INTRODUCTION. V
faveur du petit-fils de Louis XIV, où se trouva stipulée la conservation intacte de son territoire.
Louis XIV accepta celte donation et la charge pénible de la défendre. Philippe V , accueilli d'abord avec enthousiasme, régna quelque temps tranquille; mais bientôt Forage se forma de tout coté sur sa tête': obligé de quitter sa capitale et de se retirer à Burgos , il ne dut qu'à sa persévérance et aux talents de quelques-ttns de ses g^éraux le trône, qu'il reprit, et que le traité d'Utrecht lui assura formellement.
C'est de cette époque, à jamais célèbre dans l'histoire d'Espagne, que date la prospérité de ce royaume, qu'une réunion de circonstances plaça alors dans la véritable situation qui lui convenait, autant pour son amélioration intérieure que pour sa tranquillité au dehors. Lié d'intérêt avec la France, son éternelle rivale, il n'eut plus de guerres continentales à redouter, et rien qui dût retarder les progrès de son industrie. La po»
litiq[ue ëtait changée en EttïX)pe; et «ette ambition àe monarchie universelle , qui des princes de la maison d'Autriche avait |)assé à Louis XI V^ venait enfin de faire place à des idées de balance et d'équilibre qui devaient assurer plus long- temps le re|)os des états et dimiiiua: les sources degisierre. D^a le traité d^ Westphalie avait prouvé que la législation politique tendait à se perfectionner autant que la législation sociale. Celui d'Utrecht, encore pkis modéré, était surtout favorable à l'Espagne , à laquelle il assurait l'intégrité de son territoire, ^et des colonies, véritable source de ridbesses Icwrsque leur industrie est coimîbinee *avec ^le de ia luiétriî^ole. Le gouvernement , placé «m milieu de cet ©change de produits, àe cette circitation de revenus entre les deux mondes^ profitait des avantages qu'il Aire de tous les deux, les encourageant l'un par 'Pautre, voit augmenter He nombre de ses Etujets, la masse de isès richesses, isans avoir faesoia d'adroese dans ÉSL pohti^iae, *de fiDree dans ée^ ai^mées y
INTRàDlJCTJON. VU
et de génie daus son administration. Il ne doit ses suQcès ni à dcis combinaisons pro fondes, ni à l'abaissement de ses voisins , mais à la nature des choses , qui tend tour jours vçrs le bien lorsqu'on fie la contrarie point, lorsqu'une orgiMiisation vicieuse de l'État ne met pas à son amëlior^itkm desc^t». des sans cesserenaissants.Quels chang^nejnts rapides n'éprouva pas l'Espagne dans ce siè. cle heureux ! sa popidation se doubla en moins de quatre-vingts ans; les capitaux que la guerre de la succession avait coûtés, étaient restés dans le pays ; l'étiergie qu'elle avait produite avait formé des :Soldat^.; et l'on vjit à la fois les çeve^us 46 l'Étatise tripler,- et 100,000 hommes composer i^e armée forjnjidable; l^ ^sewLUji $e t^çmip]\venx d'ouvrier^; joyaisaeatuc^ÊflIgpe^ra^tccii^* struit&enpeu de jiepqiips : le géo^ ç^JLoiiis XIY semblait planer sur ce aaouvd -en^ire eftTf^}! acti^l)çer la (rcstafu*ation. yer>s «la lin dp r^ilQ de Holippe V^ l'Espagne pré^eurta uiie attitude militaiii:e imposante. "jCe qui .Pt^qqo^t
VIII ITINERAIRE DE l'eSPAGNE.
à ce règne fut complété dans le suivant : Ferdinand VI remit Tordre dans les finances, encouragea les arts , fonda des sociétés patriotiques pour le perfectionnement de Tagriculture; et Charles III, dont l'administration à Naples avait déjà fait juger ce qu'il pourrait faire sur un plus grand théâtre, surpassa ses prédécesseurs. L'édit du commerce libre avec rAmérié|[ue multiplia les relations avec ce pays , étendit à tout le royaume les avantages de l'industrie et de l'activité ; des routes s'ouvrirent dans les principales provinces; des canaux furent commencés; les manufactures secouèrent le joug des étrangers ; les sciences et les arts , dont les pays tranquilles sont toujours la patrie, vinrent se fixer dans celui-ci; et bientôt on vit les Espagnols suivre les Français dans toutes les entreprises utiles ou hasardeuses. La Condamine ne s'attendait pas à trouver pour compagnons de voyage des hommes comme don Georges Juan et don Antonio Ulloa. Cl'est un Espagnol qui revint seul de la Californie et publia es ob-
iNtRODUCTION. IX
servations du malheureux Chappe. L'érudi-' tion ofFre-t-^lle des noms plus brillants en Europe que ceux de Bayer , Mayans , Sarmiento, Flores, Feijoo, Isla; la philosophie et l'économie politique, de meilleurs ouvrages que ceux de Campomanès et de Jovellanos? Ce développement de toutes les facultés , cet encouragement de tous les talents s'est fait sentir jusqu'au-delà des mers. Les possessicms espagnoles en Amérique ont surpassé la métropole dans leur accroissement de richesses et de prospérités. Le produit annuel des mines s'est élevé de 5 millions de piastres à 35 millions par l'excellente administration de Galvez et de ceux qui l'ont suivi; mais ces revenus, aussi incertains que brillants, n'ont pas encore autant gagné que la culture , base plus durable, et sur laquelle est fondé l'avenir gigantesque de ce pays : les progrès qu'elle a faits ont répandu parmi toutes les classes des habitants le bien-être que des lois douces avaient depuis long-temps préparé-
X ITINERAaiË B^ l'cSFAGNE.
Cette pro8pel*ité dans les deuK s^osides a été tout d'un coupaa[*rêfeée parles révolutions qui ont ensanglanté à la £oiç la métropole et les colonies, et dont l'Espagne surtout ressentt encore les tristes effets. Mais il &Ait avouer aui^i que, quand même elle n'aurait pas eu à supporter tant <le maux , elle renfermait encore dans son seûi des vices et des al:^s qui devaient arrêter ses progrès dans la civilisation.
Sans doute les desœaûLdants de Louis XIV avaient replacé ce roya^ume dans k.^biation politique qui devait Jui -être favorable : ils avaient développé u e partie .de ses moyens d'industrie; ils lui aident rendu les sciaices et les arts.; mais ils avaient laissé subsister encore des entraves àjson amélioration totale : assez sages pour (réfibrmer le&rabys^ ils >ne furent pas assez ha^es ou assez puissants pour ^abolir les lois ou pcMMr ehiinger les ihabitudes; et les unes, cft^s autpes s'opposait également à raccroissement de i'industiie. La plus grande partie des terres du royaume,
INTRODUCTiON- XI
substituée dans les familles tles nobles ou appartenant à des corporations rdigieuses , reste sans culture; et le peu qui se trouve alieaable se veoid au-dessus de sa valeur par les difficultés où Ton est d'en pouvoir acquérir. Le défaut de communications des provinces entre elles empêche le commerce intérieur, et feit régner là disette dans les unes et un surcroit d'abondance inutile dans les autres ; le manque de grandes routes et de chemins vicinaux nuit également au commerce extérieur : on a vu les blés apportés des États-Unis à Cadix par des* vaisseaux neutres , et réexportés par eulx , sous un nom esps^ol, aux possessions de l'Amérique, être moins chers dans, ce pays que les blés ^ r£spagne «sivoyés directen^nt, malgré lesrifi<|ue6 du double ta^ajet. M en est de même deè manu&ctures: les production des fabriques nationalesou étrangères, exportées pour le compte des nationaux ^ «étaient tellement accablées de droits à leur entrée dans le royaume et à lew sortie; elles s'élevaient à .
un tel taux en Amérique , qu*elles sollicitaient pour ainsi dire la contrebande, et rendaient nuls les avantages du commerce exclusif. Les impôts directs ne sont pas moins à charge à l'agriculture^ sans presque rien apporter au fisc. Les revenus de YAlcUbalaet de XAU moxarifasgo y aussi barbares que leurs noms et que les temps où ils furent inventés , sont de peu de valeur et d'une perception coûteuse; l'impôt des bulles de laCruzade, fondé sur des puérilités indignes d'une religion vraie et d'tm gouvernement sage, diminue tous les jours à mesure que le pays s'éclaire ou que l'administration se relâche. Les vices de l'administration sont augmentés par ceux des lois. Les mains-mortes ecclésiastiques et civiles arrêtent les progrès de l'agricultur^ et empêchent d'établir les bases de l'impôt foncier. L'Rspagne €st trop fertile et sa population trop peu nombreuse encore pour penser à autre chose qu'à étendre son agriculture, source première de toute richesse. Elle deviendra bientôt manufacturière lors-