïnr cette privation.

En 1728, Philippe V avait établi une compagnie de commerce a Saint-Sébastien, connue sous les noms de Caracas et de Guipuzcoa : elle avait fait un bien infini en procurant à l'Espagne une branche .importadte de négoce qui était entre les mains des Hollandais : au heu de recevoir comme autrefois des étrangers le propre cacao de ses colonies, die le

264 iflKÉRAIRE DE l'ESPAGNE.

fot^mi^sait à toute l'Europe; et le prix en avait diminué des deux tiers. Cette compàgme a été supprimée ters la un du règne de Charles in, par rapport a une mauyaise administration et à une perte de i,5oo,ooo piastres qu'elle .fit au commencement de la guerre d^ États-Unis contre l'Angleterre. Cependant le port de Saint-Sébastien continue un commerce particulier avec la province de Caracas 5 et le cacao,. le tabac et les cuirs qu'il en reçoit font une branche assez considérable de commerce avec Tintérieur et les autres ports de l'Espagne, encore plus avec l'étranger. Les relations maritimes de toute la Biscaye sont d'autant plus faciles, que cette province a beaucoup de ports sur le golfe de Gascogne. La plupart sont petits, il est vrai, et ne peuvent recevoir que des barques ; mais il y en a quelquesuns d'assez importans. Les principaux sont ceux de Larédo, du pays des Quatre- Villes, de Bilbao, de Sant-Ander, de Léquéitio dans la Biscaye propre, de Saint-Sébastien, de Motrice , du Passage, de Fontarabie et de Déva dans le Guipuzcoa.

Le port de Larédo est grand et beau; malgré cela il ne fidt aucun commerce. Celui de Bilbao est sur la rivière d'Atisa; il est très-fréquenté. Celui de Léquéitio eist petit; il ne peut recevoir que .de petits nai^ires. Celui de Saint-Sébastien est défendu par les fortifications de la ville et un fort au son? met de la montagne de Santa-Cruz : on en a donné des détails. Le port de Motrice est dangereux , à cause d'un ro-. cher appelé 2Hco, qui est placé à son entrée, que

PROVINCES VASigfONGAD^S. 265

la mer cache dans son flux et laisse À découvert après.

Le port du Passage est défendu par deux forts placés de chaque cdtéj il a un chantier de construction pour des vaisseaux assez considérables* Celui de Fontarahie ne peut servir que pour de petits navires j il a aussi l'inconvénient de rester à sec lorsque la mer se retire. Enfin le port de Déva est sur la rivière de ce nom^ il est peu sûr, à cause d'une barre que la rivière forme à son embouchure.

Chemina et aubei^s. Les chemins furent autrefois impraticables dans les trois provinces; ils étaient tortueux , étroits , quelquefois à peine tracés, le plus souvent sur le roc Ou le marbf e ; ils couraient fréquemment le long des précipices , sur les flancs ou les arêtes des montagnes escarpées qu'on gravissait comme on pouvait. Les voyageurs y étaient exposés à des dangers qui se rehoitvelaient sans cesse; et souvent à peine un mulet pouvait y passer. Les admi-^ nistrations particulières de chacune de ces contrées ont porté leurs vues sur un objet aussi intéressant. Ils ont Eût respectivement ouvrir, aux frais de leurs cantons , des routes et chemins de la plus grande beauté. Il en a déjà été parlé. Quant aux auberges , les poaadas et les ^e^ntoa, soit isc^ées y soit dans les bourgades et villages des trois cantons , elles ressemblent à celles de la plua grande partie de l'Espagne : on y est mal, et quelquefois on n'y trouve rien à manger; il n'en est peut-êti^e pas une où l'on trouve des vitres aux croisées. Dans les villes im peu considérables, il y en a d'assez bonnes; celles de BUbao sont

266 ITINÉRAIRE DE l'éSPAGNE.

le meilleures. La route qui conduit des frontières de France à Madrid , en trayersant le Guipuzcoa'et l*Alaya, en a presque partout d'assez passables.

Histoire naturelle. Ainsi qu'il a été dit, les mines de fer sont très-abondantes sur les montagnes des trois provinces yascongades, surtout celles du Guipuzcoa et de la Biscaye propre. Elles sont presque toutes eu -couches, en blocs ou en filons. Les prln- .cipales soht A une lieue de Mondragon et près de Hernani dans le Guipuzcoa , aux environs de BUibao, et a Somorostro dans la Biscaye. La mine de Mondragon est de fer yernissé , appelé fer gelé par les mineurs. Celle de Somorostro forme une couché interrompue depuis 3 jusqu'à \o pieds d'épaisseur; elle est couverte d'une couche de roches calcaires blanchâtres , dont l'épaisseur varie depuis 2 pieds jusqu'à 6^ elle ne contient ni sou&e ni acides. Le fer en est trè^facile à fondre; il est un des plu)s malléables de l'Europe.

Parmi celles des environs de Bilbao, il y en a où l'on découvre le fer sur la surface de la terre. Une vaste colline, située à environ une demi4ieire de cette ville , est un bloc énorme de mine de fer , chargée d'acide vitriolique. Un grand rocher placé vis-à-vis de cette colline , de l'autre côté de la rivière , est de la même nature ; il donne une grande quantité de vitriol jaune-clair. La plupart de ces mines de fer sont remplies d^hématites^ qui sont enchâssées dans les concavités des filons; elles sont de diverses figures et de différens volumes. Quelqueà-unes sont creuses,

PROVINCES YASCONGAD^. 267

jaunes^ou ronges en dedans , et oc^tiernient des petits cristaux; leurs grains ou boutons intérieurs ont la forme d'étoiles y lorsqu'on les casse.

Uya une mine de cuiY]:e près de Salratierra dans l'AIata y et des coquillages fossiles p*ès de Salinas dans le Gutpuzcoa $ ceux-ci se trouvent sur une montagne à la suite d'une plaine ; ils sont dans une espèce de marbre bleu veiné de spath et pyriteux dans l'intérieur. On trouve un autre marbre veiné de spath à Oyarzun en Guipuzcoa. Les environs du village de Salinas d'Âgnana renferment une source d'eau salée dont on tire du sel par Tébullitiofi et par Févaporation ; ces salines sont fécondes ; on en obtient tous les 4ins 60 mille fanègues de sel; et on pourrait en fiibrîquer dix fois plus sans crainte d'épuiser l'eau qui provient d'im lac salé ^tué au sud du village.

Les trois cantons de la Biscaye renferment beaucoup d'eaux minérales , les unes froides , les autres thermales.

Les eaux minérales froides de l'Âlava sont près de la Venta de Bombil-^ch , dans la juridiction d'Âramayoana; à Villaréal, près du moulin de Golco- Erroto, à deux lieues d'Aramayona; à Urribari, hameau 9 à demi-lieue du même village. Celles de la Biscaji!^ propre se trouvent dans le territoire de Berriatua^ hameau , à une heue de la Puebla de Aulestia; ' à la Thelleria, à un quart de lieue de la même Puebla; dans la Merindade d'Arratia; dans le Barrio de Mendioldua du hameau d'Artenga , près de la petite ville de Léquéitia. Celles du Guipuzcoa sont près de Vergaraé Les sources de VîUaréal , d'Airibari , de

268 ITINÉRAIIIE DE l'eSPAGNE.

Berriatua , de Léquéitia , d'Arratia , d'Arteaga et de la Puebla de Aulestia, passent pour être martiales.

Les eaux thermales de PAkva sont à Ceanuti , à Urribari , à Berriatua , aux. environs d'Armentia 5 celles du Guipùzcoa se trouvent près de Mondragon, entre Essorinza et Arechavaleta , près d'Ascoytia, près d'Àtacen. Elles passent toutes pour être sulfureuses. On prend des bains à Ceanmi. Aucune de ces eaux minérales n'a jamais été soumise à Fanalyse -, aucune n'est ni bien cohnue , ni en réputation , ni bien fréquentée.

Entre Bilbap et Ordufia, et près du village de Llodio 9 est un puits naturel^ en carré long de douze pieds sur quatre et demi; un de ses côtés est de roc vif 5 et les trois autres sont de glaise mêlée de cailloux; sa profondeur est inconnue. Aux heures du flux de la mer, qui en est éloignée d'environ sept lieues, Feau s'élève aussi progressivement jusqu'à près de deux pieds au-dessus de son niveau^ ordinaire , et décroît avec proportion lors du reflux. Ce puits , en outre de la cime périodique, en éprouve une subite dans le cas de tempête ; et elle est beaucoup plus forte. Cette eau est froide et saumâtre dans son état ordinaire , et devient très-bourbeuse lors de ses crues ; alors, qudiqu'ayant traversé le chemin en formant un iiiisseau, l'eau se trouve chaude et savonneuse. Beaucoup de personnes regardent cet effièt si simple , qui résulte des conduits souterrains , comme un grand phénomène.

Étai dea sciences et des arts. Les trois provinces n'ont aucun établissement propre à généraliser les

PROVINCES VASCONGABES. . 269

sciences et les arts ; ils ont des classes , où Pon apprend les élémem de la langue latine , et quelques écoles, destinées dans les couvens à enseigner la philosophie et la théologie aux religieux de^ différens ordres, et où l'on a aussi admis quelques laïques. Une société d'encouragement, établie en 17 55, a fondé à ses frais une école patriotique à Vergara , dan^ le Gu;-puzcoa, destinée à l'éducation de la jeunesse : on y a réuni divers genres d'instruction. Cette société a consolidé l'établissement par des réglemens sages et bien entendus; rùlilité qui eu résulte mérite quelques détails.

Les élèves, de sept en sept, ont un domestique qui est chargé de les servir et de les soignei*. Seize maîtres leur ense^nent la lecture, l'écriture, l'arithmétique, les langues latine et castillane, les humanités, la rhétorique, la géographie, les mathématiques, ïa physique , l'histoire naturelle , la chimie , les langues française et anglaise ^ le dessin , la musique et la danse. Tous ces maîtres sont aux frais de la société. L'établissement est dirigé par des commissaires , qui sont renouvelés tous les quatre mois, et dont un réside toujours dans ce collège. Les élèves subissent un examen pubUc et sjlennel tous les quatre mois en présence des commissaires. On y fait une distribution de prix, c'est-à-dire de marques extérieuries de distinction propres à soutenir l'émulation. Il se fait tous les anis, au mois de septembre, un examen général et public de tous les élèves , en présence de la société.

On a établi depuis quelque temps des écoles pu-

270 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

bliques de dessin à Vittoria, à Bilbaô, à Sant-Ander, et des écoles de pilotage A Bilbao, à Saînt-Sébastien et à Sant-Ânder.

Il est sorti de la Biscaye propre et de PAlava quatre homined qui se sont distingués par leurs lumières. On a fléjà eu occasion de les faire connaître dans la description de ces cantons.

Caractère f mœurs, usages, habillejneni et lan-^ gue. ^Une opinion assez reçue donne une origine commune aux Biscaïens et aux Irlanda^. Quelques historiens assurent qu'environ 200 ans avant Tère chrétienne, une colonie sortit de la Biscaye et fit voile vers l'Hibernie, (l'Irlande moderne) qu'elle y descendit, s'en empara et s'y établit. Cependant une tradition , soutenue long-temps en Ecosse , et assez accréditée de nos jours en Angleterre , fait descendre les Irlandais des Calédoniens. Il est aisé d'accor^ der les deux opinions. Les Calédoniens peuvent avoir très-anciennement soumis ou peuplé l'Irlande, et les Biscaïens s'y être établis postérieiu'ement.

Les Biscaïens se regardent comme les descendans des anciens Cantabres, de ces peuples agrestes^ fiers , braves, intrépides y passionnés pour l'indépendance^ qui sacrifiaient leurs vies , celles de leurs femmes et de leurs enfans à leur amour pour la Hberté , qui résistèrent long-temps aux forces de la république de Rome , battireat ses armées, furent subjugués sans être domptés,*, enfin de ces peuples de l'Espagne qui obéirent les derniers à ses dififéiens vainqueurs.

L'histoire dépeint ces Cantabres comme des gens

PROVINCES VASGONGAI>ES. 27 l

agiles, robustes, ayant un génie féroce et des coutumes extraordinaires , ne connaissant point Pai*gent, dotant les femmes qu'ils épousaient , remjdis de constance et de fermeté, se roidissant contre les ohsta-* clés, affirontant toute espèce de dangers, supportant aisément les fatigues et les travaux.

On repr&ente aujomxThui les Biscaïens modernes comme conservait encore des restes bien marqués du caractère de lernrs ancêtres , mais beaucoup adou** cis par la civilisation. Ils sont également robustes et vigoureux', braveia et agiles. Très-légers à la course^ ils grimpent sur les moatagnes avec la plus grande facilité. On leur fa'ouve un fond de fierté, de hauteur et d'iiklépendance ; on les dit très*prévènus en leur fiiveur, entêtés , opiniâtres, faciles à s'emporter et fort irritables.

Ces défauts sont compensés par plusieurs bonnes qualités : ils sont généralement laborieux , indps^ trieux , actifs , adrpits , appliqués , fidèles à leiur. parole, humains, hospitaliers, nobles dans leurs pro^ cédés , gais , vifs et sociables* ^1

Les habitails de l'Alavs^ dont tous hvi^és à/ Pagricolture^ ceux de la Biscaye et du Guipuzcoa sont autant conunerçans qu'agricoles : ils passent pour être le» meilleurs marins de l'Espagne. On a vu plus haut k«r entreprise sur l'Irlande , dans des temps reculés: ils se servaient aU)rs de bateaux faits d'un tronc d'arbre creusé et couvert de cuirs ^ c'est avec une flotte ainsi composée qu'ils firent^ ditH>a, )a conquête de ce pays : ce qui n'est guère vraisemblable. Depuis cette époque , ils portèrent^lèur commerce

272 ITINÉRAIRE BE l'eSPAGNE.

dans des contrées plus éloignées; ils avaient, à la fin du xiy" siècle , des établissemens et nn consul à Âzuph ( Azow)> à Tembouchure du Tanaïs, aux confins de l'Europe et de FAsie.

Les habitans de la province de Biscaye sont communément d'une taillé ordinaire : ils ont le teint frais y le visage animé, vif et riant, la j^hysionomie ouverte. Ds parviennent à une longue vieillesse. La vie tranquille et saine qu'ils mènent y contribue beaucoup. Leur bonheur domestique est encore fondé sur une base solide : les vertus sociales; les femmes y paraissent bonnes, fidèles et attentives aux soins du ménage ; les enfans soumis et respectueux. Leurs idées ne vont guère au-delà du cercle étroit de leurs devoirs, de même que leur vue ne s'étend pas plus loin que l'enceinte de leiu's montagnes : ils ont peut-être raison de ne chercher à sortir ni de l'un ni de l'autre.

, Les Biscaïens ne passent point pour avoir la sobriété des Espagnols: on dit d'eux qu'ils consomment le produit de leur vin en vins étrangers ; ils mangent et boivent beaucoup , mais ils s'enivrent rarement. L'idée de la noblesse acquise à tous lés naturels de la Biscaye influe singulièrement sur le Caractère des peuples de ses trois cantons : elle entretient chez eux un principe de dignité qui, dans les fonctions même les plus basses, leur donne de la fierté dans le main-* tien et de l'élévation dans l'âme.

Les femmes des anciens Cantabres étaient aussi courageuses que leurs maris ; elles ne portaient point les ai'mes , elles ne combattaient point , mais eUes

PaOYINCES YASCONOA1>ES. l73

servaient letUB époux dam les combats; elles soutenaient leur courage, et provoquaient leur vengeailce. Animées par une fierté héroïque, elles voulaient être libres^ et, éloignant toute idée contraire^ préféraient la mort â.la servitude. Elles sacrifiaient à leur indépendance ce qu'elles avaient de plus cher. Toujours armées d'un pô^aard, on les vit souvent, pendant les guerres des Romains contre les Gantabres , le plonger dans le sein des enfans qu'dles nourrissaient , au moment où ils allaient tomber au pouvoir de leurs ennemis^ préférant la douleur de les perdre à. celle de les voir dans l'esclavage^ Les Biscaïennes d'aujourd'hui sont encore fières , courageuses^, décidées; peut-être développeraientelles la même énergie si l'occasion s'en préâentaitk Leurs traits sont en général réguhers; leur teint frais, brun^ mais .coloré, annonce la vigueur et la santé; une contenance hardie, l'œil ^vif , le regard et le maintien assurés > un certain air impérieux^ caractérisent en elles le sentiment d'indépendance qui a dominé dans cette) province. *

Les femmes Gantabres portaient les fardeaux les plus lourds ; elles cultivaient les campagnes , labouraient les champs et ne négligeaient aucune espèce de travaux; elles se levaient aussitôt après être accouchées j et servaient leurs maris , qui se mettaient au Ut à leur place, usage qui fut aussi commun aux habitans de la Navarre > et dont il est impossible de rendre raison.

Les Biscaïennes modernes n'ont ^int dégénéré : elles travaillent aux champs comme le% hommes et I. l8.

274 ITINÉAAIRE DE l'BSPAGIIB.

ayeo plu» d'adsidtnté ; on les voit plus occupées que les hommes dans les ports de mer r cUes conduisent des bateaux et font aussi le métier de portefaix. C'est à Bilbao smrtout que Ton peut en jug^ ^ là y sans bas, sans souliers , ayec un jupon court , les bras découverts jusqu'aux épaules , elles laissent aperceroir des muscles vigoureux; et les fardeaux les plus pesans ne les intimident point ^ il &ut souyent le secours de deux hommes robustes pour les charger; et, tandis que l'étrange s'efi&aie, elles courent sous ce fardeau ayec fmnlité , comme si eUes ne portaient rien. Après avoir ainsi travaillé toute la journée , ces mêmes femmes ne donnent le soir aucun signe de faftigue; souvent elles reviennent chez elles en se tenant plusieurs par la mmn et dansant au bruit du tambourin. Quelquefois on les voit travailler sur les pentes des montagnes , gravir tout d'un coup des rochers escarpés, les parcourir^ et en descendre avec une hardiesse incroyable.

Les anciennes Gantalnres avaient des visages mâles; elles portaient stir leurs tètes des coiffures jaunes ou rouges , tournées en forme de turban , dont l'usage s'est conservé en Biscaye jusqu'au xvi^' siècle^ Les Biscaïennes modernes ont de très-beaux dieteux ; elles les tressent en les^ ornant de rubans de couleur; et en général elles regardent la longueur de leurs tresses comme, le plus bel om^nent qui puisse les parer. L'habillement des femmes du peuple et dans les campagnes est une Aoyeto, jupon de calmande, avec deê. raies de cotdeurs différentes, une sorte de corset, ou jiistaucorps ; leur chaussVire se nomme

PAOVINCES TASCO>îGADES. 278

ctbfircaê: ce 9ùDit des sandales en cuir. Les hommes ' ont une culotte de toile ou de drap blanchâtre y un bonnet de drap^ dont la f<M*me varie de peuplade en peuplade; une espèce de gilet de couleur rouge, large > court et ouvert, une capotte de drap, et des €ibarcas en cuir* Les femmes mariées portent sur la tète un mouchoir de toile façonnée, ou de mousseline , qu'elles nouait sur le haut, et dont elles laissent retomber les pointes par derrière.

Les habitans des yiUes ont le même habillement que le reste de l'Espagne \ et chacun adopte les formes et les couleurs qui lui conyiennent le mieux. Dans les cérémonies , aux assemblées d'administration^ etc., xssol parait en habit à la française de drap noir, bas de soie, et chapeau k trois cornes.

La gaité règne depuis une extrémité des trois provinces jusqu'âr l'autre : on n'y connaît aucun usage ou divertissement particulier. Les Guipuzcoans préftrent Ijbs jeux qui exigent de l'adresse et de la vigueur : la paume est un de leurs exercices favoris ; les femnàes y excellent et rivalisent à cet égard avec les plua adroits. Us aiment passionnément la joute des jeunes taureaux; et chaque village ne néglige jamais de célébrer la fête de son patron par des noidllos, où acconrent les habitans des heux voisins. Les Guipuzcoairis aiment aussi beaucoup la danse ; celle qui leur est particulière se nomme xorcicoè. Les mouvemens , les pas en sont très^vifi, précipités, pleins de vigueur et d'agihté, mais sans attitudes. Ils les exécutent au son d'une petite flûte à trois trous et d'un tambourin assez long. Le même homme tient de la main gauche

27G ITINÉRAIRE DE l'eSPAGN^.

la flûte (galoubet de Béarn ) dont il joue 5 et il frappe avec une baguette qu'il tient de la main droite sur le tambourin suspendu à son bras gauche.

La musique et l'apparence de la gaité président autei à l'enterrement des enfans. Lorsque ceux-ci meurent avant l'âge de raison, ils sont portés à découvert au lieu de la sépulture , revêtus d'habits blancs ) et la tète ornée d'une couronne de roses blanches ; des musiciens précèdent le cortège ^ un enfant de choeur porte la croix ; le cortège en tumulte décèle sa joie comme pour attester la féhcité de l'innocence. La mère surmonte sa douleur , en ofi&ant au ciel sa résignation. Quelque peine que puisse éprouver le Biscaïen, sa foi le rend impassible^ et il prononce tranquillement rZJio^ lo guère. Dieu le veut.

On parle le castillan dans les trois provinces > mais cette langue y est altérée par un mélange de basque et de français, La Biscaye conserve encore sa langue particulière , la mêmç qu'on y parlait sous les Romains , et qui était vraisemblablement alors commune aux autres provinces de l'Espagne, au rapport de SU'abon , de Sénèque et de Pomponius-Mela : ; c'est la langue basque , qui ne ressemble en rien du tout à la langue espagnole moderne, qui passe pour être aussi ancienne que le pays , et qui n'a de rapport avec aucune kngue connue. E31e s'est conservée presque sans corruption et sans altération , surtout parmi ceux qui habitent sur les parties les plus élevées des montagnes. Elle parait dure et grossière à ceux qui ne l'entendent point ; mais elle est douce, élégante et expressive pour ceux qui en ont l'usage.

Une preuve remarquable de l'antiquité de cette langue se trouve dans l'examen même de ses différens mots. On y trouve y par exemple , Fétymologie de la plus grande partie des villes, pays et fleuves de l'Espagne.

Cela prouverait évidemment qu'elle fut l'ancien idiome des Espagnols ou du moins des Celtibériens, et qu'elle donna ces noms d'après le sens qu'on y attachait, etdoçt la signification ne se retrouve nulle part ailleurs. Nous e(i- citerons quelques exemples. La plupart des noms des villes, et provinces se termi^ nent en bria, uria, erria et brija^ tels que Cantabria , Beturia , Celtiberria, Segobrija : ces terminaisons, qui n'existent guère qu'en Espagne, viennent des mots bria et uria, ville eu biscaïen, erria, terre , poy^ » 6t Brija , le même que Bria , avec une aspiration plus marquée. Il en est d'autres, tels que Un Andia, Calacuria, Gracuria, Aeturia , IIlurce, /Z/w/t?o. (!les remarque» s'appliquent plas particulièrement encore à la signification des noms des villes relativement à leur situation. Ainsi, par exemple, Hiiberi on Irriberi^ ville ancienne près Grenade, veut dire en biscaïen f<illèneupe$ Tiiriacoj ancien nom de la ville de Tarraaaona, signifie abondance de fontaines ; et en effet cette ville est fameuse par les propriétés de ses eaux, qui sery^ent anciennement au travail du fer t elle est arrosée par le Queïlia ou Chalybea, dont nous avons parlé; ///ipula, ville située sur une pointe; lllurce, ville à côté de l'eau. Parmi lesileuves l^s plus considérables chez les Geltibères était l'Èbre , qui veut dire en biscaïen

278 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

grand fleuve; des mots Ibai, fleuve, et Ero ou Erua , yiolent; mais ce ne sont ici qve des preuves matérielles.

Un argument plus philosophique et plus intéressant est Pexamen des principales expressions de cette kngiie.qui, ne provenant d'aucun usage oucroyaigiee, sont toutes prises des images de la nature et deFobservation que ces peuples avaient faite de sa m^die. La lune, par exemple, leur avait donpé la longueur des mois , qu'ils divisaient en lune qui monte , Ilgo^ fia, et lune qui descend, Ilberia. La même observation sur le soleil les avait conduits à diviser Tannée en deux parties , été et hiver , suivant les solstices et suivant Taugmentation ou la diminution de la durée des jours. Us difiBsraient en cela des peuples anSens, dont la plupart fusaient commencer l'année, soit en mars à la reproduction, soit en septembre à la récolte. Ils crurent avec raison que la végétation agissait plusieurs mois avant le printemps, puisque le germe se développe long-temps avant de paraître à la superficie de la terre ; et ils commencèrent l'ant^ée le 2j. décembre par le premier quartier du soleil. Ils appelaient ces trois premiers mois le premier été, unda harija;- le second quartier allait jusqu'au 21 juin, et s'appelait barijaéti; et comme arrivés à ce terme les jours commencent à décroître, et la nature à prendre une marche neuve, mûre et rétrograde, ils appellent les trois mois suivant hiver, et enfin les trois derniers mois dernier Jdver. La même sagesse se trouve dans les nœns des mois, suivant leurs différentes propriétés. Dans aucune

PROYIIfCES YASGONGÂDES. 279

des dénominations y on ne trouve ni tradition d'autres peuples , ni attribution à aucune diyinité. Toutes conservent encore leurs significations primitires , . et rappellent les premières pensées qui durtjnt les faire naître. La lune I Larguia veut dire littéralement lumière qui ndent à manquer ; le soleil Eguzgia, chose du jour ou propre, au jour. Le jour, Eguna, signifie dans sa composition temps de ractipité, de Eguirifjaire, agir; Dieu, Jaungoicoa, seigneur d^ en haut : la mort ^Eriotza, la maladie froide. On peut consulter, sur la langue primitive des provinces vascongades, deux ouvrages du pays même: l'un par M. Âstarioa, l'autre par M. de Erro y Aspirroz.

yyyi»y<n/m»%wv*m»^ »/*nni^iy*^ti*i%niy»nni%%/*i^fmni*nivvv*Mnivmi%i¥yvvv^/»nniv»^^ •

OBSERVATIONS JGÉNÉRALES.

Aux trois provinces réunies sous un nom commun , et dont il vient d'être question , doit succéder, pour décrire la Péninsule dans un ordre circulaire, le petit royaume de Navarre, situé au nord de l'Espagne, et séparé de la Navarre française par les Pyrénées ; sa forme est à peu près celle d'un carré irrégulier, dçnt les angles du isud et du nord sont un peu prolongés, et distant de zS lieues , tandis qi|e de l'est à l'ouest on n'en compte guère que 23. Sa longueur moyenne est de 1 8 lieues de l'est à l'ou^st^yet sa largeur, aussi moyenne, de i4 dusûd au nord. Enfin, elle confine à l'est et au suà avec l'Aragon, au sud-ouest avec la Vieille-CastiHe, au nord-ouest avec les provinces Vascongades, àU nord avec la France.

C'est un p5ry3 de montagnes rudes, escarpées, olitri^Kuêlées de vallées, et de quelques petites plaines qui sont très-fertiles* Ces montagnes^ Sont la partie des Pyrénées qui forme la

ROYAUME DE NAVARAE. 28 1

pointe occidentale de la chaîne proprement dite; elles sont très-^levées et prennent differens noms. Les plus importantes de ses yallées sont celles ^e Roncevaiu, de Lescun, de Bast^ et de Roncal. Cette demièi% est au milieu des Pyrénées, et se trouve par consé<}uent entourée, de tout côté , de hautes montagues escarpées ; elle a su se conserver une administration particulière qui exclut toute inégalité parmi ses habitans, lesquels prétendent à une noblesse acquise d'origine , ainsi que ceux de la vallée de Bastan, qui confine au pays de Labour ; celle-ci a 10 lieues de long sur 5 de large^ elle contient i4 villages; Elizonda en est le chef-lieu.

La Navarre est arrosée au sud par TÈbre, fleuve qui limite' une partie de ses frontières méridionales. On y compte en outre sept petites rivières : le Queiles, TAragdn, l'Irati, W Gdacos, l'Arga, l'Ega et FAlhama. La Bidassoa, qui sépare la France de l'Espagne vers son embouchure, prend aussi sa source dans cette province. Elle a 2 évêchés, l'un à Pampelune, et l'autre à Tudéla; 2 chapitres de cathédrale, 5 chapitres de collégiale, 753 paroisses , 70 maisons religieuses ,12 hôpitaux , 2 hospices , un grand gouvernement militaire , administré par un vice-roi ; un gouvernement militaire particulier , un conseil royal , une chambre des comptes , une université , 4 co^"-

2$2 ITI]»ÉRAIRE JD£ l'e^PAGNE.

léges pour l'éducation de la jeunesse^ 9 cités, ï54 villes, et 638 villages.

Dans le v* siècle , la Navarre était encore li* bre di| joug que les Alains , les Suèves et les Vandales faisaient pese# sur les Gistilles , la Galice, les Asturies et les Andalousies. Ce ne fut que vers 470 ou 47^-) qu'Euric ou Évaric, roi goth y et le premier qui ait donné aux Goths d'Espagne des lois écrites , s'empara de la ville de Pampelune et des contrées environ* nantes, dont les habitans étaient déjà catfaoli*^ ques romains. Les Goths , qui étaient ariens , se montrèrent d'abord tolérans; mais ^ les dissensions religieuses ayant produit entre les conquérans et le peuple conquis des disputes violentes, ils exercèrent plus tard, pour y mettre fin, un despotisme inouï. Il était question de feire admettre les doctrines d'un conciliabule dé Tolède , tenu en 679 ; et des flots de sang durent couler, au nom du Dieu de paix. Dès lors en proie aux plus épouvantables Yexations de la part des Goths , les peuples de la Navarre et des pays voisins , attachés à leur foi, voulurent la défendre, et se soulevèrent, en &81 , contre Leudivigilde. Ce prince barbare, qui avait lui-même fait périr son fils St.-Herménégilde , pour avoir professé /la foi catholique , les soumit par la terreur : il brûla Vittoria , dans la province d'Alava , et quel-

ROTAUMB BE KAYÂRÏl{:. 283

ques auti'es villes. Tous les peuples connus alors sous le nom de Yascones se décidèrent à abandonner une patrie qui n'ofiSrait que yioiences et persécutions : ils franchirent les Py* rénées , et s'arrêtèrent dans le pays qui s'étend depuis le pied de ces montagnes jusqu'aux ri- Ves de la Garonne.) et qui prit^ de ses nouveaux colons , le nom de Vascogne ou Gascogne.

Le pays de Navarre fut, par la suite, comme le reste de l'Espagne, occupé par les Maures ^ jusqu'en 806 , qu'ils furent chassés par Xipuis , roi d'Aquitaine, fils de Charlemagne ', qui prit Pampelune et fit plusieurs conquêtes de ce coté de r£spagne. La Navarre se trouva , dès cette époque , sous la protection de l'empire français ; mais , en 832 , Aznar, maltraité par Pépin , roi d'Aquitaine , un des fils de l'empereur Louis^Ie-Débonnaire, profitant des étran*^ ges démêlés de cet empereur avec ses enfans , se forma un parti dans la Navarre y s'en empara y et s'en fit déclarer comte; son petite fils prit , dit*on , le titre de roi. Après sa mort, un comte de Bigorre , ayant secouru la Navarre contre quelques nouvelles invasion^ des Sarrasins , devint le fondateur d'une monarchie qui s'est soutenue dans sa maison pendant

' Il y a des auteurs qui pcëlendent que Ghaiiemagae a fait aussi îa conquête de Patnpelune dès Tan 778.

234 ITINÉRAIRE DE l' ESPAGNE.

5oo ans. Cette même maison a ddimé des i^ois à la Castille , tandis que ^ par lei droit naturel , les femmes transmirent le trône de la Nayarre dans les maisons de France , d'Évreux et de Champagne. Au xv* siècle , Jean ii , roi de TAragon, épousa Blanche ^ héritière de la couronne de Navaxre ; et Léonora , leur fille , la reporta à la maison de Bigorre , par son mariage avec Gaston iv, comte de Foix et de Bigori*e. François Phœbus ^ son petit-fils ^ lui succgia en l479 ? ^^ mourut en 1493, laissant ce royaume à sa sœur Catherine de Navarre , âgée de 14 ans, qui fit ensuite passer la couronne dans la maison d'Albret, en i494) ayant épousé Jean ih, fils d'Alain, sire d'Albret. £n 1^12 , ce roi fut excommunié par le pape Jules II , qui jeta l'interdit sur son royaume , à la sollicitation de Ferdinand y ^ dît le Catholique , qui s'en voulait prévaloir contre la France , et qui en effet finit par enlever la partie la plus considérable de la Navarre , située au-delà des Pyrénées , et que l'Espagne possède encore. C'est de cette époque seulement que le royaume de Navarre fut démembré. Alors ses souverains légitimes furent réduits à la partie située en-deçà de ces montagnes^ nommée Basse-Navarre , et ^i fut réunie à la couronne de France par Henri i v, dont le père, Antoine de Bourbon^ avait épousé Jeanne

ROYAUME DE NAYAIIRE* 285

d'AJbret, petite-fille et héritière de la reine Catherine.) et femme d'un graud caractère*.

La partie du royaume soumise aux rois d'Espagne n'en conserva pas moins Fanciénne forme de son gouvernement et sa constitution : elle est administrée par un vice-roi. Ses tribunaux, dans leur composition , leurs attributions et leur jurisprudence , difierent absolument de ceux de l'Espagne. Régie par ses anciennes lois civiles et criminelles , elle a aussi conservé ses États particuliers, composés des trois ordres, du clergé et de la noblesse et des députations des villes. Elle conserve encore, ses anciennes monnaies , savoir :

Le comado ( demi-maravédis , ou ^/g de dSnier tournois).

Uochapo (ou deux maravédis , ou 3 deniers Via tour « nois)

Le gros (ou six maravédis , ou lo deniers Via tournois)

La tarja (ou huit maravédis , ou i sou à deniers tournois).

Ainsi , 4 tarjas et '/^ valent i réal de veillon ( ou 5 sous tournois).

La Navarre conserve aussi le privilège de recevoir la plupart des marchandises étrangères sans visite ni droits : elles ne sont assujéties aux douanes que lorsqu'elles sortent de la Navarre pour entrer dans la Vieille-Castille j le premier bureau est à Agreda.

^6 ITINÉRAIRE Dfi l'eSPAGNE.

La Navarre fut partagée en 5 comtés par Lpuis , roi d'Aquitaine ; cette division y subsiste encore sous le nom de Mérindades, dont les chefs^fieux sont Pampelune , capitale , Estella, Tudéla, Sanguésa et Olita.

Rouie depuis les frontières de la France par BATomiE ■ jusqu'à Pampeluiix, 7 lieues.

Hcues.

La Bidassoa , rivière qui fait la séparation

de la France et de l'Espagne.

Une Chartreuse.

Maya, TÎUage.

Elizonda, village.

Venta de Bëlate , 3 Va

Une petite rivière.

Pampelune , ville , 3 '/^

Total, 7

La rivière de Bidassoa , liinîte de la France avec riÇspagne , donna lieu autrefois à beaucoup de contestations entre les souverains de ces deux royaumes : chacun voulait en être le propriétaire. Un traité entre Louis xii et Ferdinand V termina ces difTérens 3 il fut stipulé que cette rivière serait commune aux deux monarques ^ et qu'ils en percevraient paiement les droits : le roi de France , suV ce qui pas-

' De Bayonne k Pânipelune on compte 17 lieues g^graphîques.

serait d'Espagne dans son royaume ^ et le roi d'Espagne sur ce qui passerait de France dans ses États. Cette rivière devint célèbre , dans le rvn* siècle , par les conférences qui y furent tenues entre les deux ministres de France et d'Espagne, Mazarin et don Louis dé Haro, qui y conclurent le fameux traité des Pyrénées , pour rendre la paix aux deux royaumes , en 1659; ^^ P^^ l'entrevue des deux monarques, lorsque le mariage.de Louis xiv avec l'infante Anne d'Autriche fut décidé. Ces conférences se tinrent dans une sorte d'îlot qui n'a pas 5d pas de large sur 100 de longueur, tet qui rétrécit le cours de la rivière un peu au-dessous du pont. Cet attérissement alluvial de vase , couvert de quelques roseaux et toujours inhabité, était alors connu sous le nom de VUe des Faisan»; il a retenu depuis celui d'/fe de la Conférence.

Après avoir passé la Bidassoa , on trouve un monastère de chartreux , situé au pied d'une haute montagne de rochers d'ardoise et de quartz. Peu après on traverse le village de Maya, bâti au pied de la même montagne; c'est la première peuplade d'Espagne. On entre ensuite dans la vallée de Bastan ou Vastan , dans laquelle est situé le village de d'Elizonda , qu'on traverse. Cette vallée est fertile en maïs, navets, etc. Elle conduit au pied d'une haute

288 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNB.

montagne calcaire, couverte d'arbres et d'arbustes ; on la gravit jusqu'à son sommet par un chemin tortueux et difficile, un peu audessous duquel on trouve la Venta de Bélate, très^mauvaise auberge qui peut à peine procurer uû asile contre le mauvais temps ; mais il n'y en a point d'autre. On descend la même montagne par une pente douce ; et on parvient dans un vallon formé de coteaux peu, élevés , composés de terre et de pierre calcaire , semés en grains et plantés de vignes. On y rencontre d'abord un beau bois de chênes , qu'on traverse , pour parcourir encore le vallon , en côtoyant une petite rivière ; on passe dans une plaine circulaire de peu d'étendue y bordée de coteaux détachés, et qui termine ce vallon. Alors on aperçoit la^ ville de Pampeluj^e ^ où l'on arrive quelque temps après.

Pampelune , en espagnol Pampelona, capitale de la Navarre , est assez grande, et se trouve située en partie sur une petite éminence , et en partie dans une plaine ftrtile , sur les bords de TArga, qui baigne une portion de ses murs. Des montagnes élevées l'entourent de tous les côtés à 2 et 3 lieues de distance. . On prétend qu'elle fut bâtie par Pompée, après la défaite de Sertorîus , d'où elle avait pris le nom de Pompeiopolis.

C'est une place de guerre ; ses fortifications

ROYAUME DE ^TAVARRË. 289

ne sont pas cependant bien considérables ; mais elle est défendue par deux châteaux , dont l'un est dans la ville ; l'autre lui est contigu , quoique hors de l'enceinte cfe ses murs. Ce dernier , qui est la citadelle , fut bâti par Philippe 11; il est fort par sa situation sur le roc; il a cinq bastions revêtus de pierres et de bons fossés ; un marais profond , d'une étendue consiflérable , en rend les approches difficiles vers le côté par où l'on pourrait l'attaquer. Cette citadelle a une belle tour^ plusieurs magasins , une place ornée d'arbres et une place d'armes au centre même de la forteresse ; celle-ci est ronde et s'ouvre par cinq grandes rues directes qui conduisent aux cinq bastions. On y conserve un moulin à bras dont la structure est assez ingénieuse , et qui serait très-utile en cas de siège : c'est une grande machine composée de plusieurs rouages qui font tourner cinq meules avec autant de trémies ; on peut y moudre 120 charges , ou 36o quintaux de blé tous les jours ; on le tourne à bras , ou on le fait aller avec des chevaux.

Clergé. Cette ville se glorifie d'être la première de l'Espagne qui ait reçu la lumière de rÉvangile 5 elle regarde saint Saturnin comme son premier apôlre, et saint Firmin , disciple de celui-ci , comme son premier évêque. Son évêché, un des plus anciens de l'Espagne , fut rétabli après l'expulsion des Maures • I. 19

200 ITINÉRAIRE DE Jl'ëSPAGNE.

il est suf&agant de U métropole de Burgos ; son, dio« cèse comprend 19 archiprétréa ^ mi grand nombre d'abbayes régulières , et 1 , 1 56 paroisses.

Le chapitre de la cathédrale de Pampelune est régulier; il suit la règle de Saint- Augustin 5 cependant l'usage s'est introduit insensiblement de nommer des prêtres séculiers aux dignités , aux canonicats et aux prébendes 5 il n'y a dans ce moment q\ie les quatre premiers dignitaires qui soient religieux professe l'ordre de Sainte-Augustin. Ce chapitre comprend 12 dignités, autant de canonicats et 44 prébendes et chapellenies.

Un autre chapitre , sous le titre de Saint-Saint-Jean-^ Baptiste, est établi dans la même église cathédrale; il exerce spécialement lés fonctions cqriales y et est cb^gé de l'administ|*ation des saçremens, des funérailles et des anniversaires; il est présidé pa;* un vicaire , et composé de i4 dianoines et de 2 sacristains.

administration. Cette ville est le lieu de la résidence du vice-roi de la Navarre-, elle a un gouverneur, un état-major composé d'un lieutenant de roi, d'un major et de deux aides j elle a un état-major particulier pour la citadelle , qui comprend un lieutenant de roi, un major et un aide, La garnison , plus ou moins nombreuse, selon les circonstances , a un auditeur de guerre.

Population^ Pampelune re];x£^:*me une population d'environ 2,800 familles composées d'c^nviron i4,ooo per^nnes et occupant i,632 maisons.

Dans cette capitale de 1^ Navarre siègent le conseil

royal et la chambre des comptes de k province : c'est aussi le lieu où les États tiennent leurs séances.

Le conseil rojral^ tribunal suprême, est présidé par le vice-roi, et en son absence par un régent; il est divisé en a chambres , l'une avec 6 conseillers , l'autre avec 4 sous le nom d'alcades. La chambre des comptes a aussi 4 conseillers , dont le pi^mier seul est de robe, xin patrimonial , qui est une espèce de procureur du roi, et un trésor!^.

Instruction publique. Le collège pour Pinstruction de la jeunesse est une université fondée en 1608.

Édifices publics* Pampeluùe contient une église cathédrale , 3 paroisses , 9 couvens de religieux et a de religieuses. Cette cité est mal percée, mal bâtie; mais ses rues sont tenues avec la plus granc^e propreté; ses édifices puMics ne présentent rien de remarquable. On y voit quelques places , dont deux sont entourées d'assez belles maisons ; celle qui est destinée à la course des taureaux est fort spacieuse. D'ailleurs la ville est fort triste, sans plaisirs , sans société, sans aucune sorte d'(lgrémens ; ce qu'on attribue à la sévérité de sa police. Les hommes vont passer leur temps aux cafés ; mais les femmes 'ne peuvent y enti*er passé le coucher du soleil.

L'église cathédrale renferme le mausolée dé Charles ta, prince de la maison d'Evreux, roi de Navarre du chef de son aïeule Jeanne de France, et d'Éléonore de Castille, son épouse^ A cdté de cette église est un beau cloître à deux rangs dé galeries l'une sur l'autre.

Manufacture, commerce. Pampelune n'a qu^un

202 ITlNÉRArRE DE l'eSPAGNE.

cominlerce secondaire et absolument passif; elle reçoit presque tout du dehors.; et son industrie manufacturière n'a presque rien à fournir k.ses voisins. Elle n'a qu'une manufacture de parchemin qui n'est pas bien considérable ^ une fabrique de cuii*s qui ne l'est guère plus^ une autre de draps grossiers, faits eu partie à l'hospice et dan^ 4^^^^^ atelier^ de la vîIIq : enfin, on y fait un peu de faïence commune, et on y blanchit de la cire qu'on importe du dehors. Hommes célèbres. Cette ville a donné le jour à un écrivain profond de la fin du xv!** siècle , Jean Huar te de Sçin-Juan; son Exdm^en de Ingénias est un ouvrage pomplet dans son genre ; il y en a eu plusieurs traductions françaises; et il a été en outre traduit en diverses autres langues. Ce livre excellent était presque ignoré en Espagne au comniencement du xvni* siècle ; ce sont les traductions étrangères qui l'ont fait connaître. Le P. Feyjoo en a fait un juste reproche à ses compatriotes.

Route depuis Vj^velwe jusqu'à Saiiît-Jean-Pie-de- PoRT, capitale.de la Navarre française, par Ronce -

vaux, i6 /iewe^Va-

I ' lieues. Pampeittite à

Zubiar, village, ' 4-

Bourguette , village > . 5

Roncevaux, abbaye. » '/»

Saînt-Jean-Pié<le-Port , 7

Total, 16 V»

Depuis Pampelune jusqu'à Zubiar, village^

ROYAUME Dp NAVARRE* 293

on monte toujours pendant quatre ou cinq heures, mais par une pente dou^ce et peu fa tir gante ; le terrain qu'on parcourt est rempli de bois et de ces landiers qu'on nomme vulgairement ajonc ^ oji genêt épineux. On monte encore après avoir passé le village de Zubiar; et cette montée, qui est de cinq à sit heures, se trouve d'abord assez douce à travers un sol couvert de chênes et de poiriers sauvages ; mais bientôt elle delrient rude et pénible, jusqu'au village de , Bourguette , gravissant ainsi des montagnes très-élevées , fertiles en pâturages , et dont les collines sont couvertes de fougères. Dans ce trajet, on laisse , sur la gauche, la belle vallée de Bastan , qui est d'une inmïense étendue, et très^fertile en fruits, en maïs, en prairies , et très^riche en troupeaux.

A peine a-t-on passé Bourguette , qu'on enlTC dans une plaine longue , large , spacieuse , belle , entourée de hautes montagnes , et nommée Plajra de Andres Zaro ; elle est fameuse par la prétendile bataille où Cha^rlemagiie fut défait en 778 , et où les douze pairs de France perdirent , dit-on , la vie. Cette bataille , tant chantée par les romanciers espagnols , a été démentie par les historiens des autres nations, qui ont prouvé que cet empereur n'avait jamais été en Espagne, où l'on n'en croit pas moins très-fennement h la réalité dç 1«^

294 ITINÉRAIRE IMB L'BSPAeifE.

prétendue bataille où tomba le paladin Roland ou Roldan. Le bourg et Tabbaye de Roncevaux sont situés dans cette plaine; on y arriye après une demi-heure de marche depuis BourgUette ; il y a un monastère de chanoines réguliers et plusieurs auberges médiocres.

On parvient bientôt au pied du mont Altobiscar, qui fait la séparation de FEspagne et de la France. On monte pendant deux heures pour en atteindre la sommité ; on descend ensuite, par un chemin escarpé et difficile, la vallée de Ci^e , en Basse-Navarre , dont Saint- Jean-Pié-de-Port est le chef-lieu. Les voitures ne peuvent aller dans la route qui vient d*ctre décrite ; il faut la Êdre à cheval ou à pied.

Routé depuis PAMP£x.imB jusqu'aux frontières de la

Yieille-Castille y 19 lieues '•

lîenes.

PAMPELimBà

Tafalla, ville, 6

. Caparroso , village , 5

Une Venta , 4*

Valtierra , village , a Frontières de la VieilJe-CastiUe entre Valtierra

etAgréda, a

Tôt AI., 19

Au sortir de Pampelune , on parcourt, pen-

' Rout« de Pampelune k Madrid.

dant deax heures et demie , une plaine inégale , remplie de pierres roulées ; elle conduit au pied d'une montagne qu'on monte ^ qu'on franchit^ et après laquelle les terres sont cultirées ; on entre dans un Talion couvert, de/ cailloux calcaires , où est située la petite ville de Tafalla , qu'en traverse.

Tafalla^ petite ville assez jolie , fut autrefois une dps principales de la Navarre , et , pendant quelque temps, la résidence des monarques ; elle avait un palais bâti dans le xv* siècle par le roi Charles m, de la maison d'Évreux; elle eut une université; et les états de Navarre y furent tenus en i473j par Élçonore, fille et héritière du roi Jean ii. Philippe iv lui donna ensuite le titré de cité. Aujourd'hui il ne lui reste plus, de sa grandeur passée , que Tenceinte des murs dont elle est entourée ^t les débris de son château. EU^est placée dans un territoire fertile en bon Tin , près de la petite rivière de Cidacos, qui augmente sa fécondité. Le climat de cette ville est remarquable par sa salubrité ; la tradition veut que les maladies épidémiques y aient toujours été inconnues.

Une vaste plaine se présente au sortir de Tafalla ; elle est d'abord couverte par les oliviers les plus septentrionaux de la Péninsule, ensuite plantée de Tignes , auxquelles succède , une culture en blé et en ofge ; elle devient en-

fin absolnment inculte^ et conduit ainsi, par une étendue de 5 lieues, au village de Capàrroso, où elle est coupée par un monticule. Là, un aussi vaste désert succède à cqtte plaine^; on n'y trouve aucune espèce d'habitation , aucune trace de culture. Une colline élevée et inégale y pénétrée de veines peu profondes , de gypse blahchâtre , se présente et conduit à une plaine nue , sèche , frappée d'une triste stérilité 5 et on longe quelques collines également incultes. Le voyageur parcourt avec ennui , pendant trois mortelles heures, ces lieux repoussans ; mais bientôt il s'en trouve dédommagé par le spectacle champêtre qui, se présente à ses yeux : une plaine , agréable par sa culture , à la fois riante et fertile , se développe tout-à-coup ; les terres sont ombragées par les arbres qui se multiplient ; des canaux variés serpentent de tous les côtés : ils viennent de l'Èbre qu'on traverse pour arriver à une Venta située sur sa rive opposée. De cette Venta on monte sur des collines dont la réunion forme une chaîne , au sommet^ de laquelle est situé le village de Valtierra 5 on le passe en continuant de monter encore pendant près de deux heures ; et l'on trouve les limites qui séparent la Navarre de la Vieille-Castille 5 presqu'à moitié chemin de Valtierra à Agréda. On découvre facilement, hors de terre^, la mine très-abondante de sel

fiOTAUMË DE NAVARRE. 297

gemme, située près de Valtierra, et dont il sera reparlé à la fin du présent chapitre.

Outre ces différentes routes , il en existe une assez mauvaise qui conduit à Tudéla, ville éloignée de i6 lieues de Pampelune. Tudéla est la seconde ville de la Navarre ; sa population monte à eriviron 7,800 habitans; elle est au rang des villes épiscopales depuis 1783. Son beau pont, sa situation au confluent de rÈbre et du Queila^, entourée de jolies promenades et d'assez beaux environs , lui procurent un aspect fort pittoresque. Son territoire est bon et productif. On porte à 7,000 les agneaux qu'on y élève chaque année. A 3,730 Tares environ de Tudéla , comn;ience le beau canal d'Aragon , appelé aussi impérial. Son embouchure , qui tire les eaux de l'Èbre , est magnifique.

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