‹ Itineraire descriptif et historique de l'AllemagneChapitre 235 sur 328 · PRUSSE · texte numérisé non relu

PRUSSE

Résumé historique. — Les anciens nous apprennent que, plusieurs sièlei a\-ant l'ère cliôiienne. de liardis navigateurs phéniciens et marseillais allaient chercher l’ambre jaune dans la mer Baltique, et l'on sait qu’encore aujourd'hui c'est en Prusse qu'on trouve cette substance en plus grande quantité. D'où était venu le peuple qui habitait alors les côtes méridionales de la Baltique'? On n’a sur ce point que des conjectures. Tout porte à croire qu’il était d’origine gothique, et que plus tard, quelques-unes de ces tribus wcndes ou slaves, qui, vers le v« siècle de notre ère, envahirent le nord de l’Europe, se mêlèrent à lui.

Au commencement du xiii" siècle, un moine bernardin appelé Christian opéra quelques conversions parmi ce peuple resté païen jusqu'à cette époque ; mais la masse de la nation, opposée au christianisme, massacra les prosélytes de Christian. Celui-ci, alors, fonda un ordre monastique et religieux semblable à l’ordre du Temple, ou plutôt à celui des chevaliers porte-glaive, qui avaient converti la Livonie en la subjuguant. C’était, en réalité, une croisade en permanence. Mais les chevaliers du Christ ayant exaspéré et soulevé les Prussiens par leurs violences, Christian s’adressa aux chevaliers de l'ordre Teutonique, qui, plus puissants et plus obstinés, après cinquante ans de combats et de massacres, vainquirent enfin la résistance de cette nation énergique, et la soumirent presque tout entière. Ils y fondèrem un empire qui n'avait aucun modèle dans l’histoire. L'ordre étau le souverain du pays. Un assez grand nombre d'Allemands, qui y étaient venus k la suite des chev^iers, y obtinrent des terres, moyennant une légère redevance pour l’ordre et pour l’Église, et furent considérés comme feudataires. Les plus riches d’entre les Prussien.s conservèrent leurs terres k titre de fiefs héréditaires. La masse de la nation fut réduite k l’état de servage.

Après avoir imposé au peuple conquis sa domination et sa religion, l’ordre s’elforca de lui imposer aussi sa langue: travail long et difficile, car au duinmencement du xvi» siècle la langue prussienne n’était pas encore complètement hors d’usage.

Aux deux Prusscs, orientale et occidentale, les chevaliers teutons adjoignirent la Pomérélie ec la Xouvelle-.Marche ; plus lard ils conquirent aussi la Poméranie. Leur empire s’étendit alors de l’Oder au Niémen. Ils bâtirent Marienburg et en firent le siège prinçipal dé leur puissance : le grand maître de l’ordre vint s’y établir en 1309.

L'ordre Teutonique s’éleva progressivement k un très-haut degré de prospérité et fit la guerre avec succès contre les rois de Pologne et les grands-ducs de Lithuanie, ses plus proches voisins, et ses ennemis naturels. Puis l’institution dégénéra et les vices des chcvalior.s énervèrent leur gouvernement. La population prussienne, qui k la longue acquit la connaissance et le sentiment de ses droits, les fit valoir k l'occasion. Les villes se soulevèrent; les noblesse joignirent aux villes; les Polonais intervinrent dans ces querelles, et l’ordre Teutonique, battu en brèche de toutes parts, finit par succomber. En ]4t5t), les chevaliers cédèrent k la Pologne la l’ru.sse occidentale et la Pomérélie, conservant seulement la Prusse orientale et la Poméranie, mais k,titre de fiefs, et sous les obligations ordinaires de la vassalité. Le grand maître dut reconnaître pour son suzerain le roi de Pologne, et lui rendre foi et hommage. Quant à la l^ouvelle-Marchè. elle avait été antérieurement engagée k la maison de Brandebourg

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pour une somme que l'ordre, selon toute apparence, ne serait jamais en étal de payer.

Cet état de choses dura jusqu’au commencement du xvi« siècle. Enfin, en 1511, les chevaliers « lurent pour grand maître un prince de la maison de Brandebourg, qui, après d’infi uctueuses (enlaiives pour relever Tordre et reconquérir son indépendance, résigna entre les mains du roi de Pologne sa dignité de grand maître, renonça à tout lien avec Tordre, et, en récompense, fut reconnu par ce monarque duc héréditaire de la Prusse, sous la suzeraineté de la Pologne.

Le parti violent et décisif qu'avait pris Albert de Brandebourg lui avait été inspiré par Luther. En etl'et, dès les idées de la Réformation avaient envahi la Prusse. La plupart des chevaliers suivirent l’exemple de leur grand maître; ils renoncèrent à leurs vœux, embrassèrent la foi luthérienne et se marièrent. Le duc en fit autant Tannée suivante; il épousa une fille du roi de Danemark, et, à partir de ce moment, propagea activement la Réforme dans son duché.

L’histoire du gouvernement du duc Albert et de ses premiers successeurs, pendant près d’un siècle, n’offre aucune espèce d'intérêt. Ils appartenaient à une branche collatérale de la maison de Brandebourg, qui s’éteignit en 1618. La Prusse alors passa sous les lais de la branche principale de cette maison, et grossit Tapanage de l'électeur de Brandebourg.

Ce pays avait été occupé, au v" siècle, par des 'Wendes ou Slaves, divisés en petites tribus et portant des noms différents. Ces Slaves bâtirent des villages, dont le plus important était Brennabor, aujourd'hui Brandebourg. Charlemagne poussa jusque-là ses conquêtes. Il y posa la limite nord-est de son empire et y établit des chefs militaires appelés margraves (comtes de frontières), chargés de repousser les incursions de l’ennemi. Deux siècles plus tard, en 1134, le comte Albert TOurs, de la maison d’Anhalt, reçut de l’empereur Lothaire II l’investiture de la .Marche sepientrionale. .Apparemment la soumission des Slaves n’avait été jusque-là que précaire et intermittente, car Albert prit d’assaut la forteresse de Brandebourg, en fît le siège de sa puissance et s’intitula margrave de Brandebourg. La race allemande occupa à sa suite le pays, et les Slaves eurent à choisir entre le baptême et l’expatriation.

L’importance du Brandebourg s’accrut sous les successeurs d’Albert : üthon II, son petit-fils, et les fils d’Othon II, Jean I" et Othon III ajoutèrent successivement à leurs domaines la hante Lusace , les pays de Lébus, de Stargard, de Sternberg et la Slavie. Ce sont ces dernières acquisitions qu’on appela la Nouvelle-Marche.

Bien que divisé en sept parties, après la mort de ces deux landgraves, le domaine de la maison de Brandebourg ne fit que s’accroître. Leurs successeurs annexèrent à leurs possessions, soit par acquisition. soit par conquête, le diocèse de .Magdebourg, la marche de Landsberg, le palatinat de .''axe, la basse Lusace. Mais cette race, si féconde et si active, n’nllait pas tarder à s’éteindre. La branche cadette de la maison d’.Anhalt disparut la première, et. en 13'20, le dernier rejeton de la branche aînée mourut lui-même sans enfants, .Sa succession était faite pour tenter Tavidité des princes voisins. Après trois ans de guerres sanglantes, l'empereur Louis de Bavière en donna Tinvestiiure à son fils Louis, surnommé l’Ancien dans l’histoire.

Le Brandebourg restapendant cinq.uante ans à la maison de Bavière, et n’eut guère à s’en louer. En 1373 l’empereur Charles TV en dépouilla, par la force des armes, le margrave Oinon Je t’ainéanl. Il donna à son second fils le Brandebourg proprement dit, et au troisième la Nouvelle-

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Marche et les deux Lusaces. Celui-ci mourut bientôt. L’autre, ruiné par ses désordres, engagea la Nouvelle-Marche à l’ordre Teulonique, et la Marche électorale au burgrave Frédéric VI de Nuremberg, de la maison de Hohenzollern, homme habile, qui, à force d’avancer de l’argent à son débiteur, finit par devenir propriétaire définitif de son héritage. C’est ainsi que la Marche électorale fut acquise par la maison de Hohenzollern, qui l’a toujours conservée, avec la dignité électorale. Cette révolution s'accomplit en 1417. Hivers princes de cette famille gouvernèrent successivement celte province, et l’accrurent de plusieurs territoires importants, jusqu'à l’électeur .Tean-Sigismond, sous lequel eut lieu l’incorporation de la Prusse ducale au Brandebourg (1618).

Jean-Sigismond mourut l’année suivante, et le règne de son fils, Georges Guillaume, fut pour la Prusse et le Brandebourg une suite non interrompue de malheurs. Georges-Guillaume provoqua imprudemment le grand roi de Suède, Gustave-Adolphe, qui avait pourtant épousé sa sœur. Gustave parut tout à coup, le 6 juin 1626, avec une flotte et une armée, devant le port et la citadelle de Pillau. 11 triompha aisément de la faible résistance de l’électeur. La Prusse servit, pendant plusieurs années, de champ de bataille aux Suédois et aux Polonais, qui se firent une guerre acharnée. L’électorat fut encore plus maltraité quand les Suédois attaquèrent la Saxe, et lorsque mourut, en 1637, le dernier duc rie Poméranie, dont les domaines devaient échoir à l'électeur. Les Suédois, qui occupaient ces domaines, prétendirent les garder comme dédommagement des frais de la guerre. Georges-Guillaume mourut en 1640, laissant ses E^ts dans une situation déplorable.

Son fils, Frédéric-Guillaume, était un homme d’une tout autre valeur. Adroit négociateur, grand administrateur, intrépide et habile guerrier, il répara les désastres des années précédentes, organisa une petite armée régulière, èt joua bientôt en Europe un rôle qui devint plus important d’année en année. Il conclut une alliance défensive avec la Hollande, et nouades relations diplomatiques avec Cromwell, Louis XIV et l’empereur. Il s’allia aux Suédois, fit la paix avec la Pologne, et fut reconnu souverain absolu et immédiat ae la Prusse, qu’il n’avait eue jusqu’alors qu’à titre de fief. Bientôt après il s’unit à FAutriche, au Danemark et à la Pologne pour contraindre les Suédois à renoncer à leurs prétentions sur le Brandebourg, et à évacuer quelques villes prussiennes qui étaient encore en leur pouvoir. En 1672, il fut l’allie des Hollandais, et en 1674, do l’empereur, contre la France. En 167.5 il remporta contre une armée suéaoise un avantage mémorable et décisif. Jusqu’en 1688 il déploya son activité au nord, au midi, à l’occident, prenant les armes ou faisant la paix selon l’occurrence, et s’agrandissant peu à peu. 11 ouvrit des routes, creusa des canaux, développa le commerce, créa les premiers éléments d’une marine, établit des manufactures, dessécha des marais, appela des colons étrangers qui peuplèrent et rendirent fertiles des terrains jusque-là déserts, et recueillit 20,000 protestants chassés de France par les rigueurs de Louis XIV, lesquels apportèrent dans ses États des industries productives jusque-là inconnues. 11 fut. en un mot, le véritable fondateur de la monarchie prussienne, et c’est à bon droit que ses sujets, ainsi que l’histoire, l’ont surnommé le Grand Électeur.

En effet, lors de son avènement, ses États avaient 1,370 milles carrés de superficie, 500,000 habitants, 3,000 hommes de troupes, et un revenu de 400,000 à .500,000 écus. Il laissa 1,9.30 milles carrés, 1,. 500, 000

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de 22,000 soldats, — c'était tout ce qui lui restait, — marche contre

60.000 Français que commandait le maréchal de Souhise, et leur inflige à Kosbach une déroute complète.

Cependant les Suédois, n’ayant personne devant eux, avaient traversé la Prusse occidentale, et tenaient déjà un faubourg de Berlin. Lehwald, vainquetir des Russes, accourut piécipitaniment, et les chassa jusqu'à Stralsund.

Restaient les Autrichiens, qui s’étaient emparés de la Silésie. Frédéric court en Silésie en plein hiver, attaque à l.euthen, avec

30.000 hommes, 90,000 ennemis, met les Autrichiens en déroute, leur fait 22,000 prisonniers, reprend Breslau et la Silésie tout entière.

L’année suivante, les Russes revinrent à la charge, traversèrent la Prusse orientale, marquant leur passage par des excès qui épouvantent l’imagination, pénétrèrent jusque dans la Nouvelle-Marche, et assiégèrent Custrin. Frédéric, cependant, poussait les Autrichiens devant lui, et se trouvait au fond de la Bohême. Il fit, en 24 jours, une marche de 120 lieues, tua 19,0u0 Russes, et chassa le reste hors de ses frontières.

Il lui fallut aussitôt revenir en Saxe, où son frère, le prince Henri, se trouvait en grand péril. Surpris à Hochkirch, grâce à la nuit et au brouillard, il répara ce malheur par une retraite plus glorieuse qu’une victoire. Pendant ce temps là, le prince Ferdinand, a l’ouest, battait les Français à Crevelt et à Minden.

L’année suivante fut désastreuse pour le héros prussien. Un de ses lieutenants fut battu à Kay, et lui-même, à Kunnersdorf, ayant à combattre les Russes et les Autrichiens réunis, essuya une àéfaite sanglante. Il perdit Dresde et 16,000 hommes de ses meilleures troupes furent contraints de se rendre aux Autrichiens.

En 1761 il tenta de reprendre Dresde, et n’y réussit pas. Un corps d’armée prussien fut écrasé à Landshut, en Silésie. Mais Frédéric prit bientôt, à Liegnitz, une revanche éclatante sur le général Laudon, chassa le maréchal Daun de la Silésie, revint dégager, à la course, su capitale, que les Russes avaient mise à contribution, puis retourna en Saxe, et en expulsa les Autrichiens par la sanglante victoire do Torgau.

La campagne de 1761 ne fut point signalée par de grands événements. De tous côtés on était épuisé, et Frédéric se borna à une guerre de positions. Mais il perdit son alliée, l’Angleterre, qui n’avait cessé de l’aider de ses subsides, et qui l’abandonna tout à coup, par suite de la mort do Georges II, et d’un changement de ministère. Il se crut perdu, et il touchait au port! Élisabeth de Russie mourut en décembre, et son successeur, Pierre III, animé de tout autres sentiments, mit sous les ordres du roi de Prusse 20,000 hommes qu’Élisabeth avait réunis pour l’accabler. Après Pierre, Catherine persista dans les mêmes dispositions. La France, fatiguée, s’éloigna peu à peu du champ de bataille. Marie-’l'hérèse perdit successivement ses derniers alliés, et se résigna, le IT) février 1763, à faire la paix. Les deux souverains ennemis se trouvèrent, l’un relativement à l’autre, dans la même position qu’avant la guerre. Seulement, Frédéric et sa nation s’étaient couverts de gloire. Mais la Prusse était dévastée, ruinée, dépeuplée. Depuis longtemps, on n’avait eu de guerre aussi meurtrière, aussi inutile.

Quinze ans de calme suivircntcette affreuse tourmente, et Frédéric fit de son mieux pour relever les ruines dont ses États étaient couverts. Il rebâtit des villages entiers; il avança des capitaux à l’agriculture, et quelquefois lui en fournit gratuitement; il contribua pour beau-

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coup & l’établissement des associations hypothécaires qui furent d’un si utile secours aux propriétaires ruinés par la guerre et dévorés par l’usure. Mais c’était un administrateur plus actif qu’éclairé. S’il creusa des canaux dont le commerce tira un grand profit, il gêna ce même commerce et entrava l'industrie par les monopoles, les droits de douanes et les prohibitions les plus onéreuses, et chargea le pays d’impôts excessifs.

En 1772 il agrandit son territoire par le premier partage de la Pologne, crime politique odieux que l’Europe laissa honteusement s’accomplir. Il y gagna la province qu’on appelait autrefois la Pomérélie, laquelle a constitué depuis la Prusse polonaise, moins Thorn et Dantzick. Cela faisait un total de 900 lieues carrées. Mais l’Autriche s’en adjugea par le même acte 2,700, et la Russie 3,440 Relativement à ses deux puissants voisins, il se trouva donc affaibli plutôt qu’accru. Seulement, la Pomérélie, qui avait séparé jusque là la Prusse orientale des Marches, leur servait désormais de trait d'union ; les parties les plus importantes de son royaume devenaient contiguës et c'était un avantage inappréciable.

Il ne reprit les armes qu'un moment, en 1778, quand l’Autriche envahit subitement la Bavière, à la mort de l’électeur, qui n’avait pas laissé d’héritiers directs. 11 prit le parti de l’héritier collatéral, réclama hautement en faveur des libertés de l'empire germanique, et entra en Bohême avec 73,000 hommes. Après une campagne peu fertile en événements, la Russie intervint comme arbitre, ainsi que la France. Leur médiation fut acceptée, et termina le différend par la paix de Teschen.

Le dernier acte de Frédéric Ilfut la constitution de l’Union des princes d'Allemagne, destinée à opposer une digue aux envahissements de l’Autriche. 11 mourut le 16 août 1786. La Prusse avait alors 6 millions d’habitants, un revenu de 28 millions d’écus, et une armée de 186,000 hommes, qui passait ajuste titre pour la plus redoutable de l'Europe. S’il n’a pas rendu la Prusse heureuse, il a du moins élevé l’édifice de sa grandeur.

Frédéric-Guillaume, neveu de Frédéric le Grand, n’eut aucun des talents de son oncle. Son premier acte fut une intervention dans les affaires de la Hollande, ou il rétablit le statbouder, dont il était le beau-frère. En 1792, il se crut appelé à restaurer en France la royauté. 60,000 hommes de ses meilleures troupes, commandées par le duc de Brunswick et par lui-même, franchirent la frontière française, prirent Limgwy et Verdun, et s’avancèrent jusqu’auprès de Châlonssur-Marne. Mais Dumouriez les arrêta tout court à Valmy, les força de séjourner dans un pays malsain où ils furent décimés par les maladies, et finalement les contraignit à reprendre la route du Rhin. Pendant les deux années qui suivirent, aucun fait d’armes éclatant ne répara cet échec, et le roi, dégoûté, fit la paix avec la République française. Il avait été le plus ardent promoteur de la coalition : il s’en détacha le premier. Par le traité de Bâle (.6 avril 1795), Frédéric-Guillaume abandonnait à la France tout ce que sa maison avait possédé jusqu’alors sur la rive gaucho du Rhin ; mais il s’était assuré des compensations plus que suffisantes. Ses menées, et, il faut bien le dire, ses perfidies, avaient préparé à la Pologne de nouveaux malheurs. Comme Frédéric II, et même plus que lui, il fut le complice de la Russie et de l'Autriche, et il acquit, parce nouvel attentat, 1,061 milles carrés en 1792, et 1377 en 1794, avec 2,730,000 habitants. Thorn et Dantzick, cette fois, et même Varsovie furent sa proie. Il avait précédemment agrandi scs Etats des principautés d’Anspach et de Bayrouth,

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achetées du margrave régnant moyennant une rente de 300,000 écus.

A sa mort, qui arriva le 10 novembre 1797, la Prusse comptait plus de 10 millions d’âmes. Mais elle se trouvait grevée d’une dette de 287 millions, résultat funeste de ce règne de onze ans. I.e grand Frédéric, qui n’avait jamais eu de dette, avait laissé, en mourant, 72 millions dans ses coflres.

Sous Frédéric-Guillaume III, fils du précédent, la Prusse tomba dans un abîme de misères pour s’élever ensuite au comble de la prospérité. Né avec des instincts pacifiques, modeste dans ses goûts, un peu timide par caractère, le nouveau roi de Prusse se tint longtemps à l’abri de la tempête qui assaillit l’Europe un an après son avènement. Il n'entra pas dans la coalition de 1799 contre la France; bien plus, en 1800, il accéda à la ligue proposée par le czar Paul !"■ aux cours du Nord pour défendre la liberté des mers. En conséquence de ce traité il fit envahir par 20,000 Prussiens l’électorat de Hanovre; mais i-1 prit en môme temps ses précautions pour ne pas trop irriter l’Angleterre.

La mort de Paul I" rompit l’alliance du Nord et la paix de Lunéville mit fin aux troubles du continent. Peu après, par la convention du 13 mai 1802, Bonaparte donna è la Prusse les évêchés sécularisés de Paderborn, de Hildesheim, de Munster et d’Erfurt, plusieurs abbayes et trois villes impériales, pour l’indemniser de ce qu’elle avait perdu sur la rive gauche du Rhin.

Lorsque la coalition de 1805 éclata. Napoléon chercha à se faire un allié du roi de Prusse. 11 lui offrit le Hanovre pour prix de sa coopération. Frédéric-Guillaume fit espérer d’abord qu’il accepterait ; mais il recula au dernier moment et déclara qu'il voulait rester neutre. Peu de temps après, un corps d’armée français ayant traversé le margraviat d'Anspach pour se rendre sur le Danube, le roi, irrité de ce qu’il considérait comme une violation de son territoire, ouvrit l’oreille aux propositions de la Russie. L’empereur Alexandre vint à Berlin et le séduisit par ses protestations d’amitié, dont il prit pour témoin l’ombre du grand Frédéric, dans une scène assez étrange qui se joua devant le tombeau de ce monarque. Parle traité de Postdam, Frédéric-Guillaume s’engagea à s’unir à la Russie et à l’Autriche et mit aussitôt trois armées en mouvement sans toutefois se déclarer encore. .Mais la rapidité de Napoléon déjoua toutes ces mesures, et. après la bataille d'Austerlitz, il n’y eut plus qu’à s’incliner devanat le vainqueur.

L’Europe apprit avec étonnement que le 1.5 décembre un traité avait été signé par les ministres de Prusse et de France, traité en vertu duquel la Prusse cédait : à la Bavière, la principauté d'Anspach, à la France, ce qui lui restait encore du duché de Clèves, avec la citadelle de VVesel et la principauté de Neufchâtel, et recevait en échange un territoire contigu au margraviat de Hayreuth et toutes les possessions anglaises situées en Allemagne. Le Hanovre était la principale. L’opinion publique, en Prusse, se souleva à la nouvelle de cette transaction inattendue, et l’empereur Napoléon lui-même commença à faire peu de cas d'un prince qu’il avait trouvé si faible et si versatile. Aussi, l’année suivante, lorsque la mort de Pitt et l'avénement de Fox au ministère eurent permis de négocier avec 1 Angleterre, l'une de ses premières propositions fut la restitution du Hanovre, et il ne prit même pas la peine d’en informer le roi de Prusse. Mais Fox mourutau bout de six mois. Le ministère whig disparut avec lui, et les tories qui leur succédèrent avertirent aussitôt Frédéric-Guillaume de ce qui s’était passé. Profondément blessé d’un pareil traitement, le roi ne

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songea plus qu'à venger l’honneur de sa couronne, et ce sentiment fut partagé par la nation tout entière. On remit l'armée sur le pied de guerre, on demanda que les troupes françaises évacuassent la Souabe èt la Frano.onie qu’elles occupaient. Les deux gouvernements ne purent s’entendre et la guerre fut résolue.

Deux armées prussiennes entrèrent dans la Saxe, l’une de 93,000 hommes, commandée par le duc de Brunswick, l’autre de 80,000, sous les ordres du prince de Ilohenlohe. Napoléon concentra rapidement la sienne autour do VVürzburg, y arriva lui-méme le 3 octobre, se porta aussitôt à Bamberg, et y reçut, le 7, une note du roi de Prusse où il était sommé de repasser le Rhin et de commencer le 8 son mouvement de retraite. Pour toute réponse il marcha en avant, rencontra le 9 les premières troupes prussiennes à Schleiz, et les battit; il les battit de nouveau le lendemain à Saaleld, où périt le prince Louis, frère de Frédério-Guillaurue, puis, le 14 octobre, à Auerstiedt et à léna, il fit subir aux deux armées du duc de Brunswick et du prince Hoheiilohe, réunies sur ces deux champs de bataille, une défaite complète et désastreuse,- Au bout de quelques jours il ne restait plus au roi de Prusse que 25,090 soldats. Le 27 octobre N apoléon avait pris possession de Berlin et Frédéric-Guillaume fuyait vers Kœnigsberg.

I.’empereur Alexandre se hâta de secourir son allié. Deux armées russes franchirent le Niémen. Mais les troupes françaises étaient déjà sur la 'Vistiile et occupaient Varsovie. Un premier engagement eut lieu, vers la fin de décembre, sur l’Akra et la Narew, et les Russes furent repoussés. Ils revinrent à la charge par la Prusse orientale, et les deux armées se livrèrent auprès d’Eylau, le 8 février 1807, une bataille dont le résultat le plus clair fut une immense perte d’hommes de chaque côté. Cependant les Russes, plus maltraités, se retirèrent, et furent poursuivis jusqu'à Kœnigsberg. 'foutes les places fortes de la Prusse, moins deux ou trois, étaient tombées sous le canon des Français, quelquefois môme devant leur simple apparition. Dantxick elle-même se rendit le 2(5 mai, après un siège mémorable. Enfin les Busses rentrèrent on lice au mois de juin et, le 14, ils essuyèrent à Friedland une si terrible défaite qu'il ne leur resta plus qu’à demander la paix. Le traité de Tilsit fut cruel pour la Prusse. Son territoire y futdiminué de moitié, etle vainqueur déclara officiellement que, s’il consentait à rendre à Frédéric-Ciuillaume une partie de ses Etats, c’était par égard pour l’empereur de Russie. Encore, dans la partie même qui était restituée, certaines places fortes devaient-elles rester entre les mains des Français; Dantzick redevenait ville libre; une contribution de guerre de 120 millions était imposée à la Prusse, et il lui était interdit pour dix années d'avoir en aucun cas plus de 42,000 hommes sous les armes.

Pendant cinq ans Napoléon traita la Prusse en }iays conquis, en royaume sujet, et n’eut guère de rapports avec elle que pour lui intimer ses ordres. La foi lune oifrit enfin, en 1812, à cette nation si humiliée, l’occasion de sortir de ce profond abaissement. Mais son gouvernement s’y était préparé de longue main.

Un mois après le traité de Tilsit, Frédéric-Guillaume avait rois à la tète du ministère un des hommes d’Etat les plus éclairés, les plus résolus, les plus dévoués au bien public dont 1 hi.stoire fasse inesuion. Le baron de Stein comprit ou'on pouvait, sans brûler une amorce, tripler, quadrupler le nombre ues citoyens de la Prusse; qu’en leur donnant à tou» les mêmes droits, en les liant par des intérêts identiques et une aSPection commune, on les rendrait capables des eiforts les plus grands et les plus généreux, quand le moment serait venu. En conséquence

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on vit, dans le court espace d’une année, s’accomplir en Prusse, par l’initiative et la volonté du gouvernement, une réforme civile à peu près semblable à celle que l'Assemblée constituante avait opérée en France. Le servage fut aboli. Il fut décrété que les roturiers pourraient acquérir des terres nobles. Les fermiers et les paysans des domaines delà couronne devinrent . moyennant une modique redevance, propriétaires des champs qu’il cultivaient. Les privilèges de l’aristocratie furent amoindris , et tous les Prussiens déclarés également admissibles aux emplois civils et militaires. Les communes furent investies du droit d'élire leurs magistrats municipaux et les répartiteurs de l'impôt.

Effrayé de ces réformes dont il comprenait bien laportée, l’empereur Napoléon intervint tout à coup ; il exigea la destitution de M. de Stein et son exil. On lui obéit, mais le mouvement imprimé par ce grand ministre n’en continua pas moins. L’armée reçut l'organisation la plus vigoureuse , bien qu'on n’eût à la fois que 42,000 soldats sous le drapeau, selon la lettre du traité. Dès qu’ils étaient suffisamment exercés , on les renvoyait dans leurs foyers, prêts à revenir au premier signal, et on en instruisait d’autres. En peu d’années, tout le monde, en Prusse, fut soldat. M. de Dohna, et après lui M. de Hardenberg poursuivirent l'oeuvre de Stein. Les taxes et redevances payées à la noblesse et les privilèges des banalités furent abolis, ainsi que les jurandes, maîtrises et corporations. Tous les citoyens furent soumis à l’impôt en proportion de leur fortune. On organisa sur de nouvelles bases l’administration et l'ordre judiciaire. Enfin on alla jusqu’à partager par décret la terre entre les seigneurs et leurs vassaux ou fermiers, loi agraire dont on n’avait jamais vu d'exemple ! Et cependant, M. de Stein employait les loisirs que Napoléon lui avait faits à organiser sur des proportions gigantesques une société secrète, le Tugend~ bundj ou association de la vertu, qui étendit bientôt ses ramifications dans toute l’Allemagne etqui avait pour but la délivrance du continent.

Napoléon fit lui-même les affaires de ses ennemis. En 1812, au moment de s’engager dans les profondeurs de la Russie, il exigea de la Prusse un contingent de 20,000 hommes qui furent placés sous le commandement supérieur du maréchal Macdonald et employés au siège de Riga. Mais après le désastre du conquérant, le général York, chef immédiat des 20,00 Prussiens, refusa l’obéissance à Macdonald, et se sépara de l’armée française. Si le roi de Prusse désavoua d’abord son général, le torrent de l’opinion publique devint bieritôt irrésistible, et la nation se souleva tout entière. L’armée prussienne combattit d’abord à Lützen, puis àBautzen. Malgré le mauvais succès de ces deux premières batailles, tel était l’élan de la Prusse, qu'après la rupture des conférences de Prague, elle fournit 180,000 hommes à la coalition. Elle lui fournit, en outre, le général le plus actif et le plus hardi, de cette époque, après Napoléon , et celui de tous qui contribua le plus au succès de cette (campagne suprême. Blücher, à la tête de l’armée de Silésie, après avoir battu le maréchal Macdonald à Katzbach, prit une grande part à la terrible bataille de Leipsick, à celle de Brienne, et enfin à celle de Paris, si l’on peut appeler bataille la résistance opposée pendant tout un jour par quelques milliers de soldats aux trois armées réunies de l’Autriche , de la Russie et de la Prusse. L’année suivante , au renouvellement de la guerre, dans cette campagne de cinq jours qui brisa pour jamais la fortune de Napoléon, l’armée prussienne , toujours commandée par Blücher , perdit la bataille de Ligny. Mais, le surlendemain, ce fut son arrivée sur le champ de Waterloo qui décida la fortune encore incertaine.

[Roütk 101.] la PRUSSE. - HISTOIRE. 497

Au congrès de Vienne la Prusse fut enrichie des dépouilles de l’empire français. On lui donna sur la rive gauche du Rhin 322 milles carrés du pays le plus fertile et le plus riche, ou se pressent les villes les plus florissantes, Aix-la-Chapelle, Cologne, Trêves, Coblenz, etc. On ne lui rendit pas, en Pologne, tout ce que Napoléon lui avait pris en 1807, mais seulement le grand-duché de Posen , l’empereur de Russie ayant réclamé pour lut Varsovie et le reste. Mais la Prusse demanda la Saxe pour compensation, eten obtint la moitié. On ajouta depuis à sa province rhénane Saarbriicken et Sarrelouis, avec leurs dépendances. La Suède lui céda, pour 14 millions de francs, l’île de Riigen et tout ce qui lui restait encore en Poméranie. En somme la Prusse fut accrue par les traités de 1815 de 1,257 milles carrés et d’environ 3 millions d'habitants. Son territoire actuel est étendu , mais il a l’inconvénient d’étre coupé en deux parties séparées l'une de l’autre par le Hanovre , les deux Hesses, et le duché de Brunswick.

Dès 1810 M. de Hardenberg avait fait espérer à la Prusse une constitution représentative, et le roi lui-même, en 1815, renouvela plus d’une fois eetie promesse. Mais il ne, jugea pas à propos de la remplir. Il accorda seulement la réunion d’États provinciaux, sans lesquels on ne pourrait à l’avenir établir de nouveaux impôts ni augmenter les anciens. Il s’attacha du moins à réformer et à perfectionner l’administration ; il organisa l’enseignement de la façon la plus libérale, surtout l’instruction primaire, qui, en Prusse, est obligatoire, et gratuite pour les pauvres. Il promulgua enfin une loi de douanes conçue dans un esprit très-libéral et qui, par une suite de conventions subséquentes, est devenue successivement la loi de la Bavière, delà Saxe, du VVurtemberg, du duché de Bade, des deux Hesses, de la Thuringe, du duché de Brunswick, du duché de Nassau et de Francfort-sur.de- Main.

Frédéric-Guillaume III est mort en 1840, après avoir attristé les dernières années de son règne par des querelles religieuses où il se laissa emporter k des violences regrettables que son fils, Frédéric- Guillaume IV, se hâta de réparer. Ce prince crut aussi devoir faire quelque chose pour dégager la parole de son père, relativement à ce gouvernement représentatif que la Prusse attendait depuis 1815. Mais il y mit le temps. .Ses concessions se bornèrent k substituer aux États provinciaux une diète générale, divisée en deux chambres ou deux curies. La diète générale fut ouverte, le 11 avril 1847, par le roi en personne, qui commença par lui déclarer qu’elle était incompétente pour les questions politiques et n’aurait k délibérer que sur des questions d’affaires. Malgré les efforts d’une minorité qui désirait mieux, la diète s’y résigna.

Elle ne devait siéger que tous les quatre ans. Dans l’intervalle, un comité de membres élus par elle et pris dans son sein devait se réunir chaque année, et statuer sur les questions que le gouvernement lui soumettrait.

Ce comité fut rassemblé, en effet, le 17 janvier 1848. Mais les immenses événements qui, bientôt après, s’accomplirent en France, rompirent toutes les mesures do Frédéric-Guillaume IV. A la nouvelle de la révolution de février, rAllemagne tressaillit, du Rhin k roder, du Danube k la mer Baltique, et, pour ne parler ici que de la Prusse, l’agitation se propagea de Cologne k Kœnigsberg avec la rapidité de la foudre. Le roi compritque son œuvre de prédilection, la soi-disant constitution de 1847, était un enfant mort-né. 11 prit les devants et crut apaiser le monstre de la révolution par quelques coii-

BKRLIK ET SES ENVIRONS. IRounslOâ]

cessions volontaires. Le 6 mars il annonça au comité que la diète se réunirait fous les ans. Le 11, il accorda la liberté de la presse provisoirement, en attendant la loi qui serait soumise aux délibérations de la diète. Cependant l'agitation croissait d'beure en heure. Etudiants, bourgeois, ouvriers, se réunissaient chaque jour sur les places publiques et principalement sous les Tilleuls, et délibéraient publii^uement, à la clarté du soleil ou à la lueur des flambeaux. Leurs prétentions dépassaient de beaucoup les concessions royales. On crut les arrêter en déployant l'appareil de la force : on ne réussit qu'à enflammer les imaginations, u exalter les courages. Pendant une semaine, il y eut, presque chaque jour, dans les rues de Berlin, des collisions sanglantes entre les soldats et la population.

Le même mouvement, se produisant à la fois dans toute l'Allemagne, avait fait naître dans les esprits un besoin d'unité politiq^ue dont l'ardeur universelle ne mesurait pas exactement les diflicultes. On voulait constituer une patrie allemande. A cet effet, on avait imaginé de réunir à Francfort une assemblée représentant abstractivement la famille germanique tout entière, sans exception de ses divisions territoriales. L'envoi des députés prussiens à cette assemblée était l'un des voeux que la population de Berlin exprimait avec le plus de vivacité.

Quand le roi de Prusse connut les événements qui venaient de s’accomplir à Vienne les 1-2, 13 et 14 mars, il sentit qu’une plus longue résistance à l'opinion l’exposerait aux plus graves dangers. Trois déclarations royales furent donc publiées dans Berlin le 8 mars. La première annonçait que la Prusse entrerait dans la nouvelle confédération allemande, laquelle ne pouvait être établie que sur des bases constitutionnelles. La seconde convoquait la diète pourle2avril suivant. La troisième proclamait la liberté de la presse définitivement et sans conditions, et attribuait la répression des abus de cette liberté aux tribunaux ordinaire.s. En même temps le roi éloignait de son conseil les ministres qui avaient montré le plus d’opposition à ses mesures conciliantes. Frédéric-Guillaume, ouvrant une fenêtre, en donna lui-même l'assurance à la foule amassée autour de son palais. Mais en ce moment même, soit hasard, soit méprise, soit par suite de quelque machination coupable, des feux de peloton retentirent, des charges de cavalerie balayèrent les rues. Le peuple répondit à cette provocation en courant aux armes. En un instant cent barricades se dressèrent et le combat commença.

Il dura toute la journée et toute la nuitsuivante.Vingt mille hommes des meilleures troupes prussiennes, avec de l’artillerie, étaient engagés dans cette lutte : mais ils ne purent se maintenir contre la population exaspérée. Le 19 au matin, le gouvernement renonça à prolonger la résistance et fit sortir l’armée de Berlin. Le prince héréditaire, qui passait pour l'instigateur de ce funeste conflit, quitta la Prusse. Mais le roi resta dans son palais, et c’est peut-être à cette résolution qu’il dut de conserver sa couronne.

La diète s’ouvrit le 2 avril, ne siégea que huit jours, et n'eut guère à délibérer que sur la loi électorale, d'après laquelle serait formée l'assemblée unique Qui devait faire la future constitution de laPrusse. Cette loi confiait l’élection au suffrage universel, comme en France, mais à deux degrés, ce qui était beaucoup plus sage.

Pendant ce temps, une insurrection éclatait dans le grand-duché de Posen, dont les habitants revendiquaient énergiquement leur indépendance nationale. Le gouvernement employa une partie de l'armée a comprimer cette insurrection, et l’autre à soutenir les prétentions

tRotr* 104-1 LA PKUSSK. — SITL'ATION, É'fKNDUK, ETC. 4^

(i« la diète de Francfort qui réclamait le duché de Sclileswig comme pays allemand, et voulait empêcher l’incorporation de cette province au Danemark.

Le a mai, le roi ouvrit en personne l’assemblée constituante prussienne. Mais les travaux de cette assemblée furent troublés d’un côté par les agitations populaires , de l’autre par l’attitude de plus en plus menaçante du parti militaire et de la cour. Pendant quelques mois, l’émeute ne cessa de gronder à Berlin et dans les principales villes de la monarchie, et, vers la fin d'octobre, il devint évident que le roi voulait recourir à la force, tout à la fois contre les désordres de la rue, et contre les résolutions de l'assemblée, qu'il trouvait trop radicales.

Le 2 novembre, en effet, il prit pour premier ministre le général comte de Brandebourg, et, le !», il rendit une ordonnance par laquelle l'assemblée était prorogée au 27. Ce jour-là elle devait se rouvrir à Brandebourg et non à Berlin. I.’assemblée protesta et soutint que le pouvoir royal n’avait le droit ni d’interrompre ses séances ni de la déplacer. Elle essaya en effet de siéger le lendemain ; mais le surlendemain elle trouva le lieu ordinaire de ses séances occupé par la troupe. Elle maintint son droit, mais pacifiquement , en restant dans les limites de la résistance légale, et en exhortant la garde bourgeoise et le peuple au calme et à la modération. Enfin la lutte cessa le 6décembre par la promulgation de l’acte constitutionnel octroyé par le roi. Cet acte décrétait un gouvernement représen tatif, deux Chambres élues, la première , par certaines catégories d’électeurs , la seconde, par le suffrage universel à deux degrés, et donnait à la liberté toutes les garanties pour lesquelles la nation avait combattu.

Les deux Chambres se réunirent le 26 février 1849. Mais la seconde, n’ayant pu s’entendre avec le roi, fut dissoute le 27 avril. Il s’agissait de sanctionner la constitution du 5 décembre , et le gouvernement, qui l'avait faite, y désirait quelques modifications. Il demandait, par exemple, que la première Chambre fût rendue héréditaire. Il l'obtint des représentants qui furent élus après la dissolution, et la constitu tion, ainsi revisée, fut promulguée définitivement le ,11 janvier 1850.

Le roi lui prêta serment dans une cérémonie solennelle. Depuis, elle reçut, dans l'application, de graves atteintes pendant toute la durée du ministère Maiiteuffel, et ce n'est que depuis la chute de ce ministère que le pouvoir commence à respecter un peu la constitution qu’il a faite lui-même; elle n’en su bsiste pas moins , et tout porte à croire qu’avec le temps, le bon sens et la calme énergie du peuple prussien lui feront porter ses fruits. En 1857, le roi Frédéric-Guil laume IV, atteint d’une maladie incurable, céda les rênes du gouver nement à son frère Guillaume qui, après avoir, sous le nom de régent, administré le royaume pendant plus de trois ans, a succédé à son frère sous le nom de Guillaume I", le 2 janvier 1861.

Situation, étendue, limites, divisions, etc. — La PRUSSE (en ail. Preussen), Etat de la Confédération germanique, enclave dans ses limites des Etats ou portions d’Etats étrangers et se compose de plusieurs parties, dont deux principales. La première, à l'E., formant plus des 5 6 du royaume et renfermant la capitale; la seconde, à l'Ü., sur le Rhin et appelée la Prusse rhénane. Ses frontières ont un développement de 1.073,17 mil. géog. allem. Elle touche à la mer Baltique, au N., sur 104 mil. ; à l’Autriche , au S. , sur 87 mil. ; à la Russie, à l’E., sur 179 mil.; à la France, sur 14 mil., et à la Belgique et aux Pays- Bas, sur 80 mil., à l’Ü.; enfin, dans toutes les directions, à 26 Etats de la Confédération germanique. Sa superficie est de 5,104 mil. géog. allem., * dont 3,375 appartiennent à la Confédération germanique. Elle se divise

500 BERLIN ET SES ENVIRONS. fRouTK 104.J

en 8 provinces et 25 rf^gences (Regierungg-Bezirke). On y compte 993 villes avec 4,956,127 hab. ; 352 bourgs avec 374.225 hab., et plus de 80,000 villages et hameaux Avec une population dépassant ll.OOO.OüOhab. Elle occupe le 2* rang dans l'ordre de la chancellerie fédérale, et jouit d'une voix entière dans le comité et de quatre voix dans le j>lenum. Son contingent fédéral est d’env. 110,000 hom., divisés en trois corps d'armée ; sa contribution de 301,083 th.

Climat. Le climat est froid et nébuleux le long des côtes de la Baltique ; il est doux dans les vallées du Rhin et de la Moselle. Les chaleurs sont quelquefois très-fortes dans tout le Brandebourg.En général,

fiour tout le royaume, les chaleurs extrêmes sont de 30" à 35" cent, et es froids extrêmes de — 26" à 33“ cent. La température moyenne varie selon les localités. La hauteur moyenne des eaux pluviales est de 0“,54 dans les plaines de l'E., et de 0m,40 dans la Silésie et la Prusse rhénane.

Population. Le recensement de 1855 a donné les résultats suivants:

Provinces.

Slip, en in. g.

Ev«ng.

Oalli.

liraêllles.

Total.

de Silésie

du Rhin

de Prusse

Brandebourg

Saxe

■Westphalie

Posiianie

Pomeranie

Hohenzollern

En ajoutant les garnisons prussiennes de Mayence, Francfort et Luxembourg, le total de la population prussienne était donc, en 1855, de 17,202,831 âmes, dont 10.500,000 év., 6,500,000 cath., 234,248 israélites, 14,139 mennonites et 1,380 grecs.

Finances. En 1860, les recettes se sont élevées à 130,375,255 th., et les dépenses à la même somme. Le total général de la dette était de 279,372,855 th.

L'armée compte, sur le pied do paix, de 212,649 hommes, dont 139,115 d’infanterie, 29,029 ce cavalerie, 18,194 d'artillerie, 6, .500 pionniers et soldais du train, 2,300 marins ou soldats de marine et 2,180 gendarmes. En ajoutant à ce nombre la réserve et la landwher du premier ban, comprenant tous les hommes de 25 à 32 ans ayant déjà servi pendant trois ans dans l’armée permanente, et qui, en temps ae guerre, sont fondus dans l’armée active, on arrive à un pied de guerre d'env. 623,000 hommes, chiffre exagéré pour le pays. Cette armée est divisée eu huit corps, fourni chacun par l’une des provinces. Depuis quelque temps le gouvernement cherche à modifier l’organisation de l'armée dont le passage au pied de guerre cause une perturbation générale dans les affaires du pays. L'armée active doit être augmentée au détriment de la landwher. Ces modifications, admises en principe par les chambres, sont en cours d’exécution.

La mortne compte 77 bâtiments (portant 324 canons), dont 9 bâtiments à voiles de 125 canons et 26 vapeurs portant ensemble 121 canons. La marine marchande comptait, en 1858, 992 navires dont 63 vapeurs, jaugeant 320,000 tonneaux.

Le mouvement commercial, en 1857, présente, à l’entrée, un chiffre de 5,481 bâtiments chargés, et de 3,052 sur l’est, jaugeant en tout plus de 1,500,000 tonneaux.

fRoDTK 104.] RUES. — PLACES. J- PORTES. 501

Culte évangélique. Chaque province a son consistoire, dont quelquesuns ont des présidents particuliers^, mais dont le plus grand nombre est présidé par le premier présidént fOberprœsident). •

Des inspecteurs (Superintendent^n) sont les intermédiaires entre*les consistoires et le gouvernement^ Ils sont au nombre de 392.

Culte catholique. Il y» a en Prus^ 2 archevêchés, celui de Cologne et celui de Posen , 6 év’échés , Ceux de Breslau et d'Ermeland, sous la dépendance immédiate de Rome , et ceux de Cuira , Munster, Paderborn et Trêves.

Instruction publique. Quatre établissements d’instruction primaire sont placés sous la surveillance immédiate du gouvernement. Tous les enfants de 6 à 14 ans sont tenus de fréquenter les écoles. On y enseigne à lire, à écrire, à calculer, la grammaire, le chant et la Bible. Souvent on y ajoute des principes de géographie, d'histoire nationale, de géométrie, de la greffe des arbres, de l’entretien des vers à soie. Le nombre des écoles primaires en Prusse qetd’env. 24,300, avec un personnel de plus de 31,000 instituteurs et institutrices.

L’instruction secondaire est donnée dans les écoles dites moyennes, les écoles supérieures et les progymnases ou anciennes écoles de latin. Le nombre total de ces diverses écoles dépasse 500, auxquelles sont attachés près de 2,400 professeurs. L’enseignement de ces diverses écoles consiste dans l’arithmétique supérieure, les mathématiques élémentaires , la géographie, l'histoire, la physique, etc., ainsi que les langues vivantes, la langue française principalement. Le latin est facultatif, l’étude du chant est continuée. Les progymnases sont des especes de collèges communaux qui préparent aux gymnases. Enfin, les gymnases proprement dits, servant d’écoles préparatoires pour les universités. sont au nombre de plus Je 120 avec près de 1,700 professeurs et 30,000 élèves. Un petit nombre seulement de ces élèves passent dans les universités.

Les universités de la Prusse sont au nombre de huit, voir Berlin, Bonn, Breslau, Greifswald , Halle, Kœnigsberg, Munster et Brauns-

Presse périodique. Les principaux journaux prussiens sont lalVouvelle Gazette de Prusse ou de la Croias (Kreuzzeitung), organe du parti féodal et de l’extrême droite dans les deux chambres ; la Gazette nationale (National Zeitung, journal libéral), le Moniteur prussien (Preussischer Staatsanzeiger). la Gazette de Voss, la Gazette de Prusse ou Gazette de l'Aigle (journaux officiels); la Gazette hebdomadaire prussienne (Preussisches Wochenblatt), opposition à la presse ministérielle; la Gazette de Cologne (parti libéral catholique), etc. 11 se publie plus de 100 journaux à Berlin.

Armoiries , couleurs. Les couleurs de la Prusse sont le noir et le blanc. Wle a pour emblème dans ses armes un aigle couronné avec les ailes étendues.

Rues, places, portes.

Laplus belleruedeBerlincstcelle qui s’appelle Unter den Linden, sous les Tilleuls. Elle a déjà été décrite ci-dessus (voir aspect général). Cette magnifique voie de communication commence à la place de l'Opéra, pour aboutir à la place de Paris et • a la porte de Brandebourg, qui

conduit au Thiergarten et à Charlottenburg (voir ci-dessous). Cette porte a été bâtie, de 1789 à 1793, sur le modèle des Propylées d’Athènes, Elle est couronnée d’une yicfotre debout sur un char à quatre chevaux (en cuivre laminé par un chaudronnier de Berlin nommé Jurg, d’après un modèle de Schadow). Les chevaux ont 4 mèt. de

haut. Celte. Victoire, œuvre de patience plutôt que d’art, avait él6 emportée pa» les Français en 1806;] en 6.814 les Prussiens l’ont repivsc à Pariç.. La porte do Brandebourg, nui a coûté 500,000 th., a 65 mèt.

de large et 27 mèt. 66 cent, de haut avec la statue de la Victoire.

On remarque sur la place de Paris les mawons n”* 6 et 7, bâties dans le style italien, et sous les Tilleuls : le palais du comte Redern (n“ 1), dana le style florentin, le ministère des cultes, de l'instruction publique et des affaires médicales (n” 4), en face (n“ 74), rscolr de l'artillerie et des ingénieurs, l'ambassade de Russie (n° 7).

La place de l’Opéra est bordée kg., en tournant le dos aux Tilleuls, par rUniversité, à dr., par la Bibliothèque royale et par l’Opéra , derrière lequel se dresse l’église catholique de Sainte-Hedwige. Avant d’y déboucher on a laissé k g. l'Académie, à dr. le palais du prince de Prusse, devant lequel se trouve la statue équestre de Frédéric le Grand (voir ci-dessous).

Sur la place de l’Arsenal, qui continue la place de l’Opéra, on remarque, k dr., le palais de la princesse de IJegniti: , relié par une arcade k celui de Frédéric- Guillaume III, k g., la Kœnigswache (corps de garde royal) appelé aussi nouveau, bâti en 1818 d’après un dessin de Schinkel, et orné de chaque côté des statues des généraux de Scharnhorst et de Bülow-DenneVvitz, en marbre de Carrare, par Rauch, et hautes de 2 mèt. 66 cent. Entre le palais de la princesse et l'Opéra, en face de l’Arsenal, s’élève la statue de Blüeher, ayant k dr. celle du général ForJt(1830), k g. celle de Gneisenau (1830), fondues toutes trois en bronze d’après des modèles de Rauch. Les bas-reliefs de la statue de Blüchèr représentent la proclamation au peuple en 1813 et l’entrée dei Alliés k Paris. Entre l’Arsenal et le nouveau corps de garde, le bosquet de Châtaigniers

BERLIN^ ET SE.S E.WIRONS. [Roura 104-J

renferme deux mortiers et un caikin pris aux Français pendant la «erre.

^Le pont du Château ISchlossp-ürlce) relie la place de l’Arsenal M ’Eustgart^n. Ce pont, bâti de re^22^k 1824, est orné depuis 1853 de huit groupes allégoriques en marbre, fi a 35 mèt. de large et 52 mèt. de long. Neuf voitures peuvent y passer de front. l>es groupes, juchéssurdes piédestaux trop élevés, représentent : Côté S., 1° une Victoire enseignant k un jeune homme l’histoire des héros ; 2" Minerve apprenant le métier des armes à un jeune guerrier ; 3° Minerve présentant des armes à un guerrier; 4“ Victoire couronnant le vainqueur. — Côté N., 5° Victoire relevant un blessé ; 6“ Minerve excitant au combat ; 7“ Minerve soutenant un jeune combattant.; 8“ Iris montrant le chemin de l’Olympe au guerrier mort en combattant. — Le Lustgarten (jardin de plaisir) est la plus belle place de Berlin (k dr., le château Royal ; eu face du pont, la Bomkirche avec le mausolée en construction, à g., 1 ancien Muséum, relié au nouveau par une arcad^.

La fontaine établie au milieu de la

Elace tantôt jaillit en jet d’eau à i hauteur de 15 mèt.. tantôt prend la forme d’une corbeille de fleurs.

Enfin, devant le Muséum se trouve le beau bassin de granit décrit cidessous (voir Musées).

A partir de la porte de Brandebourg , si l'on fait le tour de la ville, en se dirigeant d’abord au 8,, . les autres poi’tea de Berlin sont ; •

La porte de Potsdam, où vient aboutir, sur la' place de Leipsick, la rue de Leipsick, et près de laquelle se trouve l’embarcadère au chemin de fer de Potsdam-Magdebourg ;

La porte d'Anhalt, qui conduit k l’embarcadère du chemin de fer d’Anhalt ;

La porte de Halle, par laquelle on entre sur la place ,1a BeUe- Ailiance. Cette place ou viennent

[Houtb 1o4.j Ponts. 5o.?

' aboutir les trois grandes rues Wilhelms Strasne, Friedrichs St.

(celle du milieu) et Linden Si., V est ornée de la colonne de la Paix surmontée de la Victoire, et haute de ‘iO mèt. On doit y placer quatre groupes en marbre, par le professeur Fischer , représentant les rincipaux épisodes de la bataille e la Pelle-Alliance : ÜVassau, se préparant au combat et l’engageant; l'Angleterre, réprésentée par le Léopard, aux côtés d'un guerrier qui défend un blessé ; Brunswick , épuisé et cherchant des yeux le secours ; la Prusse, accourant et achevant la victoire. — C’est par la portfe de Halle que l'on va au Kreuzberg (voir ci-dessous); Le Wo-s.s-ert/idr (la porte d'Kau).

Les portes de Cottbu.s, de Kæpnick, de Silésie (rive g. de la Sprée) ;

La porte de Stralau (rive dr. de la Sprée), au delà de laquelle on traverse le chemin deferde Francfort sur l’Oder;

Les portes de Francfort où aboutit la Grosse Frankfurter St., et du Landsberg , près de laquelle ont été inhumées les victimes des révolutions de 1818 (voir ci-dessous);

La porte du Rni (Kœnigsthor) où vient aboutir la nouvelle rue Royale qui conduit à l’Alrrcander- Plats, et qui, au delà du pont Royal , s’ap|)elle simplement me Royale. Cette rue, dans laquelle se trouve la Poste . est rtitie des voies de communication les plus animées de Berlin ; elle se termine au pont appelé de l'Électeur ou long {KurfürstenoiX Latigebrücke ,) sur lequel s’élève la statue équestre de l'électeur Frédéric-tiuillaume (voir ci-dessous Statues); enfin, de l'autre côté de ce pont , s’ouvre laplace du Château (Schlossplatz) d’où l’on se rend par la Schlossfreiheit au Lustgarten (voir ci-dessus) ;

Les portes de Prenslau, de Schrenhau, de Rosenthal et de Hambourg-, L' Oramenhurgerthor (porte du château d’Orange), élargie et em-

bellie, et par laquelle on va à l’enibarcadère de Stettin à dr. La Friedrichs St. va de l’Oranienburgerthor au Halleschethor ;

Le Neuethor, qui conduit à l’embarcadère du chemin de'fer de Hambourg, et où vient aboutir, sur le Louisenplatz , la Louisen St., conduisant par la Marschallsbrùcke à la Neue Wilhelma Str., coiitinu.ation de lu Wilhelms St.;

Parmi les places qui n’ont pas été déjà désignées dans cette énumération des portes de Berlin et de ses principales rues, on doit mentionner au moins :

Le Wilhelmsplatz, place ornée des statues du prince Léopold de Dessau (1747), général en chef de l’armée prussienne sous Frédéric- Guillaume P’’, et des principaux généraux de la guerre de Sept ans, Ziethen, Schwerin , Keitli, Winterfeld etSeidlitz, exécutéesen marbre blanc, par Schadow. Elles doivent être remplacées par de nouvelles statues en bronze , modelées par Kiss, et seront placées dans des musées à l'abri des intempéries du climat. Les nouvelles statues des héros prussiens porteront le costume traditionnel, et non la tunique romaine, qui fait un contraste choquant avec 1a perruque poudrée de l’époque ;

Le Dœnhofsplatz {Leipziger Str.).

où, en face du palais de la seconde Chambre, s’élève un obélisque de pierre qui servait autrefois de point de départ pour mesurer les distances sur les routes postales de la Prusse ;

Le (xensd'armenmarkt, sur lequel s(élève le théâtre Rovnl, entre l'Eglise nouvelle et l’Église française. Le 10 novembre 1859 on y a posé la première pierre d’une statue de Schiller, qui aura pour pendant celle de Goiihe.

Punis.

Les deux principaux ponts de Berlin, la Schlossbrücke et la Langebriicke, opt été indiqués ci-dessus. Parmi les autres un seul mé-

504 BEULIN ET SES ENVIROXS. IRoütb 104.]

rite une simple mention, c'est la Friedrichsbriicke, le plus long de tous (il a 80 mèt. de long), qui aboutit derrière le Muséum, dans la Burg St., en face de la Neue Friedrichs Strasse.

Égliaet.

Berlin possède plus de 40 églises, mais les plus remarquables méritent à peine une visite. Les principales sont ;

La Hofkirche ou Domkirche, bâtie en 1748, sur le Lustgarten, entre le palais Royal et la Bourse,

far Frédéric III. On remarque à intérieur : le maître-autel, de Be-

f;as (ladescentedu Saint-Esprit) ; — e médaillon en mosa'ique de saint Pierre, présent du pape Pie 11 au roi Frédéric-Guillaume III: — les fonts baptismaux, en marbre blanc, par Raucli;— (è l’extrémité orientale), le sarcophage en bronze de l’électeur Jean Cicéron, par J. AdamVischerde Nuremberg; — (du cOtéO.), les tomèeauÆ du grand Electeur et de Frédéric I"';— (du -côté E.), les tombeaux de leurs épouses, Charlotte et Dorothée.

On achève, à côié du Dom, un mausolée royal, décoré de fresques du Jugement dernier par Cornélius.— N. B. On fait une bonne musique vocale le dimanche â la Hofkirche :

La Marienlcirche, près du nouveau marché ; elle date du xin'siccle. L’intérieur en a été restauré en 1818. Elle a la tour la plus haute de Berlin, 95 mèt. (l‘90);

La Nicolaikirche, entre les rues de Spandau et de la Poste ; c’est la plus ancienne église de la ville.

Elle a été construileau .xii' siècle.

On y voit le tombeau de Puffendorf, mort à Berlin en 1690, et quelques vieux tableaux sur bois;

La Garnisonskirche, église de la garnison, située dans la Neue Friedrichs St. en face de la Spandauer St., et bâtie en 17-22, contient des tableaux de Rode représentant la mort de quelques généraux de la guerre de Trcntm ans, et un maître-autel, par Begas. On

y fait souvent de la bonne musique (oratorios) ;

Les Neue et Franzœsische Kirchen, bâties par Frédéric II sur le marché des Gendarmes; elles n’ont de remarquable que leur uniformité;

La Catholische St. Hedwigskirche, derrière l’Opéra; elle a la forme du Panthéon de Rome. Entre les six fenêtres de la coupole sont les douzes apôtres, par Ebenhecht, en pierre ;

LalVerderscTieKirc/ie, bâtie sur le marché Werder, de 1824 à 1830, d’après le plan de Schinkel, dans le style du moyen âge, avec deux tours de 48 mèt. de haut. On y remarque à l’intérieur : letaèJeaudu maître-autel, par Begas, les quatre évangélistes, par Schadow, les fonts baptismaux, par Raiiçh ;

La Sanct jacobiktrehe. Oranien Str., — style de la basilique,— achevée en 1846 ;

La Sanct-Matthæikirche, Friedrichsvorstadt, dans le Thiergarten, achevée en 1846- Son architecture coquette lui a valu de, la part des Berlinois le surnom de petite maison d'été du bon Dieu ;

La. Petnkirche, construite sur le Petri()latz, sous la direction de l’architecte Strack, et terminée en 1853. Elle est surmontée d’une grande et de 4 petites tours.

L’église catholique de Saintblichel, qui n’est pas encore terminée et qui est presque en ruines (1861) sera certainement la plus belle de Berlin. Elle est construite en briques dans le style byzantin :

au-dessus du trnns.sept s’élève un dôme élégant à nervures dorées, des contre-forts ornés de statues en terre cuite soutiennent le vaisseau ; le chœur, les chapelles, le transsept sont éclairés par des fenêtres et des rosaces charmantes.

Le manque de fonds a retardé l’achèvement de cette église.

Châteaux royaux et palala.

Le Château royal de Berlin [Kœnigliches Sehloss;s' adresser pour le visiter au Castellan, au 2« étaga

Dé : ; V

tRouTE 104.J CHATEAUX UoVaUX ET PALaIS. 505

de la 2e cour), forme un carri’ long plus grandes proportions. C’est de 479 met. de circonférence. 11 a au-dessus de ce portail que s’élève quatre étages, 1.53 mèt. de long, lacoupole de la chapelle du châ- 92 mèt. de large, 34 mèt. de haut teau. La façade qui donne sur la avec la balustrade de pierre qui cour du château a deux portails le couronne. On y compte plus de comme celle du Lustgartcn.

600 pièces. A 1 intérieur, il ren- Parmi les 600 pièces du château ferme quatre cours, dont deux, si- royal, quelques-unes seulement tuées du cété de la rivière, ne sont méritent une visite. Les apparjamais ouvertes au public. 11 est tements de réception fatigueront, surtout remarquable par son éten- sans leur causer le moindre plaidue, car la fumée et le temps l’ont sir, les touristes qui auront déjà autant dégradé que noirci. Cora- vu, à Paris ou ailleurs, des apparmencé par l'électeur Frédéric II, tements ayant la même destinaachevé une première fois, de 1699 tion. Mais la galerie des tableaux, à 1716, il a été sans cesse agrandi la salle du Tréne, et surtout la salle et modifié depuis, surtout par Blanche et la Chapelle intéresse- Schliiter et Eosander de Gœtne. ront tous les étrangers.

La chapelle, commencée en 1848 La galerie des tableaux, qui sert .voir ci-dessous), ne fut achevée quelquefois de salle à manger ou qu'en 1851. L’intérieur, sauf cer- de réunion, était beaucoup plus taines salles, exigerait aussi d’im- riche qu’elle ne l’est aujourd’hui, portantes réparations. Le roi l'ha- Par l'ordre du roi ses toiles les Dite cependant. plus estimées ont été envoyées au

Le côté du Château Royal de musée. On y remarque encore : Berlin qui regarde le Lustgarten Charles I”, Henriette d^Angleterre et a deux portails. A dr. et à g. du Pierre le Grand, par Van Dyck;— le portail oriental, on remarque deux ninriagedrsainfeCal/ienne, par Jules reliefs, par Schlüter (la Justice et Romain; — laFerlu quittant la terre, Vénus avec l’Amour). Entre les Mars et Fénus, par Rubens ; — Bonodeui parties des terrasses-jardins, parte passant le Saint-Bernard, par établies parle roi actuel, le long David; — le portrait de Soliman II, de la façade, et à une extrémité par Liévens ; et des tableaux de desquelles un aigle doré couronne l’école moderne allemande, entre une colonne de maibre, ont été autres : le Grand Électeur à la baplacés deux groupes en bronze, taille de Fehrbellin, par Eybel; — les deux Pferdebændiger ou domp- l'électeur Joachim défendant le landteurs de chevaux, fondus à Saint- grave de Hesse contre le duc d'Albe, Pétersbourg, et donnés en 1841 par Rosenfelder ; — un grand tapar l’empereur Nicolas au roi bleau historique de Krüger repré- Frédéric-Guillaume IV. Les Ber- sentant la prestation de serment au linois, que leurs flatteurs avaient roi, en 1840; — Anabaptistes prisonsurnommés lee Français du Hord, niers devant l'évéque de Munster, quand le peuple français passait par Schorn; — le prince IFaîdemor encore pour un peuple spirituel, de Prusse dans un comàat contre les désignaient ces deux groupes par Sikhs (1846), par Kretzschmar; — les appellations suivantes : « Ge- le prince Frédéric-Charles au combat hemmter Fortschrisit » (le progrès de IFiesentéal (1849), par Kayser ; arrêté) et Befcerderter liückschristt — Victoire des Germains sur les (la reculade encouragée). L’entrée Huns, par Stilke; — laprestation dr principale du château est sur la serment au château de Hohenzollern Schlossfrciheit. Le grand portail, (1851), par BUrde ; — le combat de bâti en 1712, de ce côté (côté O.), Hochkirch par Menzel; — les porpar Eosander de Gœthe, est une traits d’Alexandre l"', Frédéricimitation de l’arc de triomphe de Guillaume III et François II par Septirae Sévère, à Rome, dans de Doive, Gérard, et Temite.

Au.em. dü n. Î9

506 HKKUN HT SKS HXVIKONS. |Route J04

La salle du Trône ou des Cheva lielle, si les chapiteaux de ses coliers (Rittersaal) ofl're une jolie lonnes nV-iaient pas argentés. On vue surle Lustgarten. Le plafond n’y remarque qu’un seul objet représente (allégoriquement) les d'art, une Hictoire assise, sculptée exploits de Frédéric Lr. Le trône, en marbre de Carrare, par Rauch.' dont le siège est en argent, s’élève Mais elle rappelle d’intéressants contre le mur principal, sous un souvenirs historiques. C’est là, dais orné d’aigles etde couronnes, en effet, que du 1 1 avril au 26 juin ■ En face, on remarque un buffet 1817. le parlement prussien ('V''er-

chargé de vaisselle du mo)’en âge, sammlung der Allgemeinen I.nnd- • en or et en argent, et sur lequel ' stfcnde) a tenu ses séances. Un es-

on a placé le bouclier d’argent calier sépare la salle Blanche de massif et la coupe offerts, par la La chapeUe du château (Schloss ville de Berlin, au roi Frédéric- ■ Capelle), terminée en 1856 par Stü- Guillaume IV et à son épouse, à ' leret Scliadoic. Celte chapelle n’est l’occasion de leur avènement en ' qu’une remarquable coupole, or- 184Ü. Le lustre, en cristal de roche, née de marbres précieux et de est un présent du roi Georges IV fresques qui représentent, soit des d’Angleterre à Frédéric-Guil- épisodes de l’histoire sainte, soit laume 111. Il provient, dit-on, de des souverains et des hommes la salle des séances de la diète de éminents de toutes les époques. Worms. : de toutes les religions et de tous

La salle Blanche (Weisser Saal) a les pays ; on y remarque entre auété restaurée, il y a dix ans, à [autres Jean Huss et Luther. La grands frais, et décorée de statues pensée philosophique qui a inspiré en marbre des douze électeurs de ce mélange dont le roi de Prusse Brandebourget des huit provinces est, dit-on, l’auteur, n’a pas ende la Prusse. Elle a 35 mèt. de j core été suffisamment expliquée . long, 27 mèt. de large, et 13 mèt. j Quelques-unes des fresques pa- 66 cent, de haut. Deux rangs d’ar- 1 raissent avoir une valeur artisticades superposés séparent la ! que réelle. La chapelle du château salle proprement dite de ses deux I a 75 mèt. de haut à l’extérieur, extrémités. Quatre bas-reliefs allé- ! c’est-à-dire du sol de la Schlossgoriques, la Paix, la Foi, l’Amour ' freiheil au sommet de la croix etla Gloire, ornent les quatre an- 1 dorée qui surmonte sa toiture de gles du plafond; d’autres bas-re- , cuivre . L’élévation de l’intérieur liefs décorent, en outre, les ardu- ! n’est que de 37 mèt. 66 cent, voltes des arcades inférieures : ce D'après une vieille tradition, le sont, d’un côté, la Philosophie, ! château royal de Berlin était hanté l’Astronomie, les Mathématiques, par un fantôme appelé la Dame la Jurisprudence, la science de la Blanche^ qui p’apparaissait que Guerre, la Poésie, la Peinture, la pour annoncer la mort prochaine .Musique, la Sculpture et TArehi- d’un membre de la famille royale, lecture ; de l'autre, la Mécanique, — Dans la salle de concert on remaria Navigation, le Commerce, la que, outre un grand tableau his- Culture des jardins et de la vigne, torique de Biefve (Charles I" TKlève du bétail, les Arts du tisse- d’Angleterre donnant une chaîne rand, du filateur, du fondeur et du d’or à Rubens), quelques bons mineur. Enfin, dans les frises de pavsages de J/a.r et Karl Schmidt, la corniche ont été placés les por- Bellermann et Kopisch. Les appartraits en relief des principaux tements particuliers, qui renferhommes d’Fîtut, généraux, savants ment aussi de bons tableaux, sont et artiste» du temps des derniers rarement visibles, électeurs. La salle Blanche doit Le palais Royal {das Kænigliche ■on nom à sa couleur. Peut-être Palais), situé en face de l’arsenal, serait - elle plus véritablement fut bâti sous le grand Electeur.

[Koutk 104.] statues Et

Frédéric-Guillaume Ta habité presque un demi-siècle ; il y est mort

Ïe 7 juin 1840. Il n’est remarquaile que par la simplicité de son ameublement où rien n’a été changé depuis la mortde Frédéric- Guillaume III. On remarque surtout la bibliothèque (avec une figure en bronze, de Rauch), la chambre chinoise, la chambre à coucher de la reine Louise, enfin le cabinet du roi qui contient douze copies des principaux tableaux de Raphaël. — Depuis son mariage avec la princesse Victoria d’Angleterre, le prince Frédéric- Guillaume, fils du régent, réside dans ce palais qui a été restauré pour lui. — N. B. S’adresser au Castellan, Oberwall Str. à g. Une arcade le relie au palais des princesses habité par la princesse de Liegnitz, et qui contient quelques tableaux modernes des écoles française et allemande.

Les autres palais royaux de Berlin sont :

Le palais du prince de Prusse, à l’entrée des Tilleuls, bâti, de 1835 à 1838, par Langhans et récemment embelli, du côté des jardins, par une élégante colonnade;

Le palais du prince Charles, sur le Wilhelmsplatz, l’ancien palais de l’ordre de Saint Jean ; on peut y visiter une curieuse collection d'armes, un bouclier en argent avec des groupes en reliefdansle style de Benvenuto Cellini et le Kaiserstuhl du Dom de Goslar;

Le palais du prince Albert, Wilhelms Str. 10-J, bâti en 1735, habité en I76J par l'ambassadeur turc, donné par Frédéric II à sa sœur, la princesse Amélie. Ce palais avait été en 1810 cédé à la Louisenstiftung. En 1832 Schinkel l’a restauré pour le prince Albert ;

Monbijou, édifice très-mesquin, situé sur la Sprée à l’extrémité de rOranienburger Str., au milièu d’un beau jardin, et appartenant au prince .\dalbert de Prusse;

Le chdteiiu TIellcvue, situé dans le Thiergarten, sur la Sj)rée, entouré d’un beau pare, et apparte-

.MONU.MË.N’TS. 501

liant au roi (voir ci-dessous, collections pour la galeriedetableaux qu'il renferme). Le canon que l’on remarque devant sa façade est un canon français appelé le Drôle et pris à la bataille de Leipsick.

Btatnes et monumente {Denkmaler).

Les principaux Denkmæler de Berlin sont ;

La statue équestre de Frédéric le Grand, dont la première pierre fut posée le 1" juin 1840, par Tordredu roi Frédéric-Guillaume III, et qui fut inaugurée le 31 mai 1851 .

Elle s’élève à l'extrémité E. des Tilleuls, entre l’université et le palais du prince de Prusse. Ce monument, l’un des plus grands de ce genre qui existenten Europe, conçu et exécuté par Rauch, se compose d'un piédestal de granit de 8 mèt. 33 cent, de haut et d’une statue équestre de 5 mèt.

70 cent.; il a donc une élévation totale de plus de 14 intt. Le piédestal se divise, en trois parties distinctes : dans la partie inférieure sont inscrits de deux côtés les noms de quatre-vingts militaires distingués du temps de Frédéric 11; sur le troisième côté, ceux de seize hommes d’État, artistes et savants de la même époue. Le quatrième côté, celui de evant, porte l’inscription suivante ;

A VRKDKRIC I.E GRANO,

Frédéric-Guillaume 111, 1840:

achevé par Frédéric-Guillaume IV, 1851.

La partie du milieu est ornée de reliefs en bronze représentant :

ceux de devant et des deux côtés, les principales célébrités militaires du temps de Frédéric II; celui de derrière, trois hommes d’Etat, le comte Finck de Finckenstein, ministre des affaires étranères de Frédéric II, de Schlabernorf, son ministre de l’intérieur, le chancelier Carmer, Graun le compositeur, Lessing et Kant. Aux quatre angles s’élancent à cheval les quatre meilleurs généraux de Frédéric, le dur de ffru?)swirk, le

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prince Henri de Prusse, le général Seydlilz, elle général Ziethen. Tous ces personnagesdegrandeur naturelle, au nombre de 31, ont été représentés avec les costumes et les armes de leur époque; les figures sont des portraits. Les quatre statues de femmes placées aux quatre angles de la partie supérieure sont : la Tempérance, la Justice, la Forceetla Prudence. Entre ces statues sont huit bas-reliefs emblématiques, représentant divers épisodes de Thisioire de Frédéric II, sa naissance, son éducation civile et militaire, etc. Là, une muse, enseignant Thistoire au jeune prince, lui désigne du doigt les noms des généraux qu’il admirait le plus, Alexandre, César et Gustave-Adolphe ; ici Minerve lui donneuneépée;dansun troisième on le voit, après la perte de la bataille de Kolin, assis et traçant avec sa canne un plan sur le sol; dans le fond apparaissent des figures allégoriquesdu Triomphe ctde la Victoire ; tes autres le montrent encourageant les arts de la paix, examinant le travail d’un tisserand silésien, jouant de lafiûte, se promenant dans les jardins de Sans- Souci, entouré de ses chiens favoris ; le dernier enfin est consacré à son apothéose. Quant à la statue de Frédéric, elle a été modelée par Rauch et fondue par Friebel.

Frédéric est représenté avec le costume militaire qu’il portaithabituellement.Rien n’y manque, ni le chapeau à trois cornes, ni la queue, ni la canne suspendue au poignet droit. L’artiste lui a seulement jeté surlesépaules un manteau d'hermine, parce que, sans ce manteau, la statue eût paru mesquine à une si grande hauteur.

Telle était du moins son opinion.

Nous avons déjà parlé ci-dessus, dans la description générale des rues et places principales de Berlin, de la statue en bronxe du général Blücher (place de l’Opéra, 18 juin 1826), des monuments élevés en 1823, devant le nouveau corps de garde, aux généraux de Scharn-

[Koute 104.J

horst et de Bülow-Denneu'itz, et de ceux qui ornent la place Guillaume et la place laBelle-Allianco.

La statue équestre du Grand Électeur, placée sur le long pont, a même été mentionnée. Cette statue, œuvre remarquable de Schlüter, fondue par Jacobi en 1700 et inaugurée le 12 juillet 1703, a coûté environ 60,000 thalers.

Sur la place triangulaire, derrière l’académie d’architecture (Bau-Akademie, voir ci-dessous), a été érigée, le 5 nov. 1860, la statue d'Albert Tliaer, « le promoteur c de l’agriculture scientifique,

« 17,62-1828. » C’est ladernière création de Rauch. L’illustre agronome est représenté la main droite levée comme pour faire une démonstration, et la gauche appuyée sur la charrue, l.es bas-reliefs ont été ciselés par Grünenberg. — La statue du conseiller Beuth, modelée par Kiss, a été inaugurée le 13 mai 1861, sur cette même place dont la décoration sera complétée par la statue de Schinkel.

Il est en outre question d’ériger des statu es auxministresStein.Hardenberg et comte de Brandeburg, ainsi qu'à Alexandre de Humboldt.

Pour la statue de Frédéric-Guillaume III. le National JJenlcmal du Kreuzberg ,et le N ational-Krieger- Denkmal au jardin des Invalides voir ci-dessous, environs de Berlin, et institutions publiques.

Prinoipauz édifices publics. — Institutions d’utilité publique.

Les principaux édifices publics compris dans ce paragraphe sont décrits par ordre alphabétique afin de faciliter les recherches. — A’’. B. Les musées et les collections scientifiques ont un paragraphe séparé (voir ci-dessous).

Académie [Abadcmic]. Le même bâtiment (sous les Tilleuls, 38) renferme TÂcadémte des sciences et l'Académie des beaux-arts, fondées, la première, en 1700, d’après le plan de Leibnitz, par Frédéric 1"; la secondât en 1701. — N. B. Si Ton désire les visiter, il faut s’adres-

berlin kt ses environs.

[Kütrt 1(11.] EDIFICES

ser au Castellan. Dans la feni'tre qui s’ouvre au milieu de la façade se trouve une horloge appelée Normaluhr, parce qu elle règle toutes les horloges officielles du royaume. L’étage supérieur renferme les salles des séances, la bibliothèque de l’Académie des sciences et d'autres salles où se font, aux mois d’avril et de mai, les expositions de tableaux. h'Acadcmie des sciences tient tous les jeudis une séance non publique. Ses séances publiques ont lieu le 15 octobre, jour anniversaire de la naissance du feu roi, le 24janvier, jour anniversaire de la naissance de Frédéric le (irand et le Jour anniversaire de la naissance de son fondateur, Leibnitz. L’Académie dos beaux-arts tient tous les quatorze jours, à midi, une séance (le samedi!. Son ancien directeur, le sculpteur .Schadow, est mort en 1850 à quatre-ving-trois ans. Le professeur Herbig l’a remplacé.

Académie de musique (Sing- Akadcmie), située sur le Festungspraben, n“ 2, derrière le corps de garde. Cette académie a été bâtie en 1815-26, aux frais de ses membres, par l’architecte Ottmer. Elle forme un carré de 47 mèt. de long et de 20 mot. de large. La salle de concert a 28 mèt. de long, 14 mèt. do largo et 10 mèt. 50 C. de haut. L’orchestre, placé dans un enfoncement circulaire, peut contenir trois cents musiciens. Pour assister aux réunions, qui onflieu tous les mardis, de 5 à 7 h., il faut s'adresser au directeur. La société compte 500 membres. Elle a malheureusement perdu en 1852 son directeur, Rungenhagen , auquel elle était redevable de grandes améliorations.

Antiquarium (voir Collections).

Arsenal (Zeugèaus). L’arsenal de Berlin (visible le mercredi et le saihedi, de 2 h. à 4 h., s’adresser h la Commandanturl, situé sur la place à laquelle il a donné son nom en face du palais Royal, a été commencé, en l695, par Frédéric I", dont le médaillon de bronze

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